[chapitre 6 ]
Cela faisait trois semaines.
Trois semaines depuis qu’ils avaient emménagé ensemble dans leur appartement du Chemin de Traverse. Trois semaines qu’ils avaient ri en déballant des cartons, qu’ils avaient mangé des plats à moitié brûlés, qu’ils avaient partagé des matins paresseux sous la couette, à demi-endormis dans la chaleur de l’autre.
Et puis… quelque chose avait changé.
C’était insidieux, presque imperceptible. Harry souriait encore, mais ses yeux semblaient ailleurs. Il se réveillait en pleine nuit, parfois. Il s’absentait, disait qu’il devait "régler un truc", et revenait avec des cernes sous les yeux et un air de chien battu. Il évitait les questions. Et surtout… il évitait Drago.
Au début, Drago s’était dit que c’était le stress. Le boulot. Ou peut-être une rechute, quelque chose lié à la guerre, à ces cicatrices invisibles que Harry portait comme une seconde peau. Alors il n’avait rien dit. Il s’était contenté d’attendre, d’aimer en silence, de rester là, présent.
Mais ce soir-là, en rentrant plus tôt du travail, Drago trouva Harry affalé sur le canapé, une enveloppe blanche froissée entre les mains. Le logo de Sainte-Mangouste. Et ce regard vide.
— Harry ? Ça va ?
Harry sursauta légèrement. Trop.
Il rangea précipitamment l’enveloppe dans la poche de sa veste, se leva, déposa un baiser sur sa tempe.
— Ouais. Juste crevé. J’vais prendre une douche, d’accord ?
Il ne lui laissa pas le temps de répondre. La porte claqua derrière lui.
Drago resta figé au milieu du salon. Son cœur cognait fort dans sa poitrine. Il n’avait jamais été du genre paranoïaque — enfin, pas plus que nécessaire. Mais là, tout sonnait faux.
Il s’approcha lentement du canapé, là où l’enveloppe était tombée un instant. Juste un coin froissé dépassait. Il ne voulait pas y toucher. Il n’avait pas le droit.
Mais il avait peur.
Et la peur rend curieux. La peur rend fou.
Alors il prit l’enveloppe, les doigts tremblants. Il n’y avait rien dessus. Juste le cachet rouge de l’hôpital et un nom griffonné en bas, qu’il n’eut pas le temps de lire avant d’entendre la porte de la salle de bain se rouvrir.
Il remit le papier en place, aussi vite que possible, le cœur au bord des lèvres.
Harry ressortit, les cheveux mouillés, le visage lavé de toute émotion.
— J’vais me coucher, murmura-t-il. Tu viens ?
Drago hocha la tête. Mais cette nuit-là, il ne trouva pas le sommeil.
Il restait allongé, les yeux fixés au plafond, à se demander…
Et s’il était malade ?
Et si Harry allait mourir… et qu’il ne voulait pas le lui dire ?
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