Chapitre 27

Dakota fut réveillé par des coups toqués à la porte. Il posa son regard sur la femme endormie à côté de lui, et se releva avant de s'habiller. Ses yeux revenaient régulièrement se poser sur la forme allongée, la détaillant, se rappelant sans émotion la nuit passée avec elle. Il ne se souvenait même plus de son prénom. Marie quelque chose, sûrement. Il la savait blonde, avec des yeux bleus, comme... Non. Il secoua la tête en repensant à Morgane. Dire qu'il pensait que la jeune femme était ignorante de tout... Il s'était bien fait avoir. Et pourtant, malgré sa haine pour elle, il ne pouvait s'enlever son souvenir de la tête.

Les coups furent plus insistants, et la demoiselle remua faiblement. Sans un regard pour elle, le roi enfila sa chemise, et sortit de la pièce. Castiel l'attendait, et soupira en le voyant :

« - Eh bien, j'ai cru que tu ne viendrais jamais.

- Peut-être, mais je suis là. »

Son ton claqua, sec, et le rouquin eut un sourire :

« - La nuit n'a pas été bonne ? »

Dakota eut un geste vague de la main. Elle avait été banale. La demoiselle s'était offerte sans résister, il l'avait prise machinalement, et ça s'était arrêté là. Il n'y avait, finalement, qu'avec très peu de femmes qu'il avait réellement pris du plaisir lors des nuits passées avec elles. Et il pouvait certifier sans hésiter que cette Marie quelque chose ne faisait pas partie de ce groupe très fermé.

« - Cette pauvre demoiselle sait-elle que c'était son unique nuit avec toi ? persifla le noble.

- Bien sûr que non, comment veux-tu qu'elle le sache ? »

Il supportait de moins en moins son ami, qu'il jugeait trop envahissant et impertinent. Aussitôt, il repensa aux paroles de Morgane, quand elle lui confiait qu'elle détestait Castiel. A cet instant, il la comprenait. Il ne désirait qu'une chose : que le rouquin se taise, et qu'il arrête de lui renvoyer son inconstance à la figure.

.......................................................................................................................................................

Plusieurs jours après, contrairement à son habitude, Dakota resta seul dans son lit pour la nuit, ayant besoin de réfléchir. Il avait renvoyé tout le monde, voulant que sa chambre soit vide. Il se frotta le visage, et soupira. Qu'avait donc Morgane pour hanter autant ses pensées ? Elle l'avait manipulé, dans le but d'avoir un enfant avec lui, pour pouvoir le légitimer et réclamer des privilèges. Mais alors pourquoi ne parvenait-il pas à l'oublier ? La vérité était que malgré tous ses efforts, le souvenir de la rousse restait ancré en lui, et il ne voulait pas l'en détacher. Elle lui était devenu essentielle. Il n'avait jamais ressenti autant de désir pour une femme, pas même pour Marie-Louise. Il avait pensé la rousse docile, soumise, femme en résumé ; et l'avait découverte au contraire tempétueuse, défiante, séductrice. Et elle semblait parfois ne pas avoir conscience de la supériorité de son corps, ce qui la rendait encore plus désirable.

Et il n'y avait pas que cet aspect-là qui l'avait surpris. Lorsqu'elle lui avait reproché de ne lui offrir que des bijoux, il était resté stupéfait. Quelle femme n'était point satisfaite avec des parures ? Cela dépassait son entendement. Et pourtant, elle était vraiment fâchée lorsque, cette nuit-là, elle l'avait défiée, totalement dévêtue. Il n'avait alors pas pu résister, vaincu par l'appel du désir, de la volupté et de la chair, et même s'il avait tenté de ne pas perdre la face, il savait très bien qu'elle était sortie maîtresse de cet affrontement. Savait-elle, elle, la demoiselle, qu'elle venait d'écraser le souverain du royaume sous le poids de l'envie, du désir qu'elle lui inspirait ? Il l'ignorait.

Et elle l'avait encore surpris lors de l'attaque des rebelles. Lorsqu'il lui avait dit qu'ils devaient s'enfuir, elle avait pensé à ses livres. Pas aux présents qu'il lui avait offerts, non, aux livres. Sur le moment, il avait trouvé cela stupide, car elle risquait sa vie, mais quand il y repensait, il la trouvait attachante. Elle refusait de se séparer de ce qui était important pour elle : ce qui lui venait de son père, son goût pour la lecture. Il avait également remarqué qu'elle était très attachée à sa terre d'origine, la Bretagne. Il n'avait jamais pensé à lui demander de lui parler breton, car il ne s'intéressait pas à cela. Mais il le regrettait. De toute façon, il regrettait beaucoup de choses, la concernant.

Mais il était forcé de reconnaître que... Que Morgane lui manquait. C'en était presque humiliant de l'admettre. Lui, Dakota Dieudonné de Bourbon, s'était amouraché d'une pauvre demoiselle intrigante ? Ridicule. Mais c'était la vérité. Il s'était attaché à sa joie naturelle ; à sa chevelure de flammes ; à ses brusques accès de colère, qu'il parvenait toujours à calmer avec des baisers ; à son corps qu'il avait appris à connaître par cœur et dont il pouvait redessiner les moindres courbes de mémoire ; à ses yeux, d'un bleu si clair et si beau ; à son sourire, qui le mettait en joie ; à ses lèvres qu'il adorait embrasser. Tout en elle était attachant, et tout lui manquait.

C'était comme son envie ardente d'être aimée. Jamais une femme ne lui avait demandé autant de preuves, de mots, et d'actes d'amour. Elles se contentaient toutes de s'offrir à lui, ne voyant que les avantages du statut de maîtresse. Mais Morgane... Elle voulait qu'il l'aime. Au début, il lui mentait, s'attachant à la conquérir par les mots, puisqu'il ne pouvait l'avoir par les actes. Et il était amusé en voyant son regard briller d'émotion lorsqu'il lui disait l'aimer. Mais, peu à peu, il avait cru aux mensonges qu'il répétait machinalement.

Dakota enfouit son visage dans son oreiller, étouffant ainsi un cri de rage. Comment avait-il pu se laisser ainsi dominer par une femme ? Quand était-il devenu dépendant de la rousse ? Sans doute dès la première nuit où il l'avait possédée. Il s'en souvenait encore avec clarté. Elle était tellement belle... La lumière éclairait faiblement son corps à la peau laiteuse, faisant ressortir sa chevelure si éclatante. Il la savait honteuse de ce qu'elle découvrait, des mains du roi qui parcouraient son corps, des baisers qu'elle réclamait, des sensations qu'elle ressentait. Cela l'avait amusé, mais sans y prendre garde, il l'avait laissée entrer dans son cœur. Et à présent, elle ne voulait plus en sortir. Et il avait beau découcher toutes les nuits pour tromper sa solitude dans d'autres couches, Morgane restait dans son esprit.

Dès qu'il voyait une autre demoiselle, il ne pouvait s'empêcher de la comparer à la rousse. Et cette dernière était, malgré ses efforts, toujours gagnante. Elle avait toujours de plus beaux cheveux, un plus beau sourire, un corps plus attirant, une voix plus douce. Et cela le mettait en rage. Etait-elle donc si irremplaçable à ses yeux ?!

Le roi réalisa soudain que, lorsqu'il l'avait vue porter ce collier de perles offerts par son ami, il avait été jaloux. Il refusait qu'elle puisse appartenir à un autre homme, que quelqu'un d'autre puisse l'aimer... Comme il l'aimait, en somme. Il aurait dû faire attention, prendre garde à cet avertissement, signe de son attachement à elle. Mais il s'était lui-même aveuglé, sûr de lui et de son incapacité à aimer. Quelle erreur...

Mais à présent, il l'imaginait seule, dans ce manoir loin de tout. Quand il l'avait quittée, il lui avait semblé que ses sanglots le poursuivaient sans relâche. Il avait toujours détesté voir les femmes pleurer, mais c'était pire avec elle. Quand ils étaient encore tous les deux à la Cour, il avait remarqué qu'elle ne pleurait pas facilement, et que les larmes lui venaient toujours lorsqu'elle était furieuse ou blessée. Et, sans qu'il ne puisse s'expliquer pourquoi, le fait de voir ses beaux yeux bleus s'embuer à cause des pleurs l'attristait à chaque fois. Ce qui n'était pas le cas de ses colères.

Jamais il n'avait connu une femme aussi prompte à s'énerver. Lorsqu'elle boudait, qu'elle se détournait ou qu'elle résistait, furieuse, cela l'excitait. Il lui semblait alors que son désir était décuplé. Et elle osait lui tenir tête, le défiant encore et encore. Dakota découvrait la frustration, chose qu'il n'avait jamais connu. Aucune demoiselle ne s'était ainsi refusée à lui, et aucune ne l'avait ainsi ni souffleté ni injurié. Lorsqu'il l'avait invitée à ce bosquet pour la première fois, il avait dû se maîtriser pour ne pas répliquer vertement, alors qu'elle s'énervait contre lui. Et cela l'avait convaincu qu'il avait choisi la bonne femme à mettre dans sa couche.

Il se redressa soudain, s'asseyant dans son lit. Qu'allait-elle devenir ? Sans doute allait-elle finir dans la couche d'un autre homme, qui accepterait cet enfant, son enfant, sans rechigner, subjugué par la candeur, la beauté et l'entrain de la jeune femme. Elle prétexterait sans doute une mauvaise aventure pour justifier sa grossesse, et un vieux barbon l'épouserait avec empressement.

Le roi ferma les yeux, pressant ses poings contre ses paupières en soupirant. Le visage baigné de larmes de Morgane apparut dans son esprit, et il n'eut pas la force de le repousser. Comment pouvait-elle aussi bonne comédienne ? Même sa mère ne l'était pas à ce point-là... Lorsqu'elle lui avait annoncé sa grossesse, elle semblait véritablement anxieuse, et semblait guetter sa réaction. Et lorsqu'il l'avait questionnée, elle semblait vraiment écrasée par le chagrin. Il repensa à la violence dont il avait fait preuve, et eut des remords. Mais quand elle lui avait hurlé qu'il avait peur d'être le père, son sang n'avait fait qu'un tour. Sans réfléchir, il l'avait souffletée, mais il savait au fond de lui qu'elle avait raison. Sans en avoir conscience, elle venait de le toucher au plus profond de lui-même.

Il avait toujours eu peur, inconsciemment, que l'une de ses maîtresses ne tombe enceinte. Par chance, ce n'était pas arrivé. Avant Morgane. Ce qu'elle avait voulu. Il ne pensait pas une seule seconde que tout cela ne puisse être que du hasard. Tout était forcément manigancé. Car sinon, comment aurait-elle pu accepter si rapidement l'idée qu'elle attendait un enfant ? Pourquoi aurait-elle à ce point tenté de le retenir ?

Il repensa avec colère aux dernières paroles qu'elle lui avait hurlées. Elle le détestait. Et elle l'avait traité de lâche. A cet instant, Dakota s'était retenu de la frapper. Elle oubliait bien facilement qu'il était le roi, son souverain, et qu'elle lui devait obéissance. La première fois qu'elle lui avait dit qu'elle le haïssait, il lui avait bien fait comprendre qu'il ne voulait plus jamais l'entendre dire cela. Les seules fois où elle avait désobéi était lorsqu'il avait injurié son ami, et... Lorsqu'il avait appris qu'elle attendait un enfant.

N'y tenant plus, Dakota se leva brutalement. Sans prendre la peine de prévenir quelqu'un, il sortit de la pièce, se dirigeant vers une des chambres qu'il avait déjà visitées. Il ne prit pas le temps de toquer, et entra dans la pièce. Cette demoiselle, Jeanne sans doute, sursauta en l'entendant, puis un sourire éclaira son visage lorsqu'elle le vit ôter sa chemise. Quand il l'embrassa, il lui sembla que son cœur était moins douloureux même si, lorsqu'il la prit, ce fut le visage de Morgane qu'il vit.


Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top