Chapitre 11 : Vulnérable 4/4
- Laur' ? Ça va ? S'empresse-t-il de me demander.
- Oui, tout va bien. Ça va passer.
- Putain, je suis trop con. Excuse-moi, j'avais oublié que tu ne devais pas forcer. Je t'aurais retenue avant que tu tombes si je m'en étais souvenu. Argumente Zeke pour s'excuser.
- Je t'ai dit que ça allait. Ne t'en fais pas, je pète la forme. Je n'aurais pas dû te laisser jouer à la bagarre avec moi.
- Il t'en arrive des péripéties aujourd'hui... Entre le Sincère puis ta chute à l'instant... Lâche la copine du jeune Audacieux qui m'aide à regarder si mes points n'ont pas bougé en soulevant légèrement le pansement.
- L'altercation de tout à l'heure aurait pu être réglée sans violence si Quatre s'était maîtrisé contrairement à ma gamelle qui était inopinée. Lancé-je de but en blanc.
- Et Laur' ... Ce n'est rien, il s'est juste prit un poing. Il n'en est pas mort. Me signale Zeke pour me faire dédramatiser.
- Oui mais Quatre n'était pas obligé de lui en mettre une... Comme si je n'étais pas capable de riposter...
- Je me serais contenté d'un « merci » ... Au lieu de ça, c'est un reproche que je reçois. Je voulais juste éviter que tu te fasses mal. Tu es blessée Laur', tu es passée sur le billard hier et tu as faillis mourir. Sinon je te rassure, je sais très bien que tu sais te débrouiller seule pour ce genre de truc vu l'enfance heureuse que tu as eu.
- Je te défend de parler de mon passé. Puis je ne suis pas en train de mourir, je peux me défendre seule. C'est Ethan qui te demande de me surveiller ?! Si c'est le cas, tu peux lui dire d'aller se faire foutre. Je ne suis plus une gamine fragile et sans défense. M'enflammé-je rageusement.
- N'importe quoi. Ethan ne me demanderait jamais ça. Il sait très bien que tu sais garantir ta sécurité mais le problème c'est que tu es inconsciente. Regarde hier où ça t'a mené...
- C'est bon laisses-moi... J'ai l'impression d'avoir Jacob sur mon dos et ça m'énerve. J'ai déjà trois frères et je n'ai pas besoin d'en avoir un quatrième. Je te l'ai déjà dit ce matin ! Puis même si j'étais ta sœur, il serait hors de question que tu me couves de cette sorte. Tu es étouffant Quatre, lâche-moi les baskets ! Je n'en peux plus d'être fliquée par principe de précaution à cause de ma fratrie qui te conjure de m'épier. Je ne veux plus te revoir !
- Tu es énervée, tu ne sais pas ce que tu dis... Inutile de continuer cette discussion tant que tu n'auras pas retrouvé ta sérénité.
- C'est ça ! À plus.
Je suis folle de rage. Ce qu'il peut me saouler, je ne comprends pas son comportement. Je n'ai pas besoin d'être protégée... Mais ça, il ne l'a pas compris. Il se comporte comme s'il était mon frère mais je n'ai pas besoin de ça. Je demande juste qu'il soit un ami, rien de plus. Je n'en peux plus que les gens soient apitoyés par mon passé et me prennent pour une enfant qui a besoin d'un guide. Ça me vexe au plus profond de mon être car j'ai l'impression d'être une chose vulnérable à ses yeux. J'ai tant l'air paumée que ça ? Je sais pourtant parfaitement ce que je veux et il me semble avoir d'assez bons résultats à l'initiation pour prouver que je ne suis pas une incapable.
Je veux rentrer et tout de suite. Il faut que je sois seule, il faut que je ne sois rien qu'avec moi-même. Je cherche Éric, déterminée à retrouver ma sérénité perdue... Il est justement avec Jacob dans un couloir pas loin de la salle de simulation. Je suis tellement en colère que je l'interpelle sans aucune réserve. Heureusement qu'il n'y a personne sinon je me ferais incendier.
- Laur' ? Dit-il en se retournant.
- Passe-moi les clés. Je veux rentrer.
- Euh oui. Je peux savoir ce qu'il se passe ? Tu t'es vue ? On dirait une furie.
- Quatre m'énerve, je veux rentrer.
- Attends, tu viens me faire chier juste pour ça ? Mais tu es au courant que je bosse là ?! S'exaspère-t-il horripilé par ma conduite.
- Oui, je sais mais je veux les clés.
- On en reparle quand je rentre ce soir. Je commence un peu à en avoir marre que tu m'affiches comme ça, qui plus est devant ton frère.
- Bon donnes-moi les clés.
- Sois raisonnable Laur', s'il te plaît. S'agace Jacob, les bras croisés et l'air sérieux.
J'attrape les clés tant désirées et n'ajoute rien du tout. Je préfère m'écraser devant Jacob, il a su faire preuve de méchanceté dans le passé pour me remettre les idées en place.
Il faut que je me calme... Ma réaction est un peu exagérée par rapport à l'altercation que j'ai eu avec Quatre. Mais je n'aime pas vraiment qu'on insinue que je suis faible. Je n'ai pas besoin d'un garde du corps. Je ne suis pas vulnérable. Je me suis retrouvée seule face à mon père pendant un an et je devais protéger ma mère qui était enceinte. J'ai lutté contre la cruauté en personne pendant tout ce temps donc je sais me défendre. Le pire dans tout ça, c'est que Quatre sait ce que mon père me faisait endurer donc pourquoi il essaie de m'assister sans arrêt ? Même quand j'avais du mal à tenir debout à cause des coups de mon père, j'arrivais quand même à porter secours à ma mère. J'ai l'impression que Quatre ne me comprend pas. On a peut-être le même genre de père mais on a pas du tout eu la même éducation. Lui, il était seul et moi, j'avais mes frères et ma mère... Ça me blesse qu'il me voit faible. Je pensais qu'il avait une meilleure estime de moi...
Je suis allongée sur le béton du balcon chez Éric, je regarde le ciel. Je repense à mon enfance et surtout à cette année passée à couvrir ma mère et ce bébé. Pourquoi Richard s'en est pris à elle ? Était-elle au courant de ce qu'il nous faisait endurer à mes frères et moi ? Est-ce qu'elle a compris que ce n'étaient pas mes frères et moi-même qui nous faisions du mal en se battant mais bien notre père qui nous marquait de ses poings ? Elle n'en a pas du tout parlé lors de la journée des Visites. J'ai trop de questions qui se bousculent dans ma tête. Et je repense à Quatre qui m'a vexé mais qui a voulu bien faire. Et moi comme un abruti, je l'ai repoussé. Je suis susceptible, nombriliste, totalement obsédée par l'image que je renvoie aux autres. Je lui en veux mais j'ai de la rancœur pour moi aussi. C'est l'ami le plus proche que j'ai ici mais c'est aussi celui qui me connaît le mieux. Il sait que je suis divergente mais il sait aussi chacune de mes peurs et ce qui se passe avec Éric... Et il a aussi partagé ses peurs avec moi... En fait Quatre est sans doute celui en qui je peux avoir une confiance sans limites. Ses intentions ne seront jamais mauvaises en mon égard. J'ai tout gâché... Demain, j'irai le voir pour m'excuser. Je n'ai pas été tendre dans mes paroles. Je l'aime comme si c'était un frère, pourtant, je déteste quand il se comporte comme l'un d'eux.
Ça fait bien une heure que je suis étendue sur le balcon, le ciel est sombre et on distingue les étoiles. Je distingue la grande ours, ma mère disait quand j'étais petite que cette constellation me surveillait et chassait les mauvais rêves. Ryan s'amusait toujours à m'expliquer que ce groupe d'étoiles formait qu'une vulgaire casserole et qu'il fallait imaginer taper dessus avec une cuillère en bois pour faire fuir mes cauchemars. J'entends encore ma mère rire aux éclats... Quel bon souvenir.
- Laur' ! Lève-toi. Il faut qu'on parle.
Il m'a fait faire un de ces bonds lui... Je ne l'ai pas entendu rentrer dans l'appart'. Je me redresse rapidement et lui fait face non sans crainte vu le ton qu'il a utilisé pour m'appeler.
- Tu m'expliques alors ?
- Je me suis pris la tête avec Quatre... Rien de plus. Dis-je en soufflant.
- J'estime avoir le droit à des plus amples explications.
- Un Sincère m'a rentré dedans, et commençait à être menaçant puis m'a retenu par l'épaule. Quatre lui en a collé une en prétextant que je n'étais pas apte à me défendre à cause de ma blessure. Je n'étais pas d'accord sur le fait qu'il agisse de cette sorte, on s'est donc pris la tête et j'avais besoin de rester seule pour me calmer.
- Alors il t'a semblé judicieux de venir me faire chier juste pour ça ? Déduit-il.
- Il m'a énervé ! Désolé mais je voulais être tranquille et me reposer pour demain.
- Es-tu au courant que je suis leader ? Tu peux me sermonner du fait que je t'ai parlé en public ce matin, tu ne fais pas mieux. Puis on parle de l'affiche que tu m'as faite devant ton frère ? Me demande-t-il agacé. Ne fréquente plus Quatre si c'est pour péter un câble de cette sorte. De toute façon, ce mec n'est qu'un fragile. Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à le fréquenter.
- Pourtant il est arrivé premier à l'initiation et pas toi... Le provoqué-je non pas sans peur qu'il me fasse exploser sa fureur en pleine figure.
- Il est peut-être arrivé premier mais il n'a pas du tout l'étoffe d'un leader. Regarde-le, ce n'est qu'un chien battu par son propre père. Il est faible.
- Et alors ? Il a tout réussi jusqu'à maintenant. Son passé est son passé et ça ne fait pas de lui quelqu'un de vulnérable ! Bien au contraire, c'est une force chez lui. Puis, parlons de toi ? Tu en as aussi des faiblesses ! Et est-ce que ça fait de toi une personne frêle ?
- Ne change pas de conversation Laur'. On parlait de Quatre pas de moi.
- Non, on va parler de toi même si tu ne le souhaites pas. Je sais que tu n'es pas si robuste que ça. Je percerai cette carapace que tu t'es forgée, je t'en fais la promesse. Tu peux jouer l'antipathique, le monstre, le connard et l'orgueilleux avec moi. Je sais que tu n'es pas comme ça au fond. Tu devrais te voir lutter ...
- Lutter contre quoi ? Me demande-t-il un sourcil levé.
- Contre moi, contre nous. Contre tes sentiments. Je sens toute la pression que tu mets pour te retenir. Tu fais de tout ça un fardeau alors que tu pourrais en tirer bénéfice et satisfaction.
- On a déjà eu cette discussion hier. On ne peut pas pour le moment. Tu vas devoir patienter Laur' et vu comment tu sais te tenir, il vaudrait peut-être mieux que tu ne me fréquente plus.
- Pourquoi ? Pour vivre heureux, vivons cachés. C'est ce que tu m'as dit hier. Pourquoi on ne pourrait pas débuter quelque chose ici, entre ces quatre murs ?
- Parce que ce n'est pas le moment. Je ne peux pas, je ne veux pas. Je ne suis même pas sûr que ce que je ressente pour toi vaille la peine d'être vécu aussi tôt. Tu veux une autre source de motivation ? Deviens leader et on verra si tu vaux la peine d'être avec moi.
- Si j'en vaux la peine ? Souligné-je les yeux embués de larmes.
- Non... Ce n'est pas ce que je voulais dire... Laur'...
- Trop tard, tu l'as dit. Craché-je la voix presque coupée par les pleurs.
- Je flippe, je ne me sens pas prêt. J'ai trop de choses en même temps. Je ne veux pas risquer de tout foutre en l'air.
- Tu sais Éric, je ne connais pas toutes tes faiblesses mais je sais parfaitement ce qui pourrait te faire plier. Je suis l'une des failles qu'il y a en toi. C'est inavouable pour toi mais sache que j'en suis consciente. J'ai bien ressenti la peur que tu as eu hier. J'ai su à ce moment-là que ma perte serait ce qui pourrait t'ébranler le plus. J'accepte ton deal. Je deviens leader et on pourra commencer les prémices d'un potentiel « nous ». Je comprends qu'en partie ta peur... Mais je me contenterai de nos câlins furtifs et de tes regards attendrissants. Accepté-je le cœur brûlé, brisé, noyé.
- Je ne sais pas quoi te dire... Je ne veux pas tout gâcher et je ne veux pas vivre caché. J'ai dit ça sans réfléchir hier... Toute la journée, je vais devoir me retenir de te serrer dans mes bras ? Hors de question, ce n'est pas une vie. Puis que tu deviennes leader ou pas, je m'en fiche. Ce n'est pas un critère pour moi mais si tu dois passer les sélections pour devenir leader, on sera obligé d'attendre... Je suis désolé, j'aimerais pouvoir tout débuter là, maintenant. J'aimerais t'embrasser, j'en rêve même. Mais tout ce que je peux faire, c'est savourer le peu de contact que je m'autorise à nous offrir pour qu'on ne soit pas accroc et qu'on dérape en public. Aujourd'hui, Max m'a sommé une vingtaine de fois de ne rien tenter avec toi jusqu'à la nomination des nouveaux leaders. Ma place est en jeu... Il va me radier si une polémique fait rage. On a déjà été suffisamment imprudent... Si on se met ensemble réellement, on va risquer fortement de faire des écarts dans des lieux ouverts. Attendons au moins les résultats de demain s'il te plaît.
- Je patienterai Éric. Lui murmuré-je la gorge séchée par l'idée de devoir attendre encore.
Il se rapproche de moi pour me serrer dans ses bras. J'ai les larmes aux yeux ... J'enfouis ma tête dans son cou et respire son odeur en le comprimant fortement contre moi. Nous restons dix minutes à nous étreindre, c'était doux et puissant à la fois... Je crois que je l'aime... De tout mon être.
Lepaysage des peurs de demain, c'est un examen final qui m'ouvrira peut-être laporte pour accéder au rang de leader auprès de l'homme que j'aime. Je doisencore plus parvenir à occuper ce poste même s'il m'affirme que ce n'est pasune prérogative pour que l'on soit ensemble. Il le faut quand même, c'estvital. Pour moi, afin de me plaire dans mon travail. Pour lui, afin qu'il voitde quoi je suis capable puis pour que l'on puisse tabler sur les mêmes projets.Pour nous, afin d'être intouchables aux yeux des Audacieux. Je serai leaderAudacieuse. Mais il me faut d'abord obtenir le droit d'être un membre de leurfaction. Allez Laur', ne vends pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué.Chaque chose en son temps.
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