- Ma patate ? dit la voix de Sarah, ma meilleure amie au téléphone.
- Oui, ma grosse ! Comment s’est passée la rentrée ? demandé-je curieuse et souhaitant ne pas avoir à raconter la mienne.
- Super ! Alex et Antoine savaient pas que t'avais déménagé, du coup ils étaient dégoûtés que tu sois pas là.
- C'est comme ça. Mes parents ont cru que le changement d'environnement ferait de moi une meilleure élève. réponds-je en riant, même si le cœur n'y est pas.
Mes parents voulaient une maison, et la maison de leur rêve ne se trouvait pas dans notre région. On a déménagé à plus de quatre cent kilomètres, dans un village perdu au milieu de nulle part. Eux, sont heureux, moi, pas du tout. J'avais toute ma vie là-bas, ici je n'ai rien. Et pour couronner le tout, ils ont décidé de m'inscrire dans un lycée privé où il n'y a que des fils et des filles à papa.
Je croyais cette époque révolue ! Dans mon ancien bahut, ce n'était sûrement pas les petits intellos les plus populaires. La preuve : j'étais celle qui connaissait tout le monde, que tous aimait et pourtant je suis pas faite pour les cours. Je voulais faire un CAP coiffure, mais mes parents ont refusé que je fasse un apprentissage. Pour eux, ça me fermerait des portes, et ils ne voulaient pas ça pour moi.
Au final, j'entre en terminal, je fais un baccalauréat économie et social. Le BAC des feignants comme diraient certains, mais je m'en fiche. Peu importe le diplôme que j'obtiendrai, ou non, il ne me servira à rien. Aujourd'hui il faut dix années d'études supérieures pour espérer avoir un bon travail.
Sarah me tire de mes pensées en prononçant mon prénom avec une voix super aiguë, elle abuse à faire ça. Mais ça a toujours le don de me faire rire. Car je sais qu'elle le fait pour imiter ma mère en colère. Lorsqu'elle s'énerve, elle pourrait casser un verre tellement sa voix est stridente.
- Oui, oui je suis là. réponds-je distraite
- Et toi ta journée ?
- Tranquille... dis-je après quelques secondes d'hésitation.
- T'es sûre ? Ça a pas l'air ma chérie.
- Si, t'inquiète pas. C'est juste que je connais personne et ça a rien à voir avec Belleau.
-Je me doute bien ma puce, mais tu vas vite t'y faire. Tout le monde t'aime. finit t-elle en riant.
- Oui peut-être. admets-je pour lui faire plaisir.
Vu comment s'est passée ma journée, je sais déjà que les choses ne vont pas s'améliorer. Ce lycée est juste horrible, ils sont là à jouer les enfants parfaits devant profs et parents et derrière ils sont pire que Wolfgang Priklopil *. En pensant à ça je souris, on utilisait cette expression là où j'habitais avant, après avoir étudié son livre. Il nous paraissait inconcevable, qu'il ait pu être entendu par la police et que personne n'ai rien vu.
Ce matin quand je suis arrivée devant mon nouvel établissement, j'ai tout de suite compris que tout serait différent, pour cette dernière année. Ils me regardaient tous comme si j'étais une extra-terrestre. Je n'ai vu qu'après que j'étais la seule à avoir une jupe, enfin aussi courte. Ces filles me jugeaient ! Pourtant j'ai pris une heure pour choisir ma tenue, j'ai opté après de longues minutes d'hésitation pour un tee-shirt à col rond et une jupe crayon. Le tout me donnant un air sexy, mais classe aussi. Oui, peut-être dans mon ancien bahut, ici, pour eux, je ressemblais à une pute. Et ça je ne l'invente pas, j'ai entendu une de ces mijaurées le dire.
Une fois en classe, c'était la bataille pour être au premier rang. C'est bien la première fois que je voyais ça ! Nous on essayait plutôt d'être au fond pour pouvoir envoyer des textos tranquillement à nos potes. Bon, fallait pas y compter, étant donné qu'on nous a fait mettre nos portables dans une corbeille sur le bureau du prof. Sérieusement, on a plus cinq ans si ?
Et après ça, la journée ne s'est pas arrangée. Dès le premier jour, on a eu le droit à des interros quasiment dans tous les cours, pour "savoir ce dont on se souvenait", et une tonne de devoir pour ne pas prendre de retard. Je regrette plus encore mon ancien lycée où nos profs nous écoutaient et prenaient en compte ce qu'on leur disait. Je sens que cette année va être un véritable enfer pour moi.
Et je ne compte pas admettre à qui que ce soit ce qui m'est arrivé aujourd'hui. C'est vrai, comment expliquer que vous étés la risée des autres, parce que votre apparence vous importe ? Pour le moment je vais me taire et essayer de faire la gentille. Au final, il me suffit de m'habiller comme une prude et de devenir une tête d'ampoule, comme on dirait dans Malcolm.
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* : Wolfgang Priklopil est l'homme qui a retenue Natascha Kampusch durant huit ans (3096 jours - Titre de son livre)
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