Prologue
Bonjour à tous,
aujourd'hui, je vous propose de découvrir les deux premiers chapitres de mon prochain roman. A paraître le 11 juillet, aux éditions Bragelonne/Milady.
Si vous désirez en savoir un peu plus, voici la fiche Amazon : https://www.amazon.fr/Traqu%C3%A9-LAppel-du-renard-T1-ebook/dp/B07DGHYCRP/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1530686675&sr=8-1&keywords=appel+du+renard
Bonne lecture et bon mercredi ;)
Prologue
Tom trébucha sur une racine et, aussi simplement que cela, comprit que ses maigres chances de survie venaient de s'envoler. Incapable de s'orienter dans le labyrinthe des sous-bois opacifié par la nuit, il se contentait de fuir aussi rapidement que ses muscles épuisés le lui permettaient, et ce depuis de longues minutes. Lucide, il avait su dès le début de cette course que la moindre erreur de parcours lui serait fatale.
Derrière lui résonnaient des grondements sourds et bestiaux. Un écho déformé de son propre souffle, qu'une course effrénée avait transformé en inspirations courtes et rauques. Le martèlement de la cavalcade emplissait les voûtes de la forêt et faisait craquer les branches tout autour d'eux.
De toute façon, qu'aurait-il pu faire d'autre que de cavaler pour tenter de sauver sa vie ? Se laisser tomber et attendre tranquillement la fin ? Hors de question. Même s'il n'y croyait plus vraiment, tant qu'il tenait debout, une petite chance de s'en sortir subsistait peut-être. Quitte à forcer un peu le destin.
Tom Hawkins avait toujours été un battant, refusant de céder les rênes de sa vie à quiconque. Son esprit fugua brièvement loin de cette forêt aussi obscure qu'une tombe. Entre deux respirations brûlantes, il repensa à ses éternelles prises de bec avec ses parents. Ses parents qui auraient aimé le voir reprendre la ferme familiale alors que lui ne vivait que pour l'étude de ses précieuses chauves-souris.
L'ironie de la situation le frappa de plein fouet. Sans son obsession pour la migration inexpliquée d'une colonie de Lasiurus cinereus, il n'en serait pas là, à courir comme un dératé, poursuivi par il-ne-savait quelle bête sauvage. Pour une fois qu'il aurait dû écouter son père. Il entrevit également le visage de Sandy. Sandy qui n'allait pas tarder à terminer son service dans ce petit café du campus où ils s'étaient rencontrés. Sandy qui attendrait son coup de téléphone en rentrant, un appel qui ne viendrait probablement jamais. Elle ne comprendrait pas. Il se pourrait même qu'elle pense que Tom l'avait abandonnée sans un mot. Elle le maudirait ; à moins qu'elle ne finisse par apprendre sa mort par hasard, dans un journal quelconque. La jolie blonde serait triste, elle pleurerait.
Merde...
Il aurait aimé avoir plus de temps.
À vingt et quelques balais, sauf circonstances exceptionnelles, il était rare de se préoccuper de sa propre mort. C'était une angoisse de vieux. Ou de pauvre, à la rigueur. Les seuls gosses qui mouraient encore de nos jours, c'étaient ceux des pays en guerre. Et tout compatissant qu'il soit, Tom n'enviait pas leur sort. Pas plus qu'il ne s'en souciait vraiment.
Non, lui pensait avoir toute la vie devant lui. Une existence qu'il remplirait de colloques, peut-être d'une ou deux découvertes condamnées à demeurer confidentielles, sauf aux yeux de quelques passionnés aussi excentriques que lui. Il aurait aussi pu ajouter un ou deux gosses, histoire de compléter le tableau. Pourquoi pas avec Sandy. Ils auraient été mignons, leurs mômes...
Finalement, il n'aura eu le temps de rien. Tous ses précieux espoirs s'écroulaient sous ses pas, talonnés par un monstre échappé de ses pires cauchemars.
Il pouvait presque deviner l'haleine fétide de la créature sur sa nuque. Avec un claquement sinistre, les gigantesques mâchoires se refermèrent à quelques centimètres de son mollet. La terreur qui envahit Tom en sentant des babines frôler sa peau lui permit de mobiliser ses dernières réserves d'énergie. Ignorant les rivières de lave charriées par ses muscles douloureux, il accéléra.
Après quelques dizaines de mètres, les taillis s'éclaircirent. Un timide croissant de lune éclairait ce qui ressemblait à une clairière. Au centre de la trouée se dressait un if gigantesque et, pour la première fois depuis le début de cette cavalcade désespérée, la chance sourit à Tom.
Sur le tronc, il avisa plusieurs branches suffisamment basses pour s'y accrocher et assez robustes pour soutenir son poids. Il banda ses muscles en un effort désespéré pour attraper la plus accessible. L'écorce dure lui écorcha les paumes, mais la douleur lui rappelait qu'il était toujours en vie, qu'il n'avait pas tout à fait perdu la partie.
Il contracta ses biceps et se hissa sur la branche à l'instant même où un nouveau claquement, tout aussi sinistre que le précédent, retentissait à quelques centimètres de ses chevilles. La bête grogna, furieuse de voir sa proie lui échapper. Galvanisé par le danger, Tom s'éleva dans les branches qui lui griffaient le visage, tandis que les épines qui se brisaient sur son passage libéraient un entêtant parfum de résine.
Ça sent le sapin, pensa-t-il dans un accès d'ironie morbide.
Il poursuivit son ascension, avide de mettre le plus de distance possible entre lui et son poursuivant. Pour le moment, il refusait de réfléchir aux hypothèses les plus farfelues que lui avait suggérées son esprit paniqué. Quel était donc cet animal, à la fois si massif et si agile ? C'était tout de même le comble pour un zoologue de devoir fuir un spécimen qu'il n'était même pas foutu d'identifier.
Quand il fut le plus près possible de la cime de l'arbre, Tom se permit de relâcher la tension de ses muscles douloureux. Deux branches formaient une fourche assez solide pour qu'il puisse s'y asseoir et reprendre son souffle. Il avança prudemment le pied sur la surface tapissée de mousse épaisse. Ce n'était pas le moment de glisser. Les crampons de ses lourdes chaussures de randonnée s'enfoncèrent dans la végétation tendre et il prit tout son temps pour se caler sur son siège improvisé.
Perché au sommet de son arbre, il se sentait à peine plus rassuré – la respiration lourde de la bête était toujours nettement perceptible quelques mètres en dessous de lui –, mais au moins était-il hors d'atteinte. Il resserra son imperméable autour de lui. Maintenant qu'il était immobile, la sueur qui avait ruisselé tout le long de son dos lui glaçait désagréablement l'échine, d'autant qu'un vent pénétrant agitait les épines de l'if.
Agrippé à son perchoir, il tendit l'oreille. La bête devait tourner autour du tronc, à la manière d'un prédateur enragé. Cette grimpette dans les branches ne constituait qu'un sursis, Tom le savait. Si rien ne faisait fuir l'animal, celui-ci monterait la garde au pied de l'arbre jusqu'à ce que l'épuisement ou la faim ait raison de sa proie... Tôt ou tard, l'un d'eux finirait par céder et Tom n'était pas certain d'avoir l'avantage.
Coup de fil ou pas, sa copine ne se soucierait sûrement pas de sa disparition avant un jour ou deux. Ses parents ? Aucune chance tant ils se téléphonaient peu souvent. Autant dire qu'on ne risquait pas d'envoyer de sitôt une équipe de secours à sa recherche. Ne lui restait plus qu'à prier pour que quelque chose détourne l'attention de son assaillant.
Se calant plus confortablement dans le V formé par les branches, Tom se risqua à lâcher d'une main la tige qui lui servait de garde-fou pour essayer d'atteindre son sac à dos. Si seulement il pouvait attraper son portable, peut-être arriverait-il à capter un petit peu de réseau, surtout maintenant qu'il avait pris de la hauteur. Bien que ce soit peu probable dans cette partie des montagnes, éloignée de plusieurs kilomètres des premières habitations.
Il fouilla les poches latérales de son paquetage jusqu'à trouver son téléphone. Trop concentré sur sa tâche, il ne remarqua pas que la forêt était soudain redevenue parfaitement silencieuse, à l'exception de la brise qui folâtrait dans les branchages.
Victorieux, Tom déverrouilla le téléphone et la pâle luminosité de l'écran se refléta sur son visage. Il s'autorisa un soupir de soulagement : une barre de réseau clignotait dans le coin supérieur. Un petit coup de fil et on viendrait le sortir de cette situation impossible. L'appareil collé à son oreille après avoir composé le 911, il attendit, le cœur battant.
Presque immédiatement, une voix féminine s'éleva dans le haut-parleur. Tom s'apprêtait à lui expliquer sa situation quand un monstrueux craquement retentit à quelques centimètres de lui. On aurait dit qu'une partie de l'arbre venait d'être pulvérisée par le poids d'un projectile lancé à pleine vitesse. La respiration de Tom se bloqua au fond de sa gorge et il tourna la tête vers le souffle fétide qui lui caressait déjà la joue. Il rencontra deux yeux fauves, si injectés de sang qu'ils en étaient devenus rouges, et son cri se réverbéra dans la forêt environnante.
À l'autre bout du fil, la voix de la standardiste monta dans les aigus. Le troisième « Monsieur ? » retentit quand des mâchoires aux crocs luisants de bave se refermèrent sur la gorge du jeune homme. Tom n'eut même pas le temps de se demander comment la créature était parvenue à le rejoindre au sommet de son arbre qu'il avait déjà lâché le téléphone. L'appareil termina sa chute quinze mètres plus bas, petit point lumineux perdu au milieu des feuilles mortes.
à suivre
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