Chapitre 1

La grande place grouille d'activités, le marché ayant pris ses quartiers pour la matinée. Mon regard se relève vers le ciel nuageux et annonciateur d'une forte pluie. En ce mois de décembre, ce n'est pas étonnant que le temps se gâte ainsi, mais je serais content de ne pas me trouver dessous lorsque le déluge arrivera. Je presse alors le pas et me dirige vers une rue adjacente, laissant les badauds derrière moi.

Je ne mets pas plus de cinq minutes pour arriver chez les Reynolds, un couple de trentenaires exigeants, mais sympathiques. Avec l'équipe, nous avons déjà refait leur cuisine le mois dernier et tout s'est très bien passé. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils m'ont demandé un devis pour refaire leur pièce à vivre.

Déterminé à leur offrir le meilleur service possible, j'ai passé des heures à préparer les plans, m'assurant que chaque détail répondrait à leurs besoins et correspondrait à leurs goûts. Je croise donc les doigts pour qu'ils soient emballés par mes propositions.

C'est madame Reynolds qui m'ouvre et un sourire avenant aux lèvres, je la salue. J'ai eu peu de contacts avec elle, son mari ayant été mon principal interlocuteur lors de notre première collaboration.

— Venez ! On n'attendait plus que vous.

Sa phrase me laisse perplexe. Je suis le seul de mon entreprise à réaliser les entretiens préalables comme celui d'aujourd'hui, alors qui pourrait être présent avec nous ? À peine me suis-je posé cette question qu'une possible réponse me traverse l'esprit et j'espère sincèrement me tromper. Je suis la cliente jusqu'à la salle à manger où sont son mari et... Hayden Davies.

— Je ne sais pas si vous vous connaissez déjà, commence monsieur Reynolds, enthousiaste.

Je me pince les lèvres pour m'éviter d'être désagréable. Ce Davies est un nouvel architecte d'intérieur venu des Enfers pour me pourrir la vie. Je n'avais aucune idée qu'il serait impliqué dans ce projet et même si ça avait été le cas, je ne peux pas refuser des contrats, mais j'aurais pu me préparer psychologiquement.

— Nous nous connaissons, me contenté-je de dire.

— Nous avons déjà travaillé ensemble sur quelques chantiers, explique Davies.

Travailler ensemble sont de bien grands mots. Cette insupportable asperge a juste une tendance à rappliquer sur mes contrats et à me mener la vie dure, nous obligeant à réaliser des travaux plus complexes que ceux prévus au départ. Sans parler du fait qu'il aime changer d'avis.

— Quel plaisir de vous voir ici, ajoute-t-il.

Davies arbore un sourire charmeur. Mais je sais mieux que quiconque à quel point il peut être manipulateur et hypocrite. Parce que si je le déteste, il est assez clair que ce sentiment est réciproque.

— Davies, le salué-je sèchement en lui serrant la main.

— Je serai ravi de travailler avec vous sur ce projet, annonce Davies, ignorant superbement ma froideur. J'ai déjà quelques idées qui pourraient vraiment transformer cette pièce.

— Génial, s'exclame monsieur Reynolds. Ça sera parfait si nous signons.

Mon visage se crispe d'un sourire faux. Pour échapper aux regards des clients, je me détourne pour poser ma sacoche sur la table qui me sépare des deux hommes. Je m'interroge sur ce que j'ai pu faire dans mes vies antérieures pour mériter ça, tandis que je sors tous les documents que j'ai imprimés ce matin au bureau.

J'essaie de faire abstraction de la présence de Davies, mais il faut bien avouer que son costume rose bonbon accompagné d'une chemise blanche à jabot n'aide pas du tout. Mais je réussis malgré tout à leur expliquer mes propositions avec passion. Ils semblent réceptifs, hochant la tête et échangeant des regards enthousiastes.

Je suis confiant dans mes idées et je suis convaincu qu'elles transformeront leur pièce à vivre en un espace fonctionnel et esthétique. Mais avec Davies dans l'équation à présent, j'ignore si ça sera suffisant pour satisfaire les Reynolds.

— C'est intéressant, dit l'architecte en sortant un carnet de dessin d'un sac que je n'avais pas vu jusqu'à présent. Mais je pense que nous pouvons aller plus loin et surtout être moins... conformistes.

Ma mâchoire se contracte à cette critique. Cette dernière est cependant subtile, ce qui ne me donne pas le droit de lui voler dans les plumes. Il est intelligent, c'est indéniable et ça m'agace. Je respire profondément, me préparant mentalement à entendre le monologue de cet homme.

Il se lance dans les présentations de ses idées à l'aide de dessins faits à la main. Mais je ne l'écoute pas, ruminant mon manque de chance. J'ai passé des heures à concevoir ces plans, à penser à chaque détail pour répondre aux besoins des Reynolds. Je suis exaspéré à l'idée que cet énergumène vienne tout chambouler avec ses concepts farfelus.

Même s'ils semblent avoir apprécié mon travail, leur attention se tourne de plus en plus vers Davies, absorbés qu'ils sont par ses idées moins conformistes qui semblent captiver leur imagination.

— Il semble que nous ayons des visions différentes pour cet endroit, déclaré-je d'un ton mesuré, luttant pour garder mon calme.

Les Reynolds échangent un regard indécis, troublés par le désaccord entre nous. Je suis agacé, mais je souris.

— Cependant, je suis ici pour vous offrir le meilleur service possible. Si vous souhaitez suivre les idées de Davies...

Je cherche mes mots pour ne pas être désobligeant.

— Mon équipe suivra ses plans.

Les Reynolds semblent hésitants, mais finalement, ils hochent la tête, les yeux pétillants et leur sourire rayonnant. Je me sens frustré et un brin exaspéré, mais je tiens bon, restant stoïque et professionnel en dépit de mes émotions tumultueuses. Après tout, je suis déterminé à offrir à mes clients ce qu'ils désirent, mais est-ce que je pourrai supporter encore une fois la présence de Davies sur un de mes chantiers ?



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