Scène 11

Je frappe de tout mes forces son genou droit, il explose, sa jambe s'arrache en deux, vole dans la mer. Surpris, je lâche ma prise, et observe l'homme s'écrouler et crier, tandis que son sang déverse dans le bateau, tel un ruisseau rejoignant la mer. Je m'assois à côté de lui, dos à la coque, récupère la boussole sur sa ceinture, joint son agonie avec mes questions:

- « Qui est-tu ? La personne dans le phare, c'est ta sœur ? Tu l'as tué ? Tu voulais cette boussole ? Tu voulais quitter l'île ? C'est ça ? Et la meilleure idée que tu as trouvé c'est de pulvériser ta sœur, trouer le phare, t'enfoncer un œuf dans la gorge et naviguer un bateau sur une mer déchaînée ? Sans vouloir t'offenser, je pense que de l'eau s'est infiltré dans ta tête. »

Je laisse pousser un rire mélancolique puis un long soupir. L'homme ne donnait plus de signe de vie, un unijambiste flottant dans sons sang au milieu du bateau. Je porte attention à son cou, il est redevenu normal, l'œuf baigne dans l'eau à côté de lui valsant au grès des vagues.

Au bout de quelque instant la pluie s'arrête et plonge l'espace dans un silence pesant, les vagues se calment doucement. Je sens un poids quitter mes épaules, comme si on avait enfin extirpé de mes oreilles le centipède qui jouait de la harpe avec mes nerfs. La tête penchée vers le ciel, il fait nuit noire, le bateau s'éloigne du phare et sa lumière réduit d'intensité de minutes en minutes.

L'œuf est toujours entrain de flotter. Au passage du phare je remarque l'eau autour de l'œuf prendre une teinture particulière. Je pose la boussole sur mes genoux, me penche au dessus du cadavre et attrape l'œuf dans son eau avec mes deux mains. Le liquide ressemble étrangement à celui de la bouteille mais moins infusé. Une petite gorgée me fait ressentir une douce chaleur familière. Je laisse couler l'eau entre mes mains et attrape l'œuf. Il chauffe et transmet sa chaleur le long de mon bras évaporant progressivement l'eau sur son passage, je sens mes pensées devenir opaque avec les émanations de vapeur, un bourdonnement se fait sentir dans mes oreilles. Le sentiment d'oppression de la pluie ressurgit dans mon esprit, pris de peur et je relâche l'œuf qui finis sa chute sur la boussole, laissant s'échapper une léger tintement de métal.

Après un léger moment de réflexion, je récupère le foulard, l'imbibe d'eau et enroule l'œuf dedans. Fixant des yeux, pendant quelques secondes, au grés de la lumière faiblissante du phare, je constate aucune présence de vapeur. J'attache le foulard avec l'œuf à ma ceinture.
Avec un air soulagé, je me lève, prend la boussole et me dirige vers les restes de la cabine. Le volant a disparu, le levier est plié. J'inspecte le moteur et trouve un levier pour le gouverner. Je jette un dernier coups d'œil à la boussole, aligne le bateau en fonction de l'aiguille sur l'autocollant vert, mets les gaz, range la boussole dans ma poche.

Le bateau s'éloigne lentement de la lumière du phare.

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