CHAPITRE 24

Nous pénétrons dans le magasin en rigolant, Louis fait l'enfant, il court au travers des rayons et laisse tomber dans le caddie plusieurs articles à chaque passage, des paquets de chips, des boissons, même des choses qui ne sont pas pour la soirée. Je me permets de trier derrière lui, retirant les quelques articles en trop et les bouteilles d'alcool par dizaine. Je sais qu'il va y avoir du monde, mais Louis ne les prend pas spécialement pour les autres. Il sélectionne les articles en fonction de ses propres préférences, ce qui ne présage rien de bon. Je repose ainsi une énième bouteille de vodka dans le rayon et rejoins le blond dans le but de l'arrêter dans sa chasse à l'alcool. Lorsque ses yeux se posent sur le caddie, il remarque que j'ai retiré certaines choses. Il prend un air déçu et se gratte l'arrière du crâne, gêné.

- Louis, on ne peut pas prendre les bouteilles d'alcool par dizaine ! Juste une dizaine, c'est déjà trop, alors deux... déclare-je avec un air désolé malgré le fait que ce soit pour sa santé.

- Nova...

- Je ne comprends pas pourquoi tu veux autant boire, surtout que tu sembles assez... irritable quand c'est avec excès, admets-je.

Je détaille le visage du blond qui se décompose. Il détourne son regard du mien. Même si je ne suis pas prête à sauver tout le monde, je veux comprendre son mal-être parce qu'une aussi grande nécessité à boire de l'alcool résulte forcément d'un problème, et je veux le connaître. Surtout que Louis est précisément le plus amical des quatre pêcheurs. Je ne sais pas ce qui le pousse à vouloir se mettre dans un état second, mais j'aimerais vraiment le savoir.

- Tu as conscience que tu as un problème avec l'alcool ? lui demande-je sans indiscrétion.

Il hoche la tête, toujours sans me regarder. Il est probablement honteux, mais avec moi, il n'a pas à l'être, si je sais, je peux le comprendre.

- Pourquoi ?

Louis relève la tête vers moi, il m'incite à le suivre dans un coin un peu moins peuplé du magasin. Il ne veut sûrement pas que tout le monde connaisse cette histoire.

- Mes parents se sont séparés quand j'étais jeune, ma mère a découvert que mon enfoiré de père menait une double vie. Elle est tombée de très haut et s'est retrouvée submergée par le chagrin, la colère, la pression de mon avenir et surtout mon éducation, commence-t-il, mon père a quitté ma vie, le jour où il a emménagé avec ses deux nouveaux fils. Alors que ma mère ne travaillait plus, il l'avait virée de son entreprise, et que j'étais encore aux collèges.

Le blond me regarde avec des yeux noirs de colère, il en veut encore à ses parents. Je commence alors à comprendre pourquoi Louis est tombé dans ce traquenard.

- Ma mère s'est mise à boire énormément, quand ta maison ne se résume plus qu'à ça, tout devient normal. Dès mon entrée au lycée, j'ai commencé à picoler, ma mère me foutait une pression monstre pour que je réussisse et prouve ainsi à mon père que nous étions la meilleure partie de sa vie. Tout n'est qu'une question de jalousie et de pression. Encore aujourd'hui, ma mère veut récupérer mon père, et selon elle, son seul moyen d'y arriver, c'est que je réussisse. L'alcool me permet de relâcher la pression, d'éviter ces idées noires.

- Mon Dieu, Louis ! Je m'attendais à tout sauf à une telle chose, ça doit être affreux, mais maintenant, je veux que tu saches que je suis là, affirme-je en m'approchant de lui pour lui toucher le bras, si tu as besoin de me parler, je t'écouterai comme ta maman aurait dû le faire.

Une larme roule le long de sa joue et ça me broie le cœur : une personne si aimable, si drôle et si sensible comme Louis ne mérite pas de vivre un tel calvaire. Sans m'y attendre, le blond saisit ma taille et m'enlace. Je ne peux que répondre à son étreinte et le serre du plus fort que je le peux afin qu'il sente ma présence. Je veux qu'il sache que je serai toujours là s'il a besoin de moi.

- Merci Nova...

Il se redresse sans pour autant me lâcher et m'offre un sourire sincère. Je caresse sa joue pour chasser les traces de larmes.

- Promets-moi de prendre sur toi et de ne pas trop boire ce soir, tout le monde soutiendra.

Il acquiesce et ça me rend si fière de lui que je le prends une seconde fois dans mes bras. Nous décidons alors de terminer ces courses, aussi surprenantes et éprouvantes soient-elles. Nous payons notre caddie et puis rejoignons la maison dans la Mercedes Benz. De plus, pour nous remonter le moral et oublier cette scène d'émotion, nous mettons des musiques pop que nous hurlons dans tout l'habitacle. Louis et moi rigolons lorsque les passants nous dévisagent, mais ça n'est pas très important, nous avons besoin d'évacuer.

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