13
La dernière note de la setlist résonna encore dans l'immensité du Tokyo Dome. Longue. Lourde. Suspendue.
Puis, une fraction de seconde de vide.
Et l'arène explosa.
Des cris. Des hurlements. Une clameur démesurée, alimentée par l'adrénaline, la sueur et l'euphorie accumulées depuis deux heures.
C'était censé être la fin.
Le final.
Les danseurs saluaient. Les musiciens posaient leurs instruments. Les lumières amorçaient déjà leur descente vers le noir.
Mais Atsumu ne bougea pas.
Il restait là, debout au centre de la scène, guitare toujours en main, immobile au milieu du chaos.
Puis, lentement, il leva le regard vers les gradins. Cette mer de lumières tremblantes, comme un ciel artificiel construit juste pour lui.
Et sans prévenir, il s'assit.
Là, sur le bord de la scène. Les jambes pendantes dans le vide.
Un frisson parcourut le public.
Dans les coulisses, tout se figea.
Le staff échangea des regards inquiets. Les musiciens cessèrent de ranger leurs instruments.
Ce n'était pas prévu.
Atsumu improvisait.
Il tapota le micro, doucement, presque comme s'il voulait vérifier qu'il avait encore une voix.
Puis il parla.
— J'ai envie de faire un truc un peu différent.
Le son de sa voix, amplifié par les haut-parleurs géants, coupa net la rumeur de la foule.
Un silence progressif tomba sur le Tokyo Dome. D'abord hésitant, puis total. Un silence étrange. Suspendu.
Atsumu leva à peine les yeux.
— J'ai écrit une chanson. Récemment. Elle ne ressemble pas à ce que je fais d'habitude.
Ses doigts glissèrent sur les cordes. Une suite d'accords discrets.
Une mélodie simple, presque nue.
Et sa voix s'éleva.
Clair. Vibrante.
Mais différente.
Une chanson d'amour.
L'ambiance bascula instantanément. La tension tomba d'un cran, remplacée par une attention pure, brute. Les lumières s'adoucirent. Les bâtons lumineux cessèrent de bouger.
Tout le monde écoutait.
La chanson était douce. La voix tremblait par endroits — pas à cause d'un défaut, mais parce que c'était réel.
Trop réel.
Les paroles traçaient les contours d'un amour discret. D'un attachement gardé secret, retenu, étouffé.
Et plus les mots avançaient, plus l'émotion montait.
Ce n'était pas un conte heureux.
Pas une déclaration partagée.
C'était un adieu.
L'amour chanté n'était jamais né. Il avait grandi en silence, sans jamais toucher l'autre.
C'était ça, le poids.
La beauté douloureuse.
Un amour entier... jamais reçu.
Les visages dans la foule changèrent. Les sourires fanèrent. Des larmes coulèrent. Certains serraient les lèvres. D'autres sanglotaient en silence.
Sur les écrans géants, des centaines de visages défaits. Émus. Connectés à cette douleur qui résonnait dans chaque syllabe.
Parce que ce n'était pas juste une chanson.
C'était une confession.
Et elle n'était pas pour eux.
Mais ils l'avaient tous comprise.
Malgré la sincérité crue, malgré la tristesse qui noyait chaque mot, Atsumu termina sur une phrase qui arracha le cœur :
— Même si ce n'est pas à moi que tu souris, j'espère que ton cœur bat plus fort.
La dernière note tomba comme une larme.
Et le silence, pendant une seconde, fut assourdissant.
Puis, l'explosion.
Une ovation d'une puissance folle. Des cris déchirés. Une marée de lumières qui se ralluma d'un seul coup.
Mais Atsumu, lui, ne bougea pas.
Il resta là, guitare sur les genoux, le regard perdu dans les gradins.
Son cœur encore à vif. Exposé.
Il lisait l'écho de sa propre douleur dans les yeux de milliers d'inconnus.
Et dans l'ombre des coulisses, Suna se passa une main lente dans les cheveux, fixant l'écran de contrôle.
Il lâcha un soupir rauque, presque admiratif.
— Putain, Atsumu...
Il secoua la tête, l'air mi-blasé, mi-touché.
— Fallait que tu fasses ça. Fallait que tu balances ton cœur, là, comme un con... devant cinquante-cinq mille personnes.
*
Les cris de la foule résonnaient encore dans les couloirs du Tokyo Dome lorsque Atsumu franchit les coulisses.
L'adrénaline battait encore dans ses veines, mais quelque chose en lui était épuisé.
Dès qu'il passa la porte, le staff l'encercla immédiatement.
— C'était incroyable, Atsumu !
— Un final imprévu, mais putain, ça a retourné tout le monde !
— T'as foutu une claque à tout le Tokyo Dôme, mec !
Il ne put s'empêcher de sourire. Fatigué, mais sincère.
Des bouquets de fleurs se retrouvèrent dans ses bras, offerts par l'équipe et les sponsors. Des roses, des lys, des gerbes colorées qui sentaient la réussite.
Mais il savait que ce soir, ce n'était pas son talent qui avait marqué les esprits.
C'était son cœur mis à nu devant 55 000 personnes.
Puis, Shoyo apparut devant lui.
Ses yeux brillaient, toujours aussi pétillants, mais cette fois, il y avait quelque chose d'autre.
Quelque chose de plus... solennel.
— Atsumu, c'était magnifique, souffla-t-il avec un grand sourire. Vraiment.
Atsumu sentit un pincement au cœur.
Parce que Shoyo ne savait pas.
Ne comprenait pas que c'était pour lui.
Il força un sourire espiègle.
— Évidemment que c'était magnifique, je suis une star.
Shoyo rit, mais son regard s'adoucit.
— Mais... pourquoi tu ne m'as jamais parlé de ton premier amour ? demanda-t-il avec sincérité. Je suis ton meilleur ami, j'aurais pu t'aider.
Atsumu sentit une douleur sourde lui traverser la poitrine.
Il ne voulait pas avoir cette conversation.
Alors, il sourit comme il savait si bien le faire.
Un sourire qui cachait tout.
— T'avais déjà assez de trucs à gérer, Shoyo, dit-il d'un ton léger. J'allais pas t'embêter avec ça.
Shoyo ouvrit la bouche pour répondre, mais une voix l'appela.
— Hinata !
Kageyama.
Atsumu n'hésita pas une seconde.
Avec une tape dans le dos, il poussa délicatement Shoyo vers Kageyama.
Un adieu silencieux.
Un symbole.
Il arrêtait de nourrir cet amour à sens unique.
Il voulait qu'il soit heureux.
Même sans lui.
Shoyo lui lança un regard surpris, mais ne protesta pas. Il rejoignit Kageyama, et Atsumu les regarda partir, le cœur serré mais décidé.
Dans le car du retour.
Atsumu monta sans un mot, son corps encore sous le choc du concert.
Mais quand il leva les yeux, il croisa le regard de son frère.
Osamu l'attendait, assis à l'arrière du car, les bras croisés, l'air calme.
Atsumu s'approcha sans réfléchir.
Puis, sans prévenir, il s'effondra.
Il laissa tomber les bouquets, il laissa tomber son masque, et dans un sanglot rauque, il s'effondra dans les bras de son frère.
Osamu ne posa pas de questions.
Il passa juste un bras ferme autour de lui, lui tapotant doucement le dos.
— C'était courageux, Tsumu, murmura-t-il. T'as été incroyable.
Atsumu s'accrocha un peu plus fort, incapable de dire un mot.
Osamu était là.
Et pour ce soir, ça suffisait.
*
Dans les gradins du Tokyo Dome.
Le concert était fini depuis plusieurs minutes.
Mais dans la zone VIP, ni Ushijima ni Kiyoomi n'avaient bougé.
La foule se dispersait lentement, les écrans géants étaient noirs, la scène vidée de ses lumières et de son bruit.
Mais dans l'air... quelque chose flottait encore.
L'écho.
L'écho de cette dernière chanson.
Pas juste une note.
Un poids.
Ushijima, les bras croisés, fixait la scène vide. Il n'avait pas prononcé un mot depuis la dernière ovation.
Puis, d'une voix calme :
— C'était puissant.
Un silence.
— Il n'y a pas à dire, Miya Atsumu, c'est un génie.
Kiyoomi, à côté, resta muet. Figé. Les yeux fixés droit devant lui, sans vraiment voir.
Parce qu'Ushijima avait raison.
Mais ce n'était pas ça qui le remuait.
Ce n'était pas juste puissant.
Ce n'était pas juste du talent.
C'était autre chose.
Quelque chose de brut. De personnel. D'incontrôlé.
Atsumu avait foutu son âme entière dans cette chanson.
Et Kiyoomi l'avait senti comme un coup dans le ventre.
Il revoyait les mots. Le ton. La retenue dans la voix. Les silences pleins de douleur.
Ce n'était pas une performance.
C'était une blessure ouverte.
Et c'est ça qui le hantait.
Parce que Miya Atsumu... ce n'était pas juste un emmerdeur flamboyant, un chanteur trop sûr de lui, un provocateur insupportable.
C'était un être humain.
Complexe. Fragile. Viscéralement vivant.
Et Kiyoomi, pour la première fois, sentit quelque chose se fendre en lui.
Pas grand-chose.
Mais suffisant pour le troubler.
Il n'avait jamais vraiment compris ce que signifiait "mettre de soi dans l'art".
Jusqu'à ce soir.
Et il n'aimait pas ce que ça réveillait.
Il inspira doucement, les yeux toujours dans le vide, le cœur trop tendu sans qu'il sache pourquoi.
Et dans un coin de sa tête, une pensée s'imposa. Claire. Tranchante.
Il voulait le revoir.
Pas pour se disputer.
Pas pour jouer les cyniques.
Juste... pour le voir.
Le vrai.
Celui qui avait chanté cette chanson comme si c'était la dernière.
Et ça, ça lui faisait bien plus peur que tout le reste.
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💐
NDA :
Et hop ! Atsumu a fait un pas en avant en arrêtant de nourrir cet amour à sens unique. Il va avancer lentement à son rythme avant d'ouvrir son cœur à nouveau.
Kiyoomi, quant à lui, a revu son avis sur Atsumu. Même s'il ne voudra pas encore l'admettre, il fait désormais partie des plus grands fans de Miya Atsumu.
Mais, est-ce que ces changements vont impacter la dynamique entre ces deux-là ? Vous le verrez au prochain chapitre.
À mercredi prochain !
✨Hoshi_Steph✨
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