Ecrit par Chaaimeletaekook
"Les souvenirs, c'est ce qu'on peut amener de plus beau dans l'éternité..."
Roger Fournier
Nos corps entremêlés sous l'épaisse couette au milieu de mon lit douillet, les thés fumant sur ma table de chevet et le fond musical m'apaisèrent.
"Jungkook.. Parle moi de lui s'il te plait."
Mon regard se tourna vers le châtain cherchant la raison de cette question.
Pourquoi maintenant...? A t-on besoin de penser à tout cela à présent ?
"Je sais que ça te blesse d'en parler mais j'aime tellement quand tu le fais...".
Mes prunelles scrutèrent les siennes avec intérêt. Mes lèvres s'étirèrent avec lenteur, mon cœur bat un peu plus fort.
Que j'aime cet homme.
"Tae.. Tu es au courant qu'une fois que je suis lancé, je ne sais plus m'arrêter ?"
Son sourire rectangulaire me fit face tout à coup. Ces cheveux balayèrent ses sourcils et ces orbes caressèrent mes lèvres avec volupté .
"Ne t'inquiète pas pour ça, je sais très bien comment faire pour te faire cesser au moment venu !"
Mon rire éclata dans la pièce, nous enveloppant dans un cocon protecteur.
Qu'est-ce que j'aime être à ses côtés. En sécurité.
Loin de tout ce que j'ai connu auparavant, de ce passé destructeur.
"Qui a dit que j'étais d'accord déjà ? Le consentement tu connais mon grand ?!"
Mon sourire s'étira doucement, le cherchant du regard. Est-ce que j'aime le provoquer ?
"Tu vas me dire que..."
Son corps s'espaça une seconde du mien pour me surplomber, ses bras tendus de chaque côté de mon visage pendant que son bassin passa sur le mien, ces prunelles joueuses me charriaient.
"Tu peux résister à ça mon ange...?"
Ses lèvres effleurèrent les miennes avec douceur, nos orbes connectés.
Est-ce que j'ai envie de plus ?
Assurément oui... Mais mes cuisses entourèrent son bassin et, dans un élan de force, je le fis basculer sur le dos et me retrouvai au-dessus sous son regard surpris.
"On fait moins le malin là monsieur Kim n'est ce pas ?"
Triomphant, je gainai mes bras afin d'exposer ma musculature dans un geste de réussite. Son rire arriva à mes oreilles et je le suivis dans son hilarité nichant mon visage dans son cou afin de mieux humer son odeur corporelle
"Je t'aime Jungkook."
Mon cœur tapa ma cage thoracique à grande allure et mes doigts se cramponnèrent à ses épaules pour mieux m'ancrer dans cette bulle. Mon buste se redressa me retrouvant assis sur lui dans un calme drôlement apaisant.
"Moi aussi je t'aime Tae, tu sais ? Vraiment."
Sa main droite vint caresser ma mâchoire avec une délicatesse qui n'appartenait qu'à lui, Tae était synonyme de douceur. Mes yeux caressèrent chaque parcelle de son visage... Comment pouvait-on être aussi beau au réveil ? C'était inhumain.
"Qu'est-ce que tu veux savoir, dis moi."
Ses bras entourèrent mon buste fortement et le sien se releva doucement pour embrasser mes lèvres chastement plusieurs fois avant de me faire basculer assis contre la tête de lit. Un corps si fin qui cachait une force qu'on ne devinait pas. Ça faisait partie des choses que j'aimais chez lui, cette dualité constante. Ce mystère qui l'entourait. Cette aura autant appréciatrice que destructrice.
"Tu veux ton thé d'abord?"
Ma tête hocha l'affirmative avec un sourire tendre. Sa main me tendit ma tasse légèrement fumante après avoir retiré le petit sachet à présent posé sur une cuillère posée sur mon chevet. Mes mains cajolèrent la tasse à la recherche de chaleur réconfortante. Mon amour s'installa à mes côtés dans la même position commençant déjà à boire sous mon regard acéré.
"Je sais pas, je sais l'essentiel mais dis moi ce que tu aimes chez lui ?"
Mon regard brun se fixa sur le mur face à moi, mon esprit submergé par une tonne de souvenirs, d'adjectifs qualifiant ces qualités. Mes lèvres s'étirèrent tendrement sans jamais changer de trajectoire visuelle.
"Son goût pour la nature je pense, son amour pour le monde ."
Ma réponse fut soufflée, ma gorge se serra sous les flashs qui m'assaillirent.
"Il m'a fait découvrir des choses merveilleuses tu sais, je l'aurais suivi au bout du monde si je l'avais pu."
Ma voix se cassa à la fin de ma phrase, signe de ma douleur. Sa main caressa mon avant-bras avec douceur.
"On peut faire autre chose si tu veux, je ne veux pas te rendre mal".
Ma tête se secoua de gauche à droite immédiatement. Mon regard trouva le sien et mes lèvres se posèrent sur les siennes tendrement, comme une caresse.
"Non ne t'inquiète pas, c'est juste que malgré les années... Le deuil n'est pas fait, je n'y arrive pas..."
Mes yeux s'humidifièrent, mes lèvres tremblèrent.
"Il ne veut pas me quitter... Il est là, partout dans mon esprit... J'ai parfois l'impression de le voir dans un rayon au centre commercial ou de l'entendre même... Parfois je me pense fou, Tae, tu sais..."
Ses yeux me fixèrent intensément et je sentis à son regard qu'il ne me croyait pas fou. Je bus quelques gorgées de mon thé avant de le poser à ma droite.
"Qu'est-ce que la folie Kook..? Regarde-toi mon ange. Tu es merveilleux, crois-moi... Un homme sublime qui renferme de telles cicatrices... Il ne te quitte pas ou tu ne veux pas le quitter ? Est-ce vraiment mal de vouloir qu'il t'accompagne ainsi ?"
Mes larmes coulaient à présent sur mes joues me les brûlant au passage. Est-ce que j'avais le droit de ne pas vouloir qu'il me quitte ? De l'emporter comme ça avec moi ? Ne serait-il pas mieux ailleurs ? Mon regard fixa à nouveau le mur couleur taupe devant moi et j'eus l'impression que sa silhouette se dessinait.
"Tu sais ce que j'aime particulièrement chez lui...? Ses yeux profonds comme l'océan me rappelant nos virées en mer. Tout chez lui avait une connotation positive. Je me revois avec lui les cheveux au vent voguer sur les eaux troubles. C'est comme si c'était hier. Nos balades à vélo à travers champs, mon regard se levait toujours vers le ciel comme si je le remerciais à chaque fois de me permettre de vivre tout cela avec lui. C'est con non ?"
"Pourquoi ça le serait, dis moi ? Où est le mal à aimer vivre aux côtés d'une personne qui nous fait du bien et remercier l'univers pour ça ? Tu as déjà eu peur à ses côtés ?"
Mon visage se tourna immédiatement vers lui et mes sourcils se froncèrent.
"Au grand jamais ! Au contraire, j'étais plus fort avec lui. Comme si... rien ne pouvait m'atteindre... Sauf les réflexions piquantes de Mamie évidemment !"
Nos rires s'unirent sous mes derniers mots avant de boire quelques gorgées de ma boisson chaude réchauffant mes mains avant de la reposer.
"En même temps... Mamie reste Mamie mon ange... Tu ne la changeras pas ! Pourquoi as-tu toujours été plus proche de lui, tu le sais ?"
Ma jeunesse défila sous mes paupières en une série d'images et la réponse me sauta aux yeux.
"Déjà le fait qu'elle travaille, Papi a pris sa retraite anticipée juste avant ma naissance donc nous étions toujours ensemble et...heureusement qu'il était là d'ailleurs. Il m'a sauvé de tellement de choses, il a remplacé le rôle de ma mère tout de même... Ce n'est pas rien. Je garde précieusement les photos de lui et moi lorsque j'étais enfant, je me revois à quelques mois à peine dormant sur son ventre, je ne m'en souviens pas mais parfois j'ai l'impression de ressentir la sensation de sa respiration sous mon petit corps. En revanche j'ai d'excellents souvenirs de mes siestes à ses côtés quand j'étais en maternelle, il lisait son journal allongé tout près le temps que je m'endorme. À mon réveil, soit il dormait et je le regardais paisiblement, soit le lit était vide et je le retrouvais au jardin en train de s'occuper des arbres fruitiers."
Son corps se colla au mien et sa tête se posa sur mon épaule, ses doigts attrapèrent les miens sous la couette blanche .
"Tu l'aidais parfois au jardin ?"
"Non, en fait c'est pas que je ne voulais pas mais comme dit Mamie... Je ne sais rien faire de mes dix doigts alors...".
Son corps tressauta contre le mien, mon visage s'abaissa pour faire face au haut de son crâne ou quelques mèches bougèrent sous le mouvement, mon sourcil gauche se haussa de curiosité.
"Moi je sais ce que tu es capable de faire de tes dix doigts... Tu veux que je défende tes capacités auprès de Mamie ?"
Quelques images très explicites envahirent mon esprit et mes joues se colorèrent avant que mon rire n'éclate quelques secondes avant le sien. Mon épaule poussa sa tête dans une tentative d'attaque.
"Tais-toi Andouille ! Tu feras moins le malin quand je dirai à Mamie comment tu réagis sous le poids de mes capacités n'est-ce pas? Pas sûre qu'elle te verra du même œil après ça !"
Son visage se releva me faisant face et ses yeux rieurs me scannèrent le temps d'une seconde comprenant que j'étais très sérieux.
"Ok ok je capitule mon amour, sois gentil d'accord ? Et continue ton récit s'il te plait".
Mon sourire fendit mon visage et mes lèvres cherchèrent les siennes.
"Bref, avant ton interruption, je disais que j'ai jamais étais très doué pour ce genre de choses, je l'aidais mais même si je sais qu'il ne me le disait pas... Je lui faisais perdre plus de temps qu'autre chose ! Mais il ne m'a jamais rabaissé au contraire. Ça faisait forcément partie des choses que j'aimais chez lui ."
"Et qu'est-ce que tu veux dire quand tu parles de son amour pour la Nature ?"
"En fait... C'est comme s'il voyait les choses différemment du reste du monde. Un peu comme si tout ce qui nous entourait était merveilleux pour lui. J'ai passé des heures à l'écouter me parler des différents poissons qu'il pêchait avec passion.
Il a d'ailleurs toujours été d'une grande patience avec moi par rapport à cela.. Même si ça ne mordait presque jamais à mon hameçon, j'avais toujours droit à des encouragements. Je t'avoue que ça contrastait pas mal avec les remontrances que me faisait le reste de la famille."
Le corps de Tae se colla davantage au mien et je me retrouvai enveloppé par son bras droit, ma bouche se déposa sur son crâne et j'inspirai son odeur, m'apaisant immédiatement de toutes ces angoisses qui s'infiltraient lentement dans mon corps.
"Je serai toujours là Jungkook, tu sais ? Je suis désolé, sincèrement.. Qu'on ait pu autant te blesser et te faire perdre confiance en toi... Les parents et proches n'ont pas le droit de décharger leurs peines et blessures sur un enfant ni qui que ce soit d'autre en réalité. Mais nous sommes d'accord pour affirmer qu'entre la théorie et la pratique, il y a un monde."
Son visage se releva vers le mien et je me noyai dans son regard chocolat. Qu'est-ce que je ferais sans lui aujourd'hui ? Est-ce que mon monde serait aussi beau sans sa présence ?
"Ne sois pas désolé, tu fais partie des personnes bienveillantes que j'ai pu croiser dans ma courte existence et tu sais... Je ne serais pas aussi bien dans ma vie si tu n'en faisais pas partie. Je t'aime sincèrement Taehyung, pour la personne que tu es et celle que tu deviendras."
Ses lèvres se collèrent aux miennes dans une pression passionnée avant de se replacer contre moi, le bras autour de ma taille et la tête posée sur mon abdomen, se soulevant au rythme de ma respiration.
"Je crois en fait que j'aurais voulu voir le monde avec ses yeux, tu sais que... Je ne sais pas si je te l'ai dit auparavant mais il avait trouvé un hippocampe blessé un jour lors d'une plongée sous-marine et il a tenté de le sauver, sans succès...
Il l'a gardé, l'a séché et l'a installé en cabine. Lorsqu'il m'a appris à naviguer avec son dernier bateau, plus petit que les précédents car ce n'était pas un voilier cette fois-ci, j'avais les yeux devant ce petit être qui se balançait au rythme de notre vitesse et je ne cessais de me répéter ce que Papi m'avait dit une fois avant de me promettre de me l'offrir un jour.
"Le bonheur se nourrit de lui-même. En le donnant à quelqu'un, on se rend heureux soi-même."
Je me suis longtemps demandé ce qu'il voulait dire par là...
Est-ce que j'étais aussi capable de le partager ce bonheur un jour dans ma vie ? Parce que... Mon moteur, c'était lui. Si j'étais heureux, souriant et épanoui à ses côtés...
C'était juste grâce à lui.
J'ai toujours eu l'impression d'être moi-même. Aucun besoin de se camoufler pour contenter l'ego et la fierté mal placée d'autrui. Ma spécialité a toujours été de faire semblant d'être un autre sauf avec lui. Mes défauts, même déplaisants, ne l'ont jamais freiné. Contrairement à d'autres pour qui je devais sans cesse me déguiser psychologiquement. Enterrer ma vraie personnalité. "
Le bel homme à mes côtés se redressa lentement et attrapa sa tasse sous mon regard tendre, qu'il ramena à ses lèvres rosées afin de boire une gorgée ou deux avant de grimacer de son joli nez retroussé.
"Erk c'est froid... Mais.. Au fait... Tu m'as jamais montré cet hippocampe ! Où est-il ?!"
Son corps se tourna un peu plus vers moi dans l'attente d'une réponse avant de se poser sur le dos.
"Quand Papi est décédé, Mamie a réagit d'une manière particulière à mes yeux... Elle n'a versé aucune larme, s'est débarrassée d'un grand nombre d'affaires à lui avant même la cérémonie... Elle avait déjà mis en vente sa voiture et son bateau. Trois petits jours qu'il était parti et elle avait déjà bouleversé tout mon monde. Je t'avoue que ça m'a brisé sur le coup... J'avais l'impression qu'elle se débarrassait de lui.
J'ai pleuré comme une madeleine de mon côté. Avec le recul, je comprends plus ou moins sa façon d'agir. Ce n'est pas de lui dont elle se débarrassait mais de sa peine en fait... Plus de cinquante ans de mariage... Il fallait qu'elle extériorise. Elle est comme ça Mamie...
Après elle a vécu sans sa maman, élevée par son père étant la seconde de quatre filles. J'imagine qu'elle a dû prendre très jeune des responsabilités qui n'étaient pas les siennes. À présent, je me demande où elle trouve la force de tout porter à bout de bras. Malgré nos rapports parfois conflictuels, je l'admire pour cela. Mais je lui en veux également parce qu'en vendant le bateau... L'hippocampe ne m'a jamais été remis."
"Tu sais, Kook... La nature humaine a quelque chose de fascinant car nous sommes tous uniques mais pourtant si semblables quelque part. L'humain n'est pas que bon ou mauvais non plus. Il y a un certain équilibre. Les actes sont parfois douloureux et nous marquent également. Chacun a son propre passé et son chemin de vie et on est souvent le reflet de celui-ci.
Tout le monde ne s'en sort pas aussi bien qu'elle ou toi par exemple. Peut-être que tu n'as pas perdu ta mère très jeune mais... Dis-toi que tu as une mère absente, ignorante et distante, je ne sais pas ce qui est pire. Il n'y a évidemment aucune comparaison à faire mais chacun est marqué au fer rouge par des événements et le comportement d'autrui. C'est ce qui fait la richesse de l'Homme dans un sens."
Mon regard à présent ancré sur lui, les paupières fermées et le visage apaisé. J'admirai son calme et sa vision du monde à lui aussi. Mes lèvres s'étirèrent doucement.
"Hé bel Apollon.. Au lieu de déprimer, ma beauté inavouable, raconte-moi quelque chose de joyeux plutôt, que je puisse observer les belles étoiles au fond de tes yeux."
Ma main gauche tapa avec douceur son épaule et je réfléchis quelques secondes à ce que je pourrais bien lui raconter.
"Quand j'étais petit, enfin je devais avoir... Huit ou neuf ans je pense... Et bon dieu cela a duré pendant quelques années.. Lors de nos sorties en mer, Papi attachait la bouée de sauvetage à l'arrière du bateau à une distance raisonnable de l'hélice évidemment, le but n'étant pas de me transformer en steak tartare tout de même ! "
Nos rires s'unirent quelques instants afin d'honorer ma blague vaseuse.
"Idiot. "
Mon rire se déploya davantage sous ses yeux semi-ouverts pendant que mes yeux rejoignirent le mur d'en face tandis que mon corps s'allongea près du sien dans la même position, mes doigts ancrés sur mon ventre chaud.
"Bref, et je plongeais dans l'eau pour rejoindre la bouée et m'asseoir à l'intérieur et pendant de longues minutes, je ne saurais pas dire combien de temps tellement celui-ci filait à vive allure, je me faisais tracter à une vitesse hallucinante. L'eau m'éclaboussait le visage. J'éclatais de rire heureux comme un pape de me faire valdinguer dans tous les sens. C'est en y repensant que je me dis que... Le bonheur se trouve dans les choses simples. Je crois que tu as dis vrai... C'est moi qui ne veux pas le lâcher... Peut-être un jour, quand je serai prêt, alors...
Assez heureux pour Monsieur Kim ce souvenir?"
Mon regard se porta sur le corps allongé à mes côtés et mon sourire s'agrandit sous la vision de Taehyung dormant paisiblement, la respiration calme et le visage léger. Mes yeux le caressèrent tendrement avant de me blottir contre lui, la tête contre sa poitrine écoutant ses faibles battements de cœur et humant son doux parfum, mes doigts cramponnés vigoureusement à son t-shirt, me laissant aller à mon tour dans notre bulle d'amour et de bonheur.
"Et maintenant je me dis qu'il avait raison... Le bonheur se nourrit de lui-même. En le donnant à quelqu'un, on se rend heureux soi-même."
- FIN -
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