🔹 Chapitre 17

« Je suis avec Noah depuis à peine cinq minutes que je commence déjà à douter de lui, je dois me ressaisir et lui faire confiance. » pensé-je en me levant ce matin. Encore deux jours à tenir dans mon enfer personnel et je serai enfin en week-end.

Je me prépare rapidement et pars sans même avaler quelque chose. Devoir aller dans cet endroit maudit me coupe tout appétit. J'essaie tant bien que mal de me concentrer sur les choses positives qui m'entourent mais il y en a si peu. Je pense à Noah et cette désagréable sensation revient.

J'ai l'impression que tout ça n'est qu'un piège et que la chute sera douloureuse. Je ne sais pas si je pourrai le supporter alors je me dis qu'il ne ferait pas ça et tente de mettre mon masque tout en écoutant Clown de Soprano. Cette chanson me décrit parfaitement à cet instant précis de ma vie.

Il y a de ces chansons qu'on pense être écrites pour nous. Dès les premiers mots je me reconnais ...

Je sais bien que vous n'en avez rien à faire
De mes problèmes quotidiens, de mes poubelles
, de mes colères

En effet, est-ce qu'il y a au moins une personne sur cette planète que mon sort intéresse ? Noah ? J'en doute, après tout qui me dit qu'il sera là envers et contre tout ? La musique continue et je fredonne les paroles :

J'me cache derrière ce sourire angélique depuis longtemps
Je ne sais plus m'en défaire, mais qui suis-je vraiment ?
J'ai perdu mon chemin, avez-vous vu ma détresse ?
J'ai l'impression d'être un chien qui essaie de ronger sa laisse

Au mot « chien » je souris, car sur tous les textos anonymes que j'ai reçus, beaucoup me traitaient de ce nom... Savent-ils seulement ce que ça signifie ? Je ne suis même pas sûre de le savoir moi-même.

Suis-je seul à porter ce masque ?
Suis-je seul à faire semblant ?
Ce costume qu'on enfile tous les jours
Dis-moi est-il fait sur mesure ?
Ou nous va-t-il trop grand ?

Finalement on est peut-être beaucoup dans ce cas... Les bourreaux font probablement semblant d'être sans cœur pour paraître plus fort, les bimbos font attention pour cacher des complexes. Je ne sais pas mais je n'ai pas envie de penser que les gens sont complètement mauvais.

En arrivant au lycée, je remarque que Cindy n'est pas là, ses groupies semblent perdues sans elle, ce qui me permets de souffler un peu, ma tortionnaire n'étant pas là. Finalement la journée s'est assez bien passée, en rentrant je suis de bonne humeur et propose à ma mère de l'aider en cuisine.

Elle semble surprise, cela fait bien longtemps que nous n'avons pas passé de moments ensemble mais ne dit rien et profite de cet instant.

- Ç'a été ta journée me demande-t-elle alors que nous préparons du poulet aux épices.

- Oui assez bien, réponds-je avec un sourire sincère aux lèvres.

- D'accord. fait-elle simplement.

Nous finissons dans le silence. Il n'est pas pesant pour une fois loin de là, je dirais apaisant.

Le vendredi se passe sans encombres, Cindy étant toujours absente. « Si seulement elle pouvait ne pas revenir ! » pensé-je en rentrant. C'est méchant, et je ne souhaite pas qu'il lui arrive du mal mais qu'elle parte dans un autre lycée par exemple.

Comme ça tout le monde serait content, je pourrais avoir une vie normale et elle, elle pourrait torturer une autre fille que moi. En pensant cela j'ai l'impression d'être un monstre. Comment puis-je souhaiter qu'une autre fille vive ce que je vis ?

Je me vide la tête et commence à penser à la soirée qui m'attend. Je me rends compte que je ne sais même pas où elle a lieu, heureusement que ma mère ne m'a pas demandé. Je n'aime pas lui mentir même si c'est devenu une habitude entre nous. J'aimerais changer ça alors je fais tout pour.

- Salut Mam'. lancé-je en rentrant et filant directement dans ma chambre.

- Bonjour ma puce. Tu veux man...

Je n'entends pas la suite car je suis déjà devant mon armoire à me demander ce que je vais mettre ce soir. Je savais bien ce qu'elle allait me demander, à savoir si je voulais manger mais je n'en ai aucune envie. Je fais déjà l'effort de manger le soir à table avec eux, et puis j'ai passé l'âge des goûters non ?

Je sors presque tout le contenu de ma garde-robe et ne trouve pas ce que je pourrais mettre, je décide donc d'appeler ma meilleure amie pour avoir son avis.

Une sonnerie, deux, trois ...

- Allô ? demande-t-elle de sa voix surexcitée

J'envie sa joie de vivre, dire qu'avant j'étais comme elle. Ce temps me paraît si loin.

- Sarah ?

- Ouais.

- Ça va ?

Je demande ça, mais au fond de moi je sens une partie de mon cœur se briser. Elle me semble lointaine, presque inaccessible.

-Tranquille et toi ?

- Ça va. Je te dérange ?

- Non non t'inquiète. Je suis en train de me préparer, j'ai une soirée chez 'Toine.

- Il va bien ?

Je repense avec nostalgie à Antoine, un de mes amis de Belleau. Je me demande comment je tiens le coup sans eux.

- Ouaiiiiissss, fait-elle d'une voix bien trop suraigüe pour elle

- Euh... Tu m'expliques ?

Je suis perplexe, c'est la première fois qu'elle est comme ça pour Antoine ou un autre de nos potes. Les seules fois où elle est aussi folle c'est quand elle est avec...

- On est en couple !

... un mec. Elle est sérieuse ? J'ai toujours pensé qu'il était gai.

- Sérieux ? est le seul mot qui parvient à sortir de ma bouche.

- Oui. T'y crois toi ? Moi avec Antoine

Elle explose de rire et je la suis. Ça me fait un bien fou de pouvoir rire et laisser tomber les faux-semblants ne serait-ce que pour cinq minutes.

- Bon sinon tu m'appelais pour un truc en particulier ? demande-t-elle reprenant son sérieux

- Ouais je dois aller à une soirée avec mon copain et je sais pas quoi mettre.

- T'as un mec ? questionne-t-elle étonnée.

- Ouais on va dire ça comme ça, ça fait deux jours.

Je la vois presque sourire à travers son téléphone.

- T'as toujours la robe qu'on a achetée l'été dernier ? reprend-t-elle

- La même que toi ?

- Ouais.

- Oui pourquoi ? demandé-je

Une robe longue bleu nuit, il y a un bustier avec une partie allant jusqu'à mi-cuisse recouvert d'un voilage qui va jusqu'au pied. Lorsqu'on avait vu cette robe on était tombée en adoration devant. Sarah l'avait prise en rouge et moi en bleu nuit.

- Mets celle-là, moi je mets la mienne. Comme ça même loin on sera ensemble.

Je souris à cette pensée, j'aimerais tellement qu'elle soit là.

- Ça roule, réponds-je

- Bon ma chérie je te laisse je vais devoir y aller.

- Ok ça marche à plus tard. Bisous

- Bisous

Je raccroche et file à la douche pour me préparer.

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