~Partie 4~Une once de liberté

"Je ne veux pas être un animal en cage, car j'ai besoin d'être libre pour faire ce qui m'est propre..."


   La grille s'ouvre une nouvelle fois, dans un grincement sourd. Recroquevillée sur moi même, dans un coin de la cellule, je relève légèrement la tête pour voir le nouvel arrivant, probablement le dernier. Les gardes le jettent nonchalamment sur le sol crasseux, le garçon est dans un sale état...Des bleus et quelques éraflures recouvrent son corps, qu'il essaye de soulever. Le temps d'un instant, son regard azur croise le mien; et comme s'il m'identifiait, ses yeux ternirent. Il poussa un petit soupir avant de rejoindre Alphée et de lui demander la raison de notre présence dans ce cachot.

Du côté de mes mains, rien ne change : la brume noire à totalement disparue...En repensant à cela, je revois mon père s'effondrer alors qu'il voulait seulement me protéger; et jusqu'au bout, je pouvait lire dans ses yeux son inquiétude.

Finalement, une dernière personne nous rejoins. Je crois qu'elle s'appelle Mindy... Je me souviens avoir échangé quelques mots avec elle, une rare personne avec qui j'ai pu "discuter". Les bras croisés sur la poitrine, elle baisse la tête, ses cheveux courts cachant une partie de son visage. En parlant de cheveux, elle aussi a été harcelée à cause de leur couleur...Il faut dire que le turquoise ne passe pas inaperçu...

Alors qu'elle se dirige vers moi, une autre se lève et se met à faire les cent pas. La blonde essaye d'ouvrir la grille métallique en la secouant,  elle réussit seulement à nous faire grimacer.

-Bon ! S'écrie-t-elle. J'ai l'impression qu'on va rester là longtemps...(Elle passe une main dans ses cheveux d'or) Pour ceux qui ne me connaissent pas, ce qui est étrange puisque ma renommée est connue de tous, je suis Délia Koshiba, fille du vice-président du...

-Chérie...La coupe un autre jeune homme. On en à rien à secouer de ton géniteur (Délia grimace), et ton nom ne m'intéresse pas plus. De toute façon, vous savez tous pourquoi on est là, n'est pas ?

Tout le monde acquiesce; hormis moi et le garçon aux yeux bleus envoûtants. Etant donné que ma voix à décidé de partir en vacance, je lève seulement la main et secoue la tête. Tous les regards se tournent vers moi. Ils scrutent dans l'obscurité mes cheveux roux en batailles et ma robe en lambeaux. D'ailleurs, celui qui a pris la parole s'attarde beaucoup sur celle-ci; il faut dire qu'elle est complètement déchirée...Et elle laisse à nue une grande partie de mes cuisses et de mon buste...Un sourire narquois s'affiche sur ses lèvres, je détourne les yeux.

-Pour ta gouverne, chérie, si tu es là, c'est parce que t'es un déchet de la société. Donc, on va pas tarder à tous crever ! Si tu veux (Il fait un pas dans ma direction et humidifie ses lèvres avec sa langue), on peux passer nos derniers instants à prendre du plaisir tous les deux...

-Premièrement, merci de m'avoir éclairer. (Je me lève, ce qui me vaut un sifflement de sa part à cause de la longueur de ma robe) Deuxièmement, fais moi de l'air, je n'ai aucune envie de passer mes derniers instants avec un boulet comme toi.

Wow. Depuis quand j'ai autant d'assurance? Délia applaudit en riant, Mindy m'adresse un sourire en coin et le garçon blêmit. 

"C'est bon Cosme, t'as finit de faire ton gamin ? S'exclame la jolie blonde en reprenant son souffle. On peut parler sérieusement ? Bien. Toi, la rousse, tu t'appelles comment ? Déclinez tous votre identité ça sera plus simple pour la suite..."

Tout le monde se présente, j'apprends que le jeune homme aux côtés d'Alphée se nomme Earl et qu'apparemment, Lénora l'aime déjà étant donné qu'elle le colle, sans le laisser respirer. Moi, je me présente discrètement. Après la scène que je viens de faire, je n'ai pas du tout envie d'être le centre du monde. Comment ai-je pu faire preuve d'autant de répartie ? En temps normal, j'aurai certainement baissé la tête...

Délia, qui a priori aime être la leader, reprend une nouvelle fois la parole. 

-Super...Maintenant qu'on est tous au point, je propose qu'on essaye de faire un plan pour sortir d'ici (Cosme soupira bruyamment, mais Délia l'interrompit d'un geste de la main). Personnellement, j'ai pas envie de crever en public pour ce gouvernement à la noix, donc, je propose que l'on...

-Vous la fermez jamais, ma parole ! S'exclama Earl en se redressant. C'est pas avec vos jérémiades débiles qu'on va sortir d'ici !

Sur ces mots, le jeune homme mis un violent coup de pied dans la grille en susurrant une injure. La porte vacilla et émit un son perçant, faisant grincer les dents de tous tous. Earl se frotte les mains, les bascule au niveau de ses cuisses puis les tend vers le sol; celles-ci tremble légèrement. Il murmure une phrase que je n'entends pas. Soudain, entre ses doigts, je vois apparaître quelques éclairs bleutés, qui deviennent énormes. Il jongle rapidement dans le vide, en fixant les énormes étincelles qui crépitent dans son poing serré. Enfin, il remet un énorme coup sur les barreaux, la porte voltige immédiatement à l'autre bout du couloir; les éclairs s'évaporent de suite puis Earl passe l'encadrement avant de nous faire signe que le voie est libre.

J'écarquille les yeux, jette un regard étonné sur ses doigts puis les miens en les écartant, on est pareil. Or, lui a l'air de maîtriser son "pouvoir". Une boule amer se forme dans ma gorge, si je suis dans cette cellule, ça signifie que j'ai lamentablement échoué. Qu'à cause de moi, mon père est mort, ma mère est veuve et ma vie...Réduite en poussière. Un haut-le-cœur me secoue brusquement, des larmes menacent de couler de mes yeux, ma gorge est en feu, j'ai envie de crier. Pourquoi a-t-il fallut que ça tombe sur moi ? 

Les autres ont déjà rejoins notre libérateur, je suis alors contrainte de faire de même en vacillant. Mindy coince une mèche de ses cheveux turquoises en laissant échapper de sa bouche pâle un petit "cool !", puis elle va questionner Earl sur ce qu'il vient de faire et désigne une autre cellule. Elle est vraiment jolie. Fine et élancée, les cheveux coupés au carré, une silhouette à en tomber. Si elle avait un caractère un peu plus..."Docile"...Tout le monde se jetterait à ses pieds .

Délia, à peine libérée, commence déjà à s'embrouiller avec Cosme, qui affiche un sourire amusé du haut de sont 1m90. Il a croisé ses bras sur sa poitrine ce qui lui donne un air encore plus baraqué, et il faut l'avouer, avec ses fossettes craquantes ses cheveux blonds très courts et des yeux aux couleurs de l'océan, avec ses nuances de verts et de bleus, est un vrai beau gosse...Il m'adresse un regard en coin, je perçois un esquisse de sourire s'afficher aux coins de ses lèvres à mon égard. Je détourne de suite les yeux.

Tout le monde est occupé à débattre avec chacun pour décider quelle direction prendre. Comme d'habitude, personne ne tient à s'occuper de la petite rousse, le "monstre" que je suis. Les jointures de mes doigts deviennent blanches tellement je sers les poings, je titube un instant, la tête lourde lorsque un léger sifflement traverse le brouhaha des évadés. Un sifflement qui peu à peu se transforme en pleurs, en sanglots qui déchirent le cœur .

Je tends l'oreille et commence à suivre ses pleurs qui s'apparentent maintenant à des plaintes, certainement les gémissements d'un enfant. Je pose une main sur le mur pavé, mes doigts s'encastrent aisément dans les multiples fissures crasseuses. C'est froid. Humide. Dur. Un peu comme moi. 

Perdu dans mes pensées, un nouveau son vient se mêler aux pleurs. Des rires gras vrillent mes tympans. J'accélère le pas, les autres sont loin de moi maintenant, leurs voix me semblent étouffées par les cliquetis incessants . 

Clic. Clic. Clic. Clac. 

Un coup de métal fracasse le béton, je sens le mur frémir légèrement, comme s'il tremblait. Cette fois je cours, les lamentations ont cessé, j'ai bien peur qu'il ne soit arrivé quelque chose au gamin.

Je débouche sur une petite pièce dont la seule sortie est une porte en bois comme celle que l'on voit dans les châteaux du Moyen-Age. Une table, quatre chaises et les quatre gardes qui vont avec.

Une fille. Une petite fille, complètement paniquée, perdue. Elle crie, les gardes se moquent d'elle, la poussent, la menacent de leurs longues pointes et leurs flingues. 

-Laissez moi passer ! Je veux mon frère ! Je veux mon frère ! (De grosses larmes lessives son visage couvert de suie. Elle est plutôt petite, elle s'obstine à taper son pieds contre le mur pour se faire entendre.)

-Ecoute gamine ! On-t-a déjà dit de la fermer ! Ton frère il est mort ! Alors casse toi !

La petite s'égosille, titillant encore plus la patience des hommes. Ils râlent, ils grognent, ils frappent sur la table avant de se lever simultanément, en un seul homme. L'un deux plaquent violemment la gamine contre le béton froid et la sermonne en braillant, à l'impact, la petite s'étrangle puis retient son souffle, les yeux rougis de larmes, les mains tremblantes . Ma voix se brise, la boule amer éclate littéralement dans ma gorge, déversant un goût acide le long de mon œsophage.

Mes pieds s'emmêlent, je trébuche avant de me jeter devant la fille, qui me fixe avec des yeux étonnés. Un haut-le-cœur plus tard et me voilà entourée de gardes dégoulinants. Un son rauque s'échappe de ma bouche, je blêmit. Ils ne cessent donc jamais de rire? 

Je tends mes bras en essayant de protéger la fillette, j'entends sa respiration saccadée dans mon dos, j'en frémit. Les yeux rieurs des hommes deviennent las, ils se couvrent d'un voile étrange, reflétant désir et envie. Leur regard de bête détaille chaque parcelle de mon corps, l'impression d'être nue m'enlace.  Ils se sont encore plus rapprochés, j'ai reculé, écrasant un peu plus la fillette. Ils me parlent, je n'entends pas, concentrée sur le souffle de la gamine dans mon dos et les battements de mon cœur. Leurs mains deviennent baladeuses, elles s'aventurent sur mes cuisses dénudés, mes fines épaules, mes hanches, tout. Comme j'aurais aimé pourvoir refaire le tour de passe-passe avec mes mains ! Mais rien. Je ne ressens pas les petites bulles qui pétillent dans mes veines. La fumée est inexistante, pas le moindre sentiment de puissance. Le vide. Et les rires gras incessants qui obstruent mes pensées. 

Une respiration, un battement puis un claquement.

Earl,d'une démarche fulminante, se rue sur les gardes. Il en attrape un par le cou, lui jette un regard aussi sombre que les ténèbres, puis le laisse retomber, le crâne de celui-ci s'écrase au sol dans un lourd craquement, inerte. Les autres se jette sur Earl, tentent de le transpercer avec leur lance, mais la fureur dans ses yeux éclate, il les abat un à un. Quelques gouttes de sueurs perlent sur sont front, il admire un instant le carnage qu'il vient de faire avant de se tourner vers nous. J'hoquette en silence jusqu'au moment où la petite se jette dans ses bras en pleurant bruyamment. Quant à moi, je m'écarte, me recroqueville, la tête calée contre une dalle et verse une larme invisible, les mains encore tremblantes.

"Tout va bien maintenant"

Sa voix est rauque, elle vient titiller mes oreilles. Je redresse la tête, puis sans aucune raison valable, je fais un mouvement de recul avant de le détailler de haut en bas, je ne vois pas grand grand chose à cause de la pénombre, seul un rai de lumière s'échappe de la porte fermée. Je crois percevoir un sourire se dessiner sur son visage, il commence à se redresser, je sors précipitamment :

-Thalia !

-Je te demande pardon ? Fit-il en arquant un sourcil.

-Je m'appelle Thalia...(Quand les mots sortent tout seuls, je sais pertinemment qu'il sait déjà comment je m'appelle. Mais je me suis dit qu'ainsi, on pourrait être plus..."intimes")

-Moi Earl.

Il hoche la tête puis s'abaisse encore plus. 20 centimètres séparent son visage du mien. Il courbe son dos et retire sa veste de manière à la poser par la suite sur mes épaules. Je m'autorise à fixer un instant ses yeux si profonds avant de lui sourire, un sourire tordu qui ressemble certainement à une grimace.

Ensuite, il m'aide à me relever, normalement, comme si je n'était pas un monstre, comme s'il me considérait comme une personne normale. Je profite de sa grande main qui épouse facilement la mienne, avec sa peau légèrement rappeuse. Il la retire une fois que je suis debout, je chancelle. Earl se tourne vers la fillette et la prend dans ses bras, ils doivent être parents.

Le petit groupe de rescapés nous rejoint rapidement, il me semblait plus important en effectifs.

Un cri rageux se fit entendre et une ombre sortit du lot. Sans perdre une seconde de plus, elle fondit sur moi, arrachant la veste d'Earl de mes épaules. Je fronce les sourcils, résiste un instant avant de la questionner :

-Qu'essayes-tu de faire ?

-Je récupère la veste qui appartient à MON petit-ami et que JE devrais porter !

Un battement de cœur. Une toute petite voix :

"Mais Armony! Dit calmement la petite fille. Earl a donné sa veste à Thalia et non pas à Toi !"

A ce moment précis, si les yeux de cette Amony avaient été des mitraillettes, je serais sûrement en train d'agoniser par terre...

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