P1 - Chapitre 1 : L'attaque surprise de Dashuria
...Ou comment perturber un harmonieux train-train quotidien...
Des flammes carbonisaient nos chaumes !
Aaaah ! Au secours ! Nous étions attaqués !
Des guerriers au service de la Reine de Glace débarquèrent au village, armés d'épées et de torches enflammées.
Certains gardes locaux défendaient Dashuria, cela étant considéré un élan de résistance puisque les représentants du pouvoir portaient les couleurs de Sa Majesté Glacée.
Un incendie général se déclara sur une grande partie des habitations, progressant effroyablement vite. Certains Elfes, pris de cours, hurlaient de souffrance et de désespoir lorsque les flammes se refermaient sur eux... et que les murs s'effondraient. Le feu dévorait tout sur son passage, c'était horrifiant !
J'étais pétrifié. Qu'est-ce que je pouvais bien faire maintenant ?!
Tobby, mon tokës des forêts, un canidé représentant la nature, était allongé à mes côtés. Je le caressais avec entrain pour me calmer ; il tâchait de me rassurer à sa manière en ne s'excitant pas. Il avait huit nostas, on pouvait dire que lui aussi, c'était un adolescent.
Je fixais toujours autant le feu de ma cheminée, alors que dehors, il me montrait son image la plus hostile. Les flammes avaient bougé ! J'en étais même certain ! Je n'étais pas fou !
Et l'instant suivant, la maison prit feu. L'incendie nous avait alors rattrapé. J'évitais au dernier moment un morceau du plafond qui manqua de me tomber dessus.
Je le savais... Il fallait bien que cela arrive : la Reine de Glace avait décidé d'extérioriser sa rage de ne pas anéantir les renégats et les résistants en s'attaquant à ses « populations sacrifices », celles qui ne lui apportaient pas grand-chose.
Père n'était plus là depuis le début de l'alerte. Il avait rejoint le groupe d'hommes et femmes Dashuriens prêts à défendre leurs terres. Notre chez-soi, notre vie.
D'autre part, Mère transporta le plus de vivres possibles en nous ordonnant de sortir de la maison avant qu'il ne soit trop tard. Elle voulait que l'on survive coûte que coûte.
En effet, cela devenait critique de rester dans la maison. Notre sécurité était clairement compromise. Cet être dévoreur était désormais en train d'anéantir mon chez-moi, la seule chose qui m'appartenait, qui me protégeait de l'extérieur.
Alors que nous étions sortis de la maison, le tokës aboyait des appels de détresse. Oh, non ! Tobby s'était coincé la patte sous un débris !
— Mère, on peut pas le lancer ! m'écriai-je, persuasif et dévoué, plantant mes yeux dans ceux de ma maternel.
Elle ne broncha pas, et sans attendre, elle sauta de nouveau dans le brasier, emportant sa bravoure avec elle !
Hélas, une poutre carbonisée était en train de tomber, prête à écraser notre mère. On dirait que seulement moi l'avait remarqué ! Non, inadmissible ! Impossible ! Ni une, ni deux, animé par un élan de courage inconnu, je retournais à l'intérieur en poussant ma mère qui s'étala sur le sol. Elle évita de justesse la poutre.
Ensuite, je m'enfonçais encore plus profondément dans la maison pour sauver Tobby, tout en aidant Mère à sortir. Elle se tenait le bras, j'en déduisais qu'elle s'était blessée, même un peu... mais il était préférable que cela se produise comme ça plutôt que d'être carbonisée.
Une fois dehors, Kéolys me félicita avec une tape amicale au niveau de l'épaule. Je remarquai qu'il avait récupéré son arc et quelques couteaux de chasse pour se défendre. Il m'en confia un que je maintenais précieusement. J'étais persuadé qu'il espérait que je l'utilise à l'avenir.
Nous regardions autour de nous, avançant avec la plus grande discrétion.
Hélas, l'effet de surprise avait fortement affaiblis le village. Les soldats étaient bien trop nombreux, désormais ! Il était impossible de sauver le village... il fallait partir. Fuir dans un endroit où l'on pourra retrouver la sécurité.
Je portais Tobby pour aller plus vite, alors que nous nous dirigions vers un secteur éloigné des zones de troubles.
Hélas, nous croisions le regard de trois guerriers qui nous tombèrent dessus. Sans attendre, ils nous pourchassèrent.
Nous étions pourtant à deux doigts de pénétrer dans la forêt profonde, plongée dans l'obscurité la plus totale... mais Mère s'arrêta en nous délivrant ses derniers mots :
— Les enfants, continuez sans moi ! Je vais vous faire gagner du temps ! Allez, filez, cachez-vous. Pour votre père et moi, promettez-moi de survivre à cet enfer ! ordonna notre mère, complètement déchirée.
Des larmes remplissaient le creux de ses yeux, mais sa voix restait forte. Armée d'un bâton de combat, elle nous repoussa d'un geste sec et désinvolte. Nous, ses enfants qui ne voulaient pas l'abandonner.
Elle se retourna, et d'une voix douce avec une pointe d'émotion, elle quémanda avec espoir :
— Kéolys Turíndo, promets-moi de veiller sur ton frère...
— Je te le promets, même si c'est lui qui me protégera, déclara-t-il, sans une once de rire.
Nous nous sommes mis à courir vers la forêt, priant Mère Nature pour que son voile nous dissimule. Mère était prête à défendre ses terres, mais surtout, ses enfants, la chair de sa chair.
Nous atteignîmes vivement la forêt, nous plongeant dans les ténèbres. Toutefois, je restais en retrait, optant pour la marche arrière... Je voulais regarder Mère. Parce que... c'étaient sûrement les dernières fois que je pourrais poser les yeux sur son doux visage.
Tobby avait beau aboyé pour me dépêcher d'avancer, cela ne me perturbait pas plus que ça dans ma tâche. En effet, je restais obnubilé par ma mère se battant courageusement contre les gardes elfiques de la Reine de Glace. Même jusqu'à sa chute : Elle fût poignardée sous mes yeux, les larmes me coulant à foison sans prévision.
Je voulais la rejoindre en trompes, mais mon jumeau me retenait fermement.
— NON ! MÈRE ! LAISSE-MOI LA VOIR ! ELLE EST À TERRE !
— Non, Néo. Elle a fait ça pour nous permettre de fuir, pour nous protéger. Alors, maintenant, il faut qu'on parte. Oui, partir avant qu'ils ne nous retrouvent ! Ne fais pas regretter à Mère son sacrifice ! Néo, Mère ne doit pas s'être sacrifiée pour rien ! répliqua Kéolys, réussissant à me faire entendre raison.
Mon frère ne céda pas à mes plaintes. Il refoulait sa tristesse, ne pouvant décidément pas se permettre de sombrer devant moi non plus. Non, il l'a promis depuis que l'on était de jeunes bambins : Il était, est et resterait toujours fort et assuré devant moi. En toutes circonstances, il était là pour me redonner espoir lorsque tout semble perdu.
La colère remplaça très vite la tristesse. J'étais en colère contre ces êtres qui s'en étaient pris à ma mère de sang-froid... ne ressentant sûrement pas le moindre remord d'avoir commis un tel acte.
Kéolys me tira la main, laissant la scène hors de portée de mes yeux pour me forcer à détourner le regard. En fuyant, nous laissions derrière nous, avec nostalgie, Dashuria, notre village natal.
Nous nous aventurions dans les forêts verdoyantes et extravagantes du Sud-Est d'El'Terra'Gevaar. Les singes et les chants mélodieux des kaélos accompagnaient notre fuite. Désormais, nous étions des renégats.
Kéolys prit les choses en main : Il m'a dit qu'il nous emmènerait dans un village à proximité pour passer la nuit... « et que le lendemain, on avisera ! »
Étrangement, même avec sa présence, j'avais peur. Peur qu'une bête féroce ne nous barre la route et nous élimine. Et que... nous passions du statut de prédateur à proie...
Et, je faisais bien de me méfier : un mouvement dans un buisson attira soudainement notre attention. Kéo banda son arc, prêt à décocher sa flèche.
Une imposante créature jaillit du buisson. C'était un bozerbear, un ours noir aux yeux entièrement orange à cornes. Et, il venait de nous prendre pour cible !
Kéolys osa une tentative. Manqué ! l'animal réussit à esquiver. Mais, l'animal féroce semblait désormais mis en rogne. Voyez-vous, un bozerbear n'est pas très réputé pour être un animal sympathique !
Un animal de cette espèce avait déjà envahi mon village, et il y avait causé des dégâts importants.
Mon frère enfila l'arc autour de son buste et dégaina deux couteaux pour s'élancer à l'affront de la bête sauvage. Il lui sauta dessus, l'animal s'agita pour le dégager. Je me doutais bien qu'avec son sang-froid, Kéo devait avoir l'habitude de ce genre d'activités... même si je ne pouvais m'empêcher d'avoir peur pour lui.
Pendant ce temps, je restais dans l'ombre avec Tobby, qui quant à lui, semblait parfaitement apeuré. Collé contre moi, j'essayais de le rassurer... vainement.
Après une lutte puissante, le bozerbear éjecta mon jumeau dans le décor. Il se releva illico presto, déterminé à ne jamais se laisser tomber.
Il brandit ses couteaux et jaillit sur l'animal en le plantant.
Mais, pour porter ce coup fatal, Kéo s'était laissé toucher par la contre-offensive désinvolte de l'ours noir. Ce dernier le griffa au torse, avant de l'éjecter de nouveau contre un arbre. Je poussais un petit cri aigu, par peur que Kéo soit gravement blessé.
Il se releva avec difficulté. Malencontreusement, son pied vint à se coincer dans une corde et... il tomba à la renverse. Le chasseur chassé se trouvait la tête en bas, le corps pendant dans les airs, le pied fermement accroché.
Kéolys Turíndo était hors-course. Hélas, le bozerbear n'en avait pas fini avec lui. Et, il n'allait pas se laisser prier face à la position de faiblesse de mon frère.
Alors, sans attendre, je partis à la rescousse de mon double, que dis-je, la meilleure version de moi-même. J'apparaissais dans la lumière et fusais sur mon assaillant pour qu'il panique... ou du moins, le désorienter en le déconcentrant.
Comme je l'avais prévu, en attirant son attention sur moi, le bozerbear ignorait ainsi Kéo.
Je tremblais de tous mes membres. Je me maudissais en me demandant : « Qu'est-ce qui m'a pris de faire ça ?! ».
Et l'unique réponse qui se dessinait dans mon esprit fut la suivante : « Il s'agit de mon frère jumeau. La seule personne auquel je serais capable de prendre n'importe quel risque mortel pour l'aider ou le secourir. »
Alors ni une, ni deux, je continuais ma course contre l'animal, sans aucunement me démonter. Arrivé dans son périmètre, je sautais pour agripper ses cornes.
Il essayait de me dégager en faisant tournoyer furieusement sa tête de gauche à droite. Mais je tenais bon. Je réussis à le monter tout en maintenant mes prises.
Alors, je lui tirais la tête en arrière et enfonçais encore plus profondément le couteau de Kéolys dans sa chair... jusqu'à ce qu'il ne cesse de m'opposer une résistance.
Le bozerbear s'écroula sur le côté. Par réflexe, je sautais également en exécutant une roulade pour sauver ma peau. En effet, je n'aurais pas survécu à cause de son poids écrasant !
Néanmoins, contre toute attente, pensant que tout était fini, l'animal féroce me percuta. Mes pauvres petits muscles ne me furent d'aucun secours. Je n'eus aucune chance d'en échapper, me retrouvant par terre, sur le dos.
Il s'approcha alors de moi, lentement, comme s'il appréciait ce moment et attendait voir grandir ma peur crescendo...
— Mère Nature... Pitié... Laissez-moi vivre... s'il-vous-plaît, priais-je à voix baisse, complètement démuni.
Ce fut alors que Tobby accourut tel le héros sauvant les siens. Il se plaça entre le monstre et la personne en détresse. Tout en aboyant et frappant ses pattes sur le sol avec colère, il désirait intimider son adversaire.
Sa mèche vert foncé mise en avant sur son front, se démarquant du pelage vert menthe à l'eau, se mit à luire. En réponse, un tremblement de terre se déclencha, le bozerbear n'eut pas d'autre choix que de perdre l'équilibre.
Pour ma part, j'évitais au maximum de bouger pour éviter de me blesser inutilement ; sauf pour éviter les roches et le bois qui roulaient.
Lorsque le vacarme cessa, le bozerbear commençait à reprendre progressivement ses esprits. Je tentais de me relever grâce à un arbre que j'utilisais comme point d'appui.
L'ours noir de l'Enfer se préparait à charger... lorsqu'un cri strident retentit. Ce n'était pas n'importe quel son, c'était le cri d'un être redoutable et redouté, un maillon fort de la chaîne alimentaire : Un flynx. Un rapace vif et affreusement rapide, un prédateur des plus craints, insaisissable et extrêmement intelligent. Sans attendre, le bozerbear s'enfuit à toutes jambes... enfin, à toutes pattes !
Méfiant, je restais sur mes gardes... jusqu'à ce que je réalise que c'était un leurre. C'était Kéo qui interprétait le Joueur de flûte. J'offris quelques caresses à Tobby tout en le félicitant pour ses exploits, jappant joyeusement en retour avant de trancher la corde qui retenait mon frère jumeau.
— Tu t'es battu comme un chef ! m'affirma-t-il, fier de moi.
— De rien... Même si c'est toi et Tobby qui avez tout faits, contrais-je, sarcastique.
Après cette éprouvante altercation et un temps de marche supplémentaire, notre trio arriva à Göttin, un village voisin de Dashuria. Nous frappions à la porte des maisonnettes, en espérant qu'une âme charitable ne nous héberge pour la nuit.
Cependant, si les Elfes avaient toujours été très solidaires, ils n'étaient pas suicidaires. Ils ne voulaient de problèmes capables de leur ôter la vie. Donc, la plupart fermait les yeux sur notre visite, même s'ils nous souhaitaient bon courage pour la suite. Une lueur d'une triste compassion habitait leurs regards malgré tout, et peut-être de l'impuissance aussi.
Les discussions ressemblaient toutes, grosso modo, à ça :
— Bonsoir, excusez-nous, il est bien tard mais pouvez-vous nous héberger pour la nuit, s'il-vous-plaît ? quémanda Kéolys, avec la plus grande politesse lui étant permis.
— D'où êtes-vous originaire, jeunes gens ? rétorqua l'homme avec une moue ennuyée.
— On vient de Dashuria et notre village a été attaqué... On a été contraints de fuir, expliqua mon frère, sans flancher.
— Oh... Je ne peux pas disputer les décisions de la Reine de Glace... Si je vous laisse entrer, elle pourrait me voir comme un complice... Je ferais comme si je nous avais pas vu... Mais c'est tout ce que je peux faire pour vous, contra l'homme, honnêtement contrarié.
— Nous comprenons, ce n'est pas grave, merci quand même, remercia Kéolys.
— Désolé pour le dérangement, bonne nuit, renchéris-je.
L'homme ferma, ensuite, brusquement sa porte en bois.
Nous déambulions dans le village pendant que je perdais espoir. Je me voyais déjà devoir dormir à la belle étoile avec toute la faune dangereuse et redoutable d'El'Terra'Gevaar. Je frissonnais rien que d'y songer...
Mais, cette vision était désormais inévitable. Nous décidions de nous installer dans l'espace entre deux maisonnettes de campagne pour que cela nous coupe du vent et retienne un peu la chaleur. Le sol était dur et rocailleux. C'était archi désagréable ! Qui plus était, la mauvaise période arrivait...!
Kéolys se collait à moi pour me rassurer. Avec le tokës des forêts, nous essayions de nous tenir chaud.
Alors que nous dormions depuis une vingtaine de minutes, quelque chose perturba notre sommeil – ou plutôt quelqu'un... Une personne à la voix grave était dissimulée dans la pénombre.
— Vous ne comptez tout de même pas dormir par terre ici, enfin ? C'est tout sauf confortable !
— Et pourquoi pas, hein ?! rétorqua mon frère, d'une voix puissante.
Même si la réponse la plus exacte était plutôt : « On fait avec ce qu'on trouve ou avec ce qu'on a ! »
Je n'osais pas répondre. Je venais à me demander pourquoi avais-je été si timide durant mon enfance... Désormais, je n'aimais pas ça, parler.
— J'ai un abri largement plus chic qu'ici. D'honnêtes gens sont prêts à vous loger. Ils ont été témoins de votre débrouillardise exceptionnelle face au bozerbear. Ils ont été bluffés ! Ils vous proposent leur abri en échange d'un service, ils feront tout pour que vous acceptiez, expliqua l'homme mystérieux, révélateur.
En même temps, il était vrai que 'l'on ne pouvait pas faire pire comme endroit.
— Comment ? Nous étions que tous les deux, avec mon tokës. Je suis sûr qu'il y avait personne ! m'écriai-je, perplexe, me décidant enfin à ouvrir la bouche.
— Du moins, c'est ce que tu crois, petit...
— Bref, on fera ce qu'ils nous demandent, s'ils respectent le contrat. Je ne peux pas laisser passer cette opportunité. Je dois offrir le meilleur pour Néo, décréta Kéolys, réunissant toutes ses forces pour braver la fatigue intense.
— Fort bien, c'est honorable de votre part, jeunes Elfes. Je vous délivre cette enveloppe explicative écrite par les auteurs de la requête. En espérant vous revoir bientôt après avoir réussi cette épreuve, je vous souhaite bon vent les jumeaux Turíndo ! conclut l'homme avant de disparaître dans l'obscurité avec toutes nos questions sans réponses.
L'enveloppe voletait, je l'attrapais en plein vol. Avant que Tobby ne la gobe et réduise toutes nos chances. Par ailleurs, Je n'avais pas calculé l'information cruciale, mon frère non plus visiblement : L'homme de l'ombre connaissait nos identités.
J'ouvris la lettre jaunie et découvris une écriture des plus soignées, écrite à l'encre notre. Les signatures se trouvaient en bas de page. Je commençais la lecture :
"Salutations,
Si vous lisez cette lettre c'est que notre ami vous a considéré aptes de réaliser notre quête que nous ne sommes pas en mesure d'achever seuls.
Rejoignez-nous à Kurajo, le grand Village du Courage où tous les plus grands Héros ont débuté avant de connaître leurs plus grands Succès !
Rejoignez-nous à Kurajo, rejoignez-nous dans la rue des plus grandes auberges de la Ville. Vous nous trouverez facilement, ne vous inquiétez pas pour cela.
Rappelez-vous, nous ferons tout ce que vous voudrez en échange.
M. et Mme O 'Braack."
Kéolys acquiesça mesquinement et Tobby jappa joyeusement. Eux, au moins, ils étaient contents de partir à l'aventure. À la seconde près où je finis ma lecture, nous mettions les voiles. Les denses forêts seront nos compagnons durant cette heure pour rejoindre Kurajo.
Sur le trajet, un chant déchiré retentit.
— Qu'est-ce que c'est que ça, encore ? questionnais-je, anxieux.
— Un kaélo a dû se prendre dans un piège de chasseur... C'est plutôt fréquent, expliqua mon frère.
— BAH, alors, qu'est-ce qu'on attend pour le libérer ?! lançai-je, énergique, me dirigeant avec énergie vers la source sonore.
— À moins que... rectifia-t-il, une lueur de doute traversant son regard.
— Quoi ? répliquai-je, en me retournant subitement.
— À moins que ce ne soit qu'un appât pour attirer quelque chose de plus... gros ; à la manière de ce que j'ai fait tout à l'heure en imitant le cri d'un flynx, avoua Kéo, presque honteux, avant de s'approcher de moi, attendri. Je sais Néo... les chasseurs peuvent être ignobles. Mais, ne juge pas nos manières qui permettent au monde de vivre, s'il-te-plaît...
Je plantais mes yeux dans les siens, le rassurant spontanément.
— Mais, Kéo, je ne te jugerai jamais ! Tu resteras toujours et à jamais mon frère !
Sans réfléchir, mon jumeau retrouva le petit oiseau chantant, guidé par ses cris de détresse. Le sang du kaélo se mêlait avec les plumes bleu clair de son corps. La blessure semblait survenir de son aile gauche.
Kéolys trancha les liens qui le retenait avec un couteau, permettant au kaélo de respirer correctement. Mais, ne permettait pas au petit être d'effectuer un mouvement, cela lui ferait beaucoup trop souffrir.
Ensuite, mon frère le prit dans ses mains, d'un air protecteur, tout en lui caressant doucement la tête. Ils se fixaient, et un son différent s'échappa du bec du kaélo bleu ciel.
Un son divin, cristallin, solennel, aux nuances bien différentes de leur chant mélodieux...
Leurs pupilles se mirent à grossir, et luire d'une teinte dorée durant un instant.
Ça y était : L'animal venait de se lier à Kéolys, Kéolys venait de se lier à l'animal.
Je venais d'assister à un moment élogieux : une liaison entre deux âmes sœurs, entre un Elfe et un animal. Une liaison inaliénable entre deux êtres par un lien émotionnel et télépathique. Une liaison éternelle liant les deux âmes, les deux vies. Un lien difficile à maîtriser au départ, tellement la puissance est immense, avant d'apprendre à la modérer.
Il n'existe qu'une âme sœur pour chaque individu. C'était un moment sacré à El'Terra'Gevaar.
Par ailleurs, c'était encore plus rare d'assister à une liaison entre un Elfe et un kaélo. Déjà qu'il était très difficile d'en apprivoiser, étant très sauvage et craintif envers notre espèce...
Toutefois, deux sifflements distincts retentirent, perturbant ainsi ce moment mémorable.
— Des chasseurs nocturnes ! Il ne faut pas qu'on reste planté là ! indiqua Kéolys, vivement.
J'opinais en silence. Il jeta un regard au kaélo bleu. Puis, nous nous mîmes à courir le plus vite possible jusqu'à ce que nos poumons nous lâchèrent.
— Néo, j'veux pas te faire peur mais... tu sais, beaucoup d'animaux aussi dangereux que le bozerbear vivent dans ces forêts... On est sur leur territoire, m'avoua-t-il, en pleine course, sur la réserve.
Je le savais, il appréhendait ma réaction. Je fus obligé de prendre sur moi, préférant dissimuler mon anxiété naissante. Je ne verrais plus les forêts de la même façon. Pourtant, je jouais dans les forêts proches de mon village, et je n'en avais jamais vu de semblables... J'en déduisis que la faune et la flore sauvages d'El'Terra'Gevaar devaient se tenir écarter des regroupements elfiques.
Mon frère connaissait beaucoup de choses, grâce aux leçons de mon père chasseur. Alors que moi, je ne connaissais pas grand-choses... pour ne pas dire presque rien. Je me sentais tellement inculte sur le monde extérieur par rapport à lui.
— Évidemment, c'était pour me rassurer ? répliquais-je, un sourire espiègle sur les lèvres.
— Ah, bah, carrément ! souffla-t-il, avec les yeux ronds.
Malgré tout, nous réussîmes à semer les chasseurs... qui ne nous avaient pas pris en chasse, aux dernières nouvelles. Mais, à en croire les hurlements bestiaux, ils se chargeaient du bozerbear précédemment rencontré.
Au loin, nous apercevions des lumières et les premiers signes de la civilisation.
Je crois que l'on était arrivés à Kurajo. Il était temps !
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