6- Entrevue nocturne
Tous les matins, lorsque je me rends au lycée avec ma seule et meilleure amie, Carla, je passe devant une ruelle, et, tous les matins je tourne la tête pour regarder à l'intérieur, sans trop savoir pourquoi. Par réflexe. Ce matin, mon regard croise celui d'une petite fille. Un panier d'osier plein de fleurs à la main, elle se tient là, au bout de la ruelle, elle me regarde, sa robe blanche vole à cause d'un vent que je ne sens pas. Mais le temps de cligner des yeux, elle disparait. Je crois qu'elle souriait.
C'était Gwenaëlle. Pas de doute possible. Et je comprends pourquoi son frère a voulu m'aider. Avec quelques années de moins, elle est mon portrait craché. Je m'étais arrêtée de marcher, et mon amie me touche le bras :
- Ça va ? T'as l'air dans les nuages.
- Oui... Ça va...Je suis juste mal réveillée. C'est tout.
Cet évènement n'a rien de normal, et me préoccupe toute la journée. Durant les heures de cours, beaucoup de questions m'occupent l'esprit. Au final, je pense que je suis assez pressée de retourner me coucher... L'impatience se mêle rapidement à l'appréhension, parce-que je ne sais vraiment rien de l'endroit où je vais me retrouver. Si ça se trouve, mes cauchemars vont reprendre... Ou bien peut-être qu'ils vont tout simplement disparaitre ? Je ne sais même pas si je m'en réjouirais. Je veux connaître le fin mot de l'histoire.
Peut-être est-ce à cause de ces doutes que je n'arrive pas à fermer l'œil. Je me suis pourtant préparée : j'ai enfilé un jean confortable et un chemisier à carreau, car je n'avais pas trop envie de me retrouver à nouveau face à Corwin dans un short et un t-shirt trop grand.
Enfin, en me concentrant sur ma respiration, je trouve le courage de fermer les yeux.
Je les rouvre presque immédiatement. Mais je ne vois quasiment rien. Je tourne la tête et vois à travers la fenêtre un beau croissant de lune. Distraitement, je me demande si c'est la même que chez moi, de Lune. Après avoir jeté un coup d'œil autour de moi, je découvre que je me tiens exactement là où je me suis effacée de ce monde la nuit dernière.
Puis j'hésite, car j'ai vraiment envie de revoir Laden, mais aussi Corwin. Mais je décide de sortir chercher ma monture, car le jeune homme dort sûrement et je ne sais pas où se trouve son lit.
À peine ai-je posé le pied dehors que je frissonne. J'avais mis ce léger chemisier, car je n'avais pas prévu de me « réveiller » la nuit. Mais cela reste supportable, donc je me mets à tourner sur moi-même en me demandant où il peut bien se trouver.
Je l'aperçois presque tout de suite. Il est toujours attaché au même arbre. Je m'approche vers lui et lui flatte l'encolure, il a l'air assez heureux de me voir. Et c'est réciproque. Il est le premier à m'avoir guidé dans ces songes. C'est étrange la manière de laquelle je me suis si rapidement attaché à lui, ou peut-être pas... C'est surtout lui qui m'a donné envie de retourner me coucher ces derniers jours...
Tout à coup, j'entends quelque chose craquer derrière moi. « Comme dans les films...» est la première chose qui me vient à l'esprit. Puis je me retourne, mon cœur battant soudain plus vite. Une silhouette se découpe dans l'ombre, à seulement quelques mètres de moi. Elle se rapproche à pas de loup. Je ne fais aucun mouvement, de peur que la personne qui se tient là ne me remarque, car son attitude laisse penser qu'elle ne m'a pas encore remarqué... Mais Laden pour un hennissement inquiet et, après avoir sursauté, la silhouette s'approche de moi.
Il avance dans un rayon de lune, et je soupire de soulagement : ce n'est que Corwin. J'aurais dû m'en douter, j'ai sûrement été ridicule à avoir si peur.
- Ha... Tu m'as fait peur.
- Tania ? Mais qu'est-ce que tu fais ici à cette heure ? me demande-il d'une voix ensommeillée.
- Je me suis endormie dans mon monde pour me retrouver près de la fenêtre. Pour ne pas te réveiller, j'ai préféré sortir pour voir si Laden était toujours là. C'est moi qui t'ai réveillé ?
- Tu as dû fermer la porte trop brusquement, c'est le bruit qui m'a réveillé. Tu sais je dors dans le canapé, donc forcément quand la porte s'ouvre ou se ferme, je l'entends...
- Ha ! Je suis passée juste à côté de toi et je ne t'ai même pas vu, remarqué-je.
- Je croyais que quelqu'un était chez moi, mais j'ai entendu du bruit dehors et j'ai compris que c'était toi. Viens avec moi, on va mettre ton cheval dans l'écurie, il doit être mort de faim.
- Il y a des écuries chez toi ?
- Oui, dit-il après avoir émis une sorte de rire, j'ai moi aussi un cheval, j'espère qu'ils s'entendront bien.
Puis il se dirige vers sa chaumière sans se préoccuper de savoir si je le suis ou pas. Je détache Laden de l'arbre, et le rattrape. Effectivement, il y a des écuries. Un petit bâtiment derrière chez lui, contenant deux box et un espace avec les équipements nécessaires pour prendre soin du cheval qui dort dans le box de gauche. Il est entièrement marron, et sa crinière est d'un noir profond, et il a exactement la même carrure que le mien.
Corwin prend mon cheval par la bride et le fait rentrer dans l'espace qui vient de lui être attribué. Laden se montre docile, et accepte l'eau et la nourriture que le jeune homme lui offre.
- En tout cas, merci. Ça tombe plutôt bien que tu aies deux box.
- Avant, mes parents en avaient chacun un, mais mon père a disparu avec sa monture, et la jument de ma mère est morte de vieillesse. Puis j'ai recueilli Ulrich quand il était jeune.
Ulrich ? On dirait un nom de roi Médiéval...
- Pourquoi tu ris ? se vexe-t-il en faisant une moue comique. C'est Gwen qui l'a appelé comme ça, précise-t-il avec un demi-sourire. J'ai tout de même entretenu cet autre box au cas où ma sœur en trouverait un aussi. C'est sympa qu'il y ait un autre cheval pour porter compagnie au mien.
Puis il se dirige vers sa porte d'entrée. Il entre, moi à sa suite. Il m'invite à m'assoir tandis qu'il se dirige vers la cuisine dont il revient vite avec un verre d'eau qu'il me tend.
Je l'accepte et le bois, malgré le fait que je n'ai pas particulièrement soif. Il est très étrange à me fixer comme ça. Encore plus à la seule lueur de la bougie déposée au le centre de la table en bois.
- Tu sais, si à chaque fois que tu t'endors chez toi, tu te retrouves chez moi, autant que l'on devienne amis.
- Tu pars de la base que je suis décidée à rester avec toi pour m'aider à trouver une solution...
- Ce n'est pas le cas ?
Il m'adresse un sourire mi-mesquin mi-innocent. Je soupire et mets plusieurs secondes avant de répondre.
- Si, c'est le cas.
La mesquinerie disparaît de son sourire. Il est content. On dirait un enfant à qui on vient de donner les clés d'une confiserie...
- Tu sais, c'est dur de s'occuper toute la journée, et l'ennui me rappelle l'absence de ma sœur. Alors je suis heureux que tu sois apparue, et si je peux t'aider, c'est encore mieux !
C'est plus clair...
- Tu as raison... Moi aussi je suis contente d'être tombée sur toi, parce-que au final, si j'avais été tout seule, ça aurait été nettement plus ennuyant...
C'est à mon tour de lui sourire.
Je n'ai pas le temps de dire un mot de plus que je me sens disparaitre... Je lui adresse un petit signe de la main avant de quitter cette réalité. Je dois avouer que je suis déçue d'être restée si peu de temps avec lui ce soir...
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