Épilogue
Alice est allongée dans son lit chez elle. Ses parents, ses amis et son petit copain sont autour d'elle. Elle aurait pu survivre plus longtemps en choisissant de rester dans cet hôpital il y a deux mois. Mais pour Alice, ce n'est pas une vie d'être branchée à des machines en permanence.
Autant mourir.
Alice croit en la couleur rose. Elle croit que le rire est la meilleure façon de brûler des calories ; elle croit aux baisers, beaucoup de baisers. Elle croit qu'il faut être forte quand il faut aller mal, elle croit que les filles joyeuses sont les plus jolies. Elle croit que demain est un autre jour et elle que l'espoir fait vivre. Elle croit aux miracles. Et elle croit qu'une vie dans un hôpital n'est pas une vie.
Alors la jeune fille s'en va le cœur léger. Elle ne regrette rien.
Toutes ces aventures qu'Alice a vécu durant ces deux derniers mois lui reviennent en mémoire. La fresque, la journée avec Tim, la première fois qu'elle lui a dit « Je t'aime», quand elle a tout dit à ses amis, la première fois qu'elle a vu la mer, la grande-roue, le pique-nique avec sa famille, April et la Tour Eiffel... il n'y a que la sortie à dos d'âne qui est tombé à l'eau. Mais Alice n'a plus la force. Tant pis.
La jeune adolescente se déteste de faire pleurer ses proches. Elle aurait voulu voir des sourires sur leurs visages mais c'est au-dessus de leurs forces. On ne se débarrasse pas de sa fille comme d'un vieux canapé, en pensant au prochain.
Alice a la voix qui tremble d'émotion et de faiblesse mélangées lorsqu'elle prend la parole une dernière fois. Pour faire ses adieux.
Elle commence par ses amis :
- Vous avez été des piliers dans ma vie. Toujours là quand je n'allais pas bien, et je regrette de ne pas pouvoir vous rendre la pareille... ne changez pas et trouvez un nouveau soleil, je ne veux pas que vous deveniez tristes comme des éteignoirs.
Sa gorge se noue soudain et l'empêche de continuer. Faute de pouvoir parler, elle leur sourit tristement puis se tourne vers ses parents.
- N'oubliez pas Jeanne, elle aura besoin de vous quand je serais partie...
La maman hoche la tête et passe un bras sur les épaules de sa cadette. Le père se contente de renifler bruyamment.
- Jeanne... tu es une petite sœur formidable. Essaie de ne pas m'oublier trop vite...
Le cœur d'Alice se serre en voyant sa cadette retenir ses larmes. La boule dans sa gorge grossit mais elle ne veut pas pleurer. Elle doit être forte jusqu'au bout.
Et puis Alice se tourne vers Timaël. Ils ne parlent pas, se regardent seulement dans les yeux en transmettant tout l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre.
- Chouquette... souffle-t-il. Je ne veux pas...
La jeune fille sent les larmes lui monter aux yeux. Ne pleure pas Alice.
- Laisse-moi parler... Tim, tout à l'heure tu iras dans notre cabane, il y a quelque chose pour toi...
Le jeune homme sourit à travers ses larmes : Alice a toujours cette passion pour la chasse aux trésors... Mais l'évocation de sa mort imminente ne fait finalement qu'augmenter le flot de larmes qui dévalent ses joues.
Sur le papier qu'il doit aller chercher, même s'il ne le sait pas encore, il est écrit : « Pour tous ces mots qui n'ont jamais franchis le seuil de mes lèvres. Pour toutes ces phrases évanouies. Pour mon silence. Pour tous ces mots que je n'ai jamais pu te dire. Pour ma colère, mes larmes, ma rancœur et mon dégoût.
Pour cette relation avortée.
Et pour l'espoir qui renaît, toujours.
Je souhaite qu'un jour quelqu'un te serre tellement fort qu'il recollera tous les morceaux que j'ai brisé en partant.
Je t'aime. »
Et puis soudainement, Alice sait que c'est la fin.
Une dernière conversation, un dernier câlin, une dernière toux, un dernier baiser, un dernier « Je vous aime», un dernier soupir et un dernier battement de cœur.
Mais toujours ce sourire pour l'éternité.
☄
Fin
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