[chapitre 32]

Harry resta appuyé contre Ron, les mains toujours tremblantes, mais il sentit peu à peu son souffle se régulariser. Chaque inspiration était encore difficile, mais il n’était plus seul. La présence de Ron était une ancre, un rappel que quelqu’un pouvait encore le soutenir malgré la culpabilité et la peur.

— Parle-moi, dit doucement Ron, pas comme si c’était un ordre, mais comme s’il lui tendait une main à travers l’abîme. Tu n’as pas besoin de cacher quoi que ce soit. Je suis là.

Harry secoua la tête, les larmes roulant encore, mais il hocha légèrement, incapable de dire un mot. Ron ne força rien. Il resta simplement là, silencieux, les mains posées sur les épaules d’Harry, sentant chaque tremblement, chaque frisson.

— Commence par un mot, murmura Ron, un souffle calme mais ferme. Un mot… n’importe lequel.

Harry inspira profondément, la voix tremblante, et un mot s’échappa :
— Rose…

Ron hocha doucement.
— Ok… continue. Dis-moi ce que tu vois, ce que tu ressens. Rien d’autre. Juste toi.

Harry serra ses bras contre sa poitrine, essayant de canaliser le chaos dans sa tête.
— Tout est flou… tout se mélange… il y a des images, des sons… des odeurs… Et cette couleur. Toujours ce rose. Et ce parfum… sucré, lourd… collant. Je… je peux pas l’enlever de ma tête.

Ron fronça légèrement les sourcils, son regard se faisant plus intense, mais il ne dit rien. Son instinct lui criait que ce parfum et cette couleur… ça lui rappelait quelque chose de très dangereux, mais il se retint. Harry avait besoin de lui, pas d’explications brutales pour le traumatiser encore plus.

— Et ce rire, murmura Harry, presque inaudible. Trop aigu. Trop… faux. Il tourne dans ma tête et… je peux pas… Je… je veux… je veux juste que ça s’arrête.

Ron posa une main ferme sur son épaule, essayant de l’ancrer dans le présent.
— Harry… ça va aller. Respire. On va traverser ça. Pas d’un coup, mais un pas à la fois.

Harry secoua la tête, les larmes coulant maintenant librement.
— Je me sens… je me sens incapable. Tout ce que je touche… je le brise. Je voulais être… quelqu’un de mieux pour lui… pour nous… mais je… je sais pas ce que j’ai fait… je… j’ai l’impression de tout avoir raté.

Ron inspira profondément, serrant légèrement l’épaule d’Harry. Son esprit tournait à toute vitesse. Il connaissait la vérité, il savait que Harry avait un enfant… et maintenant, entendre ces détails – la couleur, le parfum, le rire – il comprenait instinctivement que quelque chose de manipulé s’était produit. Et son cœur se serra à l’idée que… sa sœur… mais il ne pouvait pas laisser Harry le savoir. Pas maintenant.

— Harry… dit-il doucement, calmement, mais avec fermeté. Écoute-moi. Ce que tu ressens… ce n’est pas toi. Tu traverses une tempête. Et je suis là. Tu peux pas tout contrôler. Et tu n’as pas à le faire.

Harry baissa les yeux, la gorge nouée.
— Mais… ça fait mal, Ron. Tout tourne… et je peux pas respirer… chaque souvenir me brûle… Et je l’ai perdu… je l’ai vraiment perdu…

Ron rapprocha Harry de lui, l’installant contre son torse, lui serrant les épaules.
— Non, tu l’as pas perdu. Tu traverses quelque chose de terrible. Mais t’es pas seul. Et je vais rester là. On va s’en sortir.

Harry laissa échapper un souffle, se raccrochant à cette présence solide.
— Merci… murmura-t-il. Je voulais pas… je voulais pas que ça devienne comme ça…

— Chut… dit Ron, posant un doigt sur ses lèvres, le regard ferme mais tendre. Je sais. Tu n’as rien fait volontairement. Et tu vas t’en sortir. Avec moi.

Harry inspira profondément, sentant son souffle se stabiliser un peu.
— Je veux… je veux essayer, murmura-t-il enfin, la voix fragile mais déterminée. Pas tout effacer… juste avancer.

Ron hocha la tête, serrant un peu plus Harry contre lui.
— Alors on avance. Ensemble. Chaque pas, Harry. Chaque pas.

Harry ferma les yeux, laissant sa tête tomber sur l’épaule de Ron. Les larmes n’étaient plus seulement de la peur ou de la douleur, elles étaient un peu de soulagement. Pour la première fois depuis des jours, il sentait qu’il pouvait respirer. Qu’il pouvait exister. Et qu’il n’était pas seul dans ce chaos.

Et dans ce petit appartement silencieux, sous la pluie qui tombait dehors, un lien fragile mais réel se renforçait, prêt à soutenir Harry jusqu’à ce qu’il puisse retrouver une part de lui-même et, plus tard, réparer ce qui avait été brisé avec Drago.

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