[ chapitre 35 ]
Tu vas rester assis là à faire semblant de dormir encore longtemps ? lança Hermione, les bras croisés, mais un sourire au coin des lèvres.
Drago, avachi dans le canapé, entrouvrit un œil.
— Je ne fais pas semblant. J’essaie de ne pas penser, nuance.
— Ce qui revient au même, soupira-t-elle doucement.
Un silence, puis Drago esquissa un demi-sourire.
— Tu devrais essayer, Granger. Ça fatigue moins que ton éternelle manie de tout contrôler.
Hermione leva les yeux au ciel, mais son sourire se fit un peu plus franc. Le calme était fragile, mais réel. Pour un instant, ils avaient trouvé un terrain neutre.
Sauf que ce moment se brisa brusquement : Hermione se figea, pâlit, et se leva d’un bond, une main sur sa bouche. Elle disparut dans la cuisine, laissant derrière elle sa chaise encore vacillante.
Drago mit quelques secondes à réagir, puis se leva à son tour. Il la retrouva appuyée contre l’évier, les yeux fermés, respirant fort.
— Granger ?
Elle leva une main sans le regarder.
— Ça va… c’est rien…
— Tu mens mal, dit Drago en s’approchant. Depuis combien de temps tu as ça ?
Hermione serra les lèvres.
— Quelques jours. Mais ça va, je gère.
— Non, tu ne gères pas, insista-t-il, les bras croisés. Et je ne suis pas idiot.
Elle baissa les yeux, évitant son regard. Il la fixa un instant, puis lâcha, plus doucement :
— Tu es enceinte, pas vrai ?
Le silence fut immédiat. Hermione se mordit la lèvre, les yeux embués, et finit par hocher la tête.
— Oui.
Drago inspira brusquement, mais au lieu de la juger ou de lancer une pique, il s’assit lentement sur une chaise.
— Pourquoi tu n’as rien dit à Weasley ?
Hermione s’assit à son tour, presque effondrée sur la chaise en face de lui.
— Parce que… parce que tout ça, Harry, le bébé… (sa voix trembla) c’était déjà trop. J’avais peur que Ron associe… qu’il pense… qu’on ne parle plus que de ça, des bébés, des mensonges, de la douleur. J’ai eu peur que ce soit pas le bon moment. Pas maintenant.
Drago la regarda, surpris par l’aveu brut. Il resta silencieux quelques secondes, avant de soupirer.
— Et moi, dit-il d’une voix basse, c’est à cause de moi que tu t’es tue. Parce que tu pensais que ça ferait trop, que ça raviverait…
— Non, protesta-t-elle aussitôt. Pas à cause de toi. À cause de la situation. Mais… oui, j’ai eu peur que ça te blesse davantage aussi. Tu portes déjà tellement.
Il détourna les yeux, les doigts crispés sur le bois de la table.
— Tu n’aurais jamais dû porter ça toute seule. Pas à cause de moi.
Hermione tendit la main et posa la sienne sur la sienne.
— Et toi, tu n’aurais pas dû porter ta douleur seul non plus. Mais tu le fais. Alors ne sois pas surpris que j’aie fait la même chose.
Il releva les yeux vers elle, et il y eut un moment suspendu. Pas de rancune, pas de reproches : seulement deux êtres épuisés, qui se reconnaissaient enfin dans leur fragilité.
Hermione laissa échapper un petit sanglot, le premier depuis des jours. Elle se laissa aller, la tête entre ses mains. Drago hésita, puis se leva et vint s’agenouiller près d’elle. Sa main se posa maladroitement sur son bras, un geste raide, mais tendre malgré tout.
— Tu as le droit d’être fatiguée, murmura-t-il. Tu as le droit d’avoir peur.
Elle leva les yeux vers lui, tremblante.
— Et si Ron… si Ron me rejetait ?
— Il ne le fera pas, dit Drago avec une conviction étonnante. Il t’aime trop pour ça. Et s’il a un seul neurone, il sera fier.
Il esquissa un sourire maladroit, ajoutant d’une voix plus basse :
— Tu as survécu à la guerre, Granger. Tu survivras à un Weasley et à un bébé.
Hermione laissa échapper un rire tremblant, ses larmes se mélangeant à ce sourire fragile. Elle se pencha légèrement, et, sans réfléchir, posa son front contre son épaule.
Drago resta figé une seconde, puis laissa sa main glisser doucement dans son dos, comme un appui discret.
Et dans le silence, pour la première fois depuis des jours, Hermione s’autorisa à relâcher la fatigue, à laisser tomber l’armure.
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