[chapitre 18 ]
Le matin s'était levé dans un silence étrange, pesant. Drago se tenait devant la porte de la chambre 417 à Sainte-Mangouste, une main crispée sur le pan de son manteau, la seconde sur la poignée. Il n’avait pas l’intention de poser des questions, pas tout de suite. Pas avant d’avoir vu de ses propres yeux. Mais une partie de lui, plus intime, avait déjà sa réponse.
Ce n’était pas Harry qui l’avait conduit ici. Ce n'était pas la logique. C'était la peur. La peur de l’inconnu, de ce qui n’avait pas été dit. Il n’avait pas vu Harry depuis qu’il s’était levé tôt ce matin-là, après que celui-ci soit parti en silence, sans un mot, comme un fantôme. Rien dans ses yeux ne lui avait laissé entendre qu’il reviendrait tout de suite. Mais Drago savait que quelque chose devait se passer. Le secret pesait trop lourd.
Il ouvrit doucement la porte, sans faire de bruit, et entra.
La pièce était étrangement calme. La lumière du matin perçait par les fenêtres, filtrée par des rideaux légèrement tirés, projetant une lueur douce sur le mobilier stérile. Le décor d’un hôpital. Rien qui ne puisse trahir ce qui se trouvait ici.
Et pourtant, l’air lui sembla soudainement lourd.
Drago s'avança lentement, son regard se posant sur le berceau au centre de la pièce. Tout semblait figé dans un instant suspendu. Et là, dans le berceau, il le vit.
Un bébé. Tout petit, fragile. Il respirait doucement, paisiblement, sa peau pâle contrastant avec les couvertures d’un bleu clair. Les cheveux noirs, déjà éparse, se soulevant à chaque souffle. Une main posée contre sa joue, il semblait serein, loin des tumultes du monde.
Drago sentit son cœur s’arrêter.
C'était là, la vérité. Pas un enfant de passage. Pas une erreur. Ce bébé... il appartenait à Harry.
Ses yeux se levèrent lentement, cherchant dans la pièce des signes de ce qu'il avait toujours craint. Et là, sur une table, une lettre, déjà ouverte. Les mots "Ginny Weasley", "accouchement", "décès"... tout se bousculait dans son esprit.
Harry avait tout caché. Et il n'y avait plus de place pour les excuses. Pas cette fois.
Il se sentit vaciller. Il n'avait jamais voulu ça. Il n’avait jamais voulu que la vérité éclate de cette manière. Mais c’était trop tard.
Il recula lentement, une douleur étrange et inconnue se nouant dans sa poitrine. Ce n’était pas de la colère. Pas encore. C’était autre chose, un mélange d’incompréhension, de trahison et d’une peur silencieuse qui le saisissait dans ses entrailles.
Un bébé. Son bébé.
Drago n’avait même pas entendu le bruit de la porte qui s’était ouverte derrière lui, ni la silhouette qui s’était glissée dans la pièce. Mais la voix d’Harry, faible et rauque, le tira de ses pensées.
— Drago…
Drago se tourna lentement. Harry était là, les yeux rouges, les traits tirés, mais il ne détournait pas le regard. Il était venu jusqu’ici. Il savait ce que Drago avait vu. Il n’y avait pas de place pour le déni, pas ce soir-là. La vérité était là, immobile, inéluctable.
Et tout ce qu'Harry réussit à dire, presque dans un murmure, c’était :
— Je suis désolé.
Mais Drago ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Parce qu'il savait maintenant qu'il n'y avait plus de secrets entre eux, seulement un abîme.
Et il s’éloigna, sans un mot, sans un regard en arrière. Parce que parfois, il n'y avait rien d'autre à dire.
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