19h
Lysiris Aphos s'affairait dans la cuisine. Elle préparait le menu par excellence ; celui qu'elle prévoyait afin de fêter comme il se le devait l'anniversaire de sa tendre fille.
En entrée, tranches de melon assortit de leur jambon de parme, suivi d'une eau aromatisée à la grenadine. Tout cela poursuivit par le plat principal, des pâtes baignées dans du jaune d'œuf, agrémentés de lardons et d'une sauce qui donnait tout sa saveur aux pasta a la carbonara. Et le grand final ; un énorme Merveilleux.
Ce qui demandait à la mère un sacré travail, heureusement allégé grâce au soutien infaillible de son mari.
Lily, quant à elle, avait reçu l'ordre de rester dans sa chambre, ses parents voulant lui faire la surprise du festin.
Bien qu'elle se doutait déjà du plat de résistance qu'elle allait pouvoir déguster. Il s'agissait tout de même de son plat favori.
En attendant, la jeune fille patientait avec « Les annales du Disque Monde : Trois Soœurcières » de Terry Pratchett entre ses mains.
Soudain, une sonnerie stridente se fit retentir dans toute la maison.
Lily sauta hors de son lit, délaissa son livre chérit et se propulsa hors de sa chambre. Le bruit de la sonnette indiquait sa libérance. Ayant été élevée dans une optique de respect, l'adolescente profitait de l'excuse de devoir ouvrir la porte à la personne qui sonnait afin de sortir de sa chambre. Elle n'en pouvait plus d'attendre, malgré qu'elle adorait le livre qu'elle lisait.
Sauf qu'en ouvrant à l'invité surprise, la jeune femme tomba des nues.
C'était mamie je-ne-sais-pas.
Lily lui portait une certaine affection car il s'agissait tout de même de sa grand mère, mais elle avait dû mal. Et la première remarque que sa mamie fit offrait le parfait exemple pour illustrer leur relation conflictuelle.
- Tes cheveux sont trop courts, Lily Lysiris Aphos. Ta mère devrait t'amener au coiffeur pour te les couper.
L'adolescente baissa la tête. Ça ne servait à rien de discuter avec sa grand-mère, à ses yeux, sa petite fille avait toujours tort, quoiqu'elle fasse.
Dire quelque chose à contredire aussitôt, telle était sa manière de fonctionner.
Et Lily n'arrivait pas à s'y faire. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'elle devait faire pour, ne fut-ce qu'une fois, faire quelque chose qui serait bien aux yeux de sa mamie.
Celle-ci haussa ses sourcils et tapa du pied, avant de s'exclamer, l'air courroucé.
- Et donc, tu me fais entrer où tu attends qu'il fasse nuit et que je me les gèle ?
La jeune fille ravala sa salive.
Il faisait déjà nuit. Et il faisait plus que chaud, en témoignait l'absence de pull de sa mamie.
Mais l'adolescente recula et laissa la place à sa grand-mère.
Elle ne se questionnait même plus sur la raison de sa présence.
Chaque année, c'était pareil.
Mamie je-ne-sais-pas s'invitait d'elle-même, malgré que la mère de Lily - sa fille - lui ai plusieurs fois fait comprendre, explicitement, qu'elle ne voulait pas d'elle.
Elle n'était pas la bienvenue dans leur maison.
Lily regarda le dehors durant quelques instants puis fit un pas à l'intérieur de sa maison, une boule dans le ventre.
Elle savait sa soirée d'anniversaire déjà ratée...
Alors qu'elle refermait la porte, l'éclat de voix qui provenait de sa mère ne fit que le confirmer.
- Mère ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
La jeune fille se dirigea vers le salon où elle vit sa mamie, assise de manière impérieuse sur un fauteuil rembourré. Sa maman la fixait d'un regard agacé, un essuie de vaisselle dans son poing qu'elle serait de telle façon qu'on pourrait croire qu'elle souhaitait ardemment sa mort.
La mère en question - mamie je-ne-sais-pas - porta sur sa fille des yeux exaspérés. Ce qu'elle faisait là figurait telle une évidence !
- À ton avis, enfant indigne ?! Je viens pour célébrer les douze ans de ma petite fille !
Lily se retint d'intervenir pour corriger sa grand-mère - aujourd'hui sonnait ses quinze ans - mais sa maman ne lui en laissa pas le temps.
- Douze ans ?! Tu te fiches de ma fille ?! Tu dis que tu es là pour elle mais tu ne sais même pas quel âge elle a !
Mamie je-ne-sais-pas fronça les sourcils puis secoua la tête.
- Je sais très bien qu'elle a quinze ans, Lysiris, je ne suis pas encore sénile ! Je suis là pour elle et puis c'est tout.
La mère de Lily se mordit la langue pour ne pas répliquer à propos de la probable sénilité de sa génitrice. Elle secoua à son tour sa tête en plissant ses yeux, puis rétorqua ;
- C'est très gentil de ta part, mais je te l'ai déjà dit assez souvent ; tu n'es pas la bienvenue dans cette maison, mère !
Celle qui se faisait clairement mettre dehors se leva, irritée. Elle s'avança de quelques pas de sa fille avant de diriger vers elle un doigt ridé.
- Tu es ma fille, Lysiris ! Sans moi, tu n'aurais jamais eu la vie, donc pas de travail, donc pas de quoi te payer cette maison ! Par extension, cette maison est la mienne. Et j'y viens si je veux. Là je ne veux pas.
La jeune femme se retint d'étrangler sa mère.
Qu'elle lui ait donné la vie ne signifiait pas que tout lui était dû.
Et si elle se trouvait dans cette maison, c'était parce qu'elle le voulait, contrairement à ce qu'elle prétendait !
Mamie je-ne-sais-pas reprit de plus belle ;
- Ta maison est accueillante en plus, elle donne envie de venir ! C'est pour ça que je suis là ! Et maintenant, j'aimerai voir ma petite fille de dix ans !
La grand-mère se figea durant quelques secondes avant d'ôter de son doigt une larme traîtresse. L'émotion drapait son cœur.
- Déjà deux chiffres, notre grande Lily devient petite...
Lysiris n'y tint plus. Elle explosa.
- Quinze ans et c'est le signe qu'elle grandit ! Alors prends tes affaires et va répandre tes contradictions ailleurs, tu nous as déjà bien assez pourri la vie comme ça !
Mamie je-ne-sais-pas la toissa d'un regard méprisant. Puis porta un œil sur sa petite fille, à peine dissimulée derrière un mur. Elle l'observa, de haut en bas, avant d'afficher une mine dégoûtée.
- Vouloir voir une enfant pareille... Mais quelle hérésie ! Elle est merveilleuse. Ça me donne envie de vomir.
Et elle fit volte-face pour se précipiter d'une rapidité que personne ne lui connaissait. Jusqu'à disparaître dans la nuit.
Le père porta sur sa fille un regard remplit de tendresses et d'inquiétudes.
Lily ne faisait que tourner ses pouces entre eux.
Indécise quant à ce qu'elle devait faire ou penser.
***
2h00
L'étendue rougeâtre s'étalait autour d'elle, poisseuse, jusqu'à recouvrir les ossements et amas de chairs de ses bourreaux. Et alors que les frissons engendrés par la peur rampaient sur son dos, le liquide venait lui offrir de son réconfort et de sa chaleur. Telle une couverture visqueuse mais chatoyante.
L'angoisse qui l'alourdissait s'évapora pour laisser place à l'apathie.
La fine toge blanche qui la recouvrait s'imbibait de cette substance. Et ses paumes se colorait de cette couleur vive et flash. L'Écarlate.
Ses pieds, ses jambes, ses mains, son visage, tout son corps s'engluait de ce liquide nauséabond.
La petite de bientôt onze ans observait ses paumes avec un regard inerte.
À la vision de cette substance chaude et flamboyante, elle ne ressentait absolument rien.
Elle ne voyait que le rouge.
Elle ne ressentait que le rouge.
Elle ne pensait que le rouge.
Rouge. Rouge. Rouge.
Quelques vagues vinrent se fracasser contre ses chevilles, la sortant de sa torpeur.
Le mouvement soudain de cette étendue indiquait la présence d'une autre personne qu'elle-même.
L'enfant releva lentement sa tête.
Et tomba nez à nez avec la vision funeste d'un visage écarlate.
Lily se réveilla en sursaut, secouée de spasmes alors que le haut de son corps suait à grosses gouttes. Elle rejeta alors ses draps, les envoyant valdinguer avec une force inconnue, sans doute décuplée par l'adrénaline que procurait son intense angoisse.
Et alors qu'elle essayait de reprendre peu à peu une respiration moins effrénée, elle sentit que quelque chose n'allait pas. Et instantanément, son souffle se bloqua dans sa gorge.
Les poils de sa colonne vertébrale trésaillaient. La sueur collait à sa peau. Son rythme cardiaque ne faisait que s'accélérer à chaque seconde qui passait.
Quelque chose clochait. Elle en était intimement persuadée.
Alors elle pivota son corps de sorte à sortir ses jambes ainsi que ses pieds de son lit, et elle se positionna de façon à être assise, ses talons sur le sol.
Son sang ne fit qu'un tour.
Quelque chose. De froid. Entourait. Son. Pied.
Une. Main.
Son cœur s'arrêta.
Et son cri déchira la nuit, déchira le silence, comme il aurait pu déchirer sa gorge.
Mais personne ne vint.
Ni son père, ni sa mère.
Heureusement, Toupie accourue très rapidement au seuil de sa porte, avant de se figer et de grogner, crocs bien visibles.
La main qui avait attrapé sa cheville la lâcha et l'adolescente en profita pour se blottir entre ses couettes.
Puéril stratégie. Mais c'était le premier réflexe.
Le grognement de son gardien s'intensifia de seconde en seconde, jusqu'à ce qu'elle se mette a aboyer. Et elle se jeta vers le lit de Lily alors que le cœur de cette dernière s'arrêta de battre un instant.
Mais son protecteur s'arrête net. Renifla. Se coucha afin de pouvoir plus facilement voir ce qui se cachait là-dessous. Et elle poussa quelques gémissements avant de retirer sa tête, déçue sans que son humaine ne comprenne pourquoi.
Le chien sauta afin de rejoindre son deux-pattes, et elle se blottit tout contre elle afin de lui apporter sa chaleur et son réconfort. Peu de temps après, ce fut Capus, son chat, qui suivit.
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