🌼 CHAPITRE 52🌼
A son réveil, les images passées la hantèrent. Tout y était encore si vif. Si blessant. Ses yeux s'étaient à peine entrouverts qu'on s'était empressés de lui sauter dessus, lui posant ainsi toutes sortes de questions à tel point que cela finissait rapidement par tourner à l'interrogatoire. Mais Joséphine ne dit pas un mot. Ses yeux, humides, noyés par la peine et le chagrin, regardèrent à travers la fenêtre. Le ciel y était si couvert que les rayons du soleil qui lui avaient parut si chauds à son arrivée lui semblaient avoir perdu de leur chaleur pour n'y laisser qu'un froid glacial. Mais peut-être que le froid ne s'était installé que dans le cœur de la jeune femme, ce dernier s'étant figé lors de cet ultime moment la tour. Bien qu'elle le revoyait juste là, devant elle, un sourire aussi large que son visage, Joséphine savait qu'elle ne le reverrait pas. Aux dires d'Amir, la tour s'était effondrée au moment de son arrivée, ne laissant dans les décombres que des corps mutilés, écrasés et les deux seuls survivants : Jonah et elle. Il n'y avait aucune trace de Lucien.
Bien qu'Amir lui fit un rapport détaillé sur les jours manqués, ce dernier ne s'attardait que guère souvent dans sa chambre. Il y avait dorénavant quelque chose d'invisible, comme un mur, qui maintenait le jeune et fougueux Prince à bonne distance et ce mur n'était autre que Jonah. Voilà trois jours que Joséphine s'était réveillée et se promenait de temps à autre dans le Palace d'Ambre, esquivant avec grand succès celui qu'elle était venu chercher. Comment pouvait-elle lui faire face ? Comment pouvait-elle le regarder droit dans les yeux en sachant que tout cela était de sa faute ? Si elle n'avait pas été mêlée à toute cette histoire, Lucien ne l'aurait pas été et...et...
Prenant une grande inspiration, elle en vint à s'asseoir sur le rebord de la fontaine habitant le centre même des jardins du Palace. L'endroit était entouré de haies et de buissons suffisamment hauts pour la dissimuler aux yeux de quiconque la chercherait. En l'espace de trois jours, cet endroit était devenue sa cachette préférée, mais aussi son repère. Le seul espace où il n'y avait qu'elle et son reflet troublé dans l'eau agitée par le remous.
- Il n'aurait pas aimé vous savoir si triste, fit une voix
Au premier son émit, son corps se raidit, reconnaissant immédiatement son interlocuteur. Oh comme cela lui avait manqué. Comme il lui avait manqué et bien que ce sentiment de vide et de manque étaient fortement présents, Joséphine ne tarda pas à se faire gifler une nouvelle fois par Dame culpabilité. Alors elle se redressa, presque trop rapidement, et sans même se retourner afin de lui jeter un regard, elle quitta les abords de la fontaine s'apprêtant à partir. Et elle aurait dû partir, fuir, courir. Elle aurait dû, oui. Mais elle n'a pu, retenue par une main délicatement posée sur son poignet. Elle pouvait le sentir, il n'exerçait aucune force et il ne lui aurait été pas difficile de se défaire de son étreinte et pourtant...tout ce qu'elle fit fut de se figer sur place.
- Ne fuyez pas, s'il vous plaît, la supplia-t-il en resserrant légèrement son emprise.
Le temps lui-même s'était figé sur eux, laissant ces retrouvailles tant attendues comme suspendues.
- Joséphine...
Son nom. Oh comme elle détestait le fait de l'entendre le dire. Si longtemps, elle s'en était languie, des nuits durant elle espérait secrètement pouvoir l'entendre à nouveau, ne serait-ce qu'une fois et à présent, cela n'était pour elle qu'un brutal rappel.
- Joséphine, je vous en conjure, reprit-il d'un voix saccadée.
Non sans mal Joséphine pouvait entendre les vibrations dans sa voix. La tristesse dissimulée, cachée et enterrée au plus profond de sa gorge.
- Regardez-moi, par pitié...C'est tout ce que je vous demande, un regard. M'accorderiez-vous cela ?
Que lui arriverait-il si elle venait à se retourner ? Si elle venait à croiser son regard ? Qu'arriverait-il à sa détermination de le fuir ? Mais plus important encore, comment la regarderait-il ?
Se retournant comme si chaque seconde était à elle seule une éternité, Joséphine finit par poser les yeux sur Jonah et la violence de la réalité vint de nouveau la secouer. Elle avait devant elle tout ce qu'elle craignait. Elle ne voyait que des yeux rouges et gonflés dû à la tristesse, un visage marqué par la violence et un corps flagellé de toutes sortes de blessures. Voilà tout ce qu'elle espérait fuir et tout ce qu'elle se refusait d'affronter. Affronter «l'après». L'accepter.
Alors que son corps s'effondrait, les seuls mots qu'elle fut capable de formuler furent des mots d'excuses. Des excuses et encore des excuses emportés dans un torrent de larmes et d'horreur.
Et tandis que Joséphine s'enfonçait toujours plus profondément de sa culpabilité, Jonah, lui, ne dit pas un mot. Pas un seul ne saurait la rassurer, la réconforter, lui faire comprendre que rien de tout cela n'était de son fait. Pas un seul ne saurait se faire entendre ou ne saurait la calmer. Tout ce qu'elle pouvait faire pour elle, était la tenir tout contre lui alors qu'ils se trouvaient à même la dalle pavée, au beau milieu des jardins, passant sa main sur son visage, le caressant sans fin. Elle était venue pour lui. Elle était venue et cela l'avait brisée.
Quoique Joséphine Conquérant ait pu emmener dans son périple, Jonah savait qu'elle repartirait sans le moment venu. Et c'est ce petit quelque chose qui risquait à présent de faire toute la différence car Joséphine était bien des choses, bien des femmes, mais ce n'était pas un soldat. Elle n'avait pas formée pour ce genre de chose, n'avait jamais rien vécu de similaire et bien qu'elle eut sa dose de mésaventures, il était peut-être venu le temps que ces dernières s'arrêtent.
Peut-être était-il venu le temps pour Joséphine Conquérant de retrouver sa vie d'avant et d'en finir avec Omyr le plus rapidement.
- Rentrons chez nous.
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