20
Kiyoomi fixait un point invisible devant lui, les sourcils légèrement froncés.
— Je ne comprends pas.
Atsumu haussa un sourcil, amusé.
— De toute façon, tu ne comprends jamais rien, Sakusa.
— Tais-toi.
Atsumu ricana.
Mais Kiyoomi restait sérieux.
— Je ne comprends pas pourquoi...
Il fit un vague geste de la main, visiblement agacé par sa propre confusion.
— Pourquoi avec toi, j'arrive à être moi-même.
Atsumu éclata de rire.
Un rire sincère, franc, un peu trop fier.
Puis, d'un ton théâtral :
— C'est parce que j'ai le don de mettre les gens à nu, évidemment.
Il se pencha vers Kiyoomi avec un sourire frimeur.
— C'est mon charme irrésistible.
Kiyoomi poussa un profond soupir.
— Et merde, voilà que ton ego gonfle encore.
Atsumu posa une main sur son cœur, faussement dramatique.
— Mon ego est juste à la hauteur de mon talent, Sakusa.
— T'es insupportable.
— Toi aussi, Sakusa.
Ils se défièrent du regard, avant que Kiyoomi ne détourne les yeux avec un léger grognement.
Puis, plus calmement :
— Je ne sais pas comment je fais.
Atsumu l'observa, curieux.
— Comment tu fais quoi ?
Kiyoomi s'appuya contre la table de mixage, le regard un peu perdu.
— Comment j'ai réussi à mettre mes émotions dans ma voix.
Il croisa les bras, frustré.
— Comment j'ai fait pour être naturel avec toi alors que je passe ma vie à jouer un rôle.
Son regard se fit plus sombre.
— Je ne sais même pas qui je suis, au fond.
Atsumu resta silencieux quelques secondes.
Puis, lentement, il sourit.
— T'es tout à la fois, idiot. De toute façon, personne ne sait qui il est vraiment.
Kiyoomi le fixa, perplexe.
Atsumu posa sa guitare et s'installa confortablement, prenant un air faussement sérieux.
— T'es un maniaque du contrôle.
Kiyoomi tiqua.
— T'es chiantement organisé.
— Merci, Miya.
— T'as zéro patience, continua Atsumu, et t'es incapable de lire l'atmosphère.
Kiyoomi ouvrit la bouche pour protester.
— Et t'es trop sérieux. Beaucoup trop sérieux.
— Miya.
Atsumu ignora l'avertissement et continua avec un sourire narquois.
— Et puis, t'as ce regard de mec qui scanne chaque putain de personne pour comprendre ce qu'ils attendent de toi.
Kiyoomi ouvrit la bouche une nouvelle fois.
Mais avant qu'il ne puisse casser Atsumu, ce dernier reprit d'un ton plus posé :
— T'es aussi un génie du théâtre.
Kiyoomi s'arrêta net.
Atsumu le regardait avec un sourire plus doux.
— Tu peux jouer n'importe quel rôle avec une précision terrifiante.
Il haussa les épaules.
— T'es un perfectionniste, un mec qui bosse sans relâche, quelqu'un de passionné.
Kiyoomi resta immobile.
Atsumu sourit encore plus.
— Tu vois, Sakusa.
Il s'avança légèrement vers lui.
— Peut-être que t'es un acteur qui change de masque tout le temps.
Il marqua une pause.
— Mais au fond, tout ça, c'est toi.
Kiyoomi cligna des yeux.
— Sakusa Kiyoomi.
Atsumu tapa légèrement du doigt contre son torse.
— Pas juste un rôle. Pas juste une façade.
Il inclina la tête, plus sérieux cette fois.
— Tout ça... C'est juste toi.
Kiyoomi resta silencieux.
Atsumu le regarda quelques secondes, puis sourit plus malicieusement.
— Maintenant, y'a juste un truc que je te demande pour t'aider à t'affirmer.
Kiyoomi releva lentement les yeux, prêt à entendre ce qu'allait encore sortir Atsumu cette fois.
— Sois honnête.
Atsumu croisa les bras.
— Si quelque chose t'énerve, dis-le.
Il haussa un sourcil.
— Si tu veux manipuler quelqu'un, fais-le.
Il haussa encore plus les épaules.
— Si tu veux mentir, mens.
Kiyoomi écarquilla légèrement les yeux.
— Fais juste ce que tu veux.
Atsumu lui lança un regard plein de défi.
— Et surtout, ne regrette rien.
Le silence s'étira.
Puis, d'une voix plus basse, presque hésitante, Kiyoomi murmura :
— Et si je blesse les gens en étant moi-même ?
Atsumu eut un sourire plus doux cette fois.
— C'est pas grave.
Il appuya ses mots avec calme.
— Tant que tu restes en accord avec tes propres valeurs... tant que t'es honnête avec toi-même...
Il tendit une main vers Kiyoomi, un sourire en coin.
— Alors ça ira.
Kiyoomi la regarda un instant.
Puis Atsumu déclara, joueur :
— Et maintenant... j'ai besoin que tu joues mon rôle.
Kiyoomi arqua un sourcil.
— Ton rôle ?
— Ouais, déclara Atsumu en lui tapotant le dos avec enthousiasme. L'artiste de génie, solaire, qui met le feu à la scène.
Il recula d'un pas, bras écartés.
— Tu peux le faire, pas vrai ?
Kiyoomi inspira longuement.
Puis, lentement, un sourire sardonique apparut sur son visage.
— Ouais.
Il souffla, faussement las.
— Mais ça m'énerve déjà.
Atsumu éclata de rire.
— Bienvenue dans ma vie, Sakusa.
Ils se levèrent ensemble, marchant côte à côte vers la scène, échangeant des piques comme d'habitude.
Mais cette fois...
Kiyoomi n'était plus en train de jouer.
*
Lorsqu'ils remontèrent sur scène, quelque chose avait changé.
Et tout le monde le sentit.
Kiyoomi, d'ordinaire précis jusqu'à l'obsession, froid, lisse, presque trop contrôlé... avait une autre présence.
Son visage n'était plus figé dans la concentration. Ses expressions respiraient. Sa voix vibrait autrement — moins parfaite peut-être, mais plus humaine, plus vraie.
Il ne récitait plus.
Il vivait la chanson.
Ce n'était pas sans accroc. Il y avait des tremblements dans certaines notes, de légers flottements dans les transitions.
Mais c'était vivant.
Et c'était la première fois qu'on pouvait vraiment l'écouter sans avoir l'impression de regarder à travers une vitre.
Les techniciens en régie échangèrent des regards. Les réalisateurs se penchèrent un peu plus vers leurs moniteurs. Même les musiciens dans l'ombre cessèrent un instant leurs bavardages.
Parce que Sakusa Kiyoomi... chantait enfin comme lui-même.
Et il n'était pas seul.
Atsumu, à côté, ne le quittait presque pas des yeux. Il souriait dans ses silences. Il jetait des coups d'œil en coin, des piques bien senties entre deux mesures.
Mais il ne le poussait pas.
Il l'accompagnait.
Leur dynamique avait changé, elle aussi.
Plus de silences tendus. Plus de rivalité glacée.
Ils se parlaient.
Ils se cherchaient.
Ils s'envoyaient des vannes en plein tournage, comme s'ils avaient oublié la caméra.
— Alors, monsieur perfection, on a des ratés ? lança Atsumu après un petit accroc.
Kiyoomi répliqua aussitôt, sans même tourner la tête :
— C'est toi qui t'es foiré sur l'accord, Miya.
— J'ai jamais fait d'erreur de ma vie, Sakusa.
— Ta précédente coupe de cheveux était une tragédie nationale.
Un rire étouffé s'échappa d'un technicien en régie.
Quelqu'un derrière la caméra esquissa un sourire.
Et au centre de la scène, sous la lumière trop blanche des projecteurs, ils vibraient enfin au même rythme.
Iwaizumi Hajime, les bras croisés, soupira longuement.
— Si quelqu'un m'avait dit qu'ils finiraient par bien bosser ensemble, je ne l'aurais jamais cru.
Oikawa, à côté de lui, éclata de rire.
— Oh, ils ne s'entendent pas.
Il désigna les deux hommes sur scène, qui continuaient de se chamailler.
— Regarde-les. Ils s'insultent encore toutes les deux minutes.
Kuroo, qui observait aussi la scène, ricana.
— Ouais, mais maintenant, ils le font en rigolant.
Et c'était bien ça la différence.
*
La veille du grand tournage
Le studio était presque désert.
Les répétitions étaient terminées, la pression pesait sur tout le monde, et demain serait le grand jour.
Atsumu était encore là, assis sur le rebord de la scène, accordant sa guitare sous les lumières tamisées.
Kiyoomi, qui s'apprêtait à partir, s'arrêta en le voyant.
Puis, après une hésitation, il fit quelques pas vers lui.
Atsumu releva la tête, un sourire satisfait sur les lèvres.
— T'as fait du bon boulot, aujourd'hui.
Kiyoomi haussa un sourcil.
— C'est une première, tu me félicites ouvertement.
— T'excite pas trop, j'ai pas dit que t'étais parfait.
Kiyoomi croisa les bras, l'air faussement vexé.
— Je croyais que tu voulais de l'authenticité, pas de la perfection.
Atsumu le fixa.
Puis, lentement, il sourit.
— Ouais.
Il haussa les épaules.
— Et c'est parfait, maintenant.
Kiyoomi resta immobile une seconde.
Puis, doucement, il esquissa un sourire sarcastique.
— T'as enfin développé du goût, Miya. Je suis fier de toi.
Atsumu éclata de rire.
— T'es vraiment un connard, Sakusa.
— Toi aussi, Miya.
Leur regard se croisa.
Puis, sans un mot de plus, ils quittèrent la scène ensemble, toujours en échangeant des piques mesquines.
Demain serait le grand jour.
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🎹
NDA :
Ils se rapprochent enfin ! J'ai adoré écrire ce chapitre. Je ne sais pas si ça avait l'air réaliste comme rapprochement, je n'ai pas l'habitude de gérer ce genre de relation.
À mercredi prochain !
✨Hoshi_Steph✨
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