Second Chapitre 2/2 - Réécrit

Sur le chemin jusqu'à mon appartement, je suis perdue dans mes pensées. L'après-midi est étonnamment passée à une vitesse fulgurante. J'ai aperçu Jake à quelques reprises, mais jamais dans mes cours. Sans surprise, il semble bien s'intégrer avec ses nouveaux camarades. Je me demande quand est-ce que je lui reparlerai, quand est-ce qu'il « m'aidera », comme il l'a dit. Je me demande également si je reverrai la belle blonde qui l'accompagnait dans ce café. Et je ne sais pas pourquoi, mais je suis de plus en plus persuadée que je la recroiserai très rapidement.

J'arrive chez moi aux alentours de trois heures et demi, et m'affale sur mon canapé à peine arrivée. Cette journée m'a épuisée. Espérons que les prochains jours seront moins éprouvants, même si j'en doute.

Je préfère ne pas trop réfléchir jusqu'à la fin de la soirée, et enchaîne douche, repas et télévision, voulant m'occuper. Si je commence à penser, je vais angoisser, alors mieux vaut pour moi éviter toute anxiété. Je décide d'aller me coucher tôt, aux alentours de vingt-deux heures, et lorsque je ferme enfin les yeux, les images de ma discussion avec Jake ne cessent de repasser en boucle dans mon esprit. Aujourd'hui, c'était encore plus important que je ne le pense, n'est-ce pas ? Je m'endors sur ces pensées brouillées, avec au fond de moi le sentiment que je suis loin d'être au bout de mes surprises.

Ma nuit ne dure pas très longtemps, et je me réveille alors que le ciel est toujours noir et étoilé. Je lance un regard plissé à mon téléphone, et baille en découvrant qu'il est cinq heures du matin. Pendant un instant, je me replonge dans mes draps pour tenter d'apprécier les quelques heures de sommeil restantes, mais en vain. Impossible de me rendormir. Je reste une quinzaine de minutes immobile, fixant mon plafond en me maudissant et me demandant comment il est possible de se réveiller naturellement à une heure pareille. Puis, lentement, je m'étire et me traîne hors de mon lit en m'emmitouflant dans une couverture. Dans un silence de mort, je me dirige vers ma cuisine pour me préparer un café, puis je me laisse tomber dans les coussins de mon canapé. Peut-être que mon esprit est trop occupé pour se reposer, que le choc est encore trop présent.

Je bois mon café en observant le ciel par la fenêtre, et soupire, pensive. J'ai envie que tout change. Moi, ma vie, mon quotidien, j'ai l'impression d'avoir enfin l'opportunité de tout bousculer. Et si Jake, et si la... magie pouvait répondre à mes questions, pouvait remplir les blancs, donner un sens à tout ça ?

Soudain, j'entends résonner derrière moi comme le son du vent qui souffle, et me retourne, intriguée par ce courant d'air inhabituel. Et je laisse échapper un cri de surprise lorsque je trouve un Jake souriant au milieu de mon salon.

— Mais t'es malade ? m'exclamé-je dans un hoquet étranglé.

— Bonjour à toi aussi, Heaven, me répond le concerné en penchant la tête.

— Tu... Tu fous quoi à cette heure là ? Et comment t'es rentré ? Et puis comment tu sais où j'habite ?

Je secoue vivement la tête, perdue dans ma confusion.

— Laisse tomber, je ne préfère pas savoir.

Je souffle un instant, et remets en place ma couverture sur mes épaules tout en posant ma tasse de café vide sur la table. Puis, je lève les yeux de nouveau vers Jake, l'invitant à parler.

— Bon, commence-t-il avec un léger sourire, je sais qu'il est un peu tôt, mais au moins tu es réveillée. J'ai promis hier que j'allais t'aider, bah je suis venu pour ça. On s'en va, je t'emmène avec moi.

— Pardon ? Qu'est-ce que tu racontes, encore ?

— Je peux pas tout t'expliquer, mais je t'emmène à Érédia, je pense que tu peux y trouver des réponses.

— Érédia ?

— C'est là d'où je viens, et probablement d'où tu viens aussi.

Je fronce les sourcils, et mets un temps avant de réagir.

— Et... c'est où ?

Il ne répond pas tout de suite, et je vois naître un petit sourire au coin de ses lèvres.

— C'est un peu compliqué, si on peut dire ça comme ça.

Je n'essaie même pas de répliquer, et retire la couverture de mes épaules avant de croiser les bras.

— Jake, tu te rends compte de... Attends. Je te connais depuis hier, tu me révèles que tu sais que je peux lire dans les pensées, tu me dis que la magie existe, que je suis une « Silencieuse » ou je ne sais quoi, et maintenant, tu débarques, de je ne sais quelle manière, à cinq heures du matin, chez moi, dans mon salon, et me balances que tu vas « m'emmener avec toi », à Érédia sans même que je sache où c'est. Sérieusement, je...

Il laisse échapper un petit rire étouffé, et se gratte l'arrière de la tête.

— D'accord, c'est vrai que de ce point de vue...

— Merci.

— Mais tu me crois, non ?

J'ouvre la bouche, sans répondre, complètement désarmée face à cette question.

— Je... bafouillé-je finalement, j'en sais rien... Tout ça, c'est... c'est beaucoup. Je... je suis humaine, et tu ne peux pas me demander de remettre ça en cause aussi rapidement. C'est trop...

— Effrayant ?

Je marque une pause, puis hoche lentement la tête. C'est exactement ça. Effrayant. Absolument terrifiant. Et je ne sais pas si j'ai envie de ressentir tout ça.

— Mais, poursuit le beau brun, tu verras qu'une fois que tu auras mis les pieds à Érédia, tu croiras à tout ce que tu n'imaginais même pas possible. Je ne te demande pas seulement de croire en la magie, je vais te prouver qu'elle existe.

Je ne réponds pas, et me contente de le regarder en silence. Je sens mon cœur battre violemment contre mes tempes, me donnant presque le vertige. Tout en moi me crie de le croire, de le suivre aveuglément et d'accepter que ce qu'il dit est vrai, mais je suis paralysée par l'appréhension.

— Tu me promets que je peux te faire confiance ? lâché-je en relevant le menton.

Jake sourit légèrement, et il pose sa main sur mon épaule en plongeant son regard dans le mien, avant d'articuler calmement :

— Je te le promets.

Je prends une profonde inspiration, et acquiesce lentement.

— D'accord. Alors je te suis.

Je ne veux plus réfléchir un instant de plus, car je sais que ma peur va me faire reculer. Mais aujourd'hui, je me dois d'être spontanée. Alors oui, il est cinq heures du matin, oui, Jake est encore un parfait inconnu pour moi, et non, je ne comprends pas un mot de ce qu'il me raconte. Mais je suis profondément persuadée que je peux et dois le laisser me guider à cet instant, sans quoi je raterais la plus grosse opportunité de ma vie. Et je n'ai aucune envie d'attendre une seconde de plus.

Jake enlève sa main de mon épaule et m'adresse un sourire en coin honnête.

— Alors va te préparer, on s'en va.

Je serre les poings, et détache mon regard du sien en passant derrière lui. Je gagne ma chambre rapidement, et enfile les premiers vêtements qui me tombent sous la main. Je m'attache les cheveux en une queue de cheval haute et mets mes chaussures en respirant le plus posément possible. Je me dirige vers ma salle de bains pour rincer mon visage d'eau gelée, et je fixe mon reflet en agrippant les rebords de mon lavabo. Je ne dois pas me dégonfler, je dois affronter tout ce qui va suivre en essayant d'ignorer la peur incontrôlable qui me serre la gorge. Je ferme les yeux et essaie de calmer les battements frénétiques de mon cœur. Je suis intérieurement complètement paniquée.

Après avoir secoué la tête, je rouvre les yeux et sors de la pièce pour rejoindre Jake dans le salon. Il m'attend, au centre, la mine sérieuse. Il est encore plus beau ainsi. La lune qui disparaît peu à peu se reflète dans ses iris d'un noir de jais et affine son visage anguleux, alors que ses cheveux retombent sur son front en quelques boucles discrètes. Peut-être que c'est la magie qui le rend aussi attirant, aussi particulier, mais dans tous les cas, ce qu'il dégage est indéfinissable. Il se tourne vers moi avec un air surpris. Apparemment, il ne m'avait pas remarquée.

— Ah, ça y est, tu es prête. On va pouvoir y aller.

— D'accord. Et comment ?

Un éclat apparaît dans ses yeux, et un sourire rieur s'étend alors sur les lèvres. J'ai comme l'impression que je vais enfin comprendre comment il est arrivé chez moi.

— C'est mieux que tu aies la surprise, je pense, raille-t-il en me faisant signe d'approcher.

J'avance lentement, perplexe, et m'arrête à environ un mètre de lui.

— Non, mais, approche toi vraiment, insiste Jake avec un soupir amusé. Colle toi à moi, je vais pas te bouffer, hein.

Je réprime un hoquet, et le regarde pendant un instant, les joues en feu. Il est un peu insolent, je trouve. Il me tend sa main, et je m'avance après une seconde d'hésitation. Toujours moqueur, il me prend la main et glisse ses doigts brûlants entre les miens, gelés. Je me mets à côté de lui, et colle mon épaule à lui. En levant les yeux, je me rends compte à quel point il est grand par rapport à moi. Il doit faire dans les mètres quatre vingt, tandis que je dépasse difficilement le mètre soixante. La différence de taille doit être assez ridicule vue de l'extérieur.

— N'hésite pas à t'agripper à moi si tu as la tête qui tourne, me prévient-il.

Je n'ose même pas répondre tant cela semble être un conseil incongru. Je ne préfère même pas lui demander comment il compte réellement nous emmener à « Érédia ». Les yeux rivés sur le sol de mon salon commençant à être illuminé par les premiers rayons de la journée, je ravale ma salive en tentant de débloquer ma gorge serrée.

— Dépêche toi, je vais m'enfuir sinon, lâché-je.

Jake rit légèrement, et sors quelque chose que je ne parviens pas à voir de sa poche. Tout ça devient de plus en plus bizarre.

— Prête ? m'interroge-t-il.

Toujours sans le regarder et après un instant de silence, j'acquiesce lentement.

— Plus que jamais, fais-je d'un air faussement détendu.

Je ferme instinctivement les yeux en sentant Jake se raidir, et sens un violent vertige me secouer, comme si le sol quittait mes pieds et que je perdais l'équilibre. Je m'agrippe brutalement au bras de Jake en attendant que la sensation cesse, n'osant toujours pas desserrer les paupières. Puis, d'un coup, un choc nous ramène sur terre, et je sens un sol sous mes pieds. Je n'ouvre pas les yeux tout de suite, ne voulant pas écouter mon imagination. Est-ce que je viens de me... téléporter ? C'est impossible, impensable. Et pourtant...

Lorsque j'ouvre les yeux, et me décolle lentement de Jake, je n'ai plus aucun doute quant à cela. Nous venons en effet de nous téléporter. Et si ça, ce n'est pas de la magie...

— Voilà, Heaven, fait alors mon accompagnateur en souriant. Bienvenue à Érédia.

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