16
Le restaurant où Kiyoomi avait emmené Atsumu n'était pas juste un restaurant.
C'était une institution.
Un lieu réservé à l'élite, où les murs étaient ornés de moulures dorées, où les tables en bois sombre étaient dressées par des spécialistes.
Le son des couverts en argent était feutré, les conversations murmurées dans un respect quasi-religieux.
Les serveurs se déplaçaient comme des ombres, vêtus d'uniformes d'une élégance irréprochable, déposant avec grâce des plats dignes d'œuvres d'art devant des clients habillés avec un luxe discret.
Atsumu siffla en s'installant sur la chaise en velours.
— J'suis censé me sentir à l'aise ici ?
Kiyoomi, assis en face de lui, prit le menu sans lever les yeux.
— Essaie d'avoir l'air civilisé, au moins jusqu'à ce qu'on ait mangé.
Atsumu croisa les bras, amusé.
— C'est un rencard ou quoi ?
Kiyoomi ne daigna même pas répondre.
Un serveur arriva et prit leur commande, récitant la carte comme une mélodie bien apprise.
Atsumu, pas habitué aux restaurants aussi guindés, se contenta de commander ce qui lui semblait le plus cher.
Si Sakusa payait, autant en profiter.
Puis, le silence s'installa quelques secondes après le départ du serveur.
Atsumu tapota du bout des doigts sur la table, hésitant.
Puis, finalement, il osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.
— Pourquoi tu fais tout ça, Sakusa ?
Kiyoomi releva à peine les yeux.
Ses doigts effleurèrent le pied de son verre de vin, traçant un mouvement lent et réfléchi.
Il hésita une fraction de seconde.
Puis il porta le verre à ses lèvres, le fit tourner légèrement avant de murmurer, presque nonchalamment :
— Parce que je n'aime pas voir l'un de mes rares chanteurs préférés dans un état aussi misérable.
Atsumu cligna des yeux.
Puis un sourire narquois se dessina sur son visage.
— Un de tes chanteurs préférés, hein ?
Mais avant qu'il ne puisse s'enfoncer dans la moquerie, Kiyoomi l'interrompit.
— Ton concert était intense.
Atsumu s'arrêta net.
Le ton de Kiyoomi n'était pas ironique.
Pas condescendant.
Juste... sincère.
— Wakatoshi en avait même la larme à l'œil.
Atsumu haussa un sourcil.
— Wakatoshi ?
— C'est la personne avec qui je sors et accessoirement l'un de tes plus grands fans.
— Attends, t'es en couple ?
Kiyoomi hocha simplement la tête, prenant une gorgée de son vin.
Atsumu ricana.
— Merde, j'plains ton mec. Faut vraiment être un type ultra patient pour supporter un gars comme toi.
Kiyoomi ne réagit pas immédiatement.
Puis, lentement, il posa son verre et fixa Atsumu avec un regard analytique.
— Je comprends pourquoi il a eu les larmes aux yeux pendant ton concert.
Atsumu arrêta de sourire.
— Pendant un instant, continua Kiyoomi, c'était comme si tout ce que tu ressentais nous frappait de plein fouet.
Il joua distraitement avec le bord de sa serviette.
— C'était brutal. Pas juste une performance. C'était... réel.
Atsumu sentit un drôle de frisson lui parcourir la colonne vertébrale.
Parce que c'était rare.
Rare d'entendre quelqu'un comme Sakusa Kiyoomi parler de ses émotions.
— C'est le pouvoir de la musique, Sakusa, finit-il par dire avec un léger sourire. Bienvenue dans mon monde.
Kiyoomi ne répondit pas immédiatement.
Puis, il reprit son verre comme s'il venait de se rappeler de quelque chose.
— J'ai lu dans un article que changer de coupe et de garde-robe aidait à remonter le moral après une déception amoureuse.
Atsumu cligna des yeux.
Puis, lentement, il réalisa.
Kiyoomi avait fait tout ça pour lui.
Son agacement, sa fixation sur son apparence, le fait de l'emmener dans tous ces endroits...
Tout ça, c'était pour lui remonter le moral.
Atsumu l'observa en silence, cherchant une trace d'ironie ou de moquerie.
Mais il n'y en avait pas.
Alors, dans un instant de sincérité rare, il murmura simplement :
— Merci, Sakusa.
Kiyoomi ne réagit pas immédiatement, se contentant de détourner légèrement les yeux, comme s'il n'aimait pas l'idée d'être remercié.
— Ne me remercie pas trop vite, marmonna-t-il. J'suis pas sûr de vouloir être associé à ta catastrophe ambulante de vie.
Et bien sûr, il n'en fallut pas plus.
Atsumu releva immédiatement la tête, fronçant les sourcils.
— Attends, c'est quoi ça ?!
— J'ai dit ce que j'avais à dire.
— Non, non, répète un peu, connard ?
— Tu veux que je te redonne des cours de diction en plus du reste ?
— Putain, mais t'es insupportable.
— Toi aussi, Miya.
Le serveur revint au moment où ils s'échangeaient déjà des piques de plus en plus puériles, déposant leurs plats avec un professionnalisme impeccable.
Il ne laissa rien paraître, mais intérieurement, il devait se demander comment ces deux idiots avaient fini dans un restaurant aussi chic.
Atsumu attrapa ses couverts avec détermination.
— J'vais bouffer ça juste pour t'éviter de dire que j'suis une loque incapable de bien manger.
— Je le dirai quand même, répliqua Kiyoomi en prenant une bouchée.
Atsumu jeta un bout de pain sur lui.
Le serveur soupira discrètement et s'éloigna.
Ce repas allait être long.
*
La route vers le lieu de tournage était calme, bercée par le vrombissement feutré du moteur de l'Aston Martin.
Atsumu, affalé dans le siège passager, tapotait distraitement le rythme d'une chanson imaginaire sur son genou.
Puis, sans prévenir, il se redressa.
— Fais un détour.
Kiyoomi haussa un sourcil, gardant les yeux sur la route.
— Pardon ?
— Tourne à gauche, là. On va à Shimokitazawa.
Kiyoomi jeta un regard en biais vers lui.
— Pourquoi ?
— Trop de questions, pas assez d'action, Sakusa. Fais-moi confiance.
Un silence.
Puis, avec un soupir résigné, Kiyoomi prit la direction indiquée.
Ils s'arrêtèrent devant un petit bâtiment discret, niché entre des cafés bohèmes et des magasins de vinyles vintage.
Un vieux panneau en bois, un peu usé par le temps, portait l'inscription "Studio Meian".
Rien de tape-à-l'œil.
Rien qui ne laissait deviner que l'un des plus grands artistes du moment venait encore ici.
Kiyoomi observa l'entrée modeste, avant de glisser un regard interrogateur à Atsumu.
— On est où, exactement ?
Atsumu posa une main sur la porte et se retourna vers lui, un sourire sincère aux lèvres.
— Ici, c'est là où tout a commencé pour moi.
Kiyoomi fronça légèrement les sourcils.
— Tu veux dire avant ton premier album ?
Atsumu hocha la tête.
— Avant même que j'aie un label.
Il jeta un regard nostalgique à la façade.
— C'est ici que j'ai enregistré mes premières chansons. Avant que tout explose, avant les tournées, avant la célébrité.
Kiyoomi resta silencieux.
Ce n'était pas un simple studio.
C'était un endroit qui avait une valeur sentimentale.
Atsumu poussa la porte et entra, l'air plus détendu qu'il ne l'avait été depuis des semaines.
Kiyoomi le suivit sans un mot.
À l'intérieur, l'atmosphère était chaleureuse, un mélange de bois brut, d'affiches de concerts collées aux murs, d'instruments qui traînaient un peu partout.
Un vrai studio d'artistes.
Et il n'était pas vide.
Trois personnes étaient déjà là, en train de discuter et d'accorder leurs instruments.
Dès qu'ils les virent entrer, un sourire fendit le visage de Shoyo Hinata.
— Atsumu !
Il sauta presque sur lui, éclatant de bonne humeur, avant de remarquer l'homme derrière lui.
Ses yeux s'écarquillèrent immédiatement.
— Oh. Mon. Dieu.
Il tapa violemment sur l'épaule de Kageyama, qui grogna.
— Kageyama, c'est Sakusa Kiyoomi !
Kageyama, assis sur un ampli avec sa basse, leva à peine les yeux.
— Ouais, j'ai vu.
Hoshiumi, accoudé à la batterie, plissa les yeux.
— Putain, Atsumu, t'as kidnappé Sakusa ou quoi ?
Atsumu ricana, tapant dans le dos de Kiyoomi.
— Un peu, ouais.
Kiyoomi, lui, était légèrement dépassé.
Il connaissait ces noms.
Hinata Shoyo. Chorégraphe et danseur star.
Kageyama Tobio. Bassiste et idole.
Hoshiumi Korai. Danseur et batteur.
Ils faisaient partie de l'industrie.
Et il ne savait pas comment s'était-il retrouvé ici, entouré d'eux.
Atsumu lui tapota l'épaule avec un sourire en coin.
— T'as eu une longue journée, Sakusa. C'est à mon tour de te faire un cadeau.
Kiyoomi haussa un sourcil.
— Pardon ?
Atsumu saisit une guitare électrique posée sur un support, la fit tourner entre ses doigts avec une aisance irritante de naturel, avant de s'installer sur un tabouret.
— En remerciement pour ce que t'as fait aujourd'hui...
Il lui adressa un clin d'œil théâtral.
— T'as droit à un mini-live en privé de ton chanteur préféré.
Kiyoomi tressaillit.
— ...Je vais finir par regretter d'avoir dit ça.
Hinata pouffa.
Hoshiumi et Kageyama se mirent en place, ajustant respectivement leurs baguettes et leur basse.
Kiyoomi croisa les bras, observant l'installation, mi-fasciné, mi-agacé par la désinvolture d'Atsumu.
Puis, le silence tomba.
Un, deux, trois.
Et la musique explosa.
Dès la première note, quelque chose serra la poitrine de Kiyoomi.
C'était un morceau qu'il ne connaissait pas.
Et ça le frappa immédiatement.
Lui qui avait acheté tous les albums d'Atsumu.
Écouté chaque chanson en boucle.
Comment se pouvait-il qu'il ne connaisse pas cette mélodie ?
Atsumu, l'air concentré, gratta les cordes de sa guitare avec une aisance fluide, sa voix puissante et maîtrisée s'élevant dans la petite pièce.
Kageyama à la basse, précis et intense.
Hoshiumi à la batterie, en parfait contrôle du rythme.
Hinata, assis à côté de lui, marquant la cadence de la tête, transporté.
Et Kiyoomi...
Il se retrouva scotché sur place.
Sa respiration ralentie, ses muscles tendus, comme si son corps lui-même absorbait la musique.
Chaque accord semblait s'imprimer en lui, chaque montée de voix faisait vibrer un putain de truc au fond de son être.
Il oublia où il était.
Il oublia le studio, le tournage, le restaurant.
Tout ce qu'il y avait, c'était le son.
Et bordel...
C'était bon.
C'était trop bon.
Il ne cligna pas des yeux une seule fois, absorbé par la scène.
Atsumu, électrique.
Atsumu, dans son élément.
Atsumu, brûlant de cette passion brute et sauvage qu'il mettait dans chaque foutue note.
Et quand la dernière vibration de guitare s'éteignit, laissant la salle dans un silence chargé d'électricité...
Kiyoomi expira lentement.
Comme s'il venait de retenir son souffle tout du long.
Atsumu, un sourire en coin, posa la guitare sur ses genoux et haussa un sourcil.
— Alors, Sakusa ? T'as aimé ton petit live privé ?
Kiyoomi n'arrivait même pas à se foutre de lui.
Tout ce qu'il pouvait penser, c'était...
Putain.
Miya Atsumu était vraiment un foutu génie.
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🎸
NDA :
Haha, leur relation s'améliore lentement, à voir qui tombera le premier. En attendant, il reste les problèmes personnelles de Kiyoomi à résoudre.
À mercredi prochain !
✨Hoshi_Steph✨
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