Treizième Chapitre.

[Dimanche 23 Octobre. Après une séance de torture et avoir fait croire à la mort de Jake, Jorah a laissé Heaven seule.]

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Les bruits de pas dans le couloir me font sortir de ma torpeur, et je rouvre les yeux en sursautant. J'ai perdu la notion du temps depuis que Jorah a quitté la pièce. Je suis restée dans mon coin, recroquevillée sur moi-même, tentant d'oublier la douleur aiguë dans mon corps et l'odeur insoutenable du sang qui sèche. Les minutes qui ont précédé le départ de Jorah ne quittent pas mon esprit, m'infligeant une affreuse migraine et des maux de ventre si forts que je pourrais en vomir.

J'entends la porte de la pièce s'ouvrir, et me décale en deux instants, poussant sur mes bras endoloris pour m'éloigner. Je pensais avec horreur voir débarquer Jorah, mais c'est Kali qui entre doucement.

— Oh, Heaven...

Elle penche la tête et me lance un regard désolé, presque compatissant. Elle s'avance vers moi et fait mine de se pencher, mais je lui fais signe de reculer en tendant mon bras vers elle.

— Ne m'approchez pas, lâché-je d'une voix rauque.

Elle s'accroupit, et lève les mains, se voulant pacifique.

— Je ne vais rien te faire.

Je pouffe d'un air sarcastique, et elle soupire.

— Jorah y est allé fort, hein...
— Non, à peine.

Ma voix tremble, et je sens déjà les larmes repercer dans mes yeux. Je les ravale en inspirant profondément.

— Il faut que tu sortes d'ici.

J'arrime mes yeux à ceux de Kali. Elle parle avec ton étonnamment doux, un peu apaisant. Elle essaie évidemment de réparer les pots cassés après la superbe intervention de Jorah.

— C'est Jorah qui vous envoie ? lancé-je.

Elle secoue la tête.

— Non, je suis venue de mon plein gré. Il m'a expliqué ce qu'il a fait. Je suis désolée que tu aies dû subir ça.
— Pourquoi vous dites ça ?

Un sourire triste étire un coin de ses lèvres.

— Parce que je suis vraiment désolée, déclare-t-elle finalement en haussant les épaules.

Je détourne les yeux, reportant mon attention sur la large tâche rouge foncé qui macule le sol près de moi. Un frisson parcourt mon échine, et je déglutis douloureusement.

— Il est vraiment vivant ?

Kali ne répond pas tout de suite, mais je l'entends souffler tranquillement.

— Oui, il l'est. Pour l'instant, il est privé de soins médicaux, mais il s'en sortira.

Ma vue se brouille malgré moi, et je chasse d'un geste rageur les larmes qui commencent à rouler sur mes joues. J'enfouis mon visage dans mes mains et m'efforce de contenir les sanglots qui bloquent ma respiration. Je refuse de pleurer. Kali reste muette, m'observant me concentrer pour ne pas fondre en larmes.

— Il est allé trop loin, finit par admettre la sorcière.

Je renifle en soupirant face à sa remarque évidente. Je me sens me calmer petit à petit, et soutiens le regard de Kali.

— Pourquoi vous êtes venues' ?
— Pour que tu sortes d'ici, répète-t-elle. Tu dois te laver et te changer.
— Vous croyez qu'on va reprendre l'entraînement tranquillement comme si de rien n'était ? m'emporté-je.
— Non, non...
— Parce que vous pouvez être sûre que je ne veux plus me retrouver une seule fois dans la même pièce que cette ordure !

Elle entrouvre les lèvres, mais se ravise et se redresse. Elle sait bien que ça ne sert à rien de discuter avec moi dans ces conditions. Moi même, j'ai conscience que ce que je dis n'a aucune importance, car à la seconde où je reverrai Jorah, je la fermerai et lui obéirai. Parce que je sais que la prochaine fois, Jake mourra pour de vrai.

— Lève toi, dit Kali.

Je la considère en silence, gardant la mâchoire contractée. Puis, après quelques instants, je m'exécute, et grimace en poussant sur mes jambes et mes mains pour me lever. Kali fronce les sourcils.

— Je peux marcher, indiqué-je lorsqu'elle m'interroge du regard.

Elle hoche la tête, puis ouvre la porte pour sortir de la pièce. Je regarde une dernière fois derrière moi, constatant avec effroi les dégâts causés. Je frémis en tournant le dos à cet endroit qui restera gravé à jamais en moi.

— Quelle heure il est ? m'enquiers-je lorsque nous marchons dans le couloir.
— Quinze heures.

Je suis restée presque deux heures cloîtrée dans cet endroit...

— Vous m'emmenez où ?
— Te faire soigner.

Je baisse la tête, tremblant de tout mon long. Elle a constaté mon état déplorable.

Je la suis lentement et ne quitte pas mes pieds des yeux. Alors je ne me rends pas compte lorsque nous finissons par déboucher sur le couloir où, cette nuit, j'ai retrouvé Jake dans sa cellule. Sans un mot, je lève les yeux et sens mon cœur s'emballer. Je sais qu'il a été déplacé, mais le simple fait de m'imaginer le retrouver me tord le ventre. En y songeant, tout me revient trop brutalement en mémoire, et je secoue la tête avec une inspiration. J'ignore le regard en biais que me lance Kali. Je la vois ralentir, alors regarde par dessus son épaule. Une probable infirmière arrive vers nous.

— Oh, bonjour, Kali, lance-t-elle.

Elle m'aperçoit, et son expression change, virant à la stupéfaction.

— Tu as une chambre de disponible et du matériel ? s'enquiert mon accompagnatrice.
— Oui, bien sûr.

Quelques minutes plus tard, je suis assise sur un lit d'hôpital avec Kali en face de moi, près d'un attirail brillant et pointu.

— Vas prendre une douche, m'indique-t-elle lentement. Je vais te chercher des vêtements.

Je ne dis pas un mot, et il ne me faut pas plus d'un instant d'hésitation pour me diriger vers la salle de bains adjacente.

Je croise mon reflet dans la glace, et reste fixée devant pendant de longues secondes. Mon visage est gonflé et rougi par les larmes, mais surtout, tacheté de traces de sang. Mon regard est incroyablement sombre, d'un noir qui n'a sûrement jamais été aussi obscur. Je ravale ma salive et me déshabille, serrant les dents sous la douleur qui assaille tous mes membres.

Sous le jet brûlant, je regarde l'eau se teinter de rouge, nettoyant mes mains poisseuses et mes jambes éraflées. Tout mon corps me pique et me fait mal, et même l'eau ne parvient pas à le détendre. Je ferme les yeux en me plaquant contre le mur de carrelage gelé. En me concentrant sur le bruit de l'eau qui coule, je tente de me canaliser, de me calmer, et surtout, je ne repousse pas les images qui reviennent avec violence dans ma tête. Ce n'était pas lui. Ce n'était pas Jake. Il va bien. Il va bien...

Mon cœur se serre douloureusement, mais je sens mes épaules s'affaisser. Il ne faut pas que je cesse de me répéter ça. Jake n'est pas mort, il est vivant et s'en sortira, je le retrouverai. Mais son destin repose sur mes épaules, alors il faut que je me calme, que je fasse preuve de plus de sang froid que je ne l'ai jamais fait, et que j'assure la survie de tout le monde. Je sais que je tuerai Jorah, et que je me vengerai pour tout le mal qu'il nous a fait, pour tout ce poison qu'il a injecté en nous. Il faut je sois patiente, car un déchaînement immédiat ne le satisferait que plus. Quand je le reverrai, voilà ce à quoi je devrai penser.

Je reste de longs instants sous la douche, à respirer calmement pour me détendre et retrouver mes esprits. Je n'ai plus le droit à l'erreur, à présent.

En sortant, je soupire longuement face au miroir, et sors de la pièce. Je suis peu surprise de découvrir une pile de vêtements sur le lit, que j'emporte avec moi pour m'habiller, à l'abri des caméras. Lorsque je reviens dans la cellule, Kali a repris sa place.

— Ça va mieux ? me questionne-t-elle.
— Est-ce que ça vous intéresse vraiment ?

Je m'installe de nouveau sur le lit, alors qu'elle fouille dans les bandages et désinfectants. La sorcière ne répond pas tout de suite.

— Je ne cautionne pas ce que Jorah t'a fait, Heaven. Il a dépassé les limites, il est insupportable quand il est comme ça. Quand on lui désobéit, il se comporte comme un enfant capricieux de cinq ans.

Je fronce les sourcils, malgré moi déroutée par la façon dont elle désigne cet ancien roi ultra puissant.

— À quel point est-ce que vous le connaissez ? ne puis-je m'empêcher de demander.

Elle lève ses yeux brillants vers moi en interrompant ses mouvements.

— C'est mon ami depuis des dizaines d'années.
— Alors...
— Oui, j'étais là quand il était roi.

Nous restons toutes deux silencieuses, et je tressaille légèrement. Elle le connaît donc depuis tout ce temps... Voilà pourquoi leur relation avait l'air si privilégiée. Cependant, si Jorah ne l'a pas mentionné, c'est qu'il doit y avoir quelque chose derrière cette alliance.

Elle inspecte mes mains, découvrant les dégâts que j'ai causé à mes paumes et mes poings écorchés.

— Tu as des phalanges cassées, remarque la sorcière. Tu t'en étais rendue compte ?

Je secoue lentement la tête.

— Ah, l'adrénaline, soupire-t-elle. Tu as dû vraiment te déchaîner sur cette vitre...

Je déglutis, et elle s'empare du désinfectant et d'un liquide cicatrisant pour en badigeonner mes mains. Je réprime une grimace, ainsi qu'un gémissement quand elle bouge un peu trop mes doigts et mes poignets pour commencer à les bander.

— Pourquoi est-ce que vous le soutenez si vous voyez à quel point il est fou ?

Un léger sourire étire ses lèvres, sans qu'elle me regarde.

— Je ne suis pas amoureuse de lui, si tu te le demandes.

C'est vrai que l'idée m'était passée par la tête.

Elle enroule mes mains endolories de bandes blanches, et je frémis de douleur quand elle serre.

— Évidemment que tu as mal, Heaven. Tu n'es pas très maligne, tu aurais pu te briser les poignets.
— Je ne pouvais pas rester sans rien faire.

Elle acquiesce lentement, et finis sans un mot son bandage. Après s'être attardée sur les quelques plaies sur mes bras et mes jambes, elle soupire de nouveau.

— Je soutiens Jorah parce que je pense être la seule à le comprendre.

Elle finit de vérifier mes blessures et s'assied plus confortablement sur son fauteuil.

— Tu devrais t'être remise de tes blessures d'ici demain, annonce-t-elle.
— Comment ça, vous êtes la seule à le comprendre ?

Ma réponse la fait rire doucement, et elle hausse les épaules.

— Ses méthodes sont barbares et excessives, mais j'ai toujours saisi l'objectif qu'il avait. Il est aveuglé par la certitude qu'il fait tout ça pour un monde meilleur.
— Et vous ne vous chargez pas de lui remettre les idées en place ?

La sorcière arque un sourcil, et ne répond pas tout de suite.

— S'il arrive à réaliser ses promesses, je ne l'empêcherai pas de faire ce qu'il a besoin de faire.
— Même pas au nom de l'éthique ?
— Même pas au nom de l'éthique.

Je plisse le front, et elle enchaîne.

— Évidemment, je le raisonne quand ce qu'il veut faire n'est pas nécessaire. Par exemple, sa petite séance de torture spectacle, je l'aurais empêchée.

« Torture spectacle ». C'est exactement ce que c'était. Un spectacle macabre.

— Tu es toi même aveuglée par ta haine et ta peur, alors je peux comprendre ta réticence, affirme Kali. Mais tu verras, tout n'est pas à jeter.

Je baisse les yeux en secouant la tête.

— Je veux juste rentrer chez moi... soufflé-je finalement.
— Et tu rentreras. Mardi.

Je ne réponds pas, concentrée sur un point invisible au sol. Oui, je rentrerai mardi, mais ce ne sera pas pour combattre mon peuple. Ce sera pour les retrouver, et anéantir ainsi tout espoir de guerre.

— Il a fait quelque chose à Molly ? m'enquiers-je d'une voix étranglée.
— Non, répond-elle.

Je ne réprime pas un soupir de soulagement, et lève les yeux pour l'encourager à continuer.

— Je n'ai pas eu les détails, mais Jorah savait qu'il ne valait mieux pas se séparer d'elle, et apparemment, elle a dit avoir simplement voulu rassurer son amie et la faire se sentir un peu mieux ici.

Je fronce les sourcils. Je suis quand même surprise que Jorah ait accepté une telle explication. Il n'a rien fait subir à Molly sans qui rien ne serait arrivé, mais il a torturé Jake.

— Et Jorah n'a rien dit ?
— Non. On dirait que ton amie a eu de la chance.

De la chance... Comment est-ce possible d'avoir de la chance avec Jorah ?

— Tu veux te reposer ? m'interroge Kali.

Je secoue la tête. Il est hors de question que je m'autorise du repos maintenant.

— Alors je vais te montrer quelque chose.

Je n'ai pas le temps de la questionner, elle me fait signe de la suivre et nous sortons rapidement de la pièce.

Lorsque nous arrivons à l'extérieur, je frissonne et regarde autour de moi, alarmée malgré moi. Les allées du camp sont étrangement vides.

— Pourquoi il n'y a personne ?
— Les gens se préparent. Ce n'est pas en attendant patiemment chez soi qu'on gagne une guerre.

Je frémis. Elle n'a pas tort. Je songe alors à la préparation des habitants d'Erédia. Eux ne savent pas que le véritable affrontement est censé avoir lieu après demain. Ils sont sûrement prêts à y faire face, mais le risque est quand même énorme. Il faut impérativement que notre plan fonctionne. Mais est-ce que Molly sera capable de sortir du camp ?

— Est-ce que Jorah garde Molly prisonnière ?
— Non, je t'ai dit qu'elle n'avait rien.

J'acquiesce, troublée. Si c'est vrai, alors notre stratégie pourra aboutir.

Je me tais sur le reste du court chemin, alors que nous arrivons au lieu de mon habituel entraînement physique. L'intérieur est rempli de Bannis s'acharnant au combat, et je cherche Derek du regard. Il n'a pas l'air d'être là. Kali m'emmène dans son bureau, où j'entre avec hésitation.

— Pourquoi vous m'emmenez ici ?
— Attends.

Je l'observe se pencher derrière un meuble pour en dénicher ce que je reconnais être la carte que j'avais remarqué la dernière fois. La sorcière me fait signe d'approcher, et je penche la tête au dessus du bureau sur lequel elle étend le document. Je reconnais tout de suite la structure du camp au milieu de la forêt, ainsi que celle d'Erédia. La carte dévoile en détails toute la région, donnant ainsi l'emplacement du repaire des Bannis par rapport à Erédia. Différents notes sont inscrites ici et là, indiquant la mise en place d'une stratégie.

Après y avoir placé quelques pions, Kali pose ses doigts sur la carte, désignant plusieurs points dans la forêt.

— Au début, des troupes se positionneront dans chaque coin, pour faire des repérages en restant cachés. Attaquer de front ne servira à rien, alors on encerclera d'abord la ville.
— Pourquoi vous me montrez ça ? la coupé-je.

Elle lève des yeux pétillants vers moi.

— Tu as besoin savoir comment on compte s'y prendre, non ?

Je fronce les sourcils sans répondre. Elle a raison.

— Les premières attaques se feront par le nord, poursuit alors la Bannie en appuyant ses propos par des schémas sur la carte. Le but est de neutraliser toute la zone un peu excentrée d'Érédia, pour pouvoir se concentrer par la suite sur le cœur de la ville. Ensuite, nos troupes prendront les ailes Est et Ouest, à l'orée de la forêt. La majorité des combattants puissants d'Érédia seront sur les côtés extérieurs, c'est pour ça que nous seront plus nombreux sur ces zones. Une fois les premières armées neutralisées, on pourra arriver par le sud, et c'est à ce moment que tu rentreras en jeu.

Elle marque une pause pour me lancer un regard afin de s'assurer de mon attention. Je hoche la tête, véritablement concentrée. Je dois retenir tout ce qu'elle me dit.

— Quand on apparaîtra à l'entrée de la ville, tu as pour mission de nous faciliter le chemin jusqu'au château en neutralisant tout adversaire qui se mettra en travers de ta route.

À l'entente de ses mots, je frissonne, l'image de ma personne éliminant mon peuple surgissant dans mon esprit.

— Tous les ennemis devraient être facilement repoussés si tu t'en tiens au plan, note Kali. Ensuite, le plus compliqué arrivera. Parce qu'Elijah va sûrement nous faire face.

Je déglutis alors qu'elle prend un air plus sérieux.

— Il n'abandonnera pas Érédia facilement, alors si Jorah n'arrive pas à le vaincre seul, on aura besoin de ton aide.

Si ma propre stratégie ne fonctionne pas, je devrai combattre le roi d'Érédia. Et s'il tombe, la fin d'une ère sera signée.

— Et après ça, on aura gagné, conclut Kali.

Son doigt pousse doucement le pion qui était posé sur le château. Lorsqu'il tombe, le bruit résonne dans le silence qui s'est installé. Je serre les dents.

— Comment vous allez vous assurer de ma fidélité ? ne puis-je m'empêcher de demander.
— Tu ne feras rien, Heaven, de contente-t-elle de répondre en soupirant.

Je ravale difficilement ma salive, sentant mon cœur tambouriner dans ma poitrine. Elle est persuadée qu'ils ont une sorte de contrôle sur moi, et je ne peux pas vraiment le contester. Malgré moi, je fais tout ce que je suis censée faire, et je n'ai qu'une seule et unique chance pour contrecarrer leurs plans. La certitude est faible, je suis obligée de l'admettre. Et après les événements récents, les choses risquent d'être compliquées.

— Tu veux plus de détails ? propose soudain la sorcière.

Et après que j'ai acquiescé, elle se lance dans des explications précises sur l'organisation et la composition des troupes des Bannis. J'apprends les différentes stratégies selon les forces de chaque espèce, que chaque personne ici suit un entraînement intensif ayant pour but de compenser les effectifs et techniques d'Érédia. Leur détermination est-elle telle qu'ils pourraient arriver au même niveau que la ville la plus puissante de ce monde ?
Elle poursuit en sortant de son bureau, présentant rapidement les quelques Bannis les plus expérimentés, puissants, et donc dangereux. J'écoute attentivement, sachant pertinemment que je finirai par devoir leur faire face. Plus j'en saurai sur eux, plus je serai en mesure de prendre une longueur d'avance sur eux.
Kali me mène lentement jusqu'à l'extérieur du bâtiment et traverse la clairière où je m'entraîne habituellement avec Derek. Et après quelques minutes de marche en s'enfonçant dans la forêt, je perçois les ondes qui signalent la limite du camp. En voyant que Kali ne s'arrête pas et que nous nous approchons dangereusement de la barrière menaçante, je fais un pas en arrière.

— Vous faites quoi ?

Elle se retourne vers moi avec un léger sourire malicieux.

— On sort.
— Mais...

Kali hausse les sourcils en me faisant signe d'approcher. Elle est à quelques centimètres à peine de la barrière dont je sens émaner la même impressionnante force magnétique et magique.

— Il ne t'arrivera rien si tu es à côté de moi, m'indique la sorcière.
— Pourquoi ? fais-je alors qu'elle attrape mon avant bras.
— Parce que c'est moi qui contrôle ce truc.

Elle me tire alors brutalement hors de la barrière, et je sens mon cœur s'arrêter et ma respiration se couper. Je respire alors bruyamment, le corps sous le choc du passage à l'extérieur. Comme je m'y attendais, en regardant derrière moi, je ne découvre rien d'autre que des arbres banals.
Je considère Kali en tremblotant, sentant des frissons parcourir mon dos. Je crois avoir compris quelque chose...
Elle lâche mon avant bras, et alors que je me sens libre pendant une seconde, je vois apparaître un dôme au dessus de nous, s'abattant alors brutalement autour de moi puis de Kali. Nous sommes entourées d'une nouvelle barrière protectrice infranchissable.

— C'est vous qui les créez ? soufflé-je à mi voix.

Kali se contente de hocher la tête et reprend sa marche. D'abord paralysée par la surprise, je me mets rapidement en route en me rendant compte que le dôme qui nous entoure suit Kali et menace de me passer au travers. Je sens mes jambes trembler alors que je ne quitte pas des yeux la sorcière devant moi. Trop de coïncidences s'entrechoquent pour que mon hypothèse soit erronée. Une sorcière puissante comme elle, déjà amie avec Jorah lors de son règne, sachant matérialiser des barrières infranchissables demandant un pouvoir incroyable... Je savais que l'allié si précieux de Jorah était un sorcier, mais rien n'a jamais prouvé que c'était un homme.

— Kali... hésité-je d'une voix rauque.
— Oui ?

J'accélère le pas pour slalomer entre les arbres à bonne distance d'elle, et me racle la gorge.

— C'est vous qui faites toutes les barrières dans ce style pour Jorah ?

Elle s'arrête lentement pour me regarder fixement, et je vois dans ses yeux une lueur agitée que je ne lui connais pas.

— Reformule ta question.

Elle relève le menton. Elle sait parfaitement ce que je veux dire.

— La barrière qui a enfermé Érédia il y a dix sept ans et il y a dix jours, c'était vous ?

Les commissures de ses lèvres s'étirent un peu.

— Oui.

Et elle se remet en marche, comme si de rien n'était. Je réprime l'envie de m'arrêter, et la suis en toussant pour éviter à ma gorge de trop se nouer. C'est Kali.
Je réprime l'envie de serrer les poings en fixant son dos, des ardeurs enragées remontant dans ma poitrine.

Un silence de plomb règne durant le reste du chemin, et je ne prends pas tout de suite la peine de demander à Kali la destination que nous visons. La colère que je ressens est différente. Elle est plus sourde, comme si je m'y étais habituée, qu'elle était secondaire. Peut-être que je me libère peu à peu de ma haine.

— On va où ? finis-je par demander.
— Il me semble que tu connais, répond Kali d'un air étrangement calme.

Et avant que j'ai pu poser une autre question, nous débarquons dans ledit endroit, et mon cœur rate un battement. Je le connais effectivement très bien. Un vaste espace dégagé, entouré d'immenses arbres dont la cime semble toucher le ciel et aux troncs plus imposants que ceux de cinq chênes. Des arbres gravés dans ma mémoire, et faisant remonter plus d'émotions et de souvenirs que je peux en contenir. Des arbres qui signifient bien plus pour moi que je ne l'aurais pensé, car mon cœur est au bord de l'arrêt et mon crâne de l'explosion. Pourquoi m'emmène-t-elle ici ?

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Voilà pour le chapitre 13 ! J'espère qu'il vous a plu !
Un chapitre plus tranquille après toutes les émotions, histoire de faire une pause, quand même !

Ceci dit on apprend des trucs ! Vous vous doutiez que Kali était ce fameux « sorcier » indispensable à Jorah ? Quant à l'explication sur la stratégie des Bannis, c'était intéressant ?

Et à la fin, vous voyez quel est l'endroit ? Quand même, vous devez vous en rappeler il est très important !

À bientôt pour la suite, bisouus ♥

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