chapitre 1
Je tourne la clé dans la serrure et pousse la porte afin d'entrer dans mon appartement. Il est resté tel que je l'avais laissé il y a quelques jours. C'est un duplex assez luxueux. La couleur du mur est un contraste entre un gris pâle et un gris foncé qui s'accorde parfaitement avec la décoration de l'appartement.
Le salon, qui est la pièce principale, dispose de canapés en cuirs noirs placés en U devant une télévision écran plat accrochée au mur. Une cuisine aménagée est ouverte sur ce dernier et un escalier menant à l'étage des chambres se trouve sur le côté. Des tableaux réalisés par mon neveu sont suspendus dans tous les coins de la maison, donnant ainsi un côté coloré à la décoration. Ces tableaux ont tous une grande valeur sentimentale à mes yeux. Néanmoins, j'ai une préférence pour celui à l'entrée. Celui où mon portrait que je trouve presque réussi est peint. Mon neveu l'artiste a réussi à peindre la forme de mon visage ainsi que celle de mes yeux de façon réaliste. Le brun de mes cheveux est assez réussi cependant, ma bouche paraît plus pulpeuse qu'elle ne l'est déjà et mon nez parfaitement droit a pris l'apparence d'un nez épaté.
Je dois dire que mon appartement est un peu trop grand pour une personne qui n'a ni enfant, ni mari et aucun animal de compagnie non plus.
Je ne suis chez moi que trois à quatre jours par semaine. Je passe le reste de mon temps sur mon lieu de travail. Étant donné la situation de ma vie, un peu solitaire, je vois plutôt ça comme un avantage car cela me permet de ne pas me retrouver trop seule.
En ce qui concerne mon travail, je suis hôtesse de l'air chez American Airline. Aujourd'hui, à vingt-sept ans, je vis du travail de mes rêves de petite fille. Pour moi, c'est l'un des métiers les plus passionnants qui puisse exister : on parcourt le monde, on rencontre des gens intéressants, on découvre des endroits exotiques. Pour les amoureux des langues, on a aussi la chance d'être bilingue, voir trilingue. Nous sommes toujours tirés par quatre épingles ce qui permet de bien se sentir dans sa peau constamment. Cependant, j'ai aussi découvert les problèmes du métier et c'est moins plaisant : il faut garder la ligne mais on a peu de temps libre alors niveau sport, il faut un peu laisser tomber. Ce qui nous mène directement à manger équilibrer tout le temps, sans exception. Il y aussi le décalage-horaire successif qui engendre une fatigue permanente et surtout, il ne laisse que peu de temps pour notre vie sociale et familiale, pour soi et pour l'amour...
Le vibreur de mon téléphone se fait sentir dans mon sac, signalant un appel entrant. Je plonge tout de suite ma main pour récupérer mon cellulaire et le décroche.
"Tu es déjà arrivée chez toi ?" Demande la personne à l'autre bout du fil.
"Bonjour, je vais bien, merci de t'en inquiéter sinon, je viens juste de franchir la porte de chez moi, pourquoi ?" Questionnais-je tout en coinçant l'appareil entre mon oreille gauche et mon épaule. Je tiens mon sac à main dans ma main gauche et ma valise dans celle de droite en montant l'escalier pour aller dans ma chambre.
"La soirée avec les filles se passe chez moi ce soir, tu te joins à nous ?" Fit ma sur, Sharon.
"D'accord, mais je rentre pas tard, je suis crevée" Préviens-je.
"C'est okay, ne sois pas encore en retard cette fois-ci."
Sans lui répondre, je raccroche, je pose mon téléphone sur la table à côté et saute telle une enfant sur mon lit. Que ça fait du bien d'être chez soi, me dis-je à moi-même. Et sur cette pensée, le sommeil m'emporte facilement à cause de la fatigue.
Brrr brrr brrr
Je m'étire faiblement puis ouvre lentement les yeux. Qui ose me tirer de mon adorable sommeil ? Je saisis mon portable et sans faire attention au nom affiché, je décroche et colle celui-ci sur mon oreille.
"Oui." Commençais-je d'une voix encore endormie.
"Dis-moi que tu es déjà en route Sky." Cria ma sur. J'ouvris directement les yeux, complètement réveillée.
"Je suis déjà en route." Tentais-je incertaine avant de soudainement lui raccrocher au nez et courir prendre ma douche dans la salle de bain adjacente.
S'il y a bien quelque chose que j'aime faire, c'est mettre ma sur hors d'elle, et lui raccrocher au nez en fait partit. Mais bien-entendu, l'envie d'embêter l'autre est totalement partagée.
Après quelques minutes, je sors de la douche en courant, j'enfile un jean délavé échancré aux genoux et un t-shirt simple à une vitesse V. Je me chausse de mes converses blanches. Tout de suite après, j'enfile une veste en cuir par-dessus ma tenue. Je récupère mes clés et mon téléphone que je fourre dans mon sac.
Je quitte ma chambre, dévale les escaliers trois par trois. Je sors de mon appartement sans oublier de verrouiller la porte. Après cela, j'entre directement dans l'ascenseur.
Arrivée dans ce dernier, je souffle bruyamment.
"Vous m'avez l'air pressée, je me trompe ?" Entendis-je derrière moi. Je tourne minutieusement la tête vers le propriétaire de cette voix.
Celui-ci me regarde avec un beau sourire, un sourire que je lui rends par politesse.
"Vous avez raison, ma sur va me tuer." Lui confiais-je, ce qui le fit rire.
"Je suis Devon, de l'étage au-dessus." Se présente-t-il après quelques secondes tout en me tendant la main.
"Skyller, enchantée." Souris-je.
Et sur ce, l'ascenseur s'ouvre.
"Vous devriez vous dépêcher avant que votre sur ne vous tue." Plaisante-t-il.
Je ris face à cette remarque.
"À la prochaine fois peut-être." furent les derniers mots avant que je marche à grande enjambé vers l'extérieur de l'immeuble.
J'entre dans ma voiture et démarre en trombe.
Quinze minutes plus tard, je sonne à la porte de ma grande sur. Elle m'ouvre directement. À croire qu'elle m'attendait, prête à empoigner la porte, ce qui ne m'étonne nullement venant d'elle.
"Perry Skyller Johnson." hurle ma sur. Je grimace en entendant mon nom en entier. Elle sait que je déteste qu'on m'appelle comme ça. "Tu tiens à ta vie ou pas ? Je t'ai dit de ne pas être en retard pour une fois." Me rappelle Sharon d'un ton las.
"Je suis désolée, j'avais croisé un beau gosse à la sortie de chez moi, j'ai pas pu m'empêcher de lui faire la conversation." Mentis-je en ayant la certitude que ma sur me lâchera si je lui raconte une telle chose. À vraie dire, le fait que l'homme de l'ascenseur était assez bel homme fut la seule chose que j'ai retenue de lui. J'étais tellement pressée que je n'ai pas pris le temps de m'attarder plus sur son physique mais ma sur n'a pas besoin de savoir ce détail si je tiens encore à ma vie.
En parlant de ma sur, elle vient d'avoir exactement la réaction que j'attendais, c'est-à-dire, toute souriante contrairement à la mine désespérée qu'elle affichait plus tôt. Ce qui signifie que suite à ce petit mensonge, nous sommes toutes les deux ravies. Moi de pouvoir rester en vie et elle de savoir que je me suis intéressée à un homme. Il faut dire que ma sur adore entendre que je sois avec un mec. Elle déteste me savoir seule, elle s'est même mise à me caser avec les amis de son mari des fois. Mais ce fut toujours un échec, comme toute ma vie amoureuse.
"Alors, tu as son numéro ? Vous vous revoyez quand ? Est-ce que tu lui plais ? Mais quelle question, évidemment que tu lui plais, tu es belle, fine, grande. Et lui, il te plait ?" Se met-elle à dire machinalement.
Oh mon Dieu, cette femme.
"Calmes-toi, je peux seulement te dire qu'il est beau. Je te raconterai tout si nous nous revoyons. Ne t'inquiète pas. Mais pour l'instant, on va rejoindre les autres, j'imagine qu'elles sont déjà là."
"Bien sûr." Me confirme-t-elle.
Nous nous avançons vers la pièce où toutes les autres s'y trouvent, quand une tornade me saute dessus en criant :
"Tante Sky !" Je la prends tout de suite dans mes bras.
"Comment va ma petite princesse? " Demandais-je contente.
"Je vais très bien."
Emma est ma nièce. Elle a atteint ses cinq ans il y a peu mais elle est déjà très dynamique et pétillante.
Une autre personne vient me prendre dans ses bras à son tour. Ça, c'est mon neveu, Kyle, qui va bientôt avoir quatorze ans. De son jeune âge, il est notre artiste, ayant une réelle passion pour la peinture. C'est bien lui le créateur de tous les tableaux qui complètent la décoration de mon appartement.
"Ça va tata ?" Me demande-t-il.
"Oui et toi mon grand ? L'école ça va ?" Répondis-je.
"Oui. En fait, j'ai un autre tableau pour toi, pour que tu l'accroches chez toi." M'informe Kyle avant de s'éclipser avec son téléphone dans la main.
Je rejoins finalement les autres et une fois là-bas, elles me prennent toutes dans leurs bras.
"Alors les filles, quoi de neuf ?" Lançais-je en première.
Notre cercle de pote, à ma sur et moi, se limite à trois superbes filles : Kimberley, une brune au tempérament de feu qui nous fait bien rire de temps en temps ; Christy, une belle métisse légèrement folle ; et pour finir Vanessa, une blonde qui est la plus calme de nous toutes.
"J'ai trouvé un jeu qui va lancer notre soirée." Dit Christy.
"À quoi ça consiste ?" Demande ma sur au même moment où je me serre un verre de vin qui se trouve à côté de moi.
Notre "soirée entre fille" est le seul moment où je peux savoir ce qui se passe dans leur vie. Le fait de se trouver à douze mille mètres d'altitude entre deux pays n'est pas très pratique pour une vie sociale. On consacre donc une soirée toutes les semaines pour se retrouver chez l'une et cette semaine, c'est chez ma sur. À chaque fois, mes amies ont pris l'habitude soit de trouver un jeu qui démarre la discussion, soit un thème sur le principal sujet de conversation. Je peux affirmer en passant que ce ne sont pas les idées qui manquent. La semaine dernière, Kimberley à proposer le mot "patron" comme sujet et la semaine d'avant, on a joué à un jeu d'imitation et même si ce jeu parait enfantin, on a bien rigolé.
"À noter le nombre de mecs avec qui on a couchés sur un papier." Explique-t-elle.
Dès que l'information arrive à mon cerveau, je m'étouffe avec le verre de vin que je viens de boire, surprise par ce qu'elle vient de dire. Je me demande d'ailleurs pourquoi. Après tout, ce n'est pas comme si c'était la première fois que l'une d'elles avait des idées farfelues.
"Quoi ?" Demandais-je pour m'assurer que ce que je viens d'entendre est exactement ce qu'elle vient de dire.
"À noter le nombre de mecs avec qui on a couchés sur un papier." Redit Christy, sereinement.
"Je viens de te donner une chance de changer ce que tu viens de dire sale conne." Lui dis-je. Ce qui enclenche un rire général.
"Ne fais pas comme si t'étais une Sainte-nitouche Sky, on sait tous que tu t'éclates de temps en temps avec tes passagers." Reprit Kimberley.
"Mais...'' Tentais-je de dire mais les mots ne veulent pas sortir de ma bouche. Ma tête, qui doit afficher une mine surprise, est devenue l'objet de rigolade de mes copines.
Il a fallu que je me coltine dans ma vie des amies qui ne sont pas bien dans leur tête.
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