27


La nuit était tombée sur Osaka, et les rues étaient plus calmes que dans la journée.

Atsumu marchait aux côtés de Kiyoomi, les mains enfoncées dans les poches de son sweat, un léger sourire aux lèvres.

Ils avaient passé la journée entière ensemble, et contre toute attente, ça n'avait pas été aussi insupportable que Kiyoomi l'aurait imaginé.

Enfin arrivés près de la voiture de Kiyoomi, Atsumu s'arrêta et l'observa du coin de l'œil.

— T'es sûr que t'es en état de conduire jusqu'à Tokyo ?

Kiyoomi hocha la tête sans hésiter.

— Je vais bien.

Il marqua une courte pause.

Puis, dans un ton plus sincère qu'il ne l'aurait voulu, il ajouta :

— Merci.

Atsumu cligna des yeux, surpris.

Kiyoomi ne le remerciait jamais.

Enfin, jamais de cette façon.

Pas avec cette honnêteté brute, pas avec ce regard qui, pour une fois, ne cherchait pas à éviter le sien.

Un petit sourire gêné passa sur le visage d'Atsumu, et il se racla discrètement la gorge.

— Bah... Normal.

Il passa une main dans ses cheveux, puis reprit avec nonchalance :

— T'as encore mon sweat sur le dos, alors t'as intérêt à pas crever sur la route, j'y tiens.

Kiyoomi esquissa un léger sourire.

— T'es un idiot.
— Ouais, mais un idiot sympa, hein ?

Kiyoomi ne répondit pas.

Mais son regard en disait long.

Atsumu lâcha un rire léger.

Puis, comme s'il venait d'y penser, il tendit sa main vers lui.

— File-moi ton contact perso.

Kiyoomi leva un sourcil.

— Pourquoi ?
— Pour être sûr que t'arrives bien à Tokyo, abruti.

Kiyoomi s'apprêtait à sortir son téléphone...

Puis il réalisa.

Son portable était éteint.

Depuis...

Depuis la rupture.

Sans un mot, il se dirigea vers sa voiture, ouvrit la portière, et attrapa son téléphone sur le siège passager.

Lorsqu'il l'alluma, l'écran s'illumina immédiatement sous une avalanche de notifications.

Des messages de son manager.
Des appels en absence d'Ushijima.
Des textos qu'il n'avait pas envie de lire.

Son estomac se noua légèrement.

Mais il ignora tout.

Pour l'instant.

Il ouvrit le clavier, et échangea ses coordonnées avec Atsumu.

Lorsqu'il eut fini, il leva les yeux vers lui.

Atsumu l'observait avec un sourire un peu différent.

Un sourire moins taquin.

Un sourire plus... naturel.

— Depuis ce matin, je ne t'appelle plus que par ton prénom.

Kiyoomi haussa un sourcil.

— ... Et alors ?
— Alors fais pareil.

Atsumu croisa les bras, son sourire toujours présent.

— On s'est vus tous les deux au fond du gouffre, non ?

Kiyoomi le fixa un instant.

Puis, dans un soupir, il détourna le regard.

— D'accord, Atsumu.

Un sourire victorieux s'afficha sur le visage du blond.

Kiyoomi ouvrit la portière de sa voiture, s'installa derrière le volant, puis abaissa la vitre.

Atsumu lui fit un signe de la main.

— Fais attention sur la route, Kiyoomi.

Le brun ne répondit pas immédiatement.

Puis, dans un souffle à peine audible :

— Ouais.

Et il démarra, laissant Osaka derrière lui.


*


Le trajet jusqu'à Tokyo se fit dans un silence pesant.

Kiyoomi aurait voulu ne pas penser.

Ne pas imaginer ce qui l'attendait en rentrant.

Mais il savait.

Et lorsqu'il poussa la porte de son appartement, il fut immédiatement accueilli par une vision douloureuse.

Ushijima faisait déjà ses valises.

Les cartons s'empilaient, ouverts, remplis de vêtements, de disques, d'objets qu'ils avaient partagés.

Tout semblait froid.
Tout semblait déjà terminé.

Ushijima se retourna d'un bond en entendant la porte.

— Kiyoomi !

Son regard était rempli d'inquiétude.

Il s'approcha rapidement, les traits crispés.

— Où est-ce que tu étais passé ?!

Kiyoomi resta impassible.

— J'avais besoin d'air.

Ushijima fronça les sourcils.

— Sans prévenir personne ? Sans donner de nouvelles pendant deux jours ?

Kiyoomi ne répondit rien.

Cette escapade à Osaka...

Elle resterait entre lui et Atsumu.

Il n'avait pas besoin qu'Ushijima sache.

Il n'avait pas besoin d'expliquer qu'il avait ri pour la première fois depuis longtemps.
Qu'il avait découvert qu'un plat pouvait lui donner envie de pleurer.
Qu'un simple regard pouvait le faire se sentir moins seul.

Non.

Il ne dirait rien.

Mais il devait être honnête sur autre chose.

Il inspira profondément, puis releva les yeux vers Ushijima.

— On doit parler. Sérieusement.

Ushijima s'arrêta, soudain plus attentif.

Il hocha doucement la tête, et ils allèrent s'asseoir sur le canapé.

Un silence pesant s'installa entre eux.

Puis, Kiyoomi parla.

— Merci.

Ushijima cligna des yeux, surpris.

— Pourquoi ?
— Merci de m'avoir demandé de sortir avec toi, au lycée.

Ushijima ouvrit la bouche, mais ne répondit rien.

Kiyoomi baissa un instant le regard, rassemblant ses pensées.

— Si tu ne l'avais pas fait... je n'aurais sans doute jamais su ce que c'était que d'aimer quelqu'un.

Son ton était posé.

Sincère.

— Au début, je me suis un peu forcé, avoua-t-il. Parce que je t'aimais beaucoup et que j'avais peur de te perdre si je refusais.

Ushijima ne bougea pas.

Il écoutait.

Attentivement.

— Mais après, j'ai appris à t'aimer.

Kiyoomi releva les yeux vers lui.

— Et en aucun cas je ne me suis jamais senti forcé.

Un petit silence.

Puis il reprit.

— Mais je n'ai jamais été honnête avec toi.

Ushijima inclina légèrement la tête.

— Pourquoi ?

Kiyoomi esquissa un sourire triste.

— Parce que je ne savais pas comment faire.

Il inspira profondément, puis avoua tout.

Il expliqua qu'il ne savait pas comment montrer son amour, alors il s'était inspiré des rôles qu'il avait joués.

Qu'il avait imité.

Joué un personnage.

— Ça ne me dérangeait pas jusque-là, murmura-t-il. Mais maintenant, je me dis que j'aurais dû être honnête avec toi.

Ushijima le regardait avec attention.

— Honnête sur quoi ?

Kiyoomi le fixa un instant.

Puis il expira lentement.

— Sur le fait que je n'aimais pas quand tu me serrais trop fort en dormant. Sur le fait que je n'aimais pas certaines musiques que tu mettais en fond quand tu cuisinais. Sur le fait que... je n'ai jamais aimé être en dessous.

Ushijima ne réagit pas immédiatement.

Puis, d'un ton direct, il demanda :

— Tu as toujours simulé ?

Le cœur de Kiyoomi se serra.

Il serra les poings sur ses genoux.

Puis, après un silence...

— Oui.

Un souffle pesant tomba sur la pièce.

— Même la première fois ?
— Surtout la première fois.

Kiyoomi sentit sa propre respiration trembler légèrement.

Il avait honte.

Honte de n'avoir jamais rien dit.

Honte d'avoir joué la comédie.

— J'ai toujours simulé... Mais au fond, ce que je voulais, c'était te faire gémir sous moi. Pas l'inverse.

Ushijima ne broncha pas.

Kiyoomi reprit, plus doucement :

— La vérité, c'est que... je n'ai jamais aimé qu'on me domine. J'ai juste appris à faire semblant.

Un silence.

Puis, lentement, Ushijima sourit.

Pas un sourire moqueur.

Pas un sourire triste.

Un sourire paisible.

— Je m'en doutais.

Kiyoomi le fixa, perdu.

— Tu n'es pas en colère ?
— Non.

Ushijima passa une main dans ses cheveux courts, puis le regarda avec bienveillance.

— Tu n'as jamais su dire ce que tu voulais.

Il soupira doucement.

— Mais je suis heureux que tu sois enfin capable de le faire.

Kiyoomi sentit sa gorge se serrer.

— Alors... tu me pardonnes ?

Ushijima hocha la tête.

— Bien sûr.

Il posa une main sur son épaule.

— Tu n'as pas besoin d'un mec calme, Kiyoomi. Tu as besoin de quelqu'un qui ne baisse pas les yeux. Qui ne se plie pas. Et qui t'aime assez pour rester droit, même quand tu vacilles.

Kiyoomi eut un léger ricanement.

— Je doute qu'une personne saine d'esprit arriverait à supporter le vrai moi.

Ushijima sourit.

— Je suis sûr que tu trouveras. 

Puis, lentement, il se leva.

— Je vais finir mes valises.

Kiyoomi hocha la tête.

Et quelques heures plus tard, Ushijima quitta définitivement l'appartement.

Kiyoomi resta immobile devant la porte.

Un vide l'envahit immédiatement.

Il se retourna lentement.

L'appartement était à moitié vide.

Les meubles semblaient trop grands.
Le silence était trop pesant.
Et pour la première fois, Kiyoomi se sentit réellement seul.

Ses yeux s'humidifièrent.

Il n'avait jamais pleuré devant Ushijima.

Mais maintenant qu'il était parti...

Il s'écroula dans le canapé.

Sortit ses écouteurs.

Et sans réfléchir, il lança une playlist.

Les chansons d'Atsumu.

Les paroles résonnèrent dans le vide.

Et enfin...

Kiyoomi pleura.

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🎧

NDA :

Ouais un playlist spéciale Miya Atsumu quand ça ne va pas fort. Je vous avais dit que Kiyoomi était devenu un des plus grands fans d'Atsumu ? Oui ? Bah je le redis.

À mercredi prochain !

Hoshi_Steph

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