24


Les rues d'Osaka étaient calmes à cette heure tardive.

La pluie avait laissé derrière elle une légère brume, rendant l'atmosphère plus fraîche, plus feutrée.

Kiyoomi marchait sans but précis.

Il s'était vêtu d'une capuche sombre et de lunettes de soleil, un simple réflexe pour éviter d'attirer l'attention.

Mais ce soir, il aurait presque voulu qu'on le reconnaisse.

Qu'on l'arrête.
Qu'on lui pose des questions.
Qu'on lui rappelle qu'il existait encore.

Mais personne ne le fit.

Et peut-être que c'était mieux ainsi.

Il continua d'avancer, le bruit de ses pas résonnant sur l'asphalte humide.

Son esprit était vide.

Ou peut-être trop rempli.

Il ne savait plus où il en était.

Tout ce qu'il avait, c'était son travail.

Et sans Ushijima ?

Il s'imaginait son appartement vide.

Le silence écrasant.
Les matins sans voix grave pour lui murmurer des "bonjours" à moitié endormis.
Les soirées sans musique provenant du studio insonorisé très souvent entrouvert.

Pas même un appel pour combler la distance.

Juste un néant douloureux.

Il n'avait rien d'autre.

Et cette pensée le dévastait.

Kiyoomi s'arrêta finalement dans un parc désert.

Une aire de jeu abandonnée, quelques bancs, des lampadaires diffusant une lumière jaunâtre.

Ici, il pouvait enfin respirer.

Il inspira lentement, ses poings se desserrant enfin.

Puis, presque sans réfléchir, il ouvrit la bouche.

Et il chanta.

Cette chanson.

Celle qui l'avait fait pleurer durant un certain concert.
Celle qu'Atsumu avait chantée ce soir-là, dans le Tokyo Dôme.

La douleur dans chaque note, l'écho des paroles déchirantes s'imprimant dans la nuit.

Sa voix se brisa légèrement, mais il continua.

Les larmes coulèrent sans qu'il ne cherche à les retenir.

Il chanta jusqu'à la dernière note.

Jusqu'à ce que son souffle s'épuise.

Puis, un bruit inattendu brisa le silence.

Des applaudissements.

Lents.

Sincères.

Il se figea.

Son cœur manqua un battement.

Il se retourna d'un geste sec.

Et ses yeux s'écarquillèrent en reconnaissant la silhouette devant lui.

Atsumu.

Debout, les mains dans les poches, un sourire en coin dessiné sur ses lèvres.

— Je me disais bien que j'avais déjà vue la voiture de luxe laissée sur le parking désert. Je ne m'attendais pas à te trouver ici, Sakusa.

Sa voix était légère, presque amusée.

Kiyoomi, figé, ne savait pas s'il devait être agacé... ou soulagé.


*


Kiyoomi devait vraiment avoir touché le fond.

Parce qu'en voyant son propre reflet dans les lunettes d'Atsumu, il réalisa qu'il ne ressemblait à rien.

Son pull froissé, ses boucles humides et en bataille, ses yeux rougis et gonflés d'avoir trop pleuré...

Lui, Sakusa Kiyoomi, qui prenait toujours soin de lui, qui était toujours impeccable, avait l'air d'un fantôme errant dans les rues.

Et Atsumu aussi l'avait remarqué.

Son sourire en coin s'était effacé, laissant place à un mélange de curiosité et d'inquiétude.

— T'as une sale tête, Sakusa.

Kiyoomi fronça les sourcils, tentant de retrouver un minimum de dignité.

— Tais-toi.

Atsumu eut un léger rire, mais il n'insista pas.

Le brun croisa les bras, tentant de reprendre le contrôle de la conversation.

— Qu'est-ce que tu fais ici, Miya ?

Atsumu haussa un sourcil, amusé par le ton sec de Kiyoomi.

— J'habite à Osaka. Je pourrais te retourner la question.

Kiyoomi garda le silence.

Il n'avait aucune envie d'expliquer pourquoi il s'était retrouvé à errer seul dans les rues en plein milieu de la nuit.

Alors il haussa les épaules et annonça, sur un ton faussement désinvolte :

— Peu importe, je dois y aller.

Il fit un pas en arrière, prêt à quitter cette situation gênante.

Mais c'est à ce moment-là que son ventre trahit sa fierté.

Un bruit résonna dans le silence du parc.

Un gargouillement bruyant.

Kiyoomi se figea.

Atsumu, lui, explosa de rire.

— T'as faim, mec.

Le brun pinça les lèvres, mortifié.

— Ferme-la.

Mais Atsumu riait toujours.

Kiyoomi avait beau vouloir faire comme si de rien n'était, il ne pouvait ignorer le creux douloureux dans son estomac.

Il n'avait rien mangé depuis la veille.

Et ça commençait à se sentir.

Soupirant, il abandonna toute prétention de dignité et demanda :

— Tu connais un bon resto dans le coin ? Et un hôtel ?

Atsumu haussa les sourcils, croisant les bras avec un sourire satisfait.

— Tu pourrais venir chez moi.

Kiyoomi le fixa, sceptique.

— T'as pas un hôtel à recommander ?

Atsumu roula des yeux.

— Arrête de jouer les difficiles, t'as besoin d'un bon repas et de repos.

Voyant que Kiyoomi n'était pas convaincu, il ajouta d'un ton plus sérieux :

— Écoute, quand j'étais au fond du trou à Tokyo, t'étais là.

Il planta son regard dans celui de Kiyoomi.

— Alors laisse-moi au moins te renvoyer l'ascenseur.

Kiyoomi hésita encore quelques secondes.

Mais au final, il savait qu'Atsumu n'avait pas tort.

Et surtout, il n'avait aucune énergie pour débattre.

Alors il capitula.

— D'accord.

Atsumu sourit, victorieux.

— Allez, suis-moi. C'est pas loin.

Kiyoomi ne savait pas trop à quoi s'attendre.

Mais certainement pas à ça.

L'appartement était magnifique.

Un grand penthouse dans un quartier chic d'Osaka, perché en hauteur avec une vue imprenable sur la ville illuminée.

Les baies vitrées s'étendaient sur presque tout un mur, offrant une vue panoramique sur les lumières de la baie et le ciel étoilé.

L'espace était vaste, ouvert, lumineux.

Un grand canapé en cuir vieilli trônait au centre du salon, accompagné de fauteuils en velours aux tons chaleureux.

Mais ce qui attira immédiatement l'attention de Kiyoomi, c'était la décoration.

Tout ici respirait l'âme d'un artiste.

Une immense étagère remplie de vinyles et de partitions couvrait tout un pan du mur, entourée de guitares accrochées avec soin.

Un piano à queue noir trônait élégamment dans un coin, à côté d'un espace aménagé en studio d'enregistrement privé.

Il y avait aussi des photos accrochées au mur, des clichés pris sur scène, des instants capturés en plein concert, en répétition, en tournage.

Des souvenirs d'une vie entièrement dédiée à la musique.

Kiyoomi se surprit à être impressionné.

Il savait qu'Atsumu était célèbre.

Mais il n'avait jamais réalisé à quel point.

Tout ici montrait que Miya Atsumu ne dépensait pas son argent dans des vêtements hors de prix ou des voitures de luxe.

Non.

Il investissait dans sa musique.

Dans son art.

Kiyoomi sentit une étrange admiration monter en lui.

Il ne pouvait pas le nier.

Atsumu vivait pleinement sa passion.

Et pour la première fois, Kiyoomi se demanda ce que ça faisait d'avoir un tel feu intérieur.


*


Atsumu poussa une porte sur le côté du couloir et alluma la lumière.

— Salle de bain, fais comme chez toi.

Kiyoomi jeta un regard rapide à la pièce. Spacieuse, moderne, épurée.

Un large miroir rétroéclairé trônait au-dessus d'un évier en pierre noire.
Une grande douche vitrée, et surtout... une baignoire.

Le simple fait de l'apercevoir détendit un peu ses muscles.

Atsumu lui tendit un lot de vêtements.

— Tiens, ça te fera du bien de mettre autre chose.

Kiyoomi prit les vêtements sans rien dire, détaillant la texture douce du sweat et du pantalon de jogging.

— Rassure-toi, ajouta Atsumu avec un sourire, c'est pas hors de prix. Juste confortable.

Kiyoomi esquissa un rire discret.

Un vrai rire, cette fois.

Sans moquerie.
Sans sarcasme.

Juste un instant de relâchement.

Puis, sans un mot de plus, il s'enferma dans la salle de bain.

L'eau chaude détendit immédiatement ses muscles.

Kiyoomi se laissa aller dans le bain, fermant les yeux, laissant la chaleur apaiser la fatigue accumulée.

Il n'avait pas pris le temps de s'arrêter, pas même une seconde, depuis...

Depuis la rupture.

Un soupir lui échappa, alors qu'il ouvrit les yeux pour fixer le plafond.

Tout était allé si vite.

Sa gorge se serra.

Il inspira profondément avant de se redresser et attraper une serviette.

Lorsqu'il passa devant le miroir, il s'arrêta net.

Il eut presque un sursaut.

Son reflet était méconnaissable.

Ses yeux étaient bouffis, marqués par des cernes sombres, des traces rouges de fatigue et de larmes.

Son teint était plus pâle que d'habitude.

Il avait vraiment l'air d'un mec qui venait de perdre pied.

Kiyoomi détourna les yeux.

Il enfila les vêtements d'Atsumu, et à sa grande surprise, ils étaient aussi agréables qu'annoncés.

Légers.
Chaud.
Confortables.

Il s'étira légèrement, avant de sortir de la salle de bain.

Une délicieuse odeur flottait dans l'air.

Son ventre réagit immédiatement.

Intrigué, il suivit l'odeur, traversa le salon et se retrouva face à une cuisine ouverte sur le séjour.

L'aménagement était parfaitement pensé.

Un îlot central en bois clair faisait office de plan de travail et de table, accompagné de hauts tabourets noirs.

Des rangements muraux aux tons sombres et modernes contrastaient avec le style plus chaleureux du salon, ajoutant une touche élégante et fonctionnelle.

Et au centre de tout ça, Atsumu l'attendait.

Deux grands bols fumants posés devant lui.

Il releva les yeux, un sourire satisfait sur le visage.

— Parfait, t'es là ! T'as pile le timing.

Kiyoomi s'approcha, intrigué.

— Tu as cuisiné ?

Atsumu haussa un sourcil.

— Évidemment. Tu crois que je vais te nourrir avec de l'instantané ?

Kiyoomi s'installa sur l'un des tabourets, observant le plat devant lui.

Un ramen revisité, plus gourmand, avec des œufs marinés, du porc fondant, des pousses de bambou soigneusement découpées, et un bouillon incroyablement parfumé.

— J'ai fait ma propre version, annonça Atsumu en croisant les bras. J'espère que tu aimeras.

Kiyoomi hésita.

Il ne mangeait presque jamais ce genre de plat.

Trop gras.
Trop riche.
Trop loin de son équilibre alimentaire contrôlé.

Mais en voyant le regard insistant d'Atsumu, il finit par soupirer et goûter le bouillon.

Dès la première cuillère, quelque chose serra son cœur.

C'était...

Bon.

Mais pas seulement.

C'était réconfortant.

Un goût authentique, sincère.

Comme un souvenir d'enfance qu'il n'arrivait pas à saisir totalement.

Une chaleur l'envahit doucement.

Avant même qu'il ne s'en rende compte, une larme solitaire roula sur sa joue.

Kiyoomi cligna des yeux, surpris.

Il continua de manger sans un mot.

En face de lui, Atsumu ne fit aucun commentaire.

Il se contenta de sourire doucement, et continua à manger lui aussi.

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🍜

NDA :

Dans ma tête, Atsumu sait aussi cuisiner, mais a la flemme et préfère manger ce que prépare Osamu. Vu qu'Osamu et lui sont tout le temps en compétition... Mais après, qui sait peut-être qu'il est complètement nul en cuisine, mais n'ose pas l'avouer.

À mercredi prochain !

Hoshi_Steph

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