20 : Soirée Arrosée

Je n'ai jamais aussi bien dormi, même si mes rêves n'ont fait que tourner en boucle le petit moment d'égarement que nous avons essuyé avant de sombrer, dans mon esprit. Je ne vais pas me plaindre, ce n'était pas du tout désagréable. C'est Léa et Jules qui nous ont sorti du sommeil et après mettre changé, on attend Léa et Victor dans le vestibule.

- Alors ?

- Alors quoi ?

Jules me sourit, espiègle, son visage aussi flippant que les clowns dans les films d'angoisse.

- Il ne s'est rien passé.

- A d'autre. Je te rappelle que tu n'as aucun secret pour moi.

Je lève les yeux au ciel, espérant secrètement que les deux amis descendent enfin pour couper les pensées de mon meilleur ami. Malheureusement, même en priant, rienn' arrive quand on le veut vraiment.

- J'ai dérapé et Victor m'a calmé. Rien de plus. Sa détermination est bien plus puissante que la mienne.

Jules s'apprête à me répondre mais Léa apparait dans l'escalier, suivit de prêt. Mon meilleur ami me tend ses clés sans omettre de me menacer quant au bon maintien de l'état de sa voiture. Je les attrape en levant les yeux au ciel. Jacques nous souhaite une bonne soirée pendant que Justine dit bonne nuit à son frère et nous prenons la route.

Pendant le trajet, je jette des coups d'œil dès que je le peux à Victor dans le rétroviseur, plus concentré sur l'extérieur que sur moi, sa main dans la mienne quand je ne m'en sers pas. Nous nous arrêtons devant un snack dans le centre-ville pour dîner. Ça nous permet de sortir et de ne pas avoir peur de dévier sur des sujets que les oreilles indiscrètes n'ont pas besoin d'entendre. Nous sortons tous les quatre de la voiture et nous nous asseyons autour d'une table sur des banquettes dans le style des diner américain.

- Vous voulez manger quoi ?

Je m'empare de l'une des cartes déposées sur la table. J'ai à peine le temps de lire les entrées que Victor me l'arrache des mains pour la lire. Je fais une moue renfrognée et pose mon menton sur son épaule pour pouvoir zieuté les plats.

- Vous avez choisi ?

La serveuse nous sourit et écrit ce que nous commandons sur son calepin avant de retourner de l'autre côté du bar.

- Bon les gars, on fait quoi après ? Film ou bar ? Autre chose ?

La jeune fille balance ses bras dans tous les sens. Victor est du genre indécis, donc ce n'est pas à lui qu'elle pose cette question. Jules sort son portable pour la rassurer.

- Je vais regarder les films. S'il y en a un pas mal on ira le voir, ça te va ?

Léa lui tire la langue et il pose sa bouche sur la sienne pour la faire taire. J'affiche un air dégouté avant de tirer la manche du blond pour qu'il arrête de lui manger le visage. Il me tire à son tour la langue.

- Hugo...

Je me reconcentre sur Victor, qui m'offre une porte de sortie. Son expression terrifiée me fige et je suis la direction de son regard. Je tombe sur tout mon ancien groupe de pote. Je remarque même Louis dans le lot. Je savais que c'était une mauvaise idée de traîner près du centre-ville. Quand ils viennent vers nous, je vois des regards de haine et des sourires pervers sur chacun de leurs visages.

- Salut, Brisson. Dis-moi Hugo, il t'a payé combien pour avoir ton attention ?

Valentin ne le regarde même pas, il me fixe, essayant de déchiffrer mon expression que je laisse délibérément froide. Je ne me démonterais pas devant un petit con comme lui et je ne le laisserais encore moins l'insulter sans rien dire. Il reprend :

- À moins que ce soit lui qui se soit défoulé sur toi et que tu t'écrases comme le sale chien que tu es.

J'avale la boule de rage qui se forme dans ma gorge. J'essaye de garder mon contrôle, autant pour Victor, parce qu'il dans le champ tire, autant pour ne pas rajouter quelques bleus en plus sur mon corps. Mes ongles viennent se planter dans mes paumes.

- Ravale tes paroles avant que je te colle mon poing dans la gueule.

Tout le monde reste silencieux, je ne sais pas à quoi pense les autres et je ne prends pas la peine de leur jeter un regard, trop concentré sur les réactions de Valentin. Mes yeux dévient malgré eux vers Louis, qui me sourit de toutes ses dents. Valentin n'a jamais eu autant de cran, je suis sûr que c'est une idée de se fumier pour se dédouaner si ça tournait mal. J'ai tellement envie de lui refaire le portrait.

- Tu te fous de moi ?! Qu'est-ce qui t'es arrivé pour avoir envie de... ça ? (Il montre Victor du doigt) Tu me dégoutes.

Je me lève en une impulsion qui fait reculer tout le petit groupe. Je reste dans cette position même si j'ai clairement envie d'en venir aux mains. C'est celle de Victor dans la mienne qui trace des cercles sur mon épiderme qui me bloque dans mon élan. S'ils s'avaient que Victor tempère ma colère, je suis persuadé qu'il le remercierait de m'avoir fait tomber amoureux de lui.

- Ne parle plus jamais de lui comme ça. Maintenant, dégage ou je te jure que te fais la peau.

Valentin avale difficilement sa salive puis jette un regard d'avertissement à Jules, du genre « Tu restes, tu risques la même chose » avant d'entrainer tous les autres vers le fond de la salle. Je me rassois en me rendant compte que Victor est figé la bouche ouverte à gober les mouches.

- Victor réveilles-toi.

- C'est trop gentil.

Je ne montre pas ma surprise. Je n'arrive pas à croire qu'il soit déstabilisé par mes mots, ce n'est pas comme si c'était la première fois que je prenais sa défense. Un sourire espiègle se dessine sur mes lèvres sans lâcher ses épaules que j'ai secoué une minute plus tôt.

- Ce n'est pas comme si je n'avais jamais pris ta défense. Victor, redescends sur terre, j'ai fait ça toute notre enfance et depuis plus d'un mois.

Il n'ajoute rien et je commence à me demander si je n'ai pas détraqué la machinerie de son esprit. On dirait une gamine qui apprend ce qu'est l'amour. Je préfère quand il ne se laisse pas attendrir, même avec son cœur d'artichaut.

- Victor, redevient un mec, maintenant. Je ne sors pas avec les filles et encore moins avec des trucs qui ressemble à Léa Blanchard.

- Hé !

La réaction de Léa qui me jette sa serviette au visage le sort enfin de sa léthargie et il explose de rire. Il se calme un peu en voyant son regard courroucé. Il se laisse tomber en arrière, les bras croisés.

- Bon, il n'y a pas de film potable. On va en boite ?

Jules nous ramène à la raison principale de notre virée à quatre. J'hausse les épaules, je m'en fou un peu, tout dépend de ce que Victor à envie de faire. Il hausse à son tour les épaules, je m'en doutais un peu, il ne sait pas choisir.

Quand nous sortons du snack, le groupe de garçon campe devant le bâtiment en fumant des clopes. Ça me donne presque envie d'arrêter, en les voyant en cercle comme des loups autour de leur repas. Quand ils posent les yeux sur nous, je passe instinctivement mon bras autour de Victor pour le faire passer derrière moi. Je ne bouge pas, les toisant méchamment. C'est Jules qui me ramène vers la voiture en tirant sur mon épaule. Quand nous sommes tous les quatre dans la voiture, je respire.

- Les prochains mois de cours vont être un enfer.

Victor émet cette hypothèse à l'intention de Léa mais je ne peux pas m'empêcher d'y répondre.

- Je te protègerais.

- Je ne veux pas que tu te battes, et encore moins pour moi. J'ai appris à encaisser les coups. Ce qui m'énerve, c'est d'avoir à constamment regarder derrière mon épaule pour ne pas me prendre un poignard dans le dos.

Nous débarquons sur le même parking que la dernière fois.

- Tu es sûr que c'est une bonne idée ?

Je me tourne vers Victor, à l'arrière de la voiture pendant que Jules se gare à côté de l'entrée. Je sais qu'il ne parle pas du coup de poing dans le nez qu'il a reçu la dernière fois, mais d'Antoine, le videur et ami de mon frère.

- Ne t'en fais pas.

Ce qu'il ne sait pas, c'est que lui aussi, cache le même secret que moi. Bon, son coming out remonte maintenant, mais à le voir comme ça, on ne croirait pas qu'il est gay. Quand il me remarque, il fronce le nez et prend mon visage entre ses doigts.

- Il ne t'a pas loupé.

J'hausse les épaules quand il me lâche. Je me rappelle que Lucas l'avait lui aussi mit dans un mauvais état à l'époque.

- Ça lui passera.

- Ça m'étonnerait, je suis son frère. Ça le touche de trop près.

Le videur affiche un air contrit, comme pour me soutenir, avant de poser les yeux derrière mon épaule.

- Tu n'avais pas de lunette la dernière fois.

Antoine revient vers moi, visiblement amusé de la situation. Pour avoir fait un tas de soirée avec lui et d'autres potes de mon frère, je sais que nos goûts ne sont pas très différents.

- Très bon choix.

Je lui souris, puis prends la poignée de la porte.

- En fait, c'est moi qui lui ai cassé ses lunettes. Tu ne trouves pas que j'ai de la chance qu'il veuille toujours de moi ?

Je me rassois au même endroit que la dernière fois et attrape aussitôt Victor pour le coller à moi.

- Il est gay. C'est pour ça que tu me disais qu'il n'y avait aucun problème ?

J'acquiesce.

- Mon frère lui a fait vivre la même chose à l'époque de son coming out et aujourd'hui ils se parlent à peu près normalement. Je savais ce qu'il était et il a toujours été de bon conseil, même si je n'arrivais pas à m'y faire. C'est toi qui m'a ouvert les yeux, pour m'en faire baver juste après.

Victor me tire la langue, boudeur et j'éclate de rire. Il a vraiment des réactions enfantines, mais j'aime bien ce petit côté insouciant chez lui. Je passe mon bras dans son dos pour le faire basculer vers moi. A quelques centimètres de ses lèvres, je le dévore des yeux. Je n'ai jamais été aussi heureux que maintenant, lui dans mes bras, sans avoir peur qu'on nous voit.

- Je me demande toujours ce qui aurait pu se passer si on était resté ami.

Cette question, je l'ai fait tourner en boucle dans ma tête depuis que j'ai treize ans. Non, depuis que je suis amoureux de lui. Est-ce que ce serait mieux de rester ami ? Il ne comprendrait pas ce que ça implique. Que dirait les autres ? Est-ce que je ne fais pas une bêtise ? Est-ce que je devrais lui dire au risque de le perdre ? Je n'aurais pas dû croire Lucas.

- Je ne crois pas que ça aurait changer grand-chose. Je pense que ce serait peut-être pire.

- Pire que de se prendre des raclés tous les jours depuis l'âge de cinq ans ?

Je grimace et me laisse retomber contre le siège, le regard fouillant la salle. J'ai peur que si nous étions restés amis, nous nous soyons un jour rendu compte de nos sentiments respectifs et qu'on ait tenté le coup. Au final, ça n'aurait peut-être pas marché et nous en serions au même point qu'il y a un mois. Mais je l'aurais peut-être protégé contre les brutes, j'aurais peut-être étouffer les insultes et les coups à venir dans l'œuf avant que ça devienne un massacre.

Ça ne sert à rien de refaire le passer. Victor, fixe notre deuxième couple.

- Tu te méfis toujours de lui ?

- Elle est comme ma sœur, je me méfierais de toutes les personnes qui s'approchent d'elle jusqu'à ce qu'elle ne veuille plus de moi.

- T'es un ami génial.

Un sourire espiègle vient barrer son visage.

- Merci de t'en rendre compte après six ans.

- Oh ! Tu vas me le rappeler encore combien de fois ?

Je m'offusque. Décidément, je vais en entendre parler pendant longtemps. Jules pose un plateau rempli de shots devant nous, un sourire béat aux lèvres. Victor me jette un regard désapprobateur quand j'en prends un. Je le bois quand même.

- Vous savez que je n'ai pas le permit ?

Léa pince les lèvres en me dévisageant. J'affiche un air blasé, dégouté de ne pas pouvoir m'amuser ce soir et vais au bar. Le barman me salut, habitué à me voir dans les parages et me sert les deux Coca-Cola que je commande. Je reviens à la table où Léa et Jules ont presque finit le plateau.

- Je vais servir de baby-sitter.

Victor lève les yeux au ciel et approche son verre de ses lèvres. Quand Léa et Jules commence à être vraiment bien imbibé, je m'autorise très vite quelques bières. Victor ne le remarque pas. Quand je sens finalement les effets de l'alcool, je m'en veux de laisser Victor avec nous trois sur les bras. J'aurais peut-être dû prendre mon rôle au sérieux.

La soirée se continue sans que je ne m'en rende compte, j'oublie très vite toute culpabilité et m'amuse du comportement collant des deux hétéros alors que d'habitude, ça me donnerait envie de vomir. Victor ne s'ennuie pas, il nous parle et la plupart du temps, on lui répond. Il regarde quand même son portable toutes deux minutes.

Quand il décide que la fête est finie, nous rallons un peu mais je ne me fais pas prier pour le suivre. J'ai quelques idées salaces qui me traversent l'esprit depuis un moment et j'ai besoin d'un moment à deux, seuls. Mon cerveau est embrumé mais j'ai encore la tête sur les épaules et mes pensées me semblent rationnelles.

Quand il tente de me prendre les clés de voiture, je passe ma main dans mon dos.

- Tu ne sais pas conduire.

- Et tu es soul. Vaut mieux que ce soit moi.

Il me faut un peu de temps pour percuter et me rendre compte qu'il a raison. Victor ne dépasse pas les quarante kilomètres/heure, heureusement qu'on ne doit pas prendre le périphérique ou la quatre voie. J'ai pourtant du mal à me retenir de rire.

- À cette allure, on n'y sera jamais avant demain.

Ça mâchoire tellement sexy se contracte, mais il ne me répond pas. Léa gémit, réveillant Jules par la même occasion.

- Victor, arrête-toi, je vais vomir.

- Ne la laisse pas vomir sur les sièges de ma caisse.

Victor panique, ses mains transpirantes grinçant sur le volant.

- Maintenant, Victor !

La voiture s'arrête en plein milieu d'un parking que je connais bien. Je retire la clé pour ne pas qu'on reparte et descends de la caisse en riant.

- Quelle coïncidence.

Victor me suit à l'extérieur, jette un coup d'œil à sa meilleure amie avant de se concentrer sur moi. Plus le temps passe, et moins l'alcool ne fait effet. Profitant de ma faiblesse en train de disparaitre, je plonge la main dans la poche de son jean. Le tissu à l'intérieur est tellement fin, que je sens la chaleur qui émane de sa jambe et le renflement de son caleçon. Je me dépêche de sortir son trousseau avant de faire une connerie. J'ouvre la porte du gymnase avec la clé que tous les membres de son club possèdent.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je veux jouer au handball.

J'avance à tâtons dans l'obscurité, retrouvant peu à peu mes facultés mentales et trouve le panneau électrique. Je me dirige ensuite vers la réserve et attrape un ballon de hand que je lui lance quand il apparait. Il drible légèrement, pas super chaud.

- Allé ! Joue avec moi.

Il tire et je le reçois dans le ventre, réveillant la nausée que je ne voulais pas voir apparaitre. Bon, mes réflexes ne sont pas encore totalement revenus. Je l'oblige à me suivre et il joue le jeu. Le fait qu'il n'ait pas bu lui donne un avantage tactique. Alors qu'il récupère la balle, je frappe dessus et m'en empare qu'en elle rebondit sur le sol. Il tente de la récupérer au bout de mon bras levé mais n'y arrive pas. Presque collé à moi, ses lèvres à deux pas des miennes, je ne résiste pas.

Je lâche la balle alors que ses deux mains descendent de mes épaules jusqu'à mes pectoraux en y laissant des lignes brûlantes, incandescentes. Je le colle brutalement contre moi, maitre de moi-même maintenant. Ses doigts viennent tirer sur mon tee-shirt, traduisant le désir ardent qu'il ressent. Il me repousse, encore, malgré cette envie dévorante, flagrante, qui émane de lui. Ça m'énerve.

- Il faut qu'on rentre.

- Tu viens de me faire redescendre d'un coup.

Il pince les lèvres avant de récupérer la balle et d'aller la ranger. Il passe à son tour la main dans ma poche pour prendre ses clés. Je suis complètement anesthésié.

- Je peux prendre, le volant, je me sens mieux.

- Marche sur le bord du trottoir pour que j'en sois sûr.

Je suis son ordre et réussi haut la main.

Je sors Jules de la voiture avec difficulté. Victor vient m'aider, après avoir déposé Léa à l'intérieur, quand nous arrivons dans l'entrée.

- Où est ma sœur ?

- Elle dort dans ma chambre, ne t'inquiète pas.

Il acquiesce en direction de Julie qui nous regarde bizarrement avant de se jeter sur le lit. Je lui enlève ses chaussures et le couvre malgré ses différentes couches de vêtements. Julie et Victor m'attendent dehors.

- Comment était votre soirée ?

- Super, ils sont tous ivres morts.

J'ouvre grand les yeux à l'intention de Victor avant de sourire à sa mère histoire de faire redescendre la tension. Elle répond à ma grimace puis embrasse son fils.

- Ta mère va me détester.

- Mais non, des fois j'ai l'impression qu'elle t'aime plus que moi.

J'affirme le contraire et l'embrasse sur la bouche. Il sent le vomi, ce n'est pas super agréable. Je lui souris avant de rentrer dans la chambre.



Un craquement assourdissant me réveille en sursaut. À côté de moi, Jules dors toujours comme une marmotte. Il grogne un peu mais n'ouvre pas les yeux. Je frotte les miens, encore dans le coltard et avise l'heure. Quatre heure du matin.

Des voix se font entendre avant que la porte d'entrée ne se ferme doucement. Je me lève, arrachant une complainte à mon meilleur ami et sors de la chambre sans fermer la porte pour ne pas faire de bruit inutilement.

- Non. Je veux que vous sortiez de chez moi. Vous n'êtes pas le bienvenu ici.

- Ne me parle pas comme ça, gamin.

J'arrive dans l'entrée et tombe sur un garçon brun de mon âge et de ma taille. Dans la pénombre, je ne distingue rien de plus à part son blouson de moto et l'eau qui s'en écoule sur le sol. Il est face à Victor, qui me semble terrorisé et en colère.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

Le mec lève les yeux au ciel sans perdre son sourire arrogant qui m'énerve et secoue la tête dans tous les sens. Il fait très vite abstraction de ma présence pour foncé sur Victor qui m'implore du regard.

- Tu vas me dire tout de suite où elle se trouve ou je te jure que je te casse la figure.

Je ne me fais pas prier et attrape violemment l'épaule du brun, mon air froid et distant sur le visage. Je tire au maximum sur son corps pour le faire reculer. Il n'est pas question qu'il s'en prenne à mon copain. Il finit par se dégager.

- Ne lui reparle jamais sur ce ton, c'est clair ?

Le garçon se met à rire et je fronce les sourcils. Encore plus quand il sort un carnet de sous sa veste et le brandit au-dessus de sa tête. Il m'ignore et se tourne vers Victor.

- Heureusement pour moi, ma sœur consigne l'intégralité de sa pitoyable petite vie dans des cahiers comme celui-là. Elle y met aussi ses états d'âme et ses réflexions personnelles. Je vous passe tous les détails sordides à propos de moi.

Je jette un coup d'œil à mon voisin pour comprendre de quoi il parle. En voyant son air paniqué, je comprends qu'il s'agit de Léa.

- C'est amusant de savoir que vous ne savez absolument rien de moi. Oui parce que Léa, ne t'a parlé que de son soit disant viol mais pas de ma présence dans sa vie. Je sais pourtant tout ce qu'il y a savoir de vous. Le gay froussard à lunette qui est amoureux depuis presque toujours du gay refoulé qui l'a persécuté toute sa vie. Jolie histoire à l'eau de rose, mais je ne me doutais pas qu'il existait des personnes aussi sordides que moi.

Je percute sur ses derniers mots.

- T'es en train de me comparer à toi là ?

Je ne connais même pas ce mec et il est en train de me comparer à lui. J'avoue que je ne me suis jamais rendu dans la maison du meilleur ami de mon frère pour exiger qu'on me rende mon frère en persécutant ses occupants. Et puis bon, je ne me serais pas non plus renseigné sur eux. J'ai fait des erreurs mais ce mec est clairement fou.

- On dirait bien, Hugo Freigné. Il ne manque plus que le garçon battu par son père qui veut absolument protéger sa petite sœur. J'aurais été lui, je me serais barré de la maison depuis un bout de temps sans me soucier une seule seconde de ma salope de sœur.

Encore une chose qui me différencie de lui. Il est taré. Je sens Victor me serrer le bras. Sa colère enfle plus cette histoire s'éternise. Même si je trouve Léa insupportable, je ne le laisserais pas l'insulter comme ça. Même mon frère, je ne parlerais pas de lui comme ça.

- C'est ce que t'as fait.

Le brun plisse les yeux. J'écoute la discussion qui n'a plus vraiment avoir avec moi, sans rien dire.

- Techniquement, c'est ma mère qui nous a foutu dehors mais je ne t'en veux pas.

Il m'énerve à prendre Victor de haut. J'ai un mouvement un avant, retenu par la main de Victor autour de mon bras.

- Tu ne lui en veux pas ? T'es qui, espèce de connard, pour venir te mêler de nos vies ?!

Mon saut d'humeur semble l'amuser.

- Oh ! C'est vrai, je ne me suis pas présenté. Quelle maladresse de ma part. Jackson Hale, pour vous servir.

Il fait une révérence comme s'il venait de finir sa pièce de théâtre. Ça ne nous amuse pas et il s'en rend compte avant de perdre son sourire. Il s'approche de moi et place son visage à quelques centimètres du mien. J'attends qu'il s'exprime, qu'il me dise pourquoi il me prend autant de haut alors qu'il n'a même pas vingt ans, il est tellement immature.

- Les gens comme vous me dégoûtent. Ma sœur a toujours été très douée pour ramasser les chiens errants mais là, elle a fait vraiment fort. Elle devait vraiment être au fond du trou quand elle est arrivée ici.

Je ne me retiens pas. Autant pour le commentaire sur sa sœur que sur l'insulte qu'il vient de nous balancer et lui mets un coup de tête. La douleur est aussi insupportable que la migraine dû à l'alcool. Il prépare son coup de poing mais une petite voix l'arrête net.

- Jackson ?

L'apostrophé se tourne vers les escaliers pour dévisager Léa, ensommeillée.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Tu m'étonnes qu'on ne te prenne jamais au sérieux avec des vêtements pareils.

La jeune fille se renfrogne en passant ses doigts dans ses cheveux pour les lisser. Jackson commence à s'impatienter.

- Léa, fait ton sac maintenant, tu viens avec moi.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

Jules apparait à l'embouchure du couloir, livide tel un mort vivant. Il ne prononce pas un mot et regarde l'action se dérouler comme Victor et moi.

- Ce n'était pas une question.

- Elle ne partira pas avec toi.

Jackson se concentre de nouveau sur mon copain qui a encore l'audace de lui parler. J'aime cette facette de lui. Je souris alors que le visage de l'autre gars est déformé par la colère. Son masque de bouffon a disparu aussitôt que Léa est apparue. Il ne la supporte vraiment pas, c'est indéniable.

- Victor, c'est bon, laisse tomber.

Le blond ouvre la bouche mais je l'arrête, de peur qu'il ne s'attire plus d'ennuie. Nous ne bougeons pas avant que Léa ne redescende avec ses affaires. Elle enfile son manteau juste après en nous lançant des sourires contrits.

- Je t'appelle dans la journée.

Elle s'adresse à Victor, mais il ne réagit pas. Je n'ai pas tout compris mais je n'ose pas encore lui demander. Je ne savais même pas que Léa avait un frère. Je la croyais fille unique. Nous restons tous les trois figés sur l'extérieur où Léa sourit sous une forte pluie. Une fois partis, Jules et moi parlons comme un seul homme.

- Qui c'est ce mec ?

- Son frère jumeau.

On attend un peu plus d'explication mais Victorreste mutique. Il referme la porte, nous plongeant un peu plus dans le noir.

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