Chapitre 27

- Maman ! Maman regarde !

Rien, aucune réponse.

- Maman !? Où es-tu maman ?

Toujours aucune réponse. Ce jour-là, j'ai parcouru toutes les pièces de la maison à sa recherche. Et puis finalement, je suis allé dans le jardin. Six heures du soir, de la mousse blanche sortant de sa bouche, un père couché dans le canapé du salon, bouteilles de bière sur la table, comment est-ce qu'un enfant de six ans pouvait bien faire face à ça ?

Une semaine plus tard.

- Maman ! Maman regarde, j'ai fait un dessin de nous trois.

Aucune réponse. L'histoire serait-elle en train de se répéter ? Cette fois, avant de pouvoir parcourir toutes les pièces de la maison, je suis tombé sur elle, dans la salle de bain. Je l'ai surprise en train de s'injecter quelque chose. Maman serait-elle malade ? Est-ce qu'elle allait mourir ? Ces questions, je les avais posées à papa qui ne m'avait rien répondu. Il s'était contenté de passer devant moi et de sortir tout gaillardement de la maison. Je n'y comprenais rien moi. Anxieux par rapport à l'état de santé de maman, je décidai d'appeler le voisin. Il était docteur. C'était lui qui nous avait aidés la dernière fois. Grossière erreur.

Voyant le téléphone dans ma main, maman se rua vers moi, balança le téléphone d'un revers de main, puis me gifla tellement fort que j'en perdis l'équilibre.

- Mais tu es fou ? Arrête de te mêler de ce qui ne te regarde pas...

Je suis fou ? Moi, fou ? Suis-je fou de vouloir sauver ma maman ? Suis-je fou de m'inquiéter pour elle ? Suis-je fou de vouloir lui sauver la vie ? Suis-je fou de vouloir qu'elle aille bien ? Elle qui avait tant fait pour moi ? Enfin, qui ne m'avait pas abandonné en tout cas.

J'étais heureux ici. Ce n'était pas le paradis mais je vivais avec mes deux parents, et c'était bien. Que pouvais-je bien souhaiter d'autres, moi qui ne suis qu'un enfant ? Un enfant...

Six mois plus tard.

Mon anniversaire. C'est bien les anniversaires, n'est-ce pas ? Du moins, c'était bien jusque là. Cette année, maman n'a pas voulu faire de fête, faute de moyens. Je l'ai comprise. Apparemment, trouver de l'argent n'est pas si simple dans cette vie. Je ne suis qu'un enfant, je n'ai pas cherché à en savoir plus. Quoi qu'il en soit, j'étais à la maison, tranquille et soudain, il s'est mis à pleuvoir. J'étais posé devant la fenêtre et j'observais les gouttes de pluie. J'observais aussi la boue. J'aimais bien jouer dans la boue. Maman était dans la cuisine. Sûrement qu'elle me préparait un de ces gâteaux dont je raffolais. Papa dormait et moi, je m'ennuyais. Vous devinez bien la suite. Qui est-ce qui a deux pouces et qui s'est précipité dans la boue pour y jouer ? Le petit Oscar bien sûr !

Dix minutes. Non, vingt. Plutôt trente. Je ne sais plus. En tout cas j'ai passé un bon moment dehors. Une fois fini, je suis rentré à la maison. Il y avait de la boue partout : sur mes mains, mes joues, dans mes cheveux, sur mes vêtements et au sol de la maison. Maman nettoierait plus tard. Grossière erreur. Encore.

Maman venait justement avec mon gâteau d'anniversaire. Il était beau avec sept bougies. Mais elle ne souriait pas. Ma maman ne souriait pas. C'était comme si elle avait vu un fantôme. Je me suis regardé et je lui ai dit :

- Maman regarde ! Je suis un monstre de boue. Grrr ! Grrrr !

Puis je me suis mis à rire. C'était censé être drôle. Mais elle n'a pas ri. Elle a laissé tomber le plateau de gâteau et c'était fini. Plus de gâteau. On aurait dit de la boue délicieuse. Elle aurait pu s'arrêter là. Mais elle a marché sur le gâteau pour venir vers moi et elle m'a frappé. Papa, ayant sûrement entendu le bruit du plateau qui tombait, est descendu en catastrophe. Il était scotché face à l'état du salon. Maman n'avait même pas eu à en placer une qu'il s'est mis à la frapper elle, puis à me frapper moi. Il m'a donné un coup de poing tellement fort que j'en ai perdu du sang. Et voilà. Depuis ce jour, je n'ai plus jamais joué dans la boue. Et j'ai détesté les anniversaires.

Le lendemain, je me suis levé dans la douleur. Mon visage était enflé. J'avais mal. Mais je devais aller à l'école. Je ne voulais plus rester dans cette maison. Vivre avec ses parents, c'est bien. Mais quand est-ce que l'amour a disparu ? Qu'est-ce que je leur ai fait moi ? C'est avec cette tristesse que je suis sorti de la maison, sans rien dire à personne.

Une fois à l'extérieur, j'ai croisé le voisin. Il était choqué de voir mon visage. Il m'a tout de suite emmené chez lui pour me soigner un peu. Je vous avais dit qu'il était docteur, non ? Il s'appelait Albin mais moi, j'aimais bien l'appeler Dr Alb. Pendant qu'il me soignait, sa femme, Agathe, m'a sorti des cookies et du lait de leur frigo. C'était la première fois que je la voyais de si près. Généralement, je lui balançais un bonjour avant de poursuivre ma route. Elle était si belle ! Le docteur m'a ensuite raconté leur rencontre pour faire passer le temps. Il ne voulait pas que j'aille à l'école dans cet état. Il m'a raconté qu'ils s'étaient rencontrés dans un des laboratoires de leur université. L'un de ses professeurs l'avait commandé. Il fallait qu'il aille chercher des seringues qui étaient rangées là. Et bim ! Le coup de foudre. Elle, était géologue en devenir. Il m'a expliqué que c'était l'étude des sols.

- Et mes parents à moi ? Vous savez comment est-ce qu'ils se sont rencontrés ? Ils ne me l'ont jamais raconté.

Après un moment de silence et d'échanges de regards, le docteur a refusé de me répondre. Il m'a dit que quand je serai majeur, il m'expliquera tout. Il m'a ensuite demandé d'aller me reposer un peu dans la chambre de leurs fils qui eux, étaient à l'école. Chose que je n'ai pas refusée. J'y suis allé directement après avoir fini mon verre de lait et je me suis rapidement endormi. J'ai cru entendre une conversation assez bizarre...

Plus tard.

Il était vingt heures quelque chose. Je jouais tranquillement avec Jacob et Jacques, les fils des voisins, quand j'ai entendu des sirènes de police. Je n'y ai pas prêté attention au départ. Je continuais mon jeu de course avec les deux garçons quand soudainement, il y a eu des bruits. Quelqu'un cognait violemment la porte. Mais ce n'était pas ici. C'était chez les voisins apparemment. Attendez... Chez les voisins, c'est chez nous ! La police était chez nous ?

Je sortis à pas de course de la chambre des garçons, direction chez moi. J'avais bien raison. Ils étaient en train d'emmener papa et maman.

- PAPA ! MAMAN !

- Ne t'approches pas Oscar !

C'était le docteur qui me retenait d'une main ferme.

- Pourquoi est-ce qu'ils se font arrêter ?

- Je te raconterai plus tard.

- Mais je veux savoir maintenant !

- Oscar !

C'était sa femme. Je l'ai regardée dans les yeux et j'y ai vu de l'inquiétude. Je me suis alors calmé et j'ai jeté un dernier coup d'œil à maman et à papa avant qu'ils ne s'en aillent.

                  *****************************

- Ta mère Émilie, et ton père Charles, se sont rencontrés par hasard dans un restaurant où travaillait ta mère.

Dix-huit ans. Il m'avait fallu attendre onze longues années pour enfin connaître toute l'histoire. Bien évidemment, je restais aussi concentré que lors d'un devoir de maths, suspendu aux lèvres de maman Agathe.

- Ils se sont tout de suite plus, tout comme Albin et moi. À cette époque, j'étais la meilleure amie d'Émilie alors forcément, elle venait tout me raconter. Les jours qui ont suivi, ton père a multiplié ses achats dans le restaurant, juste pour pouvoir la voir. Et puis un jour, ils ont eu leur premier rancard. C'est comme ça que tout a commencé.

- Et ensuite ?

- Ils se sont mis en couple quelques mois plus tard. Ils ont fait cinq ans ensemble et se sont mariés. Alors que tout allait bien, Charles a perdu son travail suite à une réduction du personnel de l'entreprise. Il ne pouvait pas supporter le stress qui allait avec alors il s'est converti en alcoolique.

- Je suppose que les problèmes ont commencé par là.

- Exactement. Va falloir avoir les reins solides pour entendre la suite.

- Je suis prêt.

- Un jour, ton père est rentré ivre. Ils vivaient déjà dans la maison d'à côté. Ta mère a essayé de l'aider et de le désaouler. Mais au lieu d'accepter son aide, il a...

- Il a quoi ? Continue !

Albin vint la prendre dans ses bras, puis prit le relais de l'histoire :

- Il a abusé d'elle.

- Il a quoi !?

- Tu as très bien entendu. Elle n'était pas consentante ce jour-là. Il a abusé d'elle en lui donnant des coups lorsqu'elle essayait de se défendre. Et malheureusement, tu es né de ce viol.

- Stop !

Je me levai brusquement, les mains sur la tête. Mon estomac bouillonnait et mon cœur n'arrivait plus à contrôler ses battements, tellement leurs mots m'avaient percuté.

- Il vaut mieux que...

- NON ! Je veux entendre la suite.

Je retournai m'asseoir auprès d'eux, les larmes aux yeux.

- Je pensais que ma mère ne m'aimait pas. J'ai toujours pensé que...

- Non, loin de là, poursuivit maman Agathe. Elle désirait, plus que tout au monde, avoir des enfants, surtout avec l'homme de sa vie. Mais pas de cette manière. Quand tu es né, elle t'a gardé. Elle s'est battue, mitigée entre la douleur de ta conception et le plaisir d'être mère, et elle t'a gardé. Malheureusement, plus le temps passait, moins elle le supportait. Ton père se comportait comme... Enfin, tu l'auras remarqué. Voilà ce qui explique les tentatives de suicide.

- Les tentatives de suicide !?

Mais oui ! Je n'étais qu'un enfant. Je ne comprenais rien à tout ça. Mais les injections, l'alcool, les comprimés, les refus de manger, les pleurs... Elle voulait tout simplement mettre fin à ses jours.

- Je ne comprends pas. Pourquoi est-ce qu'elle ne s'est pas séparée de papa ? Pourquoi l'avoir gardé à ses côtés sachant que... ?

- Il a refusé de partir. Intervint Albin. Il en avait après l'argent que lui rapportait son travail. Il faisait semblant de l'aimer mais en réalité, ce n'était qu'une mascarade.

- Et le soir où la police...

- Ton père a essayé de tuer ta mère Oscar, finit par lâcher Albin. Le jour où tu es venu le visage amoché, j'ai passé un coup de fil. Je savais que ta mère n'allait pas bien alors j'ai voulu la faire interner. Je ne savais pas que ton père essayerait de la tuer. Ça, c'était une coïncidence. Mais au final, ton père fut arrêté et ta mère, internée.

- Pourquoi me l'avoir caché pendant si longtemps ?

- Tu n'étais qu'un enfant Oscar. Nous voulions juste te protéger.

Maman Agathe avait toujours ce regard bienveillant quand elle me regardait. Ils avaient raison. Qu'est-ce qu'un enfant aurait bien pu faire dans ce genre de situation ? J'étais en colère, mais je l'avoue, ces gens-là ne m'avaient jamais rien fait de mal. Ils m'avaient bien au contraire, considéré comme leur troisième fils. Mon père par contre, lui, il fallait qu'il paye. Et j'allais lui faire payer.

...

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