• Chapitre 13 •


Bien que cette rentrée ait été une épreuve, je suis heureuse de l'avoir faite. C'est une victoire sur moi-même. Je suis maintenant K. O, comme si j'avais couru un marathon, mais fière, comme si j'avais fini ce dit marathon. Mon corps est douloureux à force d'avoir été tendue toute la journée. Ma tête palpite à force d'avoir été sur-stimulée toute la journée. Mais mon cœur, lui, ait gonflé de joie. Je me suis fait une copine, qui est à des années-lumières de moi, pourtant je pense qu'elle peut me faire beaucoup de bien. J'ai découvert mon emploi du temps et, surtout, toutes les créations et l'avenir qui m'attend. Je suis remontée à bloc et bien plus qu'heureuse d'avoir surmontée mes craintes, même si cette journée a été plus que longue.
Allongée dans le canapé, Teddy sur mon vente, je regarde le film Casper sur Netflix. C'est un de mes films doudous depuis que ma mère me l'a fait découvrir quand j'étais petite. Je le connais par cœur, à la moindre réplique près, pourtant il me fait toujours le même effet : c'est à dire pleurer toutes les larmes de mon corps lorsqu'à la fin, Casper se sacrifie pour le père de Kat et redevient un fantôme. Et, bien sur, c'est à cet instant que Victor décide de rentrer de son travail.
A l'entente des clefs dans la serrure, je me redresse dans le canapé, ce qui ne fait ni chaud ni froid à Teddy, qui passe de mon ventre à mes genoux. La lourde porte s'ouvre. D'un revers de la main, j'essaye d'essuyer mes larmes, avant que Victor ne pose les yeux sur moi. Seulement, cela ne suffit pas à cacher les preuves de ce moment de faiblesse. Alors qu'il s'apprête à me dire « salut », il s'arrête à la moitié du mot et son expression change. Il pose un casque de moto sur la table, tout en s'empressant de me demander :
– Ça ne va pas ?
Il me regarde de haut en bas.
– Ta rentrée s'est mal passée ? Tu refais une crise de panique ?
Légèrement contrariée, je secoue la tête et renifle. Avec la télécommande, je désigne l'écran, tout en mettant pause et expliquant :
– Non... J'ai regardé Casper.
Perplexe, Victor fait quelques pas en direction de la télévision. Ses yeux font l'aller retour entre le film et moi. Ne sachant que trop bien ce qu'il pense, je lâche :
– Vas-y, moque toi de moi...
Au lieu de ça, il plisse le nez et demande :
– Rappelle-moi, ça fait combien de fois que tu le regardes ?
Je hausse les épaules et porte mon attention sur Teddy, qui s'est déjà rendormi. En réalité, je sais très bien combien de fois je l'ai regardé : 147 fois, soit presque 10 fois par an depuis que je l'ai découvert à mes cinq ans. Seulement, ça, je vais bien me cacher de le lui dire.
– Faut pas me faire peur comme ça, j'ai cru que tu avais un problème.
Je secoue la tête, tout en caressant le haut du crâne de Teddy. Victor bouge, mais je ne relève pas la tête vers lui. Je devine seulement qu'il se rend dans la cuisine.
– Alors cette rentrée ?
En continuant de m'occuper de Teddy, je réponds :
– C'était cool.
– Et c'est tout ?
Je hausse les épaules.
– Mmmh... J'ai hâte de commencer les cours.
La porte du frigo s'ouvre mais aucun son ne s'en suit. Je pensais qu'il serait choqué de cette nouvelle, mais il ne fait aucun commentaire. Je dis alors :
– Par contre, tu ne m'avais pas dit que Marjorie était dans la même école que moi.
J'entends le frigo se refermer et des verres tinter.
– C'était important ?
– Bien sûr !
Victor échappe un rire. Il attire mon attention. Je lui lance un regard noir, alors qu'il boit un jus de fruits, appuyé contre le comptoir de la cuisine. Il me demande :
– Si on te l'avait dit, tu aurais plus parlé avec elle ?
Je me répète :
– Bien sûr !
Il penche la tête sur le côté. Je me corrige immédiatement :
– Ok, peut-être pas, parce qu'on n'est pas dans la même classe et qu'avant qu'elle rentre dans la salle, je ne l'avais pas vu, mais...
– Arrête de te trouver des excuses.
– Ce ne sont pas des excuses, mais des faits !
Il sourit de nouveau. Je fronce les sourcils et me défend :
– Si j'avais su qu'il y aurait un visage familier aujourd'hui, ça m'aurait peut-être rassurée.
– Ah bon ?
Je me retiens de revenir sur mon affirmation complètement fausse. Je ne veux pas donner raison à Victor, seulement mon absence de réponse le fait à ma place.
– C'est bien ce qu'il me semblait.
Il s'écarte du comptoir pour aller laver son verre. Je grimace, contrariée qu'il ait raison.
– C'est ta marraine du coup ?
– Non, mais c'est celle d'une fille avec qui j'ai parlé.
Il me jette un regard par dessus son épaule et, avec une moue, acquiesce.
– C'est super si tu t'es fait une amie !
– On n'est pas amies, on vient juste de se rencontrer. Mais, elle est hyper sympa et son caractère est totalement l'opposé du mien. En plus, elle est fan de mon travail.
A peine ces derniers mots ont-ils quittés ma bouche, que je les regrette déjà. Je me mords la lèvre. Victor me dévisage. Ses yeux croisent les miens quelques secondes avant que je ne les fuis.
– Ton travail ?
– Oui, mes dessins quoi.
Ce n'est pas un mensonge. Je me contente d'omettre la vérité. Victor continue de me regarder avec un air suspicieux, tout en hochant la tête. Avant qu'il ne cherche à rebondir sur la question et que je sois encore incapable de tenir ma langue, je change de sujet. D'un geste du menton, je désigne le casque noir et gris qui trônent sur la table.
– Tu as une moto ?
– Ouais...
C'est à son tour d'éluder la question, en demandant :
– Tu as appelé ta mère ?
– Non, c'était sa rentrée aussi, elle n'a pas encore fini.
Mon attention fait l'aller-retour entre le casque et Victor. J'hésite à revenir sur le sujet. S'il l'évite, il est évident que cela n'est pas pour rien. Pourtant, je reste raisonnable et me contente de lui dire :
– J'ai eu Meïleen, par contre, et mémé aussi. Elles te passent toutes les deux le bonjour.
– Je sais, j'ai eu Germaine au téléphone ce matin.
– Tu téléphones à ma grand-mère ?
En croquant dans une pomme, il me fait « oui » de la tête. Je grimace. Elle ne m'en a jamais parlé.
– On s'appelle presque tous les jours.
– Vraiment ?
Victor s'appuie sur le comptoir et hausse les sourcils.
– Pourquoi ça a l'air de te surprendre ?
– Je ne sais pas... Ça fait longtemps ?
Il fait la moue et après avoir fini sa bouchée me répond :
– Depuis toujours, je crois.
Par « toujours », je me doute qu'il veut dire « depuis l'accident ». Mémé a toujours adoré Victor. Il était le petit-fils unique de sa meilleure amie. Elle l'a vu grandir avec Luke et moi. On mangeait un dimanche sur deux chez elle. Il était évident qu'elle prendrait le rôle de sa grand-mère après la disparition d'Yvonne. Et puis, Victor en avait sûrement bien besoin. Ensemble, ils doivent pouvoir parler de ses grands-parents d'une façon différente de celle dont il en parle avec ses parents. En admettant qu'il le fasse. Je suis sûre qu'en réalité, il n'échange pas sur ce sujet avec son père et sa mère, à cause de la culpabilité qui le ronge.
– Tu dois avoir de ses nouvelles plus souvent que moi, alors.
Il sourit. Je frissonne et détourne les yeux pour revenir sur Teddy.
– J'ai toujours adoré tes grands-parents et ta grand-mère a toujours été une cuisinière hors paire.
– La tienne aussi.
J'ai un moment d'arrêt. J'ai peut-être dit une bêtise. Je me dépêche d'embrayer :
– Elles ont fait les cours ménagers ensemble après tout. Elles avaient le même talent.
Je zieute sa réaction. Victor se redresse. Il n'a pas cessé de sourire.
– Arrête de marcher sur des œufs avec moi.
Je fronce les sourcils. Il continue :
– Tu peux parler de ma grand-mère et de mon grand-père. Tu as des souvenirs avec eux que tu ne peux pas effacer comme ça. Je ne veux juste pas qu'on reparle de...
Face à ces mots en suspend, je me retourne. Cette fois, son sourire s'efface. Il ne finit pas sa phrase, alors qu'il semblait en avoir la force. Je le rassure :
– J'ai compris, ne t'inquiète pas.
D'un geste de la main, je mime une clef sur mes lèvres. Victor acquiesce avec un sourire triste. Pendant quelques instants, je crois qu'il va quitter la pièce. Il hésite. Finalement il avance dans ma direction et, en passant à côté de la table, il tapote son casque.
– Ça aussi, c'est une conséquence.
Perplexe, je fixe l'objet, alors que Victor vient s'installer à deux places de moi, dans le coin du canapé.Je ne suis pas sûre de comprendre, il m'explique :
– Je ne conduis plus de voiture.
J'échappe un « oh ». Avant que je n'ai pu dire quoique ce soit d'autre, il ôte ses chaussures d'un coup de pieds et s'allonge.
– Tu es à la fin de ton film ?
Perturbée par ce changement de discussion, je cligne plusieurs fois des yeux et bégaye :
– Je... Euh... Oui.
– Finis le et après tu nous mets un truc qu'on peut regarder ensemble.
– Euh... OK.
Je lui jette un rapide coup d'œil avant de relancer Casper. Je n'ose pas me rasseoir confortablement, alors je reste avachie au dessus de Teddy. La présence de Victor me gêne. Elle ne me dérange pas, mais elle m'empêche de me laisser aller complètement. Je ne suis pas réellement la fin du film. Mes yeux font des aller-retours discrets entre l'écran et Victor. Lui ne bouge pas. Il est concentré sur le programme et ça, jusqu'à ce que le générique apparaisse. Ce n'est qu'à ce moment qu'il se redresse et me lance :
– Pizza, ça te va ?
Encore une fois, j'hésite :
– Euh... Oui.
– Une avec du bœuf hachée et des poivrons, sans olive ?
Choquée qu'il se souvienne de cela, j'acquiesce presque imperceptiblement. Il me sourit en prenant son téléphone portable.
– Je commande, tu choisis le film.
– Tu veux quelques choses de particulier ?
Il hausse une épaule et répond :
– De l'action et du fantastique.
– Ok ...
Bien que Victor porte son attention sur son téléphone. Je n'arrive pas à reporter la mienne sur la télé pour choisir ce que nous allons regarder. Je suis chacun de ses mouvements. Je suis comme happée par sa présence. Il a toujours été aussi doux et attentionné, alors pourquoi tout de suite, ça me gonfle étrangement le cœur ?
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