Prologue


« La famille est ce qui nous protège du monde. »
Une belle connerie.

On m’a répété ça toute mon enfance.
Qu'on naît entouré des seules personnes qui ne nous trahiront jamais.
Qu’on doit tout à ceux qui nous ont donné la vie.
Qu’on leur appartient.

Je suppose que ce soir, je découvre la vérité.

Je m’appelle Sirius Black, et ce sera probablement la dernière fois que je le dis.
Vingt ans d’existence, ça sonne long quand on est petit.
En vrai, ça tient dans quelques souvenirs :
un rire étouffé derrière une porte,
la chaleur d’un soleil que je n’avais pas le droit d’aimer,
la sensation d’être libre juste trois secondes avant qu’on me rappelle à qui j’appartiens.

J’ai parlé. C’est tout.
J’ai essayé de dire que ce qu’ils font n’est pas normal.
Et dans cette maison, ça vaut une condamnation.

La pièce sent le marbre et la peur. Pas la mienne — la leur.
La peur de perdre le contrôle.
La peur qu’un fils pense par lui-même.

La voix de ma mère est douce. Trop douce.
« Tu aurais pu être parfait, Sirius. »
Je souris. D'un sourire cassé, mais un sourire quand même.
Être parfait, dans leur bouche, signifie être silencieux.

Mon père approche. Le métal du bracelet me glace la peau.
Quelque chose pique.
Un liquide brûle mes veines.
Je connais cette sensation — elle ne laisse pas de deuxième chance.

Je tombe.
Le sol me prend avant que quiconque ne puisse le faire.
Je voudrais dire au revoir à Regulus.
Lui dire que je suis désolé de le laisser ici.
Lui dire qu’il vaut mieux que tout ça, même s’ils lui feront croire le contraire.

J’essaie de respirer. Le monde se rétrécit.
Les visages flous.
Les voix loin.
Et puis plus rien.

Ils penseront que je me suis endormi.
Il n’y aura pas de cris, pas de drame.
Chez nous, même la mort doit être propre.

Alors voilà.
C’est fini.

Peut‑être qu’un jour, quelqu’un se souviendra de moi.
Ou peut‑être que je ne suis déjà plus qu’un nom qu’on va effacer des registres.

« La famille protège du monde. »
Non.
Parfois, c’est elle qui tue.

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