CHAPITRE 5
Les jours passent, mais cette sensation de malaise au fond de mon estomac ne me quitte pas. Elle m'empêche de dormir la nuit, de me concentrer en classe, de me sentir en sécurité. J'ai du mal à faire face. Une nouvelle journée touche bientôt à sa fin, et Jasmine m'attend près de la salle d'études où nous avons prévu de réviser ensemble. Depuis qu'elle a bloqué le numéro de mon harceleur, je n'ai reçu aucun autre message, et j'essaie de profiter de ce répit. Mais au fond, je n'ai aucune illusion : s'il est capable d'effacer des messages et des captures d'écran, il est capable de reprendre contact à tout moment.
En longeant les couloirs, je croise d'autres élèves, et je tente de me convaincre qu'ils ne me regardent pas, que mon esprit me joue des tours. Pourtant, une notification sur mon téléphone me ramène brutalement à la réalité. Tremblante, je déverrouille l'écran :
« Alors, Lilia, toujours aussi en sécurité ? Le temps s'accélère... Tu ne retrouveras jamais ta tranquillité. »
La panique m'envahit. Je m'élance en courant dans les couloirs pour rejoindre Jasmine au plus vite. Dès qu'elle m'aperçoit, elle devine que quelque chose ne va pas et son regard s'assombrit.
- Encore un message ? murmure-t-elle.
J'acquiesce, tentant de reprendre mon souffle, et lui tends mon téléphone. Elle lit le message et se crispe visiblement.
- D'accord, là, ça va trop loin. On ne peut pas laisser passer ça. On doit faire quelque chose... en parler à quelqu'un.
- Faire quoi ? Et à qui ? Il peut supprimer ses propres messages. Personne ne nous croira sans preuve. On n'a même pas une piste, Jas.
Elle soupire, l'air désemparé.
- Il va forcément faire une erreur à un moment. Si on fait attention, s'il te suit vraiment, on finira par le repérer.
- Mais pourquoi moi ? Pourquoi ça me tombe dessus ? dis-je en sentant les larmes me monter aux yeux.
- On va le découvrir, Lilia, dit-elle, déterminée. Je ne laisserai personne te faire du mal.
La voix de Jasmine tremble presque. Elle est aussi impuissante que moi face à cette situation, mais sa présence à mes côtés est un réconfort inestimable.
Plus tard, nous nous rendons à la cafétéria. Le calme semble revenu, et je n'ai pas reçu de nouveau message, mais je sais que Jasmine est aussi secouée que moi, même si elle tente de me rassurer. Assises à une table un peu à l'écart, nous essayons de nous changer les idées, mais ma concentration s'évapore quand mon regard croise celui de Ryder Blackwood, installé à quelques tables de là avec ses amis, Zane et Hunter. Je connais maintenant son prénom - plusieurs filles du lycée le mentionnent souvent, intriguées ou intimidées.
Ryder me fixe en retour, un sourire mystérieux et un peu moqueur aux lèvres. Il dégage quelque chose d'à la fois captivant et inquiétant. Son air mystérieux me fascine autant qu'il me met mal à l'aise.
Jasmine claque des doigts devant mes yeux pour me ramener à la réalité.
- Ne les regarde pas trop, chuchote-t-elle. J'ai entendu dire qu'ils ne sont pas tendres avec les filles. Ça m'embêterait de devoir m'en mêler.
Son ton me fait rire, mais elle n'a sans doute pas tort. Ces trois-là semblent se moquer de leur réputation. Et pourtant, malgré moi, je ressens une certaine attraction pour Ryder. Ce n'est pas un frisson de peur, bien au contraire.
Nous finissons par quitter la cafétéria, mais à peine avons-nous franchi la porte que mon téléphone vibre à nouveau. Jasmine, toujours sur le qui-vive, me prend le téléphone des mains et lit le message à haute voix :
« Peu importe où tu vas, ou qui est avec toi. Dis adieu à ta tranquillité. »
Je vois la colère et l'inquiétude dans les yeux de ma sœur. Elle pianote rapidement sur mon téléphone pour bloquer le numéro une fois de plus.
- Ça devient trop grave, Lilia ! Ce n'est plus un jeu. On doit agir, sinon ça va mal finir.
Son ton est sans appel. Je soupire en remettant le téléphone dans ma poche, dégoûtée de cette situation que je ne contrôle plus.
Nous quittons enfin le lycée pour rentrer chez nous. Sur le trajet, je me sens de nouveau épiée, comme si une ombre me suivait de loin. Instinctivement, je jette de fréquents coups d'œil par-dessus mon épaule. Rien. Seulement des élèves qui rentrent chez eux. Pourtant, après plusieurs coups d'œil, je crois apercevoir une silhouette qui disparaît dès que je la fixe. Jasmine remarque mes mouvements nerveux.
- Qu'est-ce qui se passe ? Ça va ?
- Oui, ne t'inquiète pas, dis-je d'un ton peu convaincant.
Elle m'observe, inquiète. Mais nous arrivons finalement à la maison sans encombres, et la tension retombe un peu. C'est comme si cette présence menaçante restait à l'extérieur, incapable de franchir les murs de notre foyer.
Le soir, épuisée, je reste dans ma chambre avec Jasmine, qui tente de me changer les idées avec des vidéos et des blagues. Mais je vois bien qu'elle est plongée dans ses propres pensées, elle aussi troublée par cette situation étrange et angoissante.
Soudain, mon téléphone vibre une dernière fois pour la journée. L'appréhension me tord l'estomac tandis que je déverrouille l'écran. Un nouveau message s'affiche :
« Profite bien de ton répit, Lilia. Demain, tout commence vraiment. »
Je sens mon sang se glacer. Jasmine lit par-dessus mon épaule, et je vois l'effroi dans ses yeux. Sa voix, d'ordinaire calme, trahit son angoisse.
- Ce type est complètement cinglé ! On doit découvrir qui c'est, Lilia. Si personne ne fait rien, on va mener l'enquête nous-mêmes.
Elle serre les poings, déterminée, et malgré la rage de Jasmine, je ne peux m'empêcher de sentir que le piège se referme lentement. Que "demain" semble déjà marqué d'une ombre menaçante.
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