Chapitre 5 : Le démon qui arrive quand on appelle son nom


Je n'ai jamais pris le temps d'observer ma cellule sous tous les angles. Je ne fais que fixer le sol à longueur de journée. Mais pourtant, un jour, j'en ai eu marre de le regarder. Je le connais maintenant par cœur.

Je lève les yeux et commence à promener mon regard un peu partout sur les murs. Il y a des écritures et des dessins bizarres gravés dessus.

Juste au-dessus de moi, j'arrive presque à lire un mot. Je me lève alors pour mieux observer, un peu gênée par le poids des chaînes toujours autour de mes poignets. Je sens mes muscles s'étirer lorsque je tends mes jambes. Je dois avouer que ça fait du bien de se lever.

Je m'approche donc du mur pour pouvoir mieux déchiffrer ce que j'ai vu dessus un peu plus tôt.

- Chara..., je lis à voix haute.

Est-ce un nom ? Celui de la précédente personne qui a occupé la cellule, peut-être ?

- Chara, je répète à voix haute.

Ça sonne bizarrement. Je veux le dire encore une fois à voix haute.

- Cha...

- Si j'étais toi, je ne répéterais pas ce nom plus de quatre fois à haute voix.

Je laisse échapper un cri minuscule et sursaute. Le lapin me fixe de ses yeux rouges. Il semble sérieux, pour une fois.

Je ne vais pas me taire. La curiosité me ronge.

- Pourquoi ? je demande alors.

Il ne sourit pas. Ne dévoile pas ses dents trop pointues. C'est bizarre.

- Parce que sinon tu risques un aller simple pour l'enfer.

Puis, j'aperçois la lueur d'amusement dans ses yeux rouges. Je lui jette le regard le plus noir de la Terre et me rassois par terre.

J'attends qu'il s'endorme. Je veux être tranquille.

Mon regard se repose sur le mur. Sur ce nom, gravé dans la pierre.

Chara.

Qui es-tu ?

***

La majorité des prisonniers autour de moi se sont endormis. Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne veux pas qu'on m'entende. Mais ces derniers temps, j'évite de trop me poser de questions.

Je me remets debout, face au mur, à ce nom.

- Chara..., je murmure. Qui es-tu ? Chara... Pourquoi cela sonne si...étrange ? Qu'as-tu fait, Chara ?

- Je ne pense pas que tu veuilles le savoir.

Je sursaute, et mon cœur s'affole. Je me retourne vivement.

Une jeune fille d'à peu près mon âge me fait face. Elle porte un pull vert avec une rayure jaune au milieu. Elle a la même coupe de cheveux que moi, avec les cheveux juste un peu plus clairs. Ses yeux sont rouges. Elle me fait peur. Elle ne m'inspire pas confiance.

Elle me sourit. Son sourire n'est pas rassurant. Il cache des choses.

-  Salutations. Je suis Chara. Qui es-tu ?

Je déglutis difficilement, les yeux écarquillés. J'essaye de réfléchir, de réaliser ce qu'il se passe sous mes yeux.

- Magnifique, soupire Chara. J'ai affaire à une muette. Allez, ne sois pas timide. Tu as sûrement un nom.

- Frisk, je souffle.

Elle sourit encore plus face à ma réponse.

- Eh bien voilà ! Ce n'était pas si compliqué, non... ?

- Et toi, qui es-tu ? je demande alors.

- Je te l'ai dit, pourtant. Je suis Chara. La seule et unique Chara, dont le nom est inscrit sur ce mur, juste derrière toi.

Son sourire s'efface. Elle me fixe maintenant avec sérieux. Elle matérialise même un couteau dans sa main et commence à jouer avec. Je recule d'un pas et rencontre le mur dans mon dos.

Position de faiblesse.

- Maintenant, parlons affaire. De quelle couleur est ton âme ?

J'ouvre la bouche tant je suis choquée. Dévoiler la couleur de son âme est...extrêmement personnel. La montrer à quelqu'un encore plus.

- Qu'attends-tu ? s'impatiente-elle en faisant un pas en avant.

- C'est assez...

- Ne me dis pas qu'elle est verte ! me coupe-t-elle.

- Non ! Même si je ne vois pas où est le problème d'être gentil...

Chara éclate de rire. Je sens un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale.

Qui est-ce réellement ?

- Ma chère petite. Tu ne sais pas du tout où tu es tombée. Ici, il n'y a pas de place pour la gentillesse. Maintenant, dépêche-toi de me dire la couleur de ton âme, avant que je ne te détruise complètement.

Mes yeux s'écarquillent. Elle veut dire...qu'elle regardera par elle-même si je ne lui dis pas ma couleur ?

Tout sauf ça.

- Rouge, je souffle alors.

Les yeux de Chara s'illuminent à ma réponse. Elle s'approche alors encore plus de moi, jusqu'à ce que quelques centimètres nous séparent. Je suis figée. Je veux reculer. Mais je n'y arrive pas.

Je ne sais pas si c'est la peur qui me paralyse ou autre chose...

- Parfait, chuchote-elle.

Elle affiche un petit sourire satisfait, puis recule.

Je m'apprête alors à ouvrir la bouche pour poser une question lorsqu'elle lève soudainement la main et pose deux doigts sur mon front. La seule chose que je vois avant de commencer à sombre, ce sont des yeux rouges qui me fixent.

Ils brillent d'une lueur effrayante et surnaturelle.

***

- Eh, toi là !

J'ouvre prudemment les yeux. Le lapin a retrouvé son comportement normal.

Que s'est-il passé hier ?

- Il y aura une réunion pour le plan demain à la sortie.

Hum... Intéressant.

Chara. Voilà ce qu'il s'est passé hier.

Le lapin est retourné au fond de sa cellule. J'entends la voix de Chara résonner dans ma tête. Ce n'est pas du tout comme avec le squelette. C'est trop dérangeant.

Accepte son offre.

- Quoi ?! je murmure, choquée. Sais-tu ce qu'il veut en échange ?

Il y a toujours un moyen de retourner les plans contre les autres. Une fois que tu le connaîtras, je te dirai quoi faire pour t'en sortir, seule.

Seule ? Qu'est-ce-que cela veut dire ? Je laisse les autres derrière moi ?

Tu ne le regretteras pas. Et puis, je veux sortir d'ici autant que toi. Donc tu as intérêt à m'écouter ou je te tue.

Je ferme les yeux lorsque le dernier mot résonne dans ma tête. La mort... J'y ai pensé, bien sûr. Mais, d'un autre côté, il y a le squelette. Toujours seul. Qui a besoin d'aide.

De mon aide. Et je veux la lui apporter.

- Marché conclu.

Bon choix, partenaire.

Pourquoi ai-je l'impression que je viens de passer un pacte avec un démon ? Le diable en personne ?

J'espère vraiment que je n'aurai pas de regrets plus tard.

***

J'attends donc que le lapin se réveille de sa sieste matinale – franchement, qui fait une sieste juste après avoir dormi ? – pour l'informer que j'accepte son marché.

Étrangement, lorsque je suis face à lui, je me sens confiante. Je sais que je vais réussir à obtenir ce que je veux.

De toute façon, quoi qu'il arrive, j'ai toujours ma détermination avec moi.

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