Le sourire

L'horloge suspendue au-dessus de la table à manger venait de sonner les vingt et une heures. Je frissonnais. Pour une raison qui m'était inconnue, je redoutais la nuit. Pourtant, sous ordre de ma mère je devais me coucher car, selon elle, je devais être en forme pour la journée de demain.

***

Je fût soudainement réveillée par ce qui semblait être un cri. Je me redressai et descendis, sans faire de bruit, de mon lit. Dehors, la pluie tombait et l'orage grondait. J'allumai ma lampe de chevet, qui me servait habituellement pour lire le soir. Je regardai une horloge accrochée au dessus de mon lit. Trois heures du matin. Neuf novembre. Le jour de mon anniversaire.

Ma chambre, bien que modestement meublée, était étonnamment grande. Elle possédait une mansarde encadrée de rideaux blancs, un grand miroir dans lequel on pouvait se voir de haut en bas et un bureau de bois. Une photo familiale était épinglée sur le mur. On accédait à cette chambre par des escaliers de marbre se situant au fond d'un long couloir au second étage de la demeure familiale.

Je me dirigeai vers le miroir qui m'intriguait sans que je sache bien pourquoi. Il était froid. Si froid. Comme la mort. Ou alors, c'était moi, qui avait froid. -Je ne sais plus vraiment.- Le parquet grinçait sous mon poids, pourtant léger, comme un violon accompagné par le pianiste Malaise et le guitariste Angoisse.

C'est là que je l'aperçu, le fantôme, devant moi. À la place de mon reflet, mon frère, mon jumeau, se tenait, plus blanc que la neige, me regardant de ses yeux éteints.

Le vacarme du tonnerre s'abattit à ce moment précis.

C'était il y a un an, le jour de notre anniversaire, Lucas, mon frère, était mort suite à une rupture d'anévrisme. Je fus la première à remarquer qu'il nous avait quitté. Tout s'était passé si vite. Trop vite. La sirène des pompiers. Les hurlements de mon père. Les pleurs de ma mère. Son enterrement. Le deuil. Ma tristesse infinie. Un vide qui se creuse dans ma poitrine. Le souvenir d'un sourire franc. De son sourire franc. Rien qu'un souvenir. Un souvenir éternel.

Lucas me dévisagea puis me sourit. J'essayai de crier, mais seul un hurlement, étouffé par l'étonnement et l'incrédulité, franchit mes lèvres. Sans le quitter des yeux, je voulu reculer mais je fus comme retenu par une force invisible ; la curiosité. C'était très étrange, ce sourire. Je l'appréciais autrefois et il me faisait, désormais, froid dans le dos. Je fermai les yeux longtemps puis les rouvris, espérant que tout cela n'était qu'une hallucination, un rêve, mais il était toujours là. Lui et son éternel sourire que j'admirais, malgré moi.

Le lendemain, je me réveillai avec un mal de tête terrible. J'étais allongée sur le plancher. Que m'était-il arrivé ? Un cauchemar ? Où bien un rêve tout simplement.

C'est alors que je l'aperçu. Un petit post-it collé sur le miroir. Je me levai aussi rapidement que ma tête me le permit. Un message était écrit sur ce post-it. « Bon anniversaire, sœurette ! ».



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(Je précise que ça date de l'an dernier et que je l'ai fait pour le collège de base...)

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