48 | « Il a toujours été fan de Tarzan »

N O L A

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          JE N'AI JAMAIS ÉTÉ TRÈS CHANCEUSE — d'ailleurs la preuve je me traîne un boulet appelé Hortense depuis des années — mais alors là, je pense qu'on avait atteint des sommets de malchance.

— TERRENCE ! hurla-t-il une deuxième fois en voyant que je commençais une marche à reculons.

De tous les profs de notre lycée, il avait fallu qu'on tombe sur le seul qui me détestait — tous les autres m'adoraient évidemment. Voyant qu'il avait levé son verre de rosé, je m'arrêtai net — il était bien capable de me le balancer à la figure, maintenant qu'il était à la retraite.

— Bonjour monsieur Varnier ! s'exclama Hortense avec une grimace alors que le vieil homme se dirigeait vers nous.

— Vous préparez encore un mauvais coup ? grogna le vieil homme d'un air mauvais — il ne m'aimait vraiment pas.

— Bien sûr que non, je suis sage comme une image, répondis-je avec une pointe d'ironie dans la voix.

À voir la sale tête de notre ancien professeur, je devinai qu'il n'avait pas l'intention de prendre de nos nouvelles.

J'attrapai le bras d'Hortense en lui hurlant de courir avant qu'il ne nous kidnappe définitivement, avant de piquer un sprint dans la direction opposée au vieux professeur.

Tirant toujours Hortense par le bras — ça lui évitait de se casser la figure tous les deux mètres — nous atteignîmes le parking souterrain sans nous être arrêtées une seule fois pour reprendre notre souffle.

— Vite, vite ! m'exclamai-je en pressant Hortense qui était en PLS contre l'un des murs du parking. Vas payer à la borne, je démarre la voiture et je te prends au passage !

— Nola, articula ma meilleure amie en reprenant son souffle. T'es consciente qu'avec le sprint qu'on s'est tapées, il va pas nous poursuivre ?

— On sait jamais, ce vieux est aussi tenace qu'une moule sur son rocher. Allez, allez ! Tiens, ma carte de crédit, et notre ticket !

Je lui fourrai ma carte bancaire dans les mains avec le ticket du parking et partis — toujours en courant — vers ma voiture. Après avoir allumé le moteur, je démarrai directement pour prendre Hortense qui m'attendait à côté de la borne de paiement.

— Nola, mets ta ceinture, ordonna Hortense.

— Oui, oui, allez dépêche !

— Non, je fermerai la portière quand tu auras mis ta ceinture.

Je lâchai un grognement et obéis, non sans marmonner quelques insultes à l'égard de ma meilleure amie, qui claqua la porte après s'être installée à son tour.

— Plus jamais je retourne dans cette ville, lâchai-je une fois que nous fûmes complètement sorties de Fayence.

— Je pense que Varnier va te suivre partout jusqu'au restant de ta vie, ricana Hortense alors que je lui jetais un regard noir.

Elle inséra le CD de Patrick Sébastien dans le lecteur de ma voiture — histoire de changer un peu de Shakira — et après une bonne quinzaine de minutes à se dandiner en chantant les fins de refrains, je décidai de baisser le son sous le regard étonné d'Hortense.

— Euh, commençai-je en me raclant la gorge. T'as une idée de ce qu'on pourrait faire demain ?

— Non, mais toi oui apparement, répondit-elle en plissant les yeux.

Je grimaçai et devinai qu'elle devait actuellement être en train de me fixer, pour essayer de découvrir ce que j'avais derrière la tête — spoiler alerte, Hortense ne lisait pas encore dans les pensées mais c'était pas loin.

— Dorian m'a envoyée un message pour me proposer de faire un truc avec eux demain, avouai-je. Mais, si tu veux pas, on y va pas.

Hortense haussa les épaules et tourna de nouveau la tête vers la route.

— Non non, ça me va. On s'est à peu près réconciliés avec Maël tu sais, c'est juste qu'on a pas encore eu l'occasion de se reparler depuis que vous nous avez enfermé dans la cabane.

Si ça c'était pas un gros sous-entendu pour me faire culpabiliser — surtout que c'était l'idée de Dorian à la base, pas la mienne — je ne voyais pas ce que cela pouvait être d'autre.

— Et qu'est ce qu'il a prévu de nous faire faire demain ?

— Euh, je me raclai de nouveau la gorge. De l'accrobranche, je crois.

Hortense manqua de s'étrangler avec sa salive.

— Il a vraiment insisté, d'après Jules, il a toujours été fan de Tarzan.

L'effroi de ma meilleure amie ne se dispersa malheureusement pas. Il fallait la comprendre aussi ! La dernière fois qu'on avait fait de l'accrobranche — quand je l'avais forcée — elle était restée coincée au milieu de la tyrolienne pendant une bonne heure, le temps qu'on trouve l'un des moniteurs pouvant la détacher.

Et on avait six ans.

Donc, autant vous dire que c'était le parcours junior a pas plus de cinq six mètres du sol et qu'elle avait passé son temps à hurler qu'elle avait le vertige.

— Finalement, je pense que je vais rester au bord de la piscine, marmonna Hortense en croisant les bras sur sa poitrine.

— Mais non, allez ça va être cool ! l'encourageai-je en tournant la tête vers elle.

— Nola, regarde la route ! C'est vraiment à se demander comment t'as eu ton permis !

— J'ai payé l'instructeur, ironisai-je en me concentrant de nouveau sur la route.

Un léger silence prit place dans la voiture, mais je savais qu'Hortense n'allait pas tarder à reprendre la parole : son pied n'arrêtait pas de tapoter le tapis de sol comme s'il était monté sur un ressort. C'était signe qu'elle était préoccupée.

— Et si il pleut ? C'est très dangereux d'être près des arbres pendant un orage.

Qu'est-ce que je vous disais ?

— Il prévoie de la pluie en fin de semaine, pour demain c'est grand soleil, répondis-je d'un ton las, prête à faire face à tout ce qu'elle allait pouvoir m'inventer pour essayer d'échapper à l'accrobranche.

— Et si je dérape et que je me fait mal contre un tronc ? Je pourrais m'arracher la peau sur toute la jambe contre l'écorce hein.

— Abuse pas non plus.

- Et si l'un des câbles se détache ?

— C'est sécurisé, et puis t'es plus légère que la moitié des gens qui doive s'y accrocher. Si le câble doit lâcher sous le poids de quelqu'un, ce sera celui de Dorian.

Pas que le métisse soit particulièrement lourd — nous parlons ici du poids, pas de sa personnalité — mais il mange comme quatre et il fait une tête de plus que Maël et Jules.

— Bon, abdiquai-je en voyant qu'elle ne semblait vraiment pas rassurée. Ok, on restera au bord de la piscine et on trouvera une autre activité à faire pour les prochains jours.

— Non non, réagit immédiatement Hortense. Je veux bien essayer de faire de l'accrobranche.

Je lui jetais discrètement un regard en coin. Évidemment, elle n'allait pas se laisser distancer comme ça et avouer qu'elle ne pouvait même pas monter sur un escabeau.

Hortense et sa fierté légendaire, ça va la tuer un de ces jours, je vous le dis.

— Non, mais t'inquiète, tentai-je de la rassurer. Ça va bien se passer.

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Spoiler alert :
ça va pas bien se passer.

chapitre de :
chercheusedemots

musique :
I'll be there for you — The Rembrandts

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