L'apprivoiser
Coucou tout le monde,
second chapitre de cette mini fic.
J'en profite pour vous donner le lien vers celui de ma complice sur ce coup-là, Barjy, qui a aussi écrit sur le thème de l'omegaverse. En Destiel pour elle avec "à contre-sens".
https://www.fanfiction.net/s/12730318/1/A-contre-sens
Bonne lecture à tous.
Bises
Butch se réveilla en proie à une sensation tout aussi familière que détestée, une descente assez comparable à ce que l'on vit après un bad trip. Autant dire qu'il cumulait gueule de bois et intime sensation de honte.
Dieu, il détestait ses chaleurs et ce que ce foutu état lui faisait ressentir. Avant, pendant, après. Certains omégas adoraient cela, se complaisaient même dans cette fièvre, avides de la prolonger. De la sublimer, disaient-ils.
Se faire prendre par tous les trous et tout ce qui passe, oui...
Butch, lui, n'en concevait que dégoût. Dégoût de lui-même et de sa nature. Et dégoût pour tous ces enculés d'alphas qui ne pensaient qu'à en profiter sous prétexte que c'était dans l'ordre des choses. La belle affaire. Surtout une excuse bien commode pour que les omégas écartent les cuisses et ferment leur gueule.
Quand Butch y pensait, il n'y voyait qu'une phénoménale injustice. Le reliquat d'une expérience destinée à permettre aux mâles de donner naissance et qui n'avait finalement jamais abouti. Ou du moins abouti à rien d'autre qu'à la division de leur société en castes. Les alphas au sommet, les bêtas pour obéir à leurs ordres et les omégas pour servir de serpillière à tout le monde. Belle avancée en vérité...
Sauf qu'il n'était plus possible de revenir en arrière. Le génome humain s'était trouvé définitivement altéré par ces expériences, créant encore plus de ségrégations et de discriminations qu'il n'en existait déjà. Un ordre établi qu'aucun des maillons de la société ne remettait jamais en cause.
Ni les parents, ni le système éducatif, judiciaire, etc. Qui que ce soit, tout le monde se pliait aux lois édictées par les alphas. Et si un oméga avait le malheur de lever la main sur l'un deux, ou même de désobéir, c'était sa peau qu'il risquait. Oh, pas officiellement bien sûr. Mais il existait mille et un moyens de maintenir les petits rebelles dans le droit chemin.
Butch l'avait appris à ses dépens. Encore et encore.
Malgré ça, il avait toujours refusé de céder à cette pression. Si la loi ne pouvait le protéger, il devait devenir cette loi. Un flic...
Ça n'avait pas été sans mal. Peu d'omégas travaillaient, encore moins à ce genre de poste. Sauf que Butch avait de la ténacité à revendre. Chassez-le par la porte, il revenait par la fenêtre. Aussi s'était-il accroché de toutes ses forces, ne ménageant pas sa peine et encaissant toutes les brimades. Si cela s'était avéré nécessaire, il se serait hissé à la force de ses dents, progressant en plantant ses chicots ébréchés dans le sol.
À quarante balais bien tassés, il était fier de ce qu'il avait accompli et du chemin parcouru. Ça ne changeait pas fondamentalement la donne pour les autres omégas mais, après tout, qu'ils se remuent le cul aussi s'ils voulaient obtenir des droits...
En tout cas, lui n'avait jamais laissé un de ces enfoirés d'alphas lui dicter sa conduite ou profiter de sa nature. Ses chaleurs, il les passait enfermé chez lui, menotté à son propre radiateur et la clé balancée à l'autre bout de la pièce. Hors de question qu'il se retrouve marqué comme du bétail par un connard qu'il aurait supplié de le baiser, rendu maboul par cette putain de fièvre.
Se priver du soulagement du coït était la méthode la plus douloureuse et la plus risquée. Certains omégas étaient devenus fous à force d'étouffer les besoins de leur corps. Tant pis, Butch était prêt à prendre ce risque. Tout plutôt que de se retrouver esclave du premier venu parce que ses gènes ne lui auraient pas laissé le choix.
À ce propos...
Le corps perclus de courbatures, il se redressa et observa son environnement. Inconnu. Totalement inconnu. Tout dans la pièce ou presque était noir, à la manière de ces apparts de designer qu'on vous vend dans les magazines de déco. Les murs, le sol, les draps. Les seules touches de « couleur » étaient apportées par les montants chromés des meubles. Ainsi l'ensemble dégageait une impression éminemment masculine tout en demeurant très froid. Comme si personne n'habitait réellement cet endroit.
La mémoire revenait par vagues à Butch. La fièvre des chaleurs montée d'un seul coup, la ruelle, cet alpha qui avait débarqué avec sa gueule de trafiquant et son bouc du diable. Ses yeux trop clairs et trop perçants qui semblaient lire à travers Butch, lui défendant de cacher quoi que ce soit.
Malgré ça, son instinct l'avait pratiquement forcé à céder, à faire confiance à ce type sorti de nulle part. À croire ses promesses quand il disait que son cul serait en sécurité.
Maladroitement, Butch se tortilla sur place. En dehors des habituelles courbatures dues à ses contorsions fiévreuses, il ne ressentait pas la moindre douleur. Ni sensation de morsure ni aucune trace d'intrusion non désirée dans des parties beaucoup plus intimes de son anatomie.
_Relax, Coco, tonna la voix rauque de l'alpha. T'es toujours aussi fraîche qu'une rosière échappée de son couvent. Je t'ai pas touché.
Pieds nus, vêtu d'un pantalon de cuir et d'un t-shirt noir, son mystérieux allié venait de débarquer à la porte de la chambre, un verre d'eau à la main.
_Soif ?
Sans trop savoir pourquoi, Butch se détendit en comprenant qu'il était bel et bien en sécurité. Intact. Le mec avait tenu parole et avait veillé sur lui. Sans le toucher.
_Merci...
Il ne savait pas s'il remerciait l'autre homme pour lui être venu en aide ou pour la flotte. Il saisit le verre qui lui était tendu et but à longs traits pour calmer sa gorge douloureuse. Avisant sa grimace, le type sortit une plaquette de comprimés de sa poche et les lui tendit.
_Tiens, ça te soulagera. T'as tellement beuglé la première nuit que j'ai hésité à te coller un bâillon.
_La première nuit ? Ça a duré longtemps cette connerie ?
Le barbu grimaça et se détourna pour fouiller dans un placard dont il sortit des fringues. Noires... Il balança des sous-vêtements, un t-shirt propre et son jean à Butch. Celui qu'il portait ce soir-là dans la ruelle et qui sentait désormais la lessive. Le vêtement avait été lavé.
_Quatre nuits, lui apprit son hôte. Tiens, si tu veux prendre une douche, t'as une salle de bain là-bas. Ensuite, tu peux repartir.
_Quatre nuits, répéta Butch, sonné, sans chercher à rebondir sur le reste. Putain de merde, ça a jamais duré aussi longtemps. Mon boulot...
_Je me suis permis de fouiller ton portefeuille. J'ai appelé ton supérieur, inspecteur O'Neil.
_Génial... Voilà qui devrait encore améliorer l'image qu'il se fait de moi, grommela-t-il.
Un drôle de ricanement échappa à l'alpha, désormais adossé au chambranle de la porte, les bras croisés sur son torse large.
_J'ai dit que tu avais choppé une saloperie hyper contagieuse et que tu étais chez toi pour ne pas la refiler aux autres.
Malgré lui, Butch se sentit répondre à la pointe de malice tellement bien cachée dans ces mots qu'elle ne retroussait même pas les lèvres fines de son interlocuteur. À vrai dire, ce gars-là lui plaisait bien. En plus d'être réglo, il avait de la ressource. Restait à éclaircir ses motivations. Pourquoi l'aider ainsi ? Tout le monde désirait quelque chose et la gratuité n'existait jamais. Butch l'avait appris à la dure.
_Et il t'a cru ? demanda-t-il, amusé rien qu'en imaginant la tronche constipée qu'avait dû tirer son supérieur.
L'expression du grand brun se mua en quelque chose de très carnassier qui envoya un long frisson rouler sous la peau du flic.
_Les bêtas ne discutent jamais ce que je leur dis.
_J'imagine...
Butch se prit à penser que l'arrogance de cet alpha n'était pas aussi déplaisante que celle de ses congénères. Son sauveur semblait se foutre des conventions sociales et du fait qu'aucun dominant ne prenait jamais la peine de venir en aide à un oméga. Encore moins pendant les chaleurs, quand les phéromones n'avaient d'autre but que de les rendre assez dingues pour que tout le monde se saute dessus.
_Je ne connais même pas ton nom, reprit Butch en réalisant cela.
L'autre parût hésiter et se tendit imperceptiblement contre l'encadrement de la porte.
_V.
_Juste V ?
_Déformation professionnelle, Cop ?
Cop.
Butch aimait déjà ce surnom. V le traitait en égal, sans s'occuper de ces castes qui se dressaient dans leur monde comme autant de remparts infranchissables.
_Juste V alors, dit-il en hochant la tête pour montrer qu'il n'allait pas chercher midi à quatorze heures.
Ce mec lui avait sans doute évité de se réveiller dans cette sordide ruelle – ou pire encore – couvert du foutre de tous les alphas du coin, le corps ravagé et la rage au ventre. Malgré ça, Butch se sentait sale. Une sorte de crasse dont il savait être incapable de se débarrasser même s'il se lavait des jours durant. L'impérieux besoin d'essayer le gagna néanmoins.
_Je crois que je vais emprunter ta douche, juste V, dit-il avec une feinte décontraction, tout en enfilant son pantalon.
V se détourna pour lui laisser un peu d'intimité et cette délicatesse surprit Butch.
_Fais comme chez toi, ajouta-t-il en tournant les talons. Y a des serviettes, des brosses à dents et des rasoirs jetables dans le meuble.
Demeuré seul dans la chambre noire, Butch accusa un moment d'arrêt. Puis il décida que la douche était vraiment plus importante. Vu que V n'avait pas l'air décidé à le foutre dehors comme un colis périmé, il aurait sans doute tout le temps de poser ses questions après.
Une bonne demi-heure plus tard, il quitta la salle de bain, douché et rasé de frais. Ce n'était pas grand-chose, mais associé à des vêtements propres, il se sentait revivre.
Sur ce, il entreprit d'explorer l'appartement pour se mettre en quête de V. Tâche aisée en vérité puisque l'habitation tenait surtout du loft avec son immense séjour ouvert sur une cuisine rutilante. Si impeccable que Butch se dit qu'elle ne devait pas servir bien souvent.
V, lui, était posé sur un large canapé d'angle noir, face à une télé dont le son avait été mis en sourdine. Un peu de fumée s'élevait paresseusement de la clope qu'il portait à intervalles réguliers à ses lèvres. Son bouc sombre et les tatouages sur sa tempe que Butch n'avait pas encore remarqués renforçaient l'impression de mystère, lui donnaient des airs un peu sauvages. Indomptables.
Un frisson de désir que Butch préféra mettre sur le compte de l'après-chaleur le transperça. Mieux valait de toute façon réprimer ce genre d'élan. Honorable ou pas, un alpha restait un alpha. La seule chose qu'ils pouvaient attendre d'un oméga, c'était d'y planter leur queue et leurs crocs pour les transformer en putes bien dociles.
Hors de question pour Butch de risquer ses miches à ce jeu-là. Surtout maintenant qu'il avait réussi à se faire une place, à gagner le respect de ses collègues et une certaine forme d'indépendance.
Il devait néanmoins remercier V.
L'entendant approcher, ce dernier tourna la tête et braqua sur lui un regard impénétrable qui le déstabilisa légèrement. Le mépris, la convoitise, l'arrogance, toutes ces partitions-là, il les maîtrisait sur le bout des doigts. V, lui, représentait un sacré mystère, que ce soit dans son attitude ou ses motivations. Et cette indifférence qu'il affichait, doublée de maîtrise et de contrôle, intriguait Butch.
_Comment tu te sens ? lui demanda V.
_Entier. Ce qui est un miracle au vu des circonstances. Je t'en dois une bonne, mec. Je ne sais même pas comment te remercier.
V haussa les épaules et se leva pour rejoindre la cuisine. Du frigo, il sortit une bouteille de bière qu'il pointa dans la direction de son invité.
_C'est pas de refus.
V la lui offrit et s'en décapsula une autre pour lui, qu'il entama d'une longue gorgée sans cesser de fixer Butch de son foutu regard trop froid. Pour se donner une contenance, ce dernier entreprit de faire le tour du séjour. Là, il tomba en arrêt devant la télévision allumée.
_Merde ! J'ai raté la finale des Soxs avec ces conneries !
_Supporter des Soxs, Cop ?
Butch lui adressa le genre de regard qu'on réserve aux questions les plus débiles et un drôle de sourire un peu tordu lui répondit.
_J'avais enregistré le match, lui apprit V. Je bossais hier soir, j'ai dû sortir. Ça te dit ? proposa-t-il en désignant le canapé.
Une hésitation bien légitime s'empara de Butch. Ils n'avaient pas encore évoqué la raison de sa présence ici, cet étrange hasard qui les avait menés à cette association. Malgré ça, ni l'un ni l'autre ne semblait disposé à flinguer l'éléphant rose tranquillement posé au milieu de la pièce.
De même que sans trop savoir pourquoi, Butch n'avait pas autant envie de prendre ses jambes à son cou qu'il l'aurait cru. La compagnie de V était simple, confortable. Silencieuse aussi, car le mec ne parlait pas beaucoup.
Sans un mot, ils prirent place sur le canapé de cuir noir, à bonne distance l'un de l'autre, et V relança le match mis en pause. Cela semblait tellement naturel que Butch se laissa aller sans trop d'arrière-pensées.
Ils se retrouvèrent rapidement à huer l'arbitre et à encourager les rouge et blanc à se bouger le fion un peu mieux que ça. Le flic était un supporter beaucoup plus remuant que V qui, en toutes circonstances, paraissait maintenir un contrôle de fer sur ses réactions. C'était néanmoins amusant de le voir commenter telle ou telle action avec un sarcasme mordant.
Butch se surprit à rire et à passer un meilleur moment qu'il ne l'avait espéré. Il ne se sentait pas l'obligation de demeurer sur le qui-vive pour surveiller ses arrières et c'était la sensation la plus reposante qu'il ait connue de sa vie. Rien qu'un jour, il aurait aimé oublier cette condition qui l'enchaînait, l'empêchait de marcher vraiment sereinement dans la rue, même s'il avait déjà prouvé qu'il n'était pas disposé à se laisser emmerder, jouant ainsi de l'effet de surprise. V lui offrait ce répit. Peut-être même sans en avoir conscience. Tout comme il lui avait offert asile et respect ces derniers jours.
Quand le match fut terminé, l'écran de veille de la télé prit le relais, mais aucun des deux hommes ne bougea. Ils fixaient l'heure qui rebondissait sans fin de droite à gauche.
_Tu as dit que tu étais sorti hier, finit par demander Butch. Tu bosses dans quoi ?
V hésita et termina sa seconde bière d'une longue gorgée qui envoya danser sa pomme d'Adam. Le mouvement manqua d'hypnotiser Butch qui le suivit en déglutissant péniblement.
_On va dire que je suis en freelance, répondit son hôte sans s'étendre. Je bosse un peu quand je veux...
_Hier donc ? insista Butch, un sourcil broussailleux haussé.
Son entêtement arracha un soupir à V qui, enfin, le regarda en face.
_Même moi, j'ai mes limites, Cop. C'était préférable pour nous deux que j'aille faire un tour.
_Oh...
V se leva pour rapporter leurs bouteilles à la cuisine, les abandonnant sur le plan de travail. Lorsqu'il s'alluma une nouvelle clope en se penchant au-dessus de la gazinière, cela sonna le signal du départ pour son invité. Du moins se redressa-t-il, car tout avait été dit. Ou presque.
_Pourquoi t'as fait ça ? On se connaît pas et tu m'as aidé. Y a rien qui t'y obligeait.
_Certes...
_V ?
Sans doute ce dernier avait-il besoin d'un remontant un peu plus corsé, car il se versa un verre de vodka. Le liquide translucide tournoya dans son verre alors qu'il le fixait comme si toutes les réponses de l'univers s'y trouvaient. Puis il se tourna à nouveau vers son visiteur et lui offrit une petite moue chargée de ce qui ressemblait à de l'autodérision.
_Tu as des couilles. C'est tout...
_Tu veux dire que j'ai des couilles pour un oméga, reprit Butch sur le même mode.
V balaya cette interruption d'un revers de la main.
_Tu as des couilles, point barre. Le reste, c'est de la branlette intellectuelle.
Cette remarque raviva l'amertume de Butch qui se renfrogna.
_C'est facile à dire pour quelqu'un qui se tient en haut de la chaîne alimentaire. Facile pour un alpha qui ne risque pas de se retrouver le cul en chou-fleur s'il a le malheur de sortir le mauvais jour du mois.
Puis il se tut en se disant que l'autre mec allait finalement péter un câble. Et puis ça n'était sans doute pas la meilleure manière de montrer sa reconnaissance à V que d'afficher aussi ouvertement le mépris que lui inspiraient les alphas. Même si son hôte était bien différent des autres.
En lieu et place de quoi, V lui adressa un autre de ses longs regards, froids et légèrement arrogants.
_Prends donc un peu les choses à l'envers, Cop. Pose-les de mon point de vue...
_Ouais ? Je vois un monde où tu peux te balader dans la rue sans te faire siffler, injurier, traiter de pute... Où tu peux choisir ton taf sans avoir à te justifier, à te battre. Sans avoir à t'enfermer tous les mois dans un tabou complètement hypocrite qui arrange bien tout le monde...
V esquissa un drôle de petit sourire, presque cruel. Avec une pointe de triomphe.
_Parce que tu crois que j'ai signé pour bander dès qu'un oméga se ramène ? Tu crois que ça m'éclate de me dire que je pourrais me retrouver à baiser n'importe quel mec qui passe sans m'en rappeler le lendemain ? Juste parce que mon corps en a décidé ainsi ? Ce n'est pas parce que la pulsion de l'alpha le pousse à baiser au lieu de se faire baiser que ça rend la chose foncièrement plus acceptable. Notre société valorise la position de l'actif, lui donne une supériorité tout à fait artificielle. On pourrait tout aussi bien connaître l'inverse, et ce serait les alphas qui se retrouveraient dans la position de victime sans pouvoir se maîtriser.
Butch était bien obligé d'admettre qu'il n'avait jamais examiné les choses sous cet angle. Sauf que jusqu'ici, ce genre de question existentielle n'avait pas eu l'air de tourmenter les alphas qui avaient essayé de le soumettre.
_Mais tu te contrôles, nota-t-il, les paupières plissées, se désignant d'un geste vague.
V ricana et reprit une gorgée de vodka. Puis il fixa Butch avec une ironie tellement amère et désabusée que ce dernier en ressentit physiquement l'impact.
_Moi, oui. Pour combien d'autres qui se réveillent le lendemain matin en se demandant ce qu'ils ont foutu ? Avec qui ? Tu crois vraiment, du haut de ta petite tour de victime rebelle, que tout le monde se complaît dans cette situation ? Que de notre côté de la queue, on l'accepte tous sans se poser de questions ?
Soudain hérissé, Butch se planta face à V et frappa la table du plat des mains.
_J'ai pas vu beaucoup d'alphas faire demi-tour face à un cul qui ne demandait qu'à être baisé. Ou qui suppliait qu'on le laisse en paix, pour ce que ça vaut.
Le sourcil de V se haussa si haut qu'il manqua de se perdre dans les mèches d'ébène éparpillées sur son front altier.
Tant de morgue chez ce type...
Comprenant le sous-entendu, ce fut au tour de Butch de le balayer.
_Ouais, y a eu toi. Sauf que je ne comprends même pas comment tu as réussi à te contrôler. C'est quoi ton truc ? Tu te cames avec un de ces suppresseurs de bazar ? Tu donnes dans la méditation ? Allez dis-moi, ça m'intéresse, ça pourrait marcher pour moi.
_Je t'assure, Cop, que tu ne préfères pas savoir, répondit V, une lueur dangereuse flottant à l'orée de ses pupilles.
Autant dire qu'il n'aurait pas pu s'y prendre de manière plus efficace pour éveiller la curiosité d'un flic.
_Accouche, le pressa Butch, presque narquois.
Le soupir agacé que poussa son interlocuteur ressembla à une récompense. Du moins jusqu'à ce qu'il entame son explication d'une voix parfaitement détachée. Neutre. Indifférente.
_Bien. Tu prends un gosse alpha. Tu l'attaches à une chaise dès les premiers signes de sa puberté et tu récupères un ou une oméga en rut. Le premier qui passe. Même si c'est une vieille clodo dégueulasse qui grouille de poux et sent la pisse. Tu ris quand l'alpha ne peut pas s'empêcher de bander, aussi avilissant que soit ce désir. Tu lui expliques que ses pulsions le rendent faible. Que la seule solution, c'est de résister. Et à chaque fois qu'il cède, tu cognes. Ou tu coupes un morceau. Jusqu'à obtention du résultat désiré. Jusqu'à le conditionner.
Le silence flotta sur ces derniers mots et Butch ne put se résoudre à le briser, la bouche grande ouverte face aux horreurs qui venaient de lui être décrites. V, lui, se fendit d'une autre de ses mimiques goguenardes.
_Alors, Cop, prêt à tenter le coup ? Miraculeux, non ?
Tout ce que Butch parvint à formuler, ce furent quelques balbutiements incohérents. Délibérément mesquin, V poussa son avantage en levant son verre pour trinquer.
_Je ne savais pas, bredouilla Butch.
_Le contraire m'aurait étonné !
Toujours cette putain d'ironie. Une vraie carapace qui tenait très efficacement le monde à distance.
_Nan, je veux dire, je ne savais pas que certains alphas... Qu'ils pensaient que... Que...
_T'auras au moins appris un truc aujourd'hui.
Ils demeurèrent face à face, tendus, incapables de savoir quoi faire pour briser cette tension. Et au fond de lui, Butch le déplorait. Quand il avait exigé des explications, il n'avait pas pensé que cela les emmènerait aussi loin, que cela les pousserait à s'affronter.
V s'était conduit décemment avec lui, fait assez rare pour être salué. Et voilà que le geste se retrouvait piétiné parce qu'au fond, un alpha et un oméga n'étaient pas foutus d'interagir autrement qu'en s'envoyant en l'air.
_Je suis désolé, se surprit-il à marmonner.
V sembla sur le point de répliquer. La pitié, ça ne devait pas trop être son style, mais il dut lire la sincérité du flic, car il se ravisa. Avec un geste sec, il reposa son verre.
_Allez, Cop. Il est temps que tu rentres chez toi. Prends un taxi et essaye de rester en dehors des emmerdes cette fois-ci.
Quelle autre possibilité restait-il à Butch que d'acquiescer ?
Il hocha la tête et rassembla ses quelques affaires posées sur une console dans l'entrée. Puis il quitta l'appartement avec un dernier signe de remerciement adressé à son hôte. La porte blindée se referma sur ses pas comme un livre qu'on aurait aimé voir se poursuivre encore un peu plus longtemps.
à suivre
La suite mercredi prochain ;)
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