4. Not Good Enough

« Nan j'crois que tu comprends pas, Jacks. » dit Jeonghan en mettant le téléphone sur haut-parleur. « S'il me demande en mariage maintenant, y'a pas moyen que je dise non. »

Jackson rigola à l'autre bout du fil.

« Vous êtes pas un peu trop jeunes pour ça ? »

Jeonghan s'observa dans le miroir ; ouais... il faisait beaucoup trop ses dix-huit ans pour tenter de se marier illégalement avec Seungcheol.

« Tant pis. » il haussa les épaules. « Ce sera pour une prochaine fois. »

Jackson rigola encore.

« Vous êtes trop mignons. »

Jeonghan rougit. Il était toujours particulièrement heureux quand son ex-petit-ami validait sa nouvelle relation.

« Au fait, vous avez fini vos valises pour Séoul ?

- Presque ! Il nous reste deux jours, on a le temps.

- T'as hâte ?

- Tellement ! Tu me manques. »

Jackson posa sa main sur son cœur.

« Tu me manques aussi. Seungcheol aussi, étrangement. »

Jeonghan éclata de rire.

« Je sais que vous allez devenir les meilleurs amis du monde. De l'eau a coulé sous les ponts depuis la dernière fois.

- Tu as raison. En plus, on a plein de trucs en commun : le basketball, les chiens... toi. »

Jeonghan rigola encore.

« Hop hop hop, on retire mon nom de la liste, monsieur.

- Encore trop tôt ?

- Définitivement trop tôt. Il pourrait éclater en sanglot en entendant ça. »

Jackson fit la moue.

« Ça fait déjà deux ans. Tu penses qu'il me voit encore comme une menace ?

- Je crois pas. C'est surtout qu'il ne se sent pas à la hauteur. On en a déjà parlé mais bon...

- Je comprendrai jamais ce mec, il est incroyable ! »

Jeonghan fit un soupir rêveur.

« Ça, tu l'as dit... »

Jackson rigola encore, il était si heureux d'entendre Jeonghan ainsi ; heureux et amoureux. Il avait hâte de retrouver son meilleur-ami et de commencer l'université. Il avait aussi hâte de se faire un nouvel ami. Il savait qu'il s'entendrait à merveille avec Seungcheol.

« Bon, je retourne ranger ma chambre. Je t'envoie un message ce soir.

- Ok, bisou.

- Bye ! »

*

Jeonghan s'était réveillé particulièrement déterminé. Les mots de Mme Kwon résonnaient dans son esprit avec tant de clarté qu'il ouvrit les yeux deux heures avant son réveil avec ceux-ci en première pensée du jour. S'il voulait faire de Seungcheol son ami, il devait s'y prendre tôt.

Alors il partit prendre une douche, mettre des vêtements de maison et se brosser les dents. Puis, il passa l'heure et demi suivante à cuisiner.

Pourquoi cuisiner ? parce que de ce qu'il avait vu dans le bureau de Seungcheol, il y avait beaucoup de boites alimentaires en polystyrène vides ; ce qui signifiait que s'il n'avait personne pour lui préparer quoique ce soit, avec son emploi du temps, il ne mangeait que ça. Qui dirait non à quelques bon plats et... un gâteau, tien ! Jeonghan allait aussi faire un gâteau.

Il sortit un moule qu'il posa sur le plan de travail puis s'interrompit dans son prochain geste pour répondre au téléphone. La tête de Wonwoo, lunettes sur le nez, cheveux décoiffés et cernes sous les yeux, apparut.

« Hey hyung, je te dérange pas ?

- Pas du tout ! qu'il y a-t-il ?

- C'est par rapport à la fête de Seungkwan. T'y vas ?

- Normalement oui, mais je n'ai pas encore reçu d'invitation... »

Wonwoo disparu soudainement dans un cri d'indignation et une plus petite tête apparue. De grands yeux noirs profonds l'observèrent un moment avant qu'un autre cri mais cette fois-ci de pur bonheur, se fasse entendre.

« Oncle Hanie ! »

Il lâcha le sac de farine qu'il tenait pour se concentrer pleinement sur le téléphone.

« Coucou Princesse ! Tu as bien dormi ?

- OUI ! y'avait un dragon et, et une nouvelle constitution !

- Oh ? »

Wonwoo reprit le téléphone et posa sa fille sur ses genoux pour que les deux puissent voir Jeonghan.

« C'était le mot du jour d'hier. Pour une raison qui m'échappe, Nawon l'adore. Tu nous donnes la définition, chérie ? »

Elle hocha vivement la tête.

« C'est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide l'ordre sociétal voulu. » récita-t-elle et Jeonghan douta grandement qu'elle ait elle-même tout compris.

Il la félicita tout de même :

« C'est très bien, Princesse ! Tu es si intelligente. »

Elle lui fit un sourire timide puis partit en courant. Wonwoo la regarda partir puis se concentra sur Jeonghan.

« Bon voila. Elle s'est réveillée très tôt, on attend juste qu'il soit une heure descente pour la déposer à la crèche.

- Mingyu est réveillé lui-aussi ?

- A peine. » grimaça Wonwoo. Il tourna la caméra et Jeonghan pu voir un Mingyu, seulement vêtu d'un caleçon, à moitié couché sur la table face à sa tasse de café.

« Bonjour Mingyu ! » salua Jeonghan en reprenant son verre doseur.

Mingyu se redressa soudainement, saluant l'appareil.

« Salut hyung- est-ce que tu cuisines ?! » les yeux grands ouverts, il glissa de sa chaise pour s'approcher du téléphone.

Jeonghan fronça les sourcils d'incompréhension.

« Euh ouais. Comme pratiquement tous les jours...

- Ouais mais non, là t'a sortie un moule. Et on sait tous ici que, bien que tes gâteaux sont toujours excellents, tu préfères les acheter en pâtisserie !

- D'accord, d'accord. C'est pour Seungcheol. »

Mingyu écarquilla les yeux et les leva lentement vers Wonwoo à l'extérieur du cadre. Il murmura :
« Il a dit le mot en S. »

Jeonghan leva les yeux au ciel.

Alors Seungcheol ne leur avait rien dit ? Curieux...

« On bosse ensemble. » dit-il simplement. Il versa une quantité au hasard de sucre puis vérifia que le chocolat fondait bien dans sa casserole.

« Quoi ? » intervint Wonwoo. « Depuis quand ? »

Jeonghan leur raconta tout, n'osant pas les regarder plus d'une milliseconde dans les yeux. Il ne savait pas pourquoi il était autant gêné qu'ils sachent. Il finit au même moment qu'il enfourna le moule dans son four.

« Enfin bref, voila.

- Et donc tu lui prépares à manger ?

- Il me fait pitié. Et puis une amie m'a conseillé d'en faire un ami. »

Mingyu et Wonwoo s'échangèrent un regard.

« Ça va aller, hyung ? » demanda Mingyu tout doucement.

Jeonghan balaya du revers de la main leur inquiétude et le pincement au cœur qu'il ressentait par la même occasion. (En y repensant, peut-être n'avait-il pas si bien digéré son divorce qu'il voulait le croire ?)

« Je ne vois pas ce qui pourrait capoter ! » il jeta un coup d'œil à l'horloge murale. « Nawon va être en retard, non ? »

Les deux hommes sursautèrent en se rappelant leur enfant. Mingyu disparu de l'écran en courant et Wonwoo se leva.

« A bientôt hyung ! » s'exclama-t-il. Puis, avant même qu'il eut le temps de raccrocher, Nawon surgit de nulle-part et embarqua le téléphone.

« Nawon ! Chérie, reviens ici ! » cria Mingyu avant que la connexion se coupe soudainement.

Le silence revint dans l'appartement de Jeonghan. Il emballa tranquillement les restes de son diner dans deux boites à repas différentes et les mis dans un grand sac en papier. Le temps de se préparer, le gâteau serait prêt ; il n'aurait qu'à emballer deux parts et il serait prêt à partir.

*

Quand Jeonghan sortit de chez lui, il fut accueilli par un ciel magnifiquement bleu et par une douce brise agréable. Les transports étaient inhabituellement vides et il reçu (et donna) beaucoup de sourire. Il ne savait pas ce qu'il se passait mais il savait que le reste de sa journée serait excellente.

Il arriva à l'hôpital et offrit le plus beau sourire à la réceptionniste qui fut si surprise qu'elle ne sut quoi répondre. Gaiement, il prit l'ascenseur et arriva en quelques minutes devant le bureau de Seungcheol. Un regard par la vitre de la porte l'informa qu'il recevait un jeune couple. Il s'appuya au mur à côté la porte et attendit que le couple s'en aille.

Il observa, attendri, l'homme circuler autour de sa femme visiblement enceinte pour s'assurer qu'aucun pas ne la faisait souffrir. Arrivés au bout du couloir, elle l'attrapa par l'épaule et cela eut don d'instantanément le calmer ; elle glissa sa main dans la sienne et ils empruntèrent un autre couloir.
Jeonghan fit un dernier sourire avant de se tourner vers la porte et toquer à celle-ci.

« Tu arrives bien tôt. » remarqua Seungcheol au lieu de le saluer. Il ne leva même pas les yeux dans sa direction, continuant à rentrer des informations dans son ordinateur.

La bonne humeur de Jeonghan disparut immédiatement.

« Euh, oui. Je me suis réveillé plus tôt.

- Je vois... »

Jeonghan se glissa silencieusement à son petit bureau. Il avait oublié que pour se faire un ami, il fallait être deux. Seungcheol ne semblait pas enclin à renouer les liens.

La gorge serrée, il sortit son ordinateur.

« Est-ce que je pourrai rester à une des tes séances avec l'accord des patients ?

- Je suppose. Tu as une attestation ? » Jeonghan hocha la tête. « OK. »

Cette journée allait être affreuse.

Vers vingt-et-un-heure, après avoir fait une bonne vingtaine de fois l'aller-retour entre le bureau de Seungcheol et la salle de repos, Jeonghan revint une dernière fois dans le bureau pour ranger ses affaires. Comme à chaque fois qu'il entrait, Seungcheol était assis à son bureau et tapait sur son ordinateur.

« Je vais partir. » prévint Jeonghan et, comme il s'y attendait douloureusement, Seungcheol répondit seulement par un hochement de tête. Il ne lui fallut que trente secondes pour que toutes ses affaires soient rassemblées. Il s'apprêta à traverser la porte quand Seungcheol parla enfin.

« Il y a quoi, dans le sac ? » il ne sonnait pas particulièrement curieux. C'est comme s'il tentait de faire la discussion.

Il culpabilise sûrement. Il ne veut plus rien avoir à faire avec moi mais il ne peut pas non plus se résigner à m'ignorer.

Il était comme ça, Seungcheol. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être bienveillant, même avec ceux qu'il détestait le plus. Il faisait le plus possible pour ne pas avoir à fréquenter quelqu'un qu'il n'appréciait pas mais s'il se retrouvait coincé avec cette personne, il ferait tout de même des efforts.

Il n'avait jamais compris à quel point cela pouvait être blessant.

Mais à quoi je pensais ?

« C'est rien, juste quelque chose que je dois ramener à un ami. » Jeonghan mentit. « Bye. »

*

Quand il rentra chez lui, il abandonna les plats dans l'entrée et traina des pieds jusqu'à son canapé. Il s'affala dessus de tout son poids, cachant son visage dans un coussin. Après cinq minutes d'immobilité, il se tourna sur le dos pour fixer le plafond.

Il fit un sourire triste.

Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas senti ; la solitude.

Marc <[Coucou Jeonghan ! On a prévu de se voir vendredi avec les autres. Jina insiste pour qu'on fasse un karaoké. T'es dispo ?]


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