27 | « C'est pas comme s'ils étaient en train de faire des conneries »

H O R T E N S E
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          VOUS SAVEZ QUOI ? Et bien je regrette amèrement d'avoir voulu mettre des talons.

Cela faisait désormais un petit moment que nous avions commencé à danser, Maël et moi, et désormais, j'avais l'impression que l'on avait remplacé mes chaussures par des escarpins chauffés à blanc. Sérieusement, j'avais la sensation que mes plantes de pieds allaient fondre. Cependant, il était hors de question que je m'arrête, ce serait vraiment dommage de quitter la piste alors que j'étais en si bonne compagnie. Enfin bon, on s'égare, on s'égare...

— Est-ce que t'as revu les autres depuis tout à l'heure ? lâcha subitement Maël alors que j'esquissa faiblement un petit sourire — bordel je sens plus mes orteils !

— Il me semble pas, mais après tout, c'est pas comme s'ils étaient en train de faire des conneries. Ils sont quand même respons..., répondis-je avant de me stopper net.

J'attrapai violemment les deux épaules du blond, les yeux écarquillés et déjà en train d'imaginer le pire, et lui fis faire un demi-tour sur lui-même. Maël voulut protester mais au même moment, une Nola sauvage apparut dans notre champ de vision, avec à sa suite, la fille qui avait tenté d'assassiner mon ami avec son escarpin. D'ailleurs, elle brandissait l'autre de sa main droite et semblait prête à le lancer à la tête de ma meilleure amie. Nola eut juste le temps de se décaler sur la gauche, évitant de justesse une chaussure à talon noire qui vint percuter de plein fouet la porte des toilettes. 

— Tu disais ? commença prudemment Maël avant de se retourner vers moi. Responsable ? J'pense pas que ce mot appartienne à leur dictionnaire. 

— Peut-être que la folle du bar l'a prise pour la fille avec qui son ex l'a trompée ? Ça justifierait le fait qu'elle veuille l'embrocher..., rétorquai-je en me pinçant les lèvres. Enfin bon, elle a l'air de bien s'en sortir et puis c'est pas comme si elle avait entraîné quelqu'un dans ses histoires...

— Tu crois ça ? Vraiment ? poursuivit Maël alors que Dorian s'arrêtait à nos côtés, un serre-tête en fourrure rose pétant sur ses cheveux crépus. 

J'écarquillai de nouveau les yeux et me retins de pouffer. Déjà que Dorian n'était pas le plus crédible de la bande, alors je vous laissais imaginer avec des oreilles de chat pour petite fille. Néanmoins, plus les secondes s'écoulaient, plus je commençais à comprendre pourquoi Nola courait comme une tarée en direction des sanitaires, et pourquoi Dorian semblait sans arrêt sur ses gardes. 

Ils avaient osé voler le serre-tête du videur !

—Oh non ! Dites-moi que je rêve ! m'exclamai-je en sentant le stress s'immiscer en moi. Dorian, me dis pas que Nola et toi avez volé les oreilles en fourrure du vigile ?!

— "Désolé professeur, mais... je ne dois pas mentir", répondit le métisse, honteux, en reprenant la fameuse réplique de notre cher ami Potter. 

Et pour toute réponse, j'enfouis mon visage entre mes mains. Non, non, non... Pourquoi, mais pourquoi fallait-il toujours que quelque chose de problématique nous tombe dessus ? Pourquoi est-ce qu'on ne pouvait tout simplement pas passer une soirée tranquille ? Sans vol de serre-tête de petite fille ? Non mais vraiment, ce mec qui voulait sortir avec moi au collège m'avait jeté un sort, il n'y avait plus aucun doute !

— Faut qu'on trouve Jules et qu'on te cache. Le plus vite possible, débita Maël avant de s'emparer du serre-tête et de le lancer par terre, en plein milieu de la piste de danse.  

Aussitôt dit aussitôt fait. Nous nous élançâmes en direction du fond de la salle, le dernier endroit où nous avions aperçu Jules. Tout à coup, une femme d'une quarantaine d'années nous barra la route et se mit à prendre Maël dans ses bras, tout en clamant qu'elle avait enfin retrouvé son fils. Si vous voulez mon avis, elle avait un peu trop abusé sur la boisson — et ce n'était pas le blond qui allait dire le contraire. Il grimaça lorsqu'elle resserra son emprise sur son dos et planta ses faux ongles entre ses omoplates. Maël me jeta un regard de détresse et je me mordis la lèvre. Je tournai instinctivement la tête vers Dorian, cherchant du soutien, mais mes yeux se posèrent sur du vide : le métisse avait disparu.

— Euh maman..., débuta Maël d'un ton peu assuré. Je vais aller voir mon amie d'accord.

Et sans se faire prier plus longtemps, il s'arracha de l'étreinte de celle qui le prenait pour son fils. Ses joues avaient rosi et il semblait enfin reprendre son souffle, comme s'il avait été en apnée durant tout le temps où la femme le serrait dans ses bras. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il remarqua que Dorian n'était plus des nôtres, mais je m'emparai de sa main, le tirant de la transe dans laquelle il allait se mettre s'il continuait à fixer du vide. Nous esquivâmes les danseurs, jouâmes des coudes lorsqu'une bande d'étudiants se rua d'un seul coup sur la piste. J'essayais de garder à tout prix le contact que j'entretenais avec Maël, car croyez-moi, sans plan avec moi j'étais incapable de retrouver mon chemin.

— Là ! Là-bas ! m'exclamai-je en pointant du doigt une silhouette à la tignasse brune — Jules.

Je tirai davantage Maël vers moi, avançant d'un pas déterminé en direction de notre ami. Ce dernier avait le dos appuyé contre le mur, regardant nonchalamment le sol en moquette sombre. Il semblait attendre quelqu'un — sûrement la fille de tout à l'heure — et releva la tête lorsqu'il nous remarqua.

— Qu'est-ce que vous foutez là ? interrogea-t-il en arquant un sourcil. Vous allez me faire rater mon coup si vous partez pas maintenant. J'sais pas... Allez vous rouler des pelles ailleurs, ici c'est déjà pris.

Sans prendre la peine d'écouter les paroles de Jules, je m'emparai de son polo et le tirai loin de ce coin sombre, juste avant que la blonde ne revienne — Nola tu me remercieras un jour. Le jeune homme s'offusqua et voulut se dégager de mon emprise, mais le regard noir que lui adressa Maël sembla tout de suite le refroidir. Enfin, lorsque je fus sûre et certaine que plus personne ne nous suivait, je m'arrêtai et expliquai la situation à Jules. Le brun pouffa légèrement en apprenant qu'ils avaient réussi à voler le serre-tête, mais se rembrunit quand je lui indiquai qu'il y avait de fortes chances que Dorian et Nola se fassent jeter dehors, et que par conséquent, il y avait également de fortes chances qu'ils soient interdits de séjour dans cette discothèque.

— Faut qu'on les retrouve sur le champ, avant que le vigile ne les trouve, résuma Jules en replaçant sa mèche.

— Je crois que c'est trop tard pour ça, renchérit Maël en se retournant.

Nous fîmes de même et constatâmes que le videur avait déjà mis la main sur nos amis, qu'il tenait désormais par les épaules. Nola se débattait vainement et un petit sourire désolé s'esquissa sur son faciès lorsqu'elle nous aperçut. Quant à Dorian, il se laissait entraîner sans broncher, la tête baissée. Bientôt, ils disparurent tous deux de notre champ de vision et Jules se racla la gorge.

— Bon et bien... J'crois que cette magnifique soirée à La Panthère Rose s'achève maintenant.

Et sur ces derniers mots, nous regagnâmes la sortie silencieusement.

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chapitre de :
-missIndecise

musique :
Stayin' alive — Bee Gees

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