Chapitre 32

EDEN

Rester fâché contre Callisto, c'est véritablement mission impossible.

Chaque fois que j'essaie de faire la gueule, elle sort une blague idiote ou gaffe sans même le vouloir et ça ne manque jamais de me faire éclater de rire – bien que ça m'énerve vraiment qu'elle ait ce pouvoir sur moi.

En fait, elle arrive si bien à me faire tout oublier que je ne suis même pas sûr qu'elle ait compris que j'essaie de rester en colère.

— Hé oh joli cœur, réveille-toi, grogne Laura en claquant des doigts tout près de mon oreille.

Je sursaute et lui lance un regard noir en me redressant. Je n'avais pas réalisé que j'étais complètement dans la lune depuis que mon cours d'informatique est fini.

— Tu n'as rien de mieux à faire que de me suivre partout, comme mâcher du chewing-gum en faisant semblant de travailler par exemple ? ironisé-je, les yeux plissés.

Elle arbore un rictus méprisant, chose qui ne me surprend pas du tout. Laura et moi n'arrêtons pas de nous lancer des vacheries mais à ce que j'ai compris c'est sa façon de faire comprendre aux gens qu'elle les aime bien, donc je ne le prends pas mal. Et puis, je suis persuadé que la masochiste qui est en elle est particulièrement contente d'avoir trouvé un adversaire à sa taille.

— Tu progresses, commente-t-elle en me tapotant la tête comme un enfant de dix ans qui aurait eu une bonne note à l'école.

Je secoue la tête tandis qu'elle ricane en quittant la pièce.

De mon côté, je décide de terminer de ranger la salle et d'éteindre les quelques ordinateurs qui ont été laissés en veille. Alors que je ferme la porte à clé, la tête de Laura fait soudain irruption derrière le mur le couloir et elle me crie :

— Eden, y'a quelqu'un pour toi !

— Très drôle, répliqué-je. Et je me permets de te dire que c'est affreusement nul comme technique pour me descendre, je m'attendais plutôt à une...

— C'est pas une blague, tête creuse. Ramène ton cul à l'accueil.

Sa tête disparaît et je pousse un profond soupir en terminant de verrouiller la salle pour la rejoindre dans le hall d'entrée.

Honnêtement, je pense qu'il y a erreur. Personne ne vient jamais ici spécialement pour moi ; la plupart demandent Callisto ou Barbara, qu'ils connaissent depuis des années et souhaitent saluer tandis qu'ils passent par là. Heureusement, je le vis bien. À vrai dire, le fait que quelqu'un vienne ici pour me voir me fait penser à la visite surprise de Maître Roussel en début d'année, visite dont le souvenir m'est encore très désagréable. Le croiser hors du cabinet était une véritable torture.

Las, je rejoins Laura près du comptoir et commence :

— Qu'est-ce que tu v...

Je m'interromps aussitôt en voyant qui se tient devant le comptoir.

— Eliot ? Levi ? lâché-je, sous le choc.

— Oh Eden, moi aussi je suis content de te voir, commente une voix bien connue derrière moi.

Joachim me frappe l'épaule d'un geste moqueur et je lui lance un sourire surpris.

— Qu'est-ce que vous faîtes ici ? Enfin je veux dire, je suis super content que vous soyez là, mais...

Ils acquiescent tous en même temps, comprenant parfaitement ce que je veux dire.

Ça faisait plusieurs mois que je ne les avais pas vus, et ils ont tous les trois un peu changé. Joachim a laissé poussé ses cheveux, qui bouclent maintenant de façon libre et désordonnée sur sa tête. Je crois apercevoir un nouveau tatouage dans le cou de Levi, une sorte de colombe entourée de longues inscriptions et qui tient une rose dans son bec. Quant à Eliot, il porte maintenant une petite barbe de trois jours qui le vieillit largement. C'est trop bizarre de les revoir après tout ce temps.

— Content de te revoir mec, t'as manqué au club, dit Levi en me tapant dans la main. La saison a été merdique : sans toi, on n'a fait que de perdre.

Je secoue la tête, tout sourire. Une petite partie de moi, celle qui est très égoïste, est contente que mon absence se soit faite remarquer.

— J'ai été très occupé, réponds-je.

Mon regard se pose alors sur Eliot, que je n'ai pas vu depuis le week-end en Normandie. Il n'était pas là au procès, probablement parce qu'il ne voulait se ranger d'aucun côté. Et dire que la dernière fois que je l'ai vu, je l'ai laissé ranger tout le bordel que mon altercation avec Gabin avait causée... Je me sens soudain comme le pire ami de la terre.

Au moment où je m'apprête à m'excuser, celui-ci secoue la tête en levant une main, l'air de dire : « tout va bien, on est OK ». Alors, je fronce les sourcils pour lui demander sans parler s'il en est vraiment sûr et là, il hoche de nouveau la tête.

Soulagé, je lui donne un coup d'épaule amical et il me lance un sourire entendu.

— Au fait, on a essayé au moins mille fois de t'appeler mais je crois que tu nous as filé le mauvais numéro. Faudra qu'on rectifie ça, dit Levi.

Bêtement, une vague de chaleur recouvre mon cœur. Ça me touche qu'ils aient essayé de me contacter même après tout ce que leur avait imposé. J'ai dû mal à croire qu'ils soient aussi sympas avec moi.

J'ai eu tort de croire que les relations humaines n'étaient basées que sur des mensonges et des intérêts. Parfois, les gens s'ouvrent à vous et s'inquiètent réellement pour vous. Et si de temps en temps nous pouvons en douter, parfois nous avons la chance de tomber sur de vrais amis.

— Ça vous dérange si on vous l'emprunte pour le reste de la soirée ? demande Joachim avec un sourcil arqué en direction de Laura.

Celle-ci le fixe avec dédain, les coudes sur le comptoir.

— Attends, tu m'as vouvoyée là ?

— Ben, ouais.

Le regard de la tornade brune s'assombrit de plus en plus.

— Et t'as cru quoi, que j'avais cinquante ans ?

— Pardon, pardon, s'excuse Joachim en reculant d'un pas. Je ne voulais pas t'offenser en te rajeunissant un peu.

Celle-ci écarquille les yeux et se met à vociférer dans ma direction, un index accusateur pointé vers Joachim :

— Par pitié, sors-moi ce type de là avant que je ne l'émascule et que j'accroche son engin sur ma porte d'entrée pour éloigner les mauvais présages.

Nous écarquillons tous les yeux en même temps.

— Woah ; t'as un grain, commente Joachim d'un air étonné.

Je le fixe, ébahi.

— Toi, tu vas perdre une couille.

Puis, je feins un sourire dans la direction de Laura et m'exclame :

— Bonne soirée !

Je m'empresse alors de pousser les trois garçons dehors pour empêcher la tempête Laura de tout détruire sur son passage et j'ai à peine refermé la porte que Joachim se retourne pour jeter un regard par-dessus son épaule. Eliot et moi échangeons un regard surpris, puis...

— Je crois que cette fille est dingue de moi.

Son air fier me fait éclater de rire.

Tandis qu'ils m'entraînent dans les rues parisiennes pour aller boire un verre dans un pub, je comprends peu à peu à quel point ces trois-là m'ont manqué. Je n'avais pas réalisé jusque-là qu'en leur présence, je me sentais aussi bien. Tout comme Sacha et Avril, ils sont restés à mes côtés même quand ils ont été confrontés au pire. Et pour Eliot en particulier, il a préféré écouter son cœur que ce que lui dictait la situation et en l'occurrence, son propre cousin. Je crois que je leur serais éternellement reconnaissant pour cela.

— Au fait, t'as loupé un gros truc ! commente Joachim avec un air amusé tandis que nous tournons sur la gauche.

— Ah oui ?

— Eliot s'est enfin tapé la sœur de Levi !

Celui-ci nous crie de parler un peu mieux de sa petite sœur tandis que je félicite Eliot, qui fait mine de remercier sa horde de fans. Hilare, je finis par demander à Levi :

— Et tu l'as pris comment ?

L'asiatique hausse les épaules, renfrogné.

— Cet enfoiré m'a demandé une putain de permission avant de sortir officiellement avec Rose, je ne pouvais pas lui dire non.

J'éclate de rire, un bras autour des épaules de mon ami. Décidément, cette journée semble être placée sous le signe de la bonne humeur.

Et merde, j'adore ça.

Si jusque-là rester fâché contre Callisto était déjà difficile, ça devient complètement impossible quand je rentre chez moi le vendredi soir et que je la trouve en peignoir dans mon salon avec du chocolat partout autour de la bouche, fredonnant une musique de Sinatra en même temps que la radio.

Bon sang, comment fait-elle pour être aussi adorable ?

— Salut, dis-je d'un air surpris en retirant ma veste. T'as les clés de mon appartement, maintenant ?

Elle me regarde d'un air amusé en arquant un sourcil.

— La cacher dans la seule plante du couloir, c'est pas très malin.

Je grimace d'un air coupable et fais le tour du comptoir pour l'embrasser sur la tempe. Elle sourit en laissant sa tête reposer une seconde sur mon épaule, douce et réconfortante. Je l'ai rarement vu aussi sereine.

— Tu cuisines ?

— Non, je fais du kravmaga.

Je fronce les sourcils au moment où elle s'exclame, tout sourire :

— Bien sûr que je cuisine, idiot ! J'ai entendu dire que tu étais fan des fondants au chocolat, alors je m'entraîne.

Je plisse les yeux, suspicieux.

— Oh, toi, tu as chopé le numéro d'Avril, commenté-je.

— Même pas ! L'info vient effectivement d'elle mais elle est passée par Cam, pas par nos téléphones respectifs.

Je me gratte la tête, surpris. Je n'imaginais pas la métisse jouer au téléphone arabe avec sa sœur et ma meilleure amie simplement pour connaître mon gâteau préféré.

Les femmes sont décidément des créatures surprenantes.

— Tu en as mangé ? finis-je par demander.

Elle cale une main sur sa hanche, me fixant avec un air vexé comme si j'étais le pire des enfoirés de pouvoir douter d'elle. Si seulement elle savait qu'elle a du chocolat partout autour de la bouche...

Mais bien sûr, je ne compte pas lui dire – peut-être que je suis bel et bien un enfoiré, finalement.

— Moi, goûter ? Eden, je vous annonce officiellement que vous êtes le pire petit-ami de la terre. Le mot confiance, tu connais ?

Je roule des yeux en rigolant dans ma barbe.

Alors qu'elle attrape un fouet pour mélanger sa pâte à gâteau, je décide de lui glisser :

— Au fait, tu seras heureuse d'apprendre que j'ai décidé de ne plus t'en vouloir pour l'histoire de Lilia.

Elle arque un sourcil, un léger sourire amusé flottant sur son visage.

— Je ne savais pas que tu étais encore fâché.

Je détourne le regard en essayant de ne pas lui sourire. Il faut vraiment que j'améliore ma technique de boudage, et le plus vite possible.

— Mais j'en suis très heureuse, woah, merci Eden ! s'empresse-t-elle d'ajouter.

— Ouais, ouais.

Elle tente de masquer son sourire et je fais de même. J'hésite à lui dire qu'elle a le bas du visage complètement barbouillé mais me ravise en me disant que ça lui donne un certain charme.

— Au fait, il y a une chose que j'ai oublié de te demander maintenant que tout est fini, dit-elle en s'accoudant au plan de travail. C'est, euh, à propos de la natation.

Je me tends légèrement, juste avant de me rappeler que ce problème est réglé.

— Mes restrictions prennent fin dans un mois le temps que toute la paperasse soit réglée.

Elle hoche la tête avant de faire le tour du comptoir pour me rejoindre. Tandis qu'elle entoure mon dos de ses bras et se hisse sur la pointe des pieds pour poser sa joue sur mon crâne, je pense soudain à Singapour.

Jeremy m'a fait remplir des tas de papiers et je pars officiellement dans deux mois, pile avant les vacances d'été. Il m'a aussi envoyé des tas de photos de l'appartement en location qu'il a trouvé pour nous deux, enthousiaste à en mourir. Seulement, moi, je n'arrive pas à l'être.

Je n'ai pas encore réussi à le dire à Callisto. Chaque fois que je la vois, je passe un si bon moment que je n'ai pas envie de tout gâcher. Je flippe à l'idée de me retrouver loin d'elle mais d'un autre côté, je sais qu'il est temps que je fasse des choses pour moi.

Ça fait bien trop longtemps que je vis en fonction des autres et j'ai beau être fou de Callisto, il faut que je fasse ce que j'ai à faire.

Et Singapour, ça en fait partie.

— Tu penses à quoi ? demande-t-elle en se reculant.

  Elle laisse poser ses bras autour de mon cou, ses doigts caressant la peau fine à la naissance de mes cheveux. Un sourire se dessine peu à peu sur mes lèvres quand je lui réponds :

— Au chocolat que tu as autour de la bouche.

Un court instant, elle écarquille les yeux avec la bouche grande ouverte. Et la seconde d'après, elle se précipite dans ma salle de bains et revient pour récupérer un sopalin, me fusillant du regard.

— Tu aurais pu me le dire, grogne-t-elle en se frictionnant énergiquement la bouche.

— Excuse-moi, j'étais trop concentré à chercher la définition du mot confiance.

Elle se venge en me jetant une boulette de sopalin au visage, me faisant éclater de rire. Puis, je l'attire à moi tandis qu'elle essaie de me faire promettre de ne plus la laisser s'enfoncer comme ça – bien sûr, j'évite habilement ses questions.

Tout sourire, elle finit par m'embrasser sur le nez avant de demander d'un air espiègle :

— Tu ne saurais pas à combien de personnes ce genre de situations arrive chaque année, par hasard ? Histoire que je me sente moins seule, quoi.

Hilare, je secoue la tête. Je remarque au passage qu'il reste encore une petite trace de chocolat sur sa lèvre inférieure, résistante.

— Merde, tu sais que les ouragans produisent plus d'énergie en dix minutes que toutes les armes nucléaires mondiales combinées ou que le plus grand nombre d'enfants nés d'une seule femme était soixante-neuf mais alors par contre t'es pas foutu de me donner un chiffre aussi simple !

Je fronce le nez d'un air étonné tandis qu'elle sourit, fière de sa propre blague.

— Je ne savais pas que tu avais retenu ce genre de trucs.

Elle penche légèrement la tête, faisant légèrement entrouvrir son peignoir. Seigneur, je crois qu'elle ne porte rien en-dessous.

— Je sais que je parle beaucoup mais je t'écoute quand tu p...

Elle s'interrompt d'elle-même, les yeux écarquillés. Surpris, j'essaie de lui demander ce qu'il se passe mais elle plaque une main sur ma bouche, le petit doigt dressé. Puis, elle me fait signe de tendre l'oreille et je mets dix grosses secondes à reconnaître la musique que crache désormais la radio.

— Dirty Dancing ? demandé-je en arquant un sourcil.

Callisto ne me répond pas, trop occupée à enchaîner les premiers mouvements de la chorégraphie. Je me demande si elle la connaît par cœur.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle avoue sans arrêter de se déhancher :

— Je connais la choré' par cœur, en plus !

Mi-rieur mi-impressionné, je la regarde tournoyer dans mon salon comme si elle avait fait ça toute sa vie. Sourire aux lèvres, paupières closes, elle est tellement concentrée sur ses mouvements qu'elle se cogne trois fois contre la lampe sans jamais se plaindre.

You're the one thing

I can't get enough of

So I'll tell you something

This could be love

Elle fait du playback avec le rouleau de sopalin en guise de micro, connaissant les paroles à la perfection. Impressionné, je la regarde d'un air ébahi et me mets à siffler quand elle fait une galipette sur le canapé en disant :

— Fais semblant que c'est un salto arrière ; je viens de sauter de la scène, là !

Je suis obligé de me tenir le ventre tellement je rigole. Et plus la musique avance, plus je prie pour que le moment ne s'arrête pas.

Quand arrive l'un des derniers couplets, elle se déhanche jusqu'à mon tabouret en me faisant signe d'approcher avec son doigt. Amusé, je fais non de la tête et la regarde en faire des tonnes, jouant avec ses cheveux et attrapant le col de mon t-shirt d'un air sensuel.

— C'est le moment où tu es censé faire le porté, me glisse-t-elle avec une danse des sourcils hilarante.

— Je ne crois pas, non.

Elle fait la moue et tire plus fort sur mon t-shirt. Malheureusement, je crois qu'elle a légèrement sur-estimé sa force et je ne bouge pas d'un millimètre.

— Edeeeeen, s'il te plaît ! Essaie, au moins !

Je soupire.

— Tu vas te casser un truc...

— Mais non ! Alleeeeeeeez !

Je roule des yeux en me hissant sur mes pieds, las rien que d'y penser. Je commence à comprendre pourquoi est-ce qu'elle a toujours ce qu'elle veut : elle est tellement déterminée que les gens n'ont pas d'autre choix que de céder pour avoir la paix.

— Faisons ça dans la chambre, histoire que la chute soit moins douloureuse, soupiré-je.

Elle pousse un petit cri de joie et augmente le son de la radio de plusieurs crans avant de me rejoindre dans ma chambre, d'où la musique s'entend extrêmement bien.

— Je vais courir dans le couloir et à trois, tu m'attrapes par les hanches et tu me soulèves au-dessus de ta tête, explique-t-elle.

J'avale difficilement ma salive.

— Attends, tu es sûre que...

— Arrête de flipper ; j'ai toujours rêvé de faire ça ! ajoute-t-elle d'un air excité.

Je visualise assez bien la fameuse scène du film, celle où Patrick Swayze réussit l'impensable et soulève sa partenaire au-dessus de sa tête. Seulement, je ne suis ni acteur ni sexy et franchement, je commence à avoir peur.

— Attends, l'interromps-je une nouvelle fois, à trois tu sautes vraiment ou alors tu sautes à quatre ?

Elle me fixe à moitié comme si j'étais le type le plus idiot de la terre et à moitié comme si j'étais un enfant adorable qui ne comprend rien à la vie ; je ne sais pas lequel est le pire.

— À trois je saute. Prêt ?

— Euh, non ?

Pourtant, elle commence déjà son décompte et s'élance dans le couloir. Plus elle s'approche et plus je sens que c'est une mauvaise idée mais elle n'est déjà plus qu'à deux mètres de moi. Puis, je verrouille mes mains sur ses hanches quand elle arrive à ma hauteur et je la soulève au-dessus de moi.

Pendant une courte seconde, j'y arrive tellement bien qu'elle pousse un cri de joie...

.... qui se transforme bientôt en cri de peur quand mes bras tremblent et qu'elle s'écroule sur le matelas derrière moi.

Au moment où elle touche les draps, un énorme crac se fait entendre et nous nous fixons sans rien dire, les yeux écarquillés.

Puis, comme deux idiots, nous nous mettons à éclater de rire tandis que Patrick Swayze hurle du salon les dernières notes de la chanson.

À cet instant, je comprends deux choses.

La première est que je suis indubitablement et follement amoureux de cette femme, qu'elle ait du chocolat sur le menton ou non. J'aime qu'elle soit imprévisible, rigolote et naturelle. J'aime que passer des heures avec elle soit toujours aussi rapide qu'un battement de cil, que ses doigts s'emmêlent aussi facilement aux miens et qu'elle sache toujours quoi dire pour me faire rire – bien que les trois quarts du temps, ce ne soit pas fait exprès. Même si je croyais lui en vouloir, j'aime aussi qu'elle soit prête à se dresser contre ma volonté pour m'aider quand elle croit que c'est la bonne chose à faire, comme lorsqu'elle a contacté Lilia sans m'en parler. Et je sais que je cite beaucoup trop souvent Orelsan, mais je me rappelle d'une phrase en particulier dans l'une de ses chansons qui décrit vraiment ce que je ressens pour elle : « j'aimerais tes défauts si j'arrive à en trouver ».

Quant à la deuxième chose que je comprends, c'est qu'il faut vraiment que je lui parle de Singapour.

Vraiment, vraiment.

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