Premier baiser
La soirée a commencé depuis plusieurs heures déjà. Assise à une table, seule, j'écoute les gens parler. Chaque petit groupe a son histoire, son passé. Je ne parle pas ou très peu. Uniquement lorsque l'on me parle. Je reste en retrait.
Si je suis là, c'est seulement pour ce garçon qui passe la plupart de son temps à s'occuper de ce que ses amis lui demandent. La place à mes côtés demeurant vide. Comme si personne n'osait s'y asseoir. Comme si elle lui était réservée. Comme si prendre sa place était nous éloigner.
J'ai bien vu leurs regards. Je n'ose pas faire un geste. Toutes ces têtes se tourneraient vers moi à la seconde. Alors je reste à ma place sans oser m'approcher de lui. Je fais mine d'être occupée sur mon téléphone alors que je ne parle à personne. À qui pourrais-je parler de toute façon ?
Je suis seule depuis des mois. Cinq pour être exacte.
Il y a cinq mois, toute ma vie, mon passé et mon futur, se sont effondrés en même temps. Ça me hantait. Jusqu'à ce jour où il est apparu au milieu de ce bordel. Presque un mois plus tôt. Et si cela faisait des mois que je le suivais, je n'aurais jamais pensé en arriver là. De fil en aiguille, de discussion en sous-entendus, me voilà ici.
Je panique à l'idée qu'il se passe quelque chose et à l'idée qu'il ne se passe rien. Comment pourrais-je connaître ma réaction face à une approche de sa part ? Est-ce qu'il tentera une approche ? Ça fait si longtemps... Me connaissant, je me sais capable de le repousser si je n'y suis pas préparée. Mais comment se prépare-t-on à ça ?
- Au risque de paraître lourde, lance une fille en glissant sa tête à côté de la mienne, qu'est-ce que tu penses de lui ?
Pardon ?
Cela fait cinq minutes que je suis assise seule à la table. Le petit groupe restant s'est regroupé dans mon dos et je n'ose toujours pas bouger au risque qu'il ne soit plus à côté de moi en revenant. Voyant que je ne réponds pas, elle force :
- Est-ce qu'il te plaît ? Nan, parce que, tu lui plais. Sauf qu'il pense que ça ne va que dans un sens.
Que dans un sens ? Et ce que je dis par message, c'est du vent ? Je ne peux pas faire de plus gros sous-entendus que ce que je fais. Il n'a vraiment pas compris où il veut juste une confirmation ?
- Il a envie de faire le premier pas, mais il a peur de faire une connerie. Tu le repousserais ?
J'ouvre la bouche pour répondre. Aucun son n'en sort. Putain. Comment est-ce possible de réagir comme ça à une simple question ?
Finalement, je ne lâche qu'un petit « non » avant qu'elle ne s'en aille en courant, allant certainement lui répéter ce que je venais de dire. Le cœur accélérant beaucoup trop rapidement, je rentre mes mains dans les manches de son pull. Pull qu'il m'a prêté parce que j'avais froid.
Est-ce possible d'avoir le cœur qui bat aussi vite ? Cela ne m'était pas arrivé depuis au moins quatre ans. Cette sensation de redevenir une adolescente de quinze ans, c'est à la fois merveilleux et stressant. Il compte déjà beaucoup. Beaucoup trop.
Ma tachycardie n'est à son maximum que lorsque les filles s'éclipsent après avoir parlé d'eux minutes avec moi. Et je sais qu'il est là. Sinon pourquoi partiraient-elles si vite ?
- On peut aller parler deux minutes dans le canapé ?
Je hoche timidement la tête. Je le suis donc jusqu'au canapé se trouvant à l'extérieur, juste au-dessus de la terrasse où sont tous ses plus proches amis. Je m'appuie contre lui, trop paniquée à l'idée d'être face à lui.
Plus nous discutons et plus je le sens se rapprocher. Ses cheveux caressent ma joue et son front se pose sur mon épaule. Je les vois se tourner vers nous pour savoir où nous en sommes. Évidemment qu'ils veulent savoir. Comme si je n'étais pas suffisamment mal à l'aise.
- Et merde, si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferais jamais.
Sa main se dépose sur ma joue et tourne légèrement mon visage vers le sien. La seconde suivante, ses lèvres sont sur les miennes. Je disais que mes battements de cœur étaient à leur maximum ? Je mentais. Là, ils le sont. Et je tourne de quelques millimètres ma tête pour que cela soit plus facile. Ses baisers s'arrêtent un instant, juste le temps qu'il pose la question :
- Est-ce que tu serais prête à te remettre en couple ?
Si je suis prête ? Je ne l'ai jamais autant été. Toujours incapable de parler, je me contente de hocher la tête. Et ses lèvres sont à nouveau sur les miennes, souriantes. J'esquisse à mon tour un petit sourire.
Ses amis ? Peu m'importe à ce moment.
Je me contente de répondre à ces petits baisers jusqu'à ce qu'il s'arrête. Si j'en voulais encore, je n'ai rien fait.
- Ça va ?
Je l'entends sourire et ça suffit à me faire sourire à mon tour.
- Ça va, réussis-je à dire.
Son bras glisse sur mon ventre que son pouce se met à caresser. Et nous continuons à discuter, sa tête posée sur mon épaule et son sourire se reflétant dans chacun de ses mots.
Je me demande comment j'ai pu penser, ne serait-ce qu'un instant, que je ne lui plaisais peut-être pas. Les sous-entendus ne font pas tout. Je pensais même que ce n'était peut-être qu'un passe-temps pour lui, qu'il ne comprendrait pas ce que je voulais. Finalement, j'ai eu tort.
Ce qui est certain, c'est que je ne regretterais pas cette soirée. Elle est la plus belle que j'ai eu durant ces derniers mois.
Je le sais, ça ne pouvait être que lui et pas un autre. Parce que je ne ferais pas confiance à tout le monde pour une relation. Je sais que je peux m'appuyer sur lui, que je peux me laisser aller. Je lui ferais confiance les yeux fermés. Le principal n'est pas de profiter de chaque instant de la vie ? C'est avec lui que je veux profiter, sans prise de tête. Je veux juste me laisser aller et laisser le vent nous porter.
Deux êtres blessés ne peuvent que se compléter.

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