SabrinaCatrain

Alors que j'erre dans les rues sombres de l'hiver, le froid arrive encore à passer au travers de mes couches successives de vêtements que je trouve dans les poubelles. Mon estomac se serre, en manque de nourriture et je sens les extrémités de mes membres s'endolorirent dans mes chaussures bien trop grandes et mes moufles à moitié rongés par les mites.

Mes parents imbibés par l'alcool, ont fini par me mettre à la porte, suite à une énième dispute, il y a maintenant, à quelques jours près, une année entière. Le jour de Noël, alors que c'est une fête où tout le monde est censé resserrer ce lien unique de la famille. Tout cela autour d'une table garnie, non loin d'un sapin submergé d'une montagne de cadeaux.

Le froid de cette année ne m'épargne pas et pourtant, j'ai toujours, jusqu'alors, refusé de monter dans le SAMU social, pour me guider dans un foyer chauffé, seulement pour une nuit pour nous demander gentiment le lendemain matin de quitter les lieux, jusqu'à la nouvelle nuit glacière.

Je marche le long des trottoirs pour rester éveillée et lutter contre le froid. J'aurai bien le temps de me reposer lorsque les beaux jours reviendront où encore sur un banc dans le hall de la gare routière demain matin. Mais cette nuit le vent glacial est encore plus rude que les jours précédents, avec mon estomac vide criant famine, ma lutte est acharnée et je perds en force.

Le paysage se floute, mélangeant les couleurs de Noël en des milliers de points lumineux et je tombe de tout mon poids sur le bitume, sombrant dans un lourd sommeil que je ne contrôle plus.

******

Lui...

Heureusement, les magasins sont ouvert tard dans la nuit en ces jours de festivité et je viens de terminer mes derniers achats de Noël. Mes sacs que je maintiens d'une poignets de fer, je me dirige vers ma voiture à quelques centaines de mètres d'où je viens de sortir. Malgré le froid en ce début de soirée, je sifflote en marchant tranquillement, balançant mes bras chargés de paquets. Une vapeur d'eau s'échappe d'entre mes lèvres glacées, mais je m'efforce à sortir un son, chantonnant des mélodie de Noël et surtout je le fais parce que je suis seul avec moi-même.

J'arrive à sortir mes clefs de voiture et l'utilise pour en ouvrir ma voiture à quelques mètres de moi, jusqu'à se que je donne un coup de pied sur une masse se trouvant au sol. Mes yeux s'attardent sur un corps allongé au sol et j'en laisse tomber mes paquets pour m'agenouiller. Soulevant ce poids mort et sale, je constate que je tiens dans mes bras une jeune fille fébrile et complètement gelée. Ses gémissements plaintifs me rassurent sur le fait qu'elle soit encore de notre monde. Je la soulève et la porte jusque ma voiture où je la dépose sur la banquette arrière. J'allume le moteur et pousse le chauffage à fond, pendant que je récupère mes paquets sur le trottoirs pour les mettre dans mon coffre.

Pendant que je roule jusque chez moi, mes yeux papillonnent entre la route et ce corps toujours inconscient dans mon rétroviseur. J'entends le grognement de son estomac et me demande depuis combien de temps, elle n'a pas mangé pour hurler sa faim à ce point.

Stationnant devant ma maison, je la porte à nouveau pour la conduire à l'intérieur. Mon major d'homme semble surpris par mon arrivée lorsqu'il m'ouvre la porte pour me laisser entrer au pas de course.

- Remettez du bois dans la cheminée Charles, cette jeune fille est frigorifiée et il faut la réchauffer au plus vite.

Pendant que je la dépose sur le tapis face aux flammes et aux bois rougeoyant, je m'affaire à la déshabiller pour la dégager de ce froid qu'à dévorer ses affaires sales. Le bout de ses doigts sont violacés et je demande à Charles pendant qu'il rajoute les bûches dans la cheminée de préparer une soupe chaude et une couverture pour la demoiselle.

Ses orteils sont dans le même état que ses petites mains et je frictionne comme je peux les extrémités des ses membres congelés par le froid de l'hiver. Je frotte mes mains l'une contre l'autre pour accélérer la chaleur à s'y déposer et je continue à la réchauffer de mes paumes sur sa peau froide, collant son dos contre mon torse pour qu'elle profite de ma chaleur que je dégage et qu'elle revienne à elle.

Ses cheveux d'un noir ébène contraste avec la pâleur de son visage d'ange. Sa peau de porcelaine et nacrée est douce comme de la soie malgré les conditions dans lesquelles elle semble vivre et mon cœur n'a pas cessé de battre à vive allure pour cette fille perdue, cette ange tombée du ciel et qui a été mis sur ma route aujourd'hui.

- Mer..ci...entendis-je fébrilement, alors que je continue à manœuvrer sur le glacier de son épiderme.

- Réchauffez-vous, vous me remercierez plus tard, lui répondis-je en collant ma bouche contre ses cheveux qui sentent le foin. L'odeur de mon enfance, lorsque j'allais au ranch de mon grand-père pendant les vacances scolaires.

*******

Elle...

Je n'ai pas la force de lutter contre cet homme qui me maintient contre lui dans cette douce éteinte pour me réchauffer. Même ma pudeur m'a quitté depuis que je suis tombée sur ce trottoir. Ai-je encore au moins cette dignité depuis que je suis dans la rue, je n'en suis plus sûre à présent.

Je sens les pulsations de son cœur cogner contre mon dos et cette ferveur qu'il maintient en tentant inlassablement d'amener de la chaleur dans mon corps, alors que mon cœur est glacé depuis l'hiver dernier.

Il nous entoure tout les deux dans une couverture chaude, refusant de me lâcher pour quelque raison que ce soit et contre toute attente j'en suis contente, parce que dans cette position, je ne peux voir qui est cet homme au pouvoir si ensorceleur.

Cette voix rauque lorsqu'il me tend une soupe et m'ordonne de la boire sans contester aucunement sa parole. L'odeur des légumes m'amène la salive nécessaire pour tremper mes lèvres à même le bol et déposant la cuillère au sol. La chaleur se diffuse d'abord dans ma gorge et je la sens parcourir le chemin jusque mon estomac. La fatigue reprend le dessus lorsque je termine cette délicieuse soupe et lorsque je sens qu'il est sur le point de se lever, je le retiens et lui demande de rester encore un peu.

Je sais que je ne devrais pas, je n'en ai pas le droit, mais pour la première fois je me l'octroie. J'ai encore besoin de sentir cette chaleur humaine qui m'a tant manqué depuis ma plus tendre enfance et il me l'offre en revenant m'entourer des ses bras forts autour de mon corps frêle. Et je m'endors paisiblement, comme une amoureuse dans les bras de son amoureux, même si ce n'est pas le cas, je me laisse le droit encore une fois à rêver.

*******

Lui...

Je suis heureux de voir qu'elle n'a pas eu peur de moi, de la position dans laquelle nous étions. Elle aurait pu s'enfuir et j'aurai compris sa frayeur, mais il n'en ai rien. Sa peau a repris une teinte de rose, comme les pommettes de ses joues. Je ne connais pas encore la couleur de ses yeux, mais j'ai encore le temps pour les découvrir.

Charles est sans cesse surpris de ce que je peux faire pour cette belle inconnue et je le comprends. Moi qui est d'un abord glacial, autoritaire et ce qui a valu mon céliba encore aujourd'hui. Aucune femme n'a réussi à me dompter jusqu'à aujourd'hui.

Comme ses cadeaux de Noël dans mon coffre achetés à l'aveugle avec cette liste en main pour n'oublier personne, remis par mon major d'homme comme chaque année.

Ma famille m'a toujours considéré comme un égoïste, sans cœur, sans foie ni loi. Mais j'ai toujours dirigé mon empire d'une main de maître avec l'aide de personne, seulement à la sueur de mon front.

À vingt sept ans, je suis devenu le business man de référence... L'exemple pour quelques uns, mais aussi le mépris pour d'autres... Mais tout ça me passe au dessus de la tête. Je gère et dirige comme j'en ai envie, sans aucun compte à rendre sauf à moi-même.

Pour la première fois, cette jeune fille à réussi à attirer mon attention. Sa fragilité me touche jusqu'à mon organe vital qui n'a de cesse de battre depuis ce soir. Comment j'ai pu oublier qu'il pouvait encore exister et cette demoiselle l'a fait renaître de ses cendres pour l'empêcher de mourir de froid, pulsant cette chaleur brûlante contre sa peau frigorifiée.

******

Elle...

Mes paupières s'ouvrent et la lumière du soleil filtre dans une pièce d'où je me trouve. Allongée dans un grand lit, les draps sentent le frais et la lavande. Une chaleur apaisante se dégage d'un feu de cheminée et une décoration purifiée égaille légèrement les murs blancs de la chambre.

En me levant, je découvre une chemise propre et un petit mot accroché au col.

" Une salle de bain et à votre disposition derrière la porte à votre droite. Vous y trouverez ce dont vous avez besoin. À défaut d'une tenue féminine que je ne possède pas, je vous ai laissé une chemise. Portez-la et rejoignez-moi au rez de chaussée pour un petit déjeuner en ma compagnie"

Je souris comme une idiote et me dirige dans la salle de bain. Elle est immense et malgré l'abus de la générosité de cet homme, j'en profite encore un peu et me glisse dans un bain chaud. Mes muscles se détendent et la sensation de bien être s'infiltre sous chaque pore de ma peau. J'avais presque oublié comme un bain chaud pouvait autant apaiser un corps endolori. Les bains publiques malheureusement, nous offrent très souvent une eau glaciale, mais malgré mon apparence, je ne voulais pas perdre le peu de ma raison humaine en pratiquant une toilette quotidienne.

J'enfile la chemise trois fois trop grande pour moi et descends timidement les marches, me laissant diriger vers une odeur de chocolat chaud qui titille mes papilles.

Ses muscles saillants dansent sous son maillot, ses cheveux bruns tombent sur sa nuque et en le regardant je sens à nouveau sa chaleur dans mon dos.

*******

Lui...

- Bonjour, entendis-je derrière moi, alors que je termine de verser un lait chaud sur une poudre de chocolat.

En me retournant pour lui répondre, mon palpitant perfore ma cage, prêt à exploser en voyant ses yeux bleus marines et son sourire timide sur ses lèvres maintenant remplacés par un rose plutôt que violacées comme hier soir. Avec la sensualité qu'elle dégage avec ma chemise sur son corps de jeune femme, je déglutis difficilement et tente de me contenir en restant respectueux. Aucunement, je ne voudrais qu'elle ait peur de moi.

- Bonjour, répondis-je en l'invitant à s'asseoir et déposant cette tasse chaude et des viennoiseries pour petit déjeuner.

- Comment vous remercier pour tout ce que vous avez fait ? Demande-t-elle.

- Seul votre présence me satisfait mademoiselle, lui avoué-je bien trop vite à mon goût.

- Émilie... Je m'appelle...Émilie, m'annonce-t-elle timidement.

Je m'assieds à ses côtés et me présente à mon tour.

- Enchanté Émilie... Moi c'est Alexandre... Buvez le temps que c'est chaud...

Nos regards s'ancrent et ne semblent ne plus pouvoir se lâcher, comme de peur de s'enfoncer dans la profondeur de la solitude que l'on a plus envie l'un et l'autre de retrouver.

Instinctivement, nous nous levons ensemble et la belle Émilie rejoint mes bras, collant son oreille contre mon cœur hurlant un amour naissant pour celle qui l'a réveillé dans une chaleureuse étreinte pour la sauver et de ce fait, elle aussi...m'a sauvé...

*****

Elle...

Ses yeux verts me sondent, entre la peur et le désir, mais j'ai besoin de sentir encore sa chaleur contre moi, alors je me glisse à nouveau entre ses bras. Nos cœurs battent à l'unisson et je me sens bien à nouveau dans les bras de mon sauveur...

SabrinaCatrain

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