Chapitre 21.
Gaëlle
Elya était tellement déçue de savoir que j'avais dormi chez elle alors qu'elle était absente qu'elle a insité pendant des jours pour que je revienne. Nathan ayant finalement accepté, je suis venue chez lui deux semaines plus tard pour passer le week-end avec eux. Sa fille est tellement ravie que je vienne ce soir qu'elle lui a prit la tête toute la matinée.
Dans la voiture, sur le chemin du retour du lycée, mon petit-ami me prévient :
- Elle va certainement te coller toute la soirée.
- Et alors ? Tu es jaloux ? le taquiné-je.
- Oui, admet-il en riant. Mais que veux-tu ! Ma fille a l'impression d'inviter une copine à dormir à la maison. Elle est folle de joie.
J'imagine parfaitement ce qu'il entend par là. Elle lui a déjà fait une liste de tout ce qu'elle voulait qu'on fasse tous ensemble ces deux prochains jours, mais ce sera impossible. Même en une semaine !
- J'espère que ça va bien se passer, lui souris-je légèrement angoissée.
- Moi aussi, soupire-t-il en serrant brièvement ma cuisse.
Il se gare ensuite dans l'allée de sa maison où je vois la porte d'entrée s'ouvrir. Une petite tête brune surmontée de deux couettes de chaque côté de son crâne sort, saute la marche du perron et court vers moi, le sourire aux lèvres.
- Gaëlle ! s'exclame-t-elle en se précipitant contre moi, attrapant ma main pour m'emmener directement dans sa chambre.
Je n'ai pas le temps de protester ni de prévenir Nathan que je suis déjà assise au sol, près de son lit avec une peluche dans chaque main.
- On va jouer aux animaux du zoo, explique-t-elle sérieusement. Tous les animaux sont, là, je les ai déjà installé. Ils n'ont pas de cage parce qu'ils sont sages et qu'ils restent chacun dans leur zone. Tu veux quel animal ? Moi je prends le lion et le tigre parce que ce sont des félins. Papa dit que c'est de la même famille que Polly, je le savais pas. Les félins, ce sont tous les animaux qui ressemblent à des chats mais qui sont pas des chats. Il y en a plein mais Papa ne veut pas me dire tous les noms. Donc j'en connais trois, tu en connais plus, toi ?
Je reste face à elle sans bouger, la bouche grande ouverte. J'ai l'habitude qu'elle me parle autant mais je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui je bloque. Il faut dire que j'ai toujours mon sac sur mon épaule, mes chaussures à mes pieds et ma veste sur le dos.
- C'est pas grave si tu n'en connais pas d'autres. J'apprendrai quand je serai plus grande. Alors, tu veux quoi ?
- Je pense qu'elle aimerait au moins retirer ses chaussures, répond Nathan à ma place depuis l'encardement de la porte.
Il nous regarde, amusé.
- Mais on n'a pas le temps ! s'écrit Elya indignée. Si on veut faire tout ce que j'ai prévu, il faut se dépêcher.
Son père s'avance et s'assied en tailleur face à elle.
- Tu ne pourras pas faire tout ce que tu as prévu pour ce week-end. Mais tu sais, Gaëlle reviendra une prochaine fois et si vous faites tout demain et dimanche, vous ferez quoi les prochaines fois ? Vous allez vous ennuyer.
- Ah oui c'est vrai ! s'exclame Elya en comprenant ce que mon petit-ami lui dit. Bon alors je vais enlever des trucs de ma liste.
Elle se lève et attrape une feuille sur son bureau. Sa fameuse liste. Cette fillette est vraiment beaucoup trop organisée !
- On verra ça demain, d'accord ? propose Nathan. On va d'abord aller manger, ensuite on regardera un peu la télévision, je te lirai une histoire et ce sera l'heure de dormir. Demain, on pourra jouer au zoo, d'accord ?
Je me retiens d'éclater de rire devant la tête que fait la petite ; elle gonfle les joues, fait ressortir sa lèvre inférieure et baisse les yeux. Mais ça ne dure que quelques secondes avant qu'elle ne relève la tête et nous sourit en hochant la tête.
- D'accord. Mais on pourra jouer tous les trois ? propose-t-elle timidement.
- Oui bien sûr, réponds-je en même temps que Nathan.
Puis il ajoute :
- Tu te rends compte que tu ne m'as même pas dit bonjour ?
Offusquée, Elya plaque sa main sur sa bouche qui vient de s'ouvrir sous le choc, avant de sauter sur les genoux de son père pour entourer son cou de ses deux bras et embrasser ses joues à de multiples reprises.
- Pardon mon Papa d'amour ! Je suis désolée, mais c'est parce que j'étais trop contente que Gaëlle vienne dormir à la maison. Je t'aime et je suis très désolée, Papa.
Son air contrit est absolument attendrissant. Nathan lui certifie que ce n'est pas grave et qu'il l'aime de tout son cœur. J'adore leur relation mais je me sens mal à l'aise. J'ai l'impression de violer leur intimité et de les espionner, mais heureusement pour moi, cet instant prend fin puisque Myriam, la mère de mon copain, nous appelle depuis le bas de l'escalier.
- Tu vas aider mamie à mettre la table ? propose Nathan à sa fille.
- D'accord !
Elle sort de sa chambre et descend les escaliers - en marchant, puisque son père lui rappelle de ne pas courir dans les escaliers - alors Nathan en profite pour s'excuser auprès de moi.
- Ce n'est rien, le rassuré-je. Elle ne parvient pas à contenir sa joie, c'est trop mignon. Et toi aussi tu es trop mignon avec elle ! ajouté-je avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
Nous nous levons en même temps et il me débarrasse de mes affaires pour que nous puissions rejoindre la cuisine. Tout se passe bien pendant le repas, ainsi que durant ce petit rituel qu'ils ont de regarder la télé en famille. C'est au moment d'aller coucher Elya qu'une question existentielle survient.
- Tu vas dormir où, Gaëlle ? demande-t-elle au moment où son père et elle se lèvent pour la lecture de l'histoire.
Nathan et moi nous regardons rapidement et je le laisse répondre.
- Avec moi.
- Dans ton lit ? Vous allez dormir ensemble dans ton lit ? s'enquiert-elle incrédule.
- Oui. Pourquoi ?
Elle hausse les épaules et nous regarde tour à tour, un peu perdue.
- C'est ce que font les amoureux ? Ils font dodo ensemble ?
L'entendre nous qualifier d'amoureux me fait un coup au cœur, comme à chaque fois. Elya est une enfant alors pour elle, deux personnes formant un couple s'aiment forcément. C'est le cas de mon côté ; j'aime Nathan. Je suis très rapidement tombée amoureuse de lui. J'aime son regard sur moi, son attention lorsque je suis en train de paniquer, sa manière adorable d'agir en tant que père, sa façon d'aimer si fort sa fille... Tout ces petits trucs font que je l'aime vraiment, mais j'ai peur de lui avouer.
Elya est toute sa vie, je le sais et ça ne changera jamais. C'est un des autres de ses atouts de faire passer son bébé avant tout le monde et je l'aime d'autant plus pour ça, mais je crains que si je lui parle de mon amour pour lui, ça en pâtisse sur sa relation avec sa fille. J'ignore comment ou pourquoi ça influerait mais j'ai peur.
J'ai peur qu'il me délaisse aussi. Qu'il me mette de côté, pour elle. Je l'avoue.
Nathan, en bon père qu'il est, fait tout pour rassurer sa fille. Il se baisse pour la porter dans ses bras et lui répond.
- Oui, mon cœur. Qu'est-ce qui t'inquiète ?
- Je ne sais pas, dit-elle timidement. Ça veut dire que je ne ferai plus jamais dodo avec toi ?
Une énorme boule d'angoisse se forme dans ma gorge et je me sens de trop. J'ignorais qu'ils dormaient ensemble.
- Non ma puce, ça ne veut pas dire ça. Gaëlle ne va pas dormir à la maison tous les jours et puis tu ne dors pas avec moi tout le temps. Ça arrive quelques fois, comme quand tu fais un cauchemar ou que tu es triste.
- Je ne suis pas triste ce soir, déclare-t-elle joyeusement. Alors tu peux dormir avec Gaëlle.
- D'accord, rit Nathan avant d'embrasser sa joue.
Il se baisse ensuite pour s'asseoir près de moi et demande à sa fille de me souhaiter une bonne nuit. Cette dernière me fait un bisou sur la joue et m'offre un magnifique sourire très sincère, ce qui me rassure. Pas entièrement, mais juste un peu. Ce qui est déjà pas mal.
- Ne te fais pas de soucis pour ça.
Je sursaute en entendant cette voix près de moi. J'avais oublié que je n'étais pas seule et Myriam me l'a bien rappelé. Elle s'excuse en riant et me répète de ne pas m'inquiéter pour cette conversation avec sa petite-fille.
- J'ai peur de m'imposer, admets-je gênée.
- Nathan te le dirait s'il le pensait, me sourit-elle. Il le ferait sans aucune hésitation pour le bien d'Elya.
- Je n'en doute pas mais quand j'ai entendu les questions qu'elle a posé à Nathan, ça m'a fait mal au cœur. Vous croyez qu'elle m'en veut ?
- Non ! Elle t'adore ! Il lui faut seulement un temps pour comprendre certaines choses. Elle est petite et elle a toujours eu son père pour elle seule alors il faut qu'elle apprenne à... partager, en quelques sortes. Et aussi qu'elle comprenne que son père a le droit d'avoir du temps pour lui. Elle a beau être intelligente, ces choses-là sont difficiles à assimiler pour une enfant.
J'acquiesce lentement tout en réfléchissant à ses paroles. Je sais qu'elle a raison, je me le suis déjà dis plusieurs fois, mais l'idée de faire du mal à cette fillette me fend le cœur. J'ai assez souffert avec mon père, je sais ce que ça fait d'être délaissée, alors je ne souhaite pas lui faire connaitre ça. Je ferai tout pour qu'elle ne connaisse jamais ce sentiment de solitude qui m'a habitée plus jeune. C'est l'un des pires sentiments au monde pour une enfant.
- Je serai patiente, affirmé-je en souriant.
- Tu l'es déjà, m'assure-t-elle. Peu de filles de ton âge auraient accepté une telle situation.
- Moi ça me convient. Tant qu'Elya n'en souffre pas, tout va bien.
Et je le pense sincèrement. Nathan dit toujours que le bonhneur de sa fille est sa seule priorité alors je sais que si un jour, ma présence ne la rend pas heureuse ou lui fait de la peine, je devrai partir. J'essaie de me faire à l'idée que ça puisse arriver n'importe quand, qu'un jour, Elya décide que je m'en aille, et ce jour là, je le ferai. Difficilement, mais sans la moindre hésitation.
***
Le lendemain matin, je suis réveillée en sursaut par un boulet de canon miniature qui atterrit en masse sur le lit où je dors. Dormais. Ça ne semble pas déranger Nathan qui rit aux éclats alors que moi, je me tourne dos à eux en rabattant la couverture sur ma tête.
- Qu'est-ce qu'elle a Gaëlle ? demande une petite voix qui me perce les tympans.
- Elle aime beaucoup dormir le matin et tu l'as réveillée, murmure mon petit-ami.
- Désolée Gaëlle, s'excuse-t-elle timidement.
- C'est pas grave, marmonné-je bien que je ne le pense pas une seule seconde.
- On va la laisser dormir ! décide Nathan. Tu as faim ?
- Oui ! s'écrit Elya avant de se reprendre en murmurant : Oups. Pardon Gaëlle.
Je me retiens de péter un plomb. Je déteste être réveillée et encore plus de cette façon ! La dernière fois que j'ai dormi ici, mon copain m'a sortie du sommeil, mais avec délicatesse. Ça ne m'a pas plu au début, mais il a su se rattraper juste après.
Là, c'est différent. Ça parle, ça crie, ça rigole juste à côté de moi et ça m'énerve mais je me contiens. Parce que c'est Elya et qu'elle est adorable en toute circonstance. Un peu moins aujourd'hui, mais quand même un peu.
Je grogne de mécontentement lorsque la couverture est retirée de ma tête et Nathan le devine aisément.
- Je suis désolé, j'avais oublié de te prévenir qu'elle venait me réveiller le matin. Tu m'en veux ?
- Oui.
- Alors je vais te laisser dormir, rit-il avant de m'embrasser la joue.
- Ce serait bien, en effet, grogné-je.
Ma réaction ne le fait rire que davantage mais il sort et je peux me rendormir quelques heures encore. Étonnement, je me réveille peu avant midi, alors que chez moi, tant qu'un réveil ne sonne pas, je peux rester couchée jusqu'à quatorze heure, sans aucun problème !
Comme promis, après le déjeuner, nous jouons Elya, son père et moi, aux animaux du zoo. C'est très enfantin, évidemment, mais c'est amusant.
De plus, voir Nathan jouer avec sa fille de cette façon m'attendrit énormément. Plus encore que d'habitude, où lorsque nous étions à la piscine. Aujourd'hui, c'est différent. Le fait d'avoir passé la nuit avec mon petit-ami alors que la fillette était dans la maison m'intègre plus encore à leur famille et ça, ça me touche beaucoup, malgré la discussion que j'ai entendu la veille.
L'homme à mes côtés devient un enfant dans cette chambre, prenant des voix plus aiguë ou plus grave selon l'animal qu'il incarne, chantant même la chanson du Roi Lion en chœur avec Elya, et moi je m'amuse. Je m'éclate littéralement.
La fille de mon petit-ami prend ensuite un long moment pour faire du coloriage, alors je profite de cet instant pour être seule avec Nathan, dans le salon, où nous pouvons discuter et se câliner gentiment, pendant que sa mère est en train de faire quelques courses.
- J'ai oublié de te parler de quelque chose. Ma mère vous invite à diner le week-end prochain, toi et Elya.
- C'est vrai ?
Je hoche la tête en souriant.
- Elle aimerait vous connaitre. Elle t'a déjà vu plusieurs fois, mais c'était seulement en coup de vent, alors tu es d'accord ?
- Bien sûr ! J'en parlerai à Elya cette semaine, me prévient-il. Mais je pense qu'elle sera très heureuse.
- Cool ! m'exclamé-je avant de l'embrasser.
Nous entendons ensuite des bruits de pas dans les escaliers et sa fille se poste devant nous, nous tendant à chacun un coloriage.
- C'est pour vous, annonce-t-elle avant de déguerpir rapidement sans même nous avoir regardés.
- Merci ma chérie ! s'exclame Nathan alors qu'elle commence déjà à remonter à l'étage. J'ai le droit de te faire un bisou quand même ?
La petite interrompt son ascension pour prendre le chemin inverse afin que son père puisse embrasser sa joue.
- Merci Elya, c'est très joli, lui souris-je.
Elle m'offre en échange un sourire timide et remonte dans sa chambre sans dire un mot. Je fronce les sourcils face à sa réaction qui me surprend. D'ordinaire, elle aurait expliqué le moindre détail présent sur ses dessins, mais elle n'a rien fait de tel.
- Tout va bien avec Elya ? demandé-je tout de même.
- Oui pourquoi ?
- Simple question.
Il repart dans sa contemplation de l'œuvre de sa fille avant de la déposer sur la table basse et de repasser son bras sur mes épaules pour m'attirer à lui.
Plus tard dans l'après-midi, Nathan propose à Elya que nous fassions des crêpes, ce qu'elle accepte avec un enthousiasme qui était absent durant l'intant précédent.
Nous préparons donc la pâte ensemble et tentons à tour de rôle de faire sauter les crêpes dans la poêle. La plupart finisse soit au sol, soit en boule sur le plan de travail, mais quelques unes terminent entières. Les miennes sont pratiquement toutes entières et je ne manque pas de m'en vanter. Nous étalons du Nutella ou de la confiture à l'heure du gouter et Myriam vient se joindre à nous.
A l'heure du diner, Elya parle très peu ce qui interpelle son père. Il tente de savoir ce qui se passe, mais elle ne dit rien et se mure dans le silence. Même devant la télévision, et aussi en allant se coucher. Nathan me raconte qu'il lui a lu son histoire et qu'il a à nouveau tenter de la faire parle seul à seule, mais ça n'a pas fonctionné. Elle s'est contenter de dire que tout allait bien ce qui l'inquiète au plus haut point.
- Elle n'est jamais secrète, je ne comprends pas ce qu'elle a, annonce-t-il en s'allongeant dans son lit à mes côtés.
- Peut-être qu'elle ne parle pas parce que je suis là, dis-je timidement.
- Non, ça n'a rien à voir. Elle n'a pas voulu me parler alors que nous n'étions que tous les deux, et ma mère aussi a essayé ; ça n'a rien donné non plus.
- Elle finira par se confier bientôt, tenté-je de le rassurer en posant ma tête sur son torse.
- J'espère. Je n'aime pas la voir comme ça.
Je relève la tête et l'embrasse dans le cou.
- Demain, je suis certaine qu'elle ira mieux et que tu la supplieras de se taire, lui souris-je avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
Je fais tout pour le rassurer, mais au fond de moi, j'ai un mauvais pressentiment. La coïncidence est bien trop forte pour que ce soit le fruit du hasard. Le seul week-end que je passe chez Nathan, au moment où sa fille est présente, celle-ci se fond dans un mutisme déconcertant.
Et si ma présence la gênait finalement ? Si elle avait changé d'avis en se rendant compte de ma présence bien trop envahissante ?
Ce soir-là, je ne me sens pas très bien, même dans les bras de l'homme dont je suis amoureuse.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top