Chapitre 15: Et Dieu créa Axel.
Plongée dans le cours de français, je ne remarque pas immédiatement l'étrange attitude de ma meilleure amie. Elle est calme, muette et écoute le professeur. Dans cette matière qu'elle déteste par dessus tout.
- Eh Jeanne ça va? s'enquit de savoir Sébastien.
Non mais je rêve. C'est moi sa meilleure amie à la base.
- Hum?
- T'as pas l'air dans ton assiette, tu es stressée? je lui demande, reprenant aussitôt mon statut de meilleure-amie-nounou-super-protectrice.
- Stressée de quoi?
J'ai envie de me mettre une baffe.
- Pour cette aprem'! Tu nous présentes Axel je te rappelle.
J'ai très sincèrement hâte. Qui peut bien être ce garçon? Était-ce celui que j'avais décidé de baptiser "le triporteur de cheveux"? Ou bien un autre beau gosse qu'elle aurait déniché dans son club de théâtre?
- Aïe, abruti!
- Pardon!
Mon imbécile de petit copain vient de me faire mal au niveau de la nuque avec un OPNI (objet pointu non identifié).
Je me retourne, et je le vois, affichant un air de vainqueur tombé du lit et tenant d'une main les fragments d'une pauvre règle qui n'avait certainement rien demandé à personne. C'est avec ça qu'il m'a fait mal?
- Je dois te parler d'un... Euh... Truc tout à l'heure à l'intercours...
Je rougis violemment. Je sais exactement de quoi il s'agit. De notre petit "moment de détente" la veille.
- D'accord...
Je me remets devant mon bureau et tente de suivre du mieux que je peux le cours. Mais le fantôme de ses baisers continue de me hanter. Pour tenter de m'occuper l'esprit, je nettoie mes lunettes tout en me récitant l'alphabet en espagnol. Mais rien à faire. La sensation de ses mains frôlant ma taille, caressant mon dos, glissant dans mes cheveux est toujours présente.
Si ça n'en tenait qu'à moi, ça ferait longtemps que je serai assise sur sa table à l'embrasser.
-Driiiiiiiiing!
Je vois le professeur bouger les lèvres pour tenter de nous donner les devoirs, mais déjà, les cris fusent de toutes parts et nous devenons des fauves indomptables. Je me lève, contourne ma chaise et me dirige vers mon petit ami que j'enlace tendrement. Pourtant, cette fois, au lieu d'avoir des petits papillons dans le ventre, un frisson parcourt mon dos lorsqu'il y pose sa main. Déjà le désir à prit le dessus sur l'affection...
- Elle est au courant de ce qu'il s'est passé hier? demande Sébastien, en pointant du menton Jeanne, qui discute avec Rachel, une fille brune de petite taille.
- Non, je ne lui ai rien dit.
Pendant un instant, il paraît hésiter à me demander quelque chose et fuit mon regard. Finalement, il dit, d'une voix ferme et autoritaire:
- Je ne préfère pas qu'elle sache.
J'hoche la tête. Moi non plus. Je ne veux pas qu'elle se moque de moi suite au ridicule de la situation lorsque ma mère est arrivée.
Je jette un coup d'oeil à la montre de mon petit copain. Plus qu'une heure de cours. Et enfin, je découvrirai Axel, le nouvel amour de ma meilleure amie.
*******
Nous quittons l'établissement toutes les deux. Sébastien nous rejoint en ville, il doit d'abord trouver une place là-bas pour son scooter et ainsi nous attendre devant le Subway. Je me mordille nerveusement l'ongle. Je veux en savoir plus sur Axel.
- Comment tu l'as rencontré?
Jeanne tourne sa tête vers moi et faisant volter ses bouclettes brunes. Elle fronce un sourcil.
- Qui ça?
- Axel! Tu es sûre que tu vas bien? Tu es complètement à la ramasse depuis ce matin.
- Oui, chuchote-elle, je vais bien.
Elle baisse les yeux au sol et continue d'avancer. Je me racle la gorge pour lui faire comprendre qu'elle n'a pas répondu à ma première question. Ma meilleure amie ne semble pas s'en rendre compte et tripote nerveusement le bout de son foulard aux imprimés discrets. N'y tenant plus, je crie:
- Bon alors?
On s'arrête toutes les deux sur le trottoir. Elle me dévisage, perplexe.
- Quoi?
Retenez-moi. Je vais l'étrangler ou lui envoyer un coup de tête dans le nez.
- COMMENT TU AS RENCONTRÉ AXEL? JE TE DEMANDE PAS LA LUNE, JUSTE DE ME RÉPONDRE MERDE!
Éberluée par mon éclat de voix, Jeanne recule en ouvrant de grands yeux. Elle passe ses mains sur son visage, le long de son front. Elle se masse les tempes quelques secondes avant de faire glisser ses paumes contre ses joues et d'entourer le bas de sa nuque de ses doigts. OK, elle est très nerveuse.
- Sa soeur est dans l'orchestre de la ville. C'est comme ça que je l'ai vu la première fois. J'avais l'air maline, je me suis cassée la figure à ses pieds...
J'hoche la tête, convaincue. Elle a beau être plus calme et posée que moi, elle est tout aussi maladroite. Je m'apprête à ouvrir la bouche, prête à lui poser d'autres questions quand mon téléphone sonne. Je grogne et décroche, sans prendre le temps de regarder qui m'appelle.
- Allô, dis-je d'une voix irritée.
- Allô beauté, répond une voix suave, masculine et grave.
Oh mon Dieu. Guillaume. Mon coeur rate un battement.
- Dis-moi, tu es libre ce soir? poursuit-il. J'avais envie de te voir.
- Pourquoi?
- Je voulais toucher ta peau lisse, goûter de nouveau à ton cou et si possible, essayer d'embrasser tes lèvres.
Je rougis. Violemment. Je suis sûre qu'à cent mètres de là, une voiture se demande pourquoi il y a un nouveau feu rouge qui gesticule tout seul.
- Ta gueule!
Je raccroche, les lèvres pincées et profondément agacée. Quand va-t-il enfin comprendre qu'il ne m'intéresse pas? Et surtout, pourquoi je suis attirée par cet espèce d'énergumene? Ces deux questions étant contradictoires, je menace de me frapper la tête contre un poteau.
Je suis vraiment stupide.
- Tu te sens bien? demande timidement Jeanne. Faudrait peut-être que tu penses à respirer, tu es rouge cramoisi.
Je me rends compte que je retiens ma respiration depuis le coup de téléphone de l'espèce de bad boy attardé.
Je disais que j'étais stupide n'est-ce pas?
- Oui, je pète la forme. Bon j'ai faim, rejoignons Seb'.
Et elle m'emboîte le pas, trop déstabilisée par mon brusque énervement pour discuter avec moi. J'ai envie de me frapper. Quand on arrive devant le restaurant, mon petit copain nous attend, fumant une cigarette. Wow, il fait quoi? Je me dirige furieuse vers lui et le gifle violemment. Ma colère ne semble pas se calmer. Il faut dire que le bad boy a réussi son coup. J'hurle, sans me soucier des passants.
- Tu veux chopper un cancer ou quoi? Tu la jettes immédiatement! Entre Jeanne qui est à moitié dans la Lune, toi qui te fumes une Malboro, et l'autre qui m'appelle, je vais finir par péter un câble moi!
Mince. Je viens de laisser échapper l'histoire du coup de téléphone de Guillaume. Heureusement, il est trop étonné par la claque que je lui ai mise pour relever quoique ce soit. Mon énervement retombe d'un coup. Je me rends soudain compte de ce que je viens de faire subir à Sébastien à ma meilleure amie. Sincèrement, il faut que je consulte. Je me frotte le visage (ferais-je du mimétisme par rapport à Jeanne?) et je lance un pitoyable "désolée". Je rentre dans le Subway, suivis des pauvres victimes de mon pétage de plomb.
Après avoir passés commande, nous montons nous installer à l'étage du dessus et prenons place près d'une fenêtre. Entre Jeanne qui grignote son sandwich végétarien sans lever les yeux vers moi et mon copain qui a carrément délaissé son thon-maïs-concombre-mayonnaise pour me regarder comme si je suis la réincarnation d'E.T., l'ambiance est top. Vraiment. Piteusement, je commence à boire mon Sprite. Je cherche un moyen de lancer la discussion. Sinon, on va tous se mettre à pleurer dans cinq minutes.
- Vous saviez que lorsque les furets se sentent menacés, ils font une danse toute mignonne pour mettre leurs proies en transe?
Plus tard, il faudra que j'apprenne à me taire. D'abord, personne ne dit mot. Nous nous regardons tous plus ou moins dans les yeux (ce qui est assez compliqué à trois) avant d'éclater de rire. Je me rends compte combien ma réaction face à ce coup de téléphone est puérile. La prochaine fois, je garderais mon calme.
Nous finissons notre repas dans la bonne humeur, nous racontant des anecdotes croustillantes sur des amis et des professeurs. Nous nous rendons donc vers un petit café dans le coin d'une rue où nous avons rendez-vous.
En poussant le battant de la porte, une petite clochette annonce notre arrivée au serveur qui accourt pour nous placer. Nous nous asseyons sur une banquette de cuir clair et entamons la discussion. Et bien sûr, elle tourne autour d'Axel.
Pourtant, Jeanne ne lâche aucune information sur le physique de l'élu de son coeur. En dehors du fait que pour elle, c'est un chef d'oeuvre de Dieu. Elle avoue vouloir nous faire la surprise.
Lorsque notre commande arrive (un cappuccino, un expresso et une thé vert), ma meilleure amie se lève d'un bond et prétexte vouloir aller aux toilettes. Je me sens mal pour elle. A-t-elle peur que l'on réagisse mal? Serait-il moche à faire peur? Mais alors, pourquoi avoir dit qu'il était très beau? Bon, c'est vrai, il ne faut pas discuter les goûts et les couleurs.
- Ça va mieux?
Je me tourne vers mon petit ami qui me regarde avec inquiétude. Je fronce les sourcils, ne comprenant pas à quoi il fait allusion.
- Tout à l'heure, tu étais bizarre. Très énervée. Si tu as le moindre problème, parle-moi s'en. Je ne suis pas qu'un garçon bourré de testostérones. Je suis aussi quelqu'un qui t'aime et qui veut prendre soin de toi. Que s'est-il passé?
Sa remarque me fait d'abord rire. Mais lorsqu'il pose sa question, je me tais aussitôt. Je ne peux tout simplement pas lui parler de Guillaume. Il irait certainement lui casser la figure. Et je ne veux pas de ça. Et puis ça me ronge à l'intérieur. Pourquoi avoir plus ou moins flirter avec cet idiot de délinquant? Je tiens vraiment à perdre celui que j'aime?
Sentant mon trouble, Sébastien prend mon menton entre son pouce et son index pour le rapprocher de lui. Et il m'embrasse. Doucement. Un simple baiser qui agit sur moi comme la marée haute: elle emporte avec elle, sur le sable humide de mon coeur, les marques de la douleur et du doute.
C'est ce moment que choisit Jeanne pour arriver.
- Oh, vous êtes trop choux!
Je lui adresse un beau sourire et rougis en sentant le bras du bel italien s'enrouler autour de ma taille.
Et nous commençons à attendre. À chaque fois que la porte s'ouvre, je jette un rapide coup d'oeil pour voir qui vient. Rapidement, la conversation s'épuise et l'ennui s'installe. Je décide donc de détailler chaque personne entrant dans le café. C'est une occupation comme une autre.
Un garçon pénètre dans la salle. Petit, plutôt trapu, il porte des lunettes rondes. Des mèches violettes se mélange à ses cheveux bruns, et ses yeux bleus pétillent dernière les verres de son correcteur de vue. Son style un peu indie est habillement accessoirisé de pièces plus ou moins branchés des magasins masculins en vogue. Il se dirige vers le bar sans nous jetter un regard. Ce n'est pas lui.
Un groupe de filles suivent. Il y a deux blondes et trois brunes ainsi qu'une rouquine. Grandes et sveltes, habillées de survêtements, on voit immédiatement les sportives qui ne jurent que par l'athlétisme ou le volley-ball. Elle s'installent non loin de nous et se mettent à rire fort et à parler toutes en même temps, commandant des jus de fruits exotiques.
Deux garçons poussent la porte du café. Des jumeaux, c'est absolument sûr. Leur peau porte la marque de leurs origines indiennes. De belles boucles noires encadrent leur visage jovial et leurs yeux noisettes se lancent des regards complices et de vilains farceurs. Leur look de skatteur rebelle finit de me faire fondre. Absolument craquants. Sentant les doigts de Sébastien se crisper, je détourne le regard, un sourire aux lèvres. Il est jaloux? Ça me fait plus rire qu'autre chose. Malheureusement, les deux Apollon passent devant notre table, non sans nous dévorer du regard, mais ne s'y arrêtent pas. Je soupire avant de me remettre à surveiller la venue d'Axel.
Une fille entre dans le restaurant. Ses cheveux lisses et blonds sont retenus en une tresse en épi de blé. Elle paraît pâle et fragile sous l'éclairage presque balafre des lieux. Sa robe de laine verte épouse sans vulgarité son corps. Elle avance, hésitante, et parcourt de son regard chocolat la salle. Elle sourit tout à coup et s'avance vers quelqu'un. Vers notre table. Tiens, ça doit être une amie de la troupe de théâtre de Jeanne. Une minute. Si c'est son amie, pourquoi l'embrasse-t-elle sur la bouche?
Je comprends alors qu'il n'y a jamais eu d'Axel.
Mais Axelle.
Voilà, c'est la fin!! Je dédicace ce chapitre à Flouce qui est une fille pétillante et dont j'adore les histoires!!
Qu'en avez-vous pensé ?
De l'appel de Guillaume?
Du disjonctage de Cassandre?
De la fin?
Petite question: attribuez-vous des visages de chanteurs ou d'acteurs (ou autres) aux personnages de Geek in Love?
Si oui, dites le moi et donnez moi le nom de ces personnalités!!
Comment voyez-vous le prochain chapitre?
Bisous!!
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