Chapitre trois.
Excité comme une puce, je n'arrive pas à tenir en place. Il m'a donné rendez-vous à dix-neuf heures et je n'arrête pas de regarder mon téléphone pour surveiller l'heure. Finalement, je sors à dix-huit heures de chez moi, trop impatient. Je prends le métro et une quinzaine de minutes plus tard, j'atterris à la station du bar. J'allume le GPS de mon téléphone et me met en route pour rejoindre le lieu de rencontre.
Lorsque je lève les yeux sur l'enseigne, je me dis que je suis bel et bien arrivé... avec trente minutes d'avance. Je ressemble à mec sans vie à qui on propose enfin une sortie, ce qui n'est pas totalement faux.
L'air frais du soir fait naître quelques frissons sur ma peau, je me demande alors si je dois l'attendre à l'extérieur ou à l'intérieur. Est-ce que je lui envoie un message pour lui dire que je suis arrivé ?
Je soupire, désemparé par mon manque de confiance. Je décide de l'attendre à l'extérieur du bar, quitte à geler dans ma petite veste en jean, mais au moins, ça donnera l'impression que je viens juste d'arriver. Au bout de dix minutes, je me mets à trembler légèrement et je check mon téléphone toutes les minutes, dans l'espoir de recevoir un message. Quand celui-ci vibre entre mes mains, je décroche aussitôt et le porte à mon oreille.
— Ouais ?
J'entends une personne pouffer.
— Les gens normaux répondent par " allô ? ", patate.
Je roule des yeux en reconnaissant la voix de Billy, mon grand-frère.
— Pourquoi tu m'appelles, Billie Eilish ? Je suis occupé, je mens.
— Aviez-vous deux minutes à m'accorder, sa majesté ?
— Dépêche.
— Ezel m'a demandé ton numéro, comment ça se fait ?
C'est évident, qu'il m'appelle pour savoir ça. Billy est de nature très curieuse.
— Je suis dans sa classe et on a oublié de s'échanger nos numéros quand on s'est quitté, je lui explique.
— Aaaaah, je comprends mieux ! C'est super cool que tu l'ais retrouvé.
— Mec, laisse tomber, je suis tellement heureux de l'avoir avec moi. Je m'étais pas rendu compte à quel point il m'avait manqué, avec toutes ses années sans ses nouvelles, je me confie.
Je peux tout dire à mon frère, il est certes curieux, mais c'est une tombe en terme de secret ou juste de discussion. Si je ne lui dis pas explicitement qu'il peut répéter ce qu'on se dit, il ne le fera jamais.
— Je me doute ouais, je me souviens que vous étiez super proches à l'époque, je suis content pour toi.
Je souris.
— Thanks bro'. Bon allez, je dois raccrocher, patate, on se voit plus tard, je lance pour terminer la conversation.
— T'inquiète poulette.
Puis je raccroche et me retourne. En levant les yeux, je tombe sur Ezel, pile en face de moi, un sourire étrange aux lèvres. Je vois flou un instant. Ne me dîtes pas qu'il a...
— T'es là depuis combien de temps ? je demande, effrayé à l'idée qu'il ait pu entendre la conversation avec mon frère.
Quand il se met à rire, cela ne me rassure en rien. Pitié, faîtes qu'il n'ait pas entendu. Je me sens trop honteux.
— Assez longtemps pour entendre des choses intéressantes.
Son sourire décuple et mes joues chauffent dangereusement. Je ne me sens pas bien !
— Allez viens, on va les attendre à l'intérieur, fais trop froid dehors, lâche-t-il en enlaçant ses doigts entre les miens.
Autant j'arrive à le reconnaître, autant je ne me souviens plus de son côté over-tactile. Ca me fait bizarre, qu'on me touche sans arrêt. Même lorsque nous étions à la fac, je sentais régulièrement nos épaules entrer en contact. De là à dire que ça me gêne... non, pas vraiment. Juste nouveau pour moi.
On se pose sur une banquette et on enlève nos vestes, la chaleur du bar nous enveloppant et réchauffant peu à peu mon corps gelé. D'ailleurs, cela ne manque pas à Ezel, qui pose le revers de sa main sur mon nez froid.
— T'as attendu combien de temps dehors ? il me questionne.
— Pas longtemps, t'inquiète, c'est juste le trajet en métro et celui à pieds qui m'ont donné un peu froid.
Je n'ai pas envie de lui avouer que je l'attendais depuis une bonne trentaine de minutes. J'allais paraître pour quoi, sinon ?
Il s'approche de moi et frotte sa main contre mon bras.
— Ca va mieux ? il me demande.
— Ouais beaucoup, je lui souris.
On commande chacun un verre de pina colada lorsque le serveur vient vers nous.
— Au fait ! Je t'ai cherché partout sur les réseaux mais je n'ai rien trouvé, comment ça se fait ?
— Oh, j'ai tout enlevé quand je suis entré en fac de médecine, pour ne pas être déconcentré, tu vois ?
— Ah ouais, t'étais vraiment déter' pour avoir ta licence !
On se sourit mutuellement. Je l'étais, déterminé à avoir cette licence de médecine et rendre mes parents fiers de moi. Le seul soucis, c'est que je n'étais probablement pas fait pour l'avoir. Malgré tous mes efforts, j'ai fini par être éjecté. Dure réalité.
— Et tes potes ? je questionne.
— Ils arrivent, ils viennent en voiture et c'est galère de trouver une place ici.
— Et ça ne les dérange pas que je sois là ?
— Absolument pas, ils sont ouverts à toute nouvelle rencontre, il rigole.
Je secoue la tête en souriant. Je suis content de voir ses amis et en même temps non. Etre juste avec Ezel me convient parfaitement. Une fois de plus, je me remets à l'observer, alors que nos verres ont été servis et qu'il le sirote à la paille.
Lorsqu'il me voit les yeux fixer sur lui, il sourit tout simplement en lâchant sa paille des dents.
— T'es un petit observateur, toi, lance-t-il sur un ton malicieux.
J'hésite entre m'enfoncer dans mon siège et rougir comme un idiot ou rire de sa remarque.
— Ouais, j'aime observer avant d'agir sur ma proie, je plaisante.
— Ah ouais, après tu vas me sauter dessus et me mordre ?
Je simule une réflexion avant de dire :
— C'est dans mes plans.
Il pouffe de rire et je suis des yeux son corps se pencher en avant pour déposer son verre sur la table. Il faut que j'arrête de le mater autant, ça va finir en obsession, cette histoire.
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