34 : Seul, effondré, anéanti...le vide total.
Je suis sous ma douche, les mains complètement tremblantes. Pourquoi aller parler avec Yoongi, Taehyung et Sungkyung me stresse autant ? Peut-être que de devoir faire face à ma douleur m'effraie complètement... J'ai peur d'être deux fois plus déçu, voire deux fois plus blessé si je leur laisse une chance de s'expliquer. Cependant, j'ai l'impression de ne pas avoir le cœur tranquille, d'avoir besoin d'entendre ce qu'ils ont à dire sur tout ça. Alors ma décision est prise. J'enfile un t-shirt et un jean et me dirige vers le salon où est installé Takuya, les fesses sur le sofa.
– « Tu y vas déjà ? » remarque-t-il, apparemment toujours aussi réticent à propos de ma volonté à vouloir affronter ça seul. J'hoche la tête en me recoiffant rapidement sous les yeux de mon homme, sûrement pour cacher mon manque d'assurance. « Tu veux vraiment pas que j'vienne avec toi ? » J'arbore un petit sourire avant de venir m'asseoir sur ses cuisses, à califourchon. Ne me tente pas, Takuya... J'essaie vraiment de prendre mes responsabilités et de m'occuper de mes propres soucis tout seul. Si tu es constamment en train de m'empêcher de le faire, je finirai par complètement me relâcher sur toi.
– « Bébé... Je t'aime. » murmurais-je contre sa bouche. Ses deux mains viennent se saisir de mon postérieur pour me pousser contre lui et atteindre mes lèvres. Je ne sais pas pourquoi j'éprouve le besoin de lui répéter que je l'aime ces derniers jours. C'est comme si j'avais un mauvais pressentiment depuis hier. Je crois bien que c'était la première fois que je le lui disais autant de fois en une journée. Même lorsque nous avons couché ensemble hier soir, je n'ai pas pu m'empêcher de le redire encore et encore, poussant au plus profond de lui, comme si je tentais vainement d'ancrer ces trois petits mots en lui. « Je reviens vite...dès que j'en ai fini... » terminais-je avant de l'embrasser une dernière fois pour me détacher de lui. Sinon, je risquerai bien de tout laisser tomber pour rejouer les scènes d'un bon porno japonais sur ce même sofa.
– « Tu m'appelles si besoin. Et surtout...ne te bats pas. » m'ordonne-t-il visiblement inquiet. Mon homme se redresse pour venir remettre le col de ma veste en jean en place. A croire qu'il joue vraiment à l'époux parfait avec moi... « Je t'aime aussi. Je t'aime terriblement Jaejoon. » marmonne-t-il avant d'embrasser mon cou et de me serrer dans ses bras. Je ne sais pas ce qui nous arrive ces derniers jours, on éprouve le besoin constant de se ressentir mutuellement. Même cette nuit, nous ne nous sommes pas détachés l'un de l'autre malgré la chaleur étouffante. Peut-être que nous commençons à ne plus pouvoir vivre l'un sans l'autre...
– « Ne t'en fais pas, ça va aller. Et à mon retour, on sortira tous les deux...pour se changer les idées. » dis-je avant de quitter l'appartement sous le regard tourmenté de mon colocataire japonais. J'ai inspiré profondément puis j'ai conduis jusqu'à chez Taehyung, ayant donné rendez-vous aux deux imposteurs là-bas. Il est quatorze heure pile lorsque je sonne à la porte. Mon cœur tambourine promptement contre ma poitrine, ma gorge se noue d'anxiété, mes mains sont moites, mon corps chancelle presque de droite à gauche... J'ai peur, horriblement peur de les revoir après tout ce que j'ai finalement appris sur eux...
– « Jaejoon... » souffle presque de manière inaudible Minha, après m'avoir ouvert la porte. Je reste figé une micro-seconde puis la réponse me tombe soudainement dessus comme si elle avait toujours était là, devant mes yeux.
– « Ah, je vois... Toi aussi, tu étais dans le coup, alors... » comprenais-je sans vraiment attendre une quelconque protestation de sa part, même si c'est ce que j'aurai voulu. J'entre alors qu'elle reste silencieuse, les larmes aux yeux. Taehyung est assis sur le sofa, les mains liés alors que Yoongi est appuyé contre le mur, les bras croisés contre son torse. Ils m'attendaient...
– « Jaejoon, je suis tellement désolé... » ose-t-elle chouiner en s'approchant de moi alors que je recule pour ne pas qu'elle me touche. Yoongi souffle d'agacement avant de la mener dans la cuisine pour la faire asseoir de force. Elle ne semble plus être la même, comme si Minha était devenu une toute autre personne depuis. Alors sa force de caractère, son charisme époustouflant, ce n'était que du vent ça aussi ?!
– « Arrête un peu de pleurer, putain... » murmure-t-il, avant de venir nous rejoindre dans le salon. J'observe Minha sans rien dire, ils m'ont ôté les mots de la bouche... Je ne sais même pas par où commencer tellement je suis furieux. Ce n'est plus de l'angoisse, ni même de la frayeur qui s'empare de moi, c'est de la haine, intense, pure et dure. Je me remémore tout ce que j'ai vécu avec eux. Je disais ne pas leur porter d'intérêt, comme si j'étais détaché de tout sentiment envers eux mais c'était faux. J'aimais me sentir normal lorsque j'étais avec eux. Je buvais, fumais et baisais sans qu'ils ne trouvent ça répugnant ou abject. Ils m'écoutaient parler, lorsque l'occasion se présentait, mais surtout, inconsciemment, ils m'apportaient du réconfort et m'aidaient à oublier ma peine rien que par leur présence...
– « Alors...vous vous connaissiez vraiment au moins ? Je veux dire...vous êtes vraiment des amis d'enfance ou bien, ce n'était qu'un rôle que vous endossiez ? » les interrogeais-je sèchement. Taehyung jette un regard à celui qu'il prétendait aimer la dernière fois que je lui ai parlé, cherchant certainement à lui demander de répondre à sa place.
– « On sort ensemble, Jaejoon... Tout ce que tu sais de nous est vrai. On a juste monté cette histoire de rejet lorsque Minha a su que...Takuya était...attiré par toi. » Ah...alors...lorsqu'elle m'a fait part de ses doutes concernant l'orientation sexuelle de mon colocataire japonais, elle s'imaginait déjà à quel point je l'aimais ? Elle s'est vraiment bien foutue de ma gueule cette connasse... A faire semblant d'être mon ami et à se rapprocher de Takuya seulement pour avoir un moyen de pression sur moi... Et dire que je l'appréciais, que j'avais l'impression qu'elle comprenait un minimum ma peine, qu'elle était douce et gentille avec moi parce qu'elle voulait prendre soin de moi. Tout ça n'était qu'illusion. Et maintenant, elle fait semblant d'avoir des remords pour obtenir mon pardon ? Comment ose-t-elle après toutes les nuits que nous avons partagés tous les deux ? Je la regarde du coin de l'œil, celle-ci semble au bord du gouffre, comme si sa vie venait de prendre fin lorsque j'ai appris pour leur mensonge. Ils sont bons. Très bons. Ils auraient vraiment dû faire carrière dans le cinéma... « On s'est servi de vous pour avoir ce qu'on voulez. On a eu tord, on en a pleinement conscience. On ne te demande pas de... »
– « Savez-vous au moins ce que vous venez de faire ? N'avez-vous pas un minimum de respect pour ma personne ? Oui, vous avez eu tord. Vous venez de me pourrir la vie, bande d'enfoirés... Et tout ça pour quoi ? Pour de l'argent ? » m'indignais-je pour l'interrompre rapidement. Mes deux anciens amis restent fixer le sol, trop honteux pour braver mon regard. Ils ont raison. J'aurai honte moi aussi, d'avoir trahi quelqu'un qui se fichait de leur mauvais caractère ou de leur façon de parler complètement vulgaire. Ils pensaient pouvoir se servir de moi bêtement ? Ce qu'ils ont dû oublier, c'est que je suis comme eux, que moi aussi je suis misérable. Ils auraient dû y réfléchir avant de se jeter dans les bras de ma chère sœur et d'empirer ma situation sans aucune raison valable... Yoongi vient s'installer près de Taehyung pour lui apporter un soutien émotionnel. Quel bande d'idiot...
– « On s'en veut réellement... On t'apprécie énormément et on sait qu'entre toi et Takuya, c'est... »
– « Alors pourquoi l'avoir fait ? Pourquoi ne pas être revenu en arrière ? Pourquoi ne pas m'avoir tout avoué vous-mêmes ? Je devais vraiment l'entendre sortir de la bouche de ma sœur ? Et ce, devant toute ma famille ? Moi qui ne possédais déjà rien, aujourd'hui...par votre faute...je ne suis plus personne. » protestais-je en venant une nouvelle fois couper la parole de Taehyung. Je veux qu'il le comprenne, que leur stupide petite tête se souvienne pour longtemps du merdier dans lequel ils m'ont foutu juste par cupidité et volonté de richesse.
– « On est désolé. On a mal agit...on... On a tout rendu, on va disparaître de ta vie. On te le promets.» bredouille Yoongi, en posant sa main sur la cuisse de son amant pour le réconforter. Taehyung laisse ses larmes couler alors que Minha pleur toujours silencieusement dans la cuisine.
– « Pourquoi vous avez fait ça ? C'est tout ce que je veux savoir... » grommelais-je en évitant leur regard. Il y a de l'espoir en moi. L'espoir qu'ils y ont été forcé, que la vie les a malmené et qu'ils se sont retrouvés dans une impasse eux aussi. Qu'ils n'avaient d'autre choix que de choisir de me faire souffrir pour survivre. J'espère qu'ils ont la meilleure excuse du monde pour m'avoir trompé comme un con...
– « Quand on a eu dix-sept ans, on a avoué à nos... »
– « Tais-toi. » grogne Yoongi pour faire taire Taehyung. Je lance rapidement un regard à Yoongi. Pourquoi ne le laisse-t-il pas s'expliquer ? « On a aucune excuse à donner. On a mal agi. C'est tout. » termine-t-il, sur un ton autoritaire avant de se lever du canapé pour faire les cents pas.
– « Je rêve ? Tu te sentais si coupable d'agir comme ça avec Jaejoon, alors pourquoi ne pas lui expliquer ? Il a le droit de savoir la vérité, il a le droit de savoir ce qu'on a vécu nous aussi ! » s'énerve Taehyung en se redressant brusquement. Je ne comprends rien à ce qui est en train de se passer. Je leur donne l'occasion d'éclaircir leur comportement alors pourquoi empêche-t-il son ami de tout me raconter ? Je suis d'accord sur le fait que rien ne peut excuser leur comportement mais...peut-être que je serai plus clément et moins blessé s'ils me disaient la vérité.
– « Ferme-la. Il n'est pas obligé de savoir ! » s'écrit désormais Yoongi, complètement hors de lui. Taehyung reste le fixer, n'en croyant pas ses oreilles. Mais merde, c'est quoi tout ce bordel ?
– « On s'est fait renier ! » commence Taehyung sans écouter un mot de ce que dit son ami d'enfance. Yoongi continue de lui répéter de se la fermer mais rien n'y fait. Taehyung, les larmes aux yeux continuent sans rien entendre. « J'ai été frappé à mort pour aimer Yoongi et lui, il s'est fait violé par son beau-père ! On était à la rue, sans un sous, sans rien, sans personne à l'âge de dix-sept ans ! On détestait tout le monde, on voulait simplement se venger de cette putain de société à la con, sur n'importe qui, n'importe quoi ! Alors Dahee nous a repéré, je ne sais pas comment...elle nous a proposé de t'espionner. En échange, on était payé et on pouvait aller librement à la fac. On a accepté, oui. On a accepté parce qu'on ne savait quoi faire d'autre ! Puis... » Il s'arrête soudainement, haletant, au bord des larmes. Yoongi vient promptement le prendre dans ses bras pour le calmer alors que Minha vient nous rejoindre, inquiète de son état. Moi, je suis toujours là, debout au milieu du salon, complètement choqué et tétanisé. Comment pourrais-je les détester ? Ils sont encore plus pathétique que moi...
– « J'ai vu les dessins de Takuya alors je l'ai confié aux garçons. Ils m'ont expliqué qu'ils étaient censés te surveiller et rapporter tes moindres faits et gestes à ta sœur, alors... J'ai accepté de prendre part à tout ça, pensant que...l'argent m'aiderait à mieux me faire connaître... Tout est de ma faute, j'en ai pleinement conscience... » explique calmement Minha. Un silence pesant occupe désormais l'appartement. Je ne sais quoi dire...quoi répondre... Mon cœur souffre...pas à cause de leur égoïsme et de leur méchanceté. A cause de leur passé douloureux, que je n'ai jamais connu. Je m'apitoyais sur mon sort, pensant que j'étais le seul à avoir une famille complètement indifférente à ma personne alors que deux de mes amis se trouvaient dans le même cas. Peut-être ai-je trop longtemps fermé les yeux sur le monde à cause de mon traumatisme... Je suis devenu si seul, si éloigné du monde que je n'ai pas pensé une seule seconde que d'autres personnes souffraient en silence, tout comme moi. Je me retourne simplement et me dirige sans rien dire jusqu'à la porte, sous les yeux étonnés de mes amis.
– « Vous êtes pardonnés. » confiais-je, complètement abattu, avant de sortir de là, sans aucun bruit, ni protestation. La douleur des autres est parfois invisible. On ne connaît pas le cœur de l'autre aussi bien qu'on ne le voudrait. Les émotions, les sentiments sont pour la plupart du temps, hors de portée. Les gens souffrent en silence, par courage et bonté. Parce qu'ils ne veulent pas de pitié ou ressentir un quelconque jugement. Nous endurons nos peines, essayant vainement de les garder pour soi parce qu'on pense qu'autrui n'est pas nécessairement obligé de connaître nos faiblesses, nos hontes. C'est quelque chose d'intolérable... La société se fait la guerre, elle s'insulte, se moque, se pervertie au lieu de se venir en aide à elle-même, de s'écouter, de se soutenir mutuellement. La souffrance n'est pas quelque chose que l'on peut digérer facilement, sans l'aide de personne... Mais comment peut-elle être déterrée si elle ne peut être perçu à l'œil nu ? Nous sommes trop individualistes, nous agissons comme si nous étions incapable d'écouter notre cœur, notre raison. On fait semblant d'être stupide parce qu'on pense que ce que l'on vit est déjà bien assez dur pour supporter l'angoisse d'autrui. L'indifférence est le maître mot de notre quotidien. Parce qu'on a trop peur de perdre le bonheur qui nous envahit ou bien trop peur de se faire égorger plus qu'on ne l'est déjà. L'apathie guident inconsciemment nos comportements alors l'insécurité n'est que plus constante. Comment peut-on avoir confiance en l'inconnu si nous ne faisons que fermer les yeux et boucher nos oreilles pour ne pas être témoin des malheurs d'autrui ? « Le pire moment d'insécurité, c'est quand on perd tous ses moyens et qu'on a l'impression que les gens vous attendent au tournant pour vous condamner. Ça devrait être tous le contraire. Le regard des autres devrait être affectueux. C'est un truc que nous ferions bien de nous transmettre les uns aux autres : le sentiment que nous sommes là pour nous entraider, et non pour nous mépriser. » - Miley Cyrus
– « Ça...s'est bien passé ? » me demande Takuya au bout du fil. La tonalité de sa voix trahi toute l'angoisse qui le parcourt. Un sourire arbore mon visage lorsque je l'imagine assis sur le sofa, à la même place, dans la même position depuis que je suis parti. Je n'ai pas pu m'empêcher de l'appeler une fois dans la voiture. J'avais besoin d'entendre sa voix parce qu'elle me rassure et m'apaise si rapidement.
– « Hm. » me contentais-je de répondre. Je ne sais pas quoi dire, je veux juste continuer de l'entendre parler un moment. « Tu fais quoi ? » C'est signe qu'il me manque indéniablement et que je ne veux qu'une chose pouvoir le sentir contre moi...
– « J'essaye de regarder un drama mais...je n'ai pas vraiment suivi l'histoire... J'ai hâte que tu rentres, tu...me manques déjà... Tu vas aller voir Sungkyung maintenant ? » m'interroge-t-il, en faisant la moue. Il essaye de m'amadouer, de reporter cette confrontation à plus tard. Mais pour être honnête, vu ce que je viens d'apprendre, je ne sais pas si je me sentirai tout aussi courageux demain. Alors autant en finir avec ça aujourd'hui...
– « Oui, je rentre juste après. Je vais faire vite, je pense. C'est ma sœur...je ne peux pas vraiment lui en vouloir d'avoir gardé ça secret. » répondis-je simplement. Je sais que je ne lui en veux plus, que j'ai déjà tout oublier de ses mensonges. Sungkyung est ma grande-sœur, la seule qui était là pour moi dans les moments les plus compliqués. Même lorsque j'étais gamin, elle venait toujours m'embêter pour que je me sente moins seul. Je suis juste légèrement déçu qu'elle ait pu penser à moi avant de penser à elle. Elle va se remarier seulement par ma faute et ça, ça me met réellement hors de moi...
– « Je vois... Fais attention à toi et roule doucement. Je t'attends. » Je me contente de cautionner par un petit rire avant de démarrer ma voiture. « Je t'aime. » confie-t-il une dernière fois avant de raccrocher. J'ai donné rendez-vous à Sungkyung dans un petit café près de la maison familiale. Étant donné que j'ai clamé ne plus remettre les pieds là-bas, j'ai pensé qu'il était préférable que je garde un minimum de fierté et que je la vois en dehors de la propriété. Lorsque j'entre, ma sœur est déjà là. Elle boit mignonnement son jus d'orange à la paille, perdue dans ses pensées. Elle a les cheveux tirés en arrière et porte un ensemble de jogging gris clair. Elle ne semble pas vraiment dans son assiette à première vue.
– « Je suis en retard ? » demandais-je pour m'annoncer. Celle-ci écarquille les yeux, surprise par mon arrivée. Je m'installe face à elle, plutôt hésitant. Par où commencer. Malgré son erreur, j'ai quand même été un peu loin la dernière fois...
– « Non, pas du tout. Je crois que tu es même en avance... » m'accueille-t-elle légèrement. Elle doit certainement se demander comment agir avec moi. C'est plutôt mauvais signe lorsque je dis à quelqu'un que j'ai besoin de lui parler en tête à tête mais honnêtement, c'est différent aujourd'hui. Je ne suis pas ici pour m'embrouiller avec elle mais plutôt pour tout essayer de réparer les choses et de passer outre. Quitte à pardonner aux trois imposteurs, autant pardonner à ma sœur, la seule famille qu'il me reste désormais.
– « Tu l'es aussi, alors... » souriais-je pour la détendre. Je commande un café bien noir et une tarte au citron. Une fois ma commande servie, Sungkyung prend enfin la parole, inquiète du sort que je lui réserve.
– « Dis-le moi... C'est une torture de ne pas savoir ce que tu penses en ce moment. » souffle-t-elle, comme si une énorme pression reposait sur ses épaules. Les choses n'ont jamais été simple pour nous. Nous avons grandi dans une famille où la notion d'entraide familiale n'avait aucun sens. Nous avons évolué dans une maison emplit de mensonge, de dureté et de concession. Nous n'avions pas notre mot à dire, moi encore moins. Sungkyung n'a pas eu la vie qu'elle méritait d'avoir, elle n'a pas appris à aimer, à s'en sortir dans la difficulté, tout lui était volé même ses sentiments. Elle n'a jamais pu aimer qui que ce soit, ni même pu projeter son futur avec des parents et des frères et sœurs aimants. Quoiqu'il se soit passé...nous ne sommes en rien responsable de nos erreurs, de nos peines et de nos paroles. Nous étions contrôlés. Dans cette maison, la liberté n'avait pas de place. Il fallait payer pour pouvoir s'en sortir dans les meilleures conditions possibles...
– « Je ne t'en veux pas, tu sais... Je comprends ta réaction, je pense même que j'aurai réagis de la même façon si j'avais été toi mais... Tu n'aurais pas dû accepter de te marier pour moi, Sungkyung. Tu as renoncé à ta liberté pour revivre l'enfer, j'ai l'impression d'en être responsable et ça...ça me tue complètement... » prononçais-je avant de me faire taire avec un morceau de gâteau. Ma grande sœur vient se saisir de ma main libre pour la serrer entre les siennes.
– « Tu n'es responsable de rien. C'est mon choix et sincèrement, je l'assume entièrement. Puis Cha Junpyo est vraiment quelqu'un de bien. Il est attentionné et prends toujours ma défense face à sa mère. C'est vraiment différent de...enfin, tu sais qui... » raconte-t-elle pour apaiser ma conscience. Je suis soulagé de savoir qu'elle n'est pas une nouvelle fois tombée sur un enfoiré. Sungkyung mérite plus que n'importe qui d'être heureuse et de fonder une famille, je sais qu'elle en a toujours rêvé...
– « Y'a intérêt...sinon je te jure que je le tue... » plaisantais-je, même si je le pense sérieusement. Sungkyung me rend mon sourire avant de venir me voler ma cuillère pour goûter à ma pâtisserie, signe que tout va déjà beaucoup mieux entre elle et moi. C'est aussi ça, la famille, la vraie. C'est savoir continuer sans rien attendre en retour. Je n'ai pas besoin d'excuse, pas besoin qu'elle s'apitoie ni même qu'elle regrette. Parce que je sais que Sungkyung est l'une des seules personne sur cette terre à souhaiter mon bien.
– « Comment... Comment ça se passe avec Takuya ? » s'intéresse-t-elle plus indirectement. C'est assez comique et dérangeant d'évoquer ma relation intime avec elle mais...c'est réconfortant de savoir n'est plus un secret pour personne. Je suis heureux que tout ceux qui m'entourent connaissent enfin la vérité sur moi et mon colocataire. Parce que même si au tout début, cela m'aurait semblé absurde tel un suicide, aujourd'hui, j'ai l'impression que tout ne sera que plus beau dans l'avenir, que l'amour que nous nous portons mutuellement me sortira de mes angoisses et de ma terreur, que j'aurai enfin trouvé un but, aussi infime soit-il.
– « Bien... Je suis vraiment...amoureux, tu sais... C'est bizarre de te le dire mais je l'aime sincèrement.» bredouillais-je, intimidé par son regard. Mes joues se pourprent alors que Sungkyung vient m'ébouriffer les cheveux chaleureusement. Jamais je n'aurai cru être capable de vivre cette conversation avec ma sœur.
– « Je suis heureuse de te l'entendre dire...enfin. Tu le mérites amplement, Jaejoon. Je t'aime mon petit-frère... » J'en ai les larmes aux yeux tellement ce moment est magique pour moi. Je suis heureux, heureux qu'elle l'accepte mais surtout heureux que pour la première fois de ma vie, un membre de ma famille avoue m'aimer, moi. Je viens la serrer dans mes bras avant d'essayer de retrouver un minimum de virilité. Je déteste agir comme face aux autres mais avec elle, ça ne me dérange pas plus que ça... J'espère que j'aurai l'occasion de passer plus de temps avec ma sœur et avec son nouveau mari. J'espère qu'elle apprendra à connaître Takuya et qu'elle fera tout pour qu'il se sente intégré par elle. J'ai quitté les lieux, un sourire paisible sur le visage. Rien ne pourrait changer mon humeur. Impatient de retrouver mon homme, je me gare rapidement devant l'immeuble lorsque mon attention est capté par une information à la radio.
– « Comme nous ne cessons de le répéter, les secours japonais sont toujours en course contre la montre depuis qu'un séisme de niveau sept a frappé le sud du pays dans les environs de sept heure ce matin. Pour l'instant, 124 morts sont annoncés et trois cents personnes environs sont toujours portés disparues sous les décombres. Tout de suite, plus d'information avec notre envoyé spécial, en direct de Kagoshima. » annonce la voix féminine. Mon cœur se met subitement à accélérer. Il faut que je dise ça à Takuya, il va mourir d'inquiétude lorsqu'il l'apprendra... Je prends les escaliers et cours jusqu'à l'appartement. Je me débarrasse de mes chaussures et de ma veste en jean avant de me figer face à mon homme. Takuya est là, debout, devant la télé, son portable en main... Ses yeux, emplit de larmes fixent intensément l'écran qui affichent la catastrophe en image. Ne me dites pas que... Takuya laisse son téléphone tomber contre le sol avant de se tourner vers moi d'une lenteur extrême.
– « Elle...Elle est morte... » pleur-t-il sans aucun bruit. Les larmes me montent aux yeux. Je n'ai pas besoin de plus d'explication, j'ai tout compris. Et même si je ne la connaissais pas, mon cœur se meurtri comme jamais. Mon homme vient de perdre sa mère, la femme de sa vie...et ça, ça me tue intérieurement. Je n'ai même pas le temps de venir le serrer dans mes bras que mon colocataire récupère son téléphone sur le sol avant de courir prestement jusqu'à sa chambre.
– « Takuya, qu'est-ce que tu fais ? » m'inquiétais-je, tout en le suivant au pas. Il cherche brusquement dans toutes ses affaires avant de mettre la main sur son passeport. Je ne peux pas le supporter, tout mais pas ça... « Takuya, réponds-moi. Prends quelques minutes avant de... »
– « Je dois rentrer, mon père a besoin de moi ! » s'écrit-il en enfilant ses chaussures. Incapable de le retenir, je reste l'observer sans un mot. Il va partir, il va me quitter et je le sais. Je suis effrayé face à cette idée mais...je ne suis pas assez égoïste pour essayer de le retenir. Non, pas cette fois-ci... « J'y vais. Je...je suis désolé, Jaejoon. » susurre-t-il avant de claquer la porte et de disparaître. J'ai cours jusqu'à la fenêtre et essuie mes larmes d'un revers de manche. Je suis là, à l'observer intensément, je le regarde une dernière fois, essayant ardemment d'imprégner ce visage que j'aime tant en moi... Takuya est parti. Sans même m'embrasser. J'avais l'impression qu'il me disait adieu en fuyant de cette façon. Sans même prendre ses bagages, Takuya avait couru jusqu'à l'aéroport. Je l'avais laissé faire et étais resté ici, chez moi, pensant que c'était le mieux que je puisse faire pour lui. Et me voilà de nouveau seul, effondré et anéanti...connaissant une nouvelle fois...le vide total.
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