Onzième Chapitre.
[Dimanche 23 Octobre. 13h. Après l'entraînement physique avec Derek, Heaven a été amenée par Jorah dans un endroit inconnu. Finalement, Jake est apparu devant elle dans la pièce de l'autre côté, annonçant le début de la punition de Heaven.]
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Jorah tire Jake pour le mettre debout, et je le regarde serrer fermement son bras en réprimant une grimace de rage. L'ancien roi se racle la gorge, et ne me quitte toujours pas des yeux.
— J'imagine que tu penses que je vais utiliser la classique torture physique qui le fera bien souffrir et qui te donnera envie de me supplier d'arrêter, non ?
Je serre les dents sans répondre, mais mon regard doit tout dire, puisqu'il poursuit avec un sourire en coin à faire froid dans le dos.
— Mais non, tu as tort. Je réserve ça pour un peu plus tard, je veux faire durer le plaisir. Alors je vais d'abord passer par une phase psychologique.
Ma gorge se noue, et mes oreilles commencent déjà à bourdonner, alors que Jorah continue de parler, appuyant sur chaque mot et semblant se délecter de ce qu'il me fait subir.
— Tu sais, Heaven, je ne veux pas te faire souffrir. Je tiens à toi, que tu le veuilles ou non. C'est assez triste que je doive passer par cette case pour me faire respecter, je trouve.
Je secoue la tête, dépassée.
— C'est dommage, mais bon. Il faut faire ce qu'il faut, n'est-ce pas ?
Il hausse les épaules, d'un air faussement innocent qui me donne envie de briser cette vitre et de l'étriper avec les débris. Mais je ne bouge pas, sentant mes ongles s'enfoncer dans mes paumes contractées, et mes muscles se tendre sous la pression.
— Bon, parler de torture psychologique serait un peu fort, soupire Jorah en commençant à faire les cent pas dans la pièce. Mais disons qu'avant hier, Jake a appris quelque chose qu'il ne veut vraiment pas que tu saches, et te le dévoiler maintenant le rendra très triste. Et toi, ça va te... bouleverser, peut-être à un tel point que votre relation ne sera plus possible. Enfin, ça, c'est ce dont ton amoureux s'inquiète.
Je frémis, et pose mes yeux sur Jake, qui garde la tête baissée. Je perçois ses épaules trembler, et mon ventre se tord violemment. Est-ce en rapport avec ce dont il ne voulait pas me parler la nuit dernière ?
— Vous n'avez pas besoin de faire ça, réussis-je alors à articuler. Je vous obéirai maintenant.
Jorah ricane doucement, et secoue le doigt en s'approchant de la vitre.
— Non, non, non. Tu as besoin de regretter ce que tu as fait.
Je me mords l'intérieur des lèvres, peut-être un peu trop fort, et ferme les yeux une seconde pour reprendre mes esprits.
— Bon, alors, je vais commencer ma petite histoire, se réjouit alors le Sylphe.
Je déglutis, et il inspire profondément, avant de prendre la parole.
— Avant-hier, j'ai redonné sa mémoire à Jake. Tu sais, la disparition d'il y a trois ans, dont il avait tout oublié. Eh bien, ça y est, il se rappelle de tout.
Je frissonne, et fronce les sourcils en croisant le regard du loup-garou.
— Ne l'écoute pas ! s'exclame alors ce dernier.
Mais il reçoit un violent coup de genou dans la mâchoire de la part de Jorah, qui ne daigne même pas lui lancer un regard.
— Toi, tu te tais.
Jake s'effondre à terre et je ravale un cri de contestation, posant une main sur ma bouche pour me forcer à me taire moi aussi. Je vais l'écouter, je vais l'écouter et je résisterai. Je ne dois pas laisser transparaître que je regrette déjà amèrement d'avoir voulu retrouver mon petit-ami hier soir.
— Tu dois te demander pourquoi j'étais au courant de sa disparition, déclare Jorah. Eh bien, ce n'est pas compliqué. Il y a trois ans, Jake a passé un mois et demi... avec moi.
Sa révélation me fait l'effet d'une massue qu'on écrase sur ma tête, et je me sens vaciller une seconde. Je voudrais croire qu'il ment, me persuader qu'il veut juste nous faire souffrir, mais je n'ai qu'à le regarder dans les yeux pour savoir qu'il dit la vérité. Alors voilà, encore une fois, tout est relié à lui, depuis toujours. Je ne connaissais même pas Jake que nous étions déjà liés, par la même personne, le même bourreau.
— C'était après une de ses premières transformations, poursuit-il. Il avait quinze ans, alors il était encore très inexpérimenté. Je l'ai trouvé pendant la nuit, errant et complètement déchaîné. Je l'ai amené ici, dans ce camp même. J'ai attendu que le jour se lève et qu'il se calme, puis...
Mes oreilles sifflent. J'ai du mal à écouter ce qu'il dit en restant calme, et j'ai envie de regarder Jake dans les yeux. Mais il garde le regard fixé sur le sol, agenouillé, semblant plus vulnérable que jamais. Cette disparition était le mystère de sa vie, et je ne peux qu'imaginer ce qu'il doit ressentir maintenant qu'il l'a résolu.
— J'ai compris que c'était le fils d'Elisabeth et Cabe Eastwood, et je me suis dit qu'il fallait que je profite de son patrimoine génétique. Ses parents étaient très résistants, et, bon, malheureusement, pas assez pour moi. Mais je me doutais que leur fils le serait encore plus.
En entendant Jorah mentionner les noms de ses parents, Jake se redresse brutalement, et grogne vers le Sylphe en se jetant à ses jambes. Mais ce dernier lui donne un nouveau coup qui l'envoie frapper le mur opposé. Puis, Jorah lève la main pour exercer son pouvoir sur Jake, et l'oblige à se recroqueviller sur lui même en étouffant un gémissement. Je n'ose imaginer la douleur que lui inflige Jorah à cet instant, sachant pertinemment qu'il peut faire exploser un crâne s'il le veut. Il me faut rassembler tout mon sang-froid pour ne pas bouger, et rester parfaitement calme en observant mon petit-ami se faire ainsi malmener. Mon esprit hurle et déchire les membres de Jorah, mais mon corps reste immobile, paralysé.
— Je voulais déjà recommencer les expériences, et les loups-garous sont une des espèces qui m'intéressent le plus. Il tombait à pic, parce que les loups-garous jeunes et robustes étaient totalement introuvables - même chez les Bannis. Bon, c'est un peu de ma faute, c'est vrai.
Ses derniers mots font monter la rage dans ma gorge, et je contracte la mâchoire en sentant mon cœur bondir dans ma poitrine. Jake ne lève toujours pas les yeux vers moi, et je sens le nœud dans mon estomac se serrer. Il est juste là, mais j'ai l'impression qu'il est si loin de moi...
— Comme il avait l'air en pleine crise d'adolescence, j'ai pensé qu'il ne serait pas contre mes expériences. Et je n'avais pas tort. Il a accepté ce que j'ai commencé à faire dès que possible. Pendant plusieurs semaines, j'ai tout testé sur lui. L'inversion de la métamorphose, le contrôle pendant la transformation, la transformation hors pleine lune, tout ce qui pouvait me faire explorer l'espèce du loup-garou.
Jorah marque une courte pause, le temps de poser ses yeux sur le concerné, qui reste immobile, poings serrés sur le sol. Je ne saurais déchiffrer son expression à ce moment là. Il reporte rapidement son attention sur moi, tout en faisant quelques pas, la tête dodelinant légèrement.
— Le problème, c'est que c'était très éprouvant pour lui. C'était un peu de la torture, c'est vrai. Il était isolé, changeait de forme tout le temps, perdait connaissance à chaque fois et est passé à côté de la mort... vingt-trois fois, si je me rappelle bien.
Un frisson remonte le long de mon échine, alors que j'imagine cette lente et incessante torture qu'a dû subir Jake pendant ces interminables semaines. Il a accepté d'être un cobaye sans se douter qu'il venait de se jeter dans la gueule du loup. Il avait à peine quinze ans, était dans la pire solitude possible, et s'est retrouvé complètement désemparé entre les mains d'un psychopathe. Je sens mon cœur se serrer douloureusement. Lui rappeler tout ça est en effet le pire supplice que l'on puisse imaginer pour Jake à ce moment, et Jorah le sait parfaitement. Et me le raconter, sous ses yeux, sans qu'il ait un seul mot à dire, est un nouveau coup de poignard. Jake doit être affreusement détruit, et le savoir me fait encore plus mal que s'il était simplement frappé sous mes yeux. La douleur physique, Jake peut la supporter. Mais la douleur psychologique, émotionnelle, il ne la contrôle pas, la rejette. Alors quand elle le frappe, il perd toute contenance.
— Au bout de quelques temps, j'ai réussi à avoir des résultats assez concluants, poursuit Jorah en soufflant. Mais malheureusement, durant le dernier test, j'y suis allé un peu fort, et Jake a un peu... pété les plombs. Il s'est libéré, a tué tout le monde autour de lui pour sortir, et s'est ensuite enfui dans la forêt. J'ai préféré le laisser s'en aller, je devais de toute façon nettoyer les dégâts qu'il avait causé.
Je plaque doucement ma main sur ma poitrine enflammé, sentant ma respiration se bloquer légèrement. En voyant mes jambes flageoler, Jorah sourit imperceptiblement, et je me raidis en ravalant douloureusement ma salive.
— Attends, ce n'est pas tout, ricane alors le Sylphe.
Lorsque je fronce les sourcils, il prend une seconde pour me regarder d'un air impassible. Puis, d'un coup, il prend Jake par le col et le force à se remettre debout. Alors, je croise enfin le regard de Jake, et l'émotion me prend à la gorge à la seconde où mes yeux s'arriment aux siens. J'ai à peine le temps d'entrouvrir les lèvres pour le rassurer, que Jorah poursuit lentement.
—Jake était très affaibli et perturbé émotionnellement après ce qu'il s'était passé, alors une fois libéré, il a perdu le contrôle. Il a erré dans la forêt, et il est tombé sur un village. Malheureusement, comme il était désorienté et déchaîné, les gens ont voulu le calmer, mais... Jake a préféré massacrer toute la population.
Mon cœur semble s'arrêter un instant, et je lutte pour garder mon regard plongé dans celui de Jake. L'expression qui peint alors son visage me frappe violemment, me blesse plus profondément que je n'aurais jamais pensé. Je me rappelle tout de suite du regard indescriptible qu'il m'a lancé avant que nous nous quittions la nuit dernière. Était-ce parce qu'il savait que j'allais finir par apprendre ce qu'il s'était passé ? Lorsqu'il m'a embrassée, cette impression que j'ai eu que c'était la dernière fois qu'il posait ses lèvres sur les miennes, était-ce à cause de ça ? Il pensait que lorsque je serais au courant de toute l'histoire, je ne pourrais plus rester avec lui ? Rien que d'imaginer ça me serre profondément le cœur. Depuis qu'il a retrouvé la mémoire, il a dû se sentir plus seul et désemparé qu'il ne l'a jamais été.
— Évidemment, fait Jorah d'une voix plus grave, il l'a sûrement fait parce qu'il ne voulait plus être enfermé, ou enlevé, ou peut-être qu'il avait peur que je le rattrape. Le pauvre, il devait à peine réfléchir à ce qu'il faisait. Mais il a quand même tué des dizaines et des dizaines de personnes...
— C'est l'hôpital qui se fout de la charité.
Ma voix tremble malgré moi, et je sens que j'ai du mal à m'exprimer comme je le souhaiterais. Je déglutis et soutiens le regard froid qu'il me lance à cet instant. Je peux sentir celui de Jake peser lourdement sur moi, et je me raidis. Je n'ose plus le regarder dans les yeux.
— Tu peux dire ce que tu veux, raille Jorah. Mais ça ne changera rien aux actes barbares de Jake. Il a saccagé tout un village et son peuple, et il a seulement été arrêté parce qu'un homme l'a blessé sérieusement avec une lame en argent avant d'être achevé à son tour.
Mes yeux s'attardent alors sur la cicatrice de Jake que sa clavicule dévoile lorsque Jorah tire sur un pan de son tee-shirt. Alors voilà la réponse à cette question. Je m'étais imaginé beaucoup de scénarios, mais jamais je n'aurais imaginé cette histoire sordide. En remontant du regard le long de son cou, je finis par arriver à ses yeux, toujours brillants, à un point que je me demande s'il n'est pas au bord des larmes. Je pourrais m'approcher de lui, me coller à la vitre pour être presque à ses côtés. Mais je suis figée, pétrifiée, ayant l'impression d'en apprendre beaucoup trop beaucoup trop vite, sans savoir comment réagir ni comment gérer un tel flot d'émotions. En apprendre sur moi-même, j'y suis habituée, je peux m'y faire. Mais être témoin de révélations sur ceux que j'aime sans pouvoir les atteindre est une autre chose.
— Après, ajoute Jorah, je sais qu'il est retourné à Érédia et a voulu tout oublié. Si tu veux mon avis, je trouve ça assez lâche.
Je reporte mes yeux aux siens, le cœur affolé par une rage soudaine.
— Vous osez l'insulter de lâche ?
Un bref sourire en coin étire ses lèvres, et je fais alors enfin un pas vers lui, sentant tout mon corps endolori se détendre brusquement. Je manque de m'effondrer à genoux pendant une seconde, et suis interrompue d'un coup par Jorah qui reprend la parole.
— Tu sais pourquoi il ne veut pas que tu sois au courant ?
Je ne réponds pas, trop concentrée à garder tant bien que mal mes émotions sous contrôle.
— Parce qu'il sait parfaitement que quand il a commis tous ces meurtres, il n'était pas inconscient.
Je me sens parcourue d'un violent frisson, et mes jambes faiblissent quand je lève de nouveau les yeux vers Jake, qui lui, détourne le regard. Je secoue la tête, les oreilles bourdonnant sous l'incompréhension.
— Tu devais te dire qu'il était hors de contrôle comme à chaque transformation, et qu'il n'a fait que ce que son instinct lui disait de faire, note Jorah. Mais non. Il était, certes, totalement instable à cause de ce qu'il avait vécu, mais il savait ce qu'il faisait, et il savait qu'il n'était pas obligé de le faire. Il s'est enfui en tuant volontairement ceux qui le retenaient, et il a éliminé ceux qui étaient sur son passage parce qu'il ne voulait pas que je le rattrape. Mais il aurait pu contenir sa rage bestiale, il aurait pu simplement demander de l'aide comme n'importe quel être humain totalement humain. Il a choisi de laisser libre cours à une sauvagerie dont il a tellement honte qu'il a préféré l'oublier. Ce n'était pas un loup-garou incontrôlable à ce moment là, c'était un jeune homme habité par la bête qu'il est réellement. Il n'a pas voulu faire face à sa propre nature il y a trois ans, et il ne veut toujours pas le faire aujourd'hui. Est-ce que toi, tu en es capable ? Est-ce que toi, tu peux accepter que ton cher petit-ami a tué des familles entières en pleine conscience ?
Cette fois ci, j'ai vraiment du mal à empêcher mes jambes de céder, et je tremble de tout mon long. Toujours en secouant lentement la tête, les sourcils froncés, je peux sentir ma gorge me brûler, mes tempes pulser, mon crâne me tendre douloureusement. Les mots de Jorah sont comme de violents coups, allant toujours plus profond, faisant toujours plus mal. Entendre ça est une véritable torture émotionnelle, un calvaire que je sais être indéfinissablement insupportable pour Jake, ce qui aggrave mon propre état. Je sais que les angoisses qui sont remontées brutalement en lui sont plus que ce qu'il peut supporter actuellement, je sais qu'il est brisé, qu'il a honte, qu'il est triste et en colère, qu'il voudrait ne s'en être jamais rappelé. Il ne voulait pas se souvenir. Il ne voulait pas se souvenir, parce qu'il savait que ça allait au delà de ses forces.
— Il a laissé sa haine et son besoin d'extérioriser le dominer, insiste Jorah. Il a eu le goût du sang, Heaven. Il est dangereux, horriblement instable, et il vit dans un constant et fragile équilibre entre la bête et l'homme, qu'il contrôle beaucoup moins bien que tu ne le penses. Ça ne te fait pas peur ? Il l'a vite compris, lui, en tout cas, que votre relation ne pourrait mener à rien s'il était aussi détraqué.
— Il a failli me tuer, lâché-je alors.
Je m'entends à peine parler, les tympans agressés par un sifflement strident et la tête assaillie de pointes de migraine insoutenables. Je ne réfléchis même plus, recevant chaque mot de Jorah comme une balle en pleine poitrine, me forçant à ne pas m'effondrer, à résister et ne pas le laisser faire faiblir mon esprit.
— Quoi ? m'interroge Jorah, l'air soudainement vraiment intrigué.
— Un jour, parce qu'il était transformé, Jake a failli me tuer, répété-je.
À cet instant, ce dernier ose enfin lever les yeux, et je m'y accroche sans sourciller. Je crois qu'aucun regard que nous avons échangé n'a été plus éloquent.
— Et vous savez ce que me suis promis le lendemain ? continué-je sans briser le contact visuel.
Comme Jorah ne répond pas et se contente de baisser légèrement la tête pour m'inviter à poursuivre, j'inspire lentement, priant pour que ma voix reste aussi calme que je le souhaite.
— Que je n'aurais plus jamais peur de lui.
La lueur qui s'anime alors dans le regard de mon loup-garou de petit-ami me prend en une seconde aux tripes, et je tressaille. Je sais qu'il a pensé que je l'abandonnerais après cette lourde révélation, et j'en suis affreusement peinée. Je ne peux pas l'abandonner, je ne le pourrais jamais, même si je le voulais.
Je porte alors mon regard à Jorah, qui me dévisage amèrement.
— Je me suis juré que jamais je ne lui tournerai le dos par simple peur, déclaré-je en faisant un nouveau pas vers la vitre. Alors oui, il a fait des choses que je ne préfère pas imaginer. Mais ce n'est que le résultat de ce que vous avez engendré, encore une fois. Il vivait un enfer depuis des semaines. Et si vous croyez que c'est ça qui va briser notre relation, c'est que vous m'avez sous-estimée. Rien ne pourra changer ce que je ressens pour lui, et surtout pas ça. Il a massacré un village, et vous savez quoi ? Si un jour il devient la bête qui sommeille en lui, et qu'il veut en massacrer un nouveau, je serais là pour l'en empêcher. Parce que je resterai à ses côtés malgré la violence qu'il a subi par votre faute et qui l'a "détraqué". S'il est dangereux comme vous dites, je le suis bien plus. Et je n'aurai jamais peur de Jake.
Ma voix se brise, et je sens mes yeux me brûler sous l'effet des larmes qui remontent. Mais je soutiens fermement le regard de Jorah, qui commence à afficher une expression plus troublée qu'il y a quelques minutes.
Dire de telles choses me tord affreusement le ventre, parce qu'il faut que je rassemble toute ma volonté et tout mon courage pour les déclarer avec un tel aplomb. À l'instant, imaginer Jake aussi fragile me fait beaucoup plus mal que je ne le laisse paraître, et me perturbe bien plus que je ne veux me l'avouer. Ce que je viens de découvrir me bouleverse, me fait tout questionner. Mais je pense profondément chacun des mots que je prononce. Le Jake à qui je tiens, le Jake pour qui j'éprouve plus que les mots peuvent en dire, c'est celui qui a vécu toutes ces choses, qui a enduré toutes ces épreuves effrayantes, et pour rien au monde je ne l'échangerais contre un Jake sans son histoire. Je veux Jake, le vrai, le loup-garou au cœur fragile et aux cicatrices. Et on pourra me traiter de folle, mais je resterai à ses côtés. Je l'aiderai, parce qu'il m'a aidée. On s'aidera, ensemble.
— Hum, souffle alors Jorah. J'ai peut-être sous-estimé le lien qui vous unissait, après tout.
Je ne préfère pas regarder Jake à cet instant, ayant trop peur de définitivement relâcher mes émotions, et serre fermement les poings. Je suis à moins d'un mètre de la vitre, et sens la tension accroître au fil de mes pas.
— Alors ça te fait quoi de savoir que je l'ai brisé psychologiquement ? raille le Sylphe en me toisant fièrement.
— Il ira mieux, sifflé-je entre mes dents.
En le disant, j'essaie de m'en convaincre moi même. Car je sais que Jake est actuellement sérieusement affaibli, et qu'il va avoir du mal à s'en remettre. Mais il faut qu'il aille mieux. Je n'accepterai pas de le voir brisé par ma faute.
Jorah m'adresse le même sourire narquois qu'à chaque fois, puis reste silencieux pendant un court instant. Il me jauge de la tête aux pieds, plisse les paupières en inspirant, semblant réfléchir. Et, sans que j'ai le temps de réagir, il pivote et décoche un violent coup de genou dans l'estomac de Jake, qui se plie en deux. J'étouffe un cri, et Jorah se retourne vers moi.
— Et si je le brise physiquement, alors ?
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Voilà pour le chapitre 11 ! J'espère qu'il vous a plu !
Bon, je ne pense pas qu'il vous ait vraiment plu, hihi, désolée pour ça. En tout cas, sachez que dans le chapitre suivant... bah ça s'améliorera pas (mais alors pas du tout), voili voilou
Qu'avez vous pensé des explications sur sa disparition ? Vous vous y attendiez ?
Je voulais aussi vous remercier pour les 10K abonnés, voir que vous me suivez me fait très plaisir, j'ai des lecteurs en or je vous dis, en or !
Ne m'insultez pas pour ce chapitre et le prochain s'il vous plaît :'(
À bientôt pour la suite, bisouus ♥
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