Chapitre 17
Leïmy sortit une nouvelle chandelle qu'elle alluma pour y voir plus clair. Elle examina rapidement les peintures rupestres mais, non seulement elle ne connaissait pas la mythologie dont elles étaient issues mais l'état pitoyable ne l'aidait pas à identifier les personnes ou les lieux représentés.
Elle se concentra plutôt sur les objets entreposés. Il y avait de tout. Un bouclier au blason effacé, un monocle au verre fendu, une tiare sertie d'émeraudes, une lourde épée au tranchant émoussé et elle en passait.
Elle porta son attention sur un coffre en ébène couvert de poussière et dont le verni avait été gommé par le temps. Par curiosité, elle l'ouvrit. À l'intérieur étaient rangés quelques bijoux : un collier précieux, un long camé, deux paires de boucles d'oreilles dont l'une était incomplète et neuf anneaux.
Sachant qu'elle devait rapporter un objet et ne souhaitant pas s'encombrer de quelque chose comme le bouclier ou le portrait qu'il y avait dans le fond, elle décida d'emporter un bijou facile à glisser dans son sac ou sa poche. Elle renversa le contenu du coffret sur son support de roche et l'étudia avec soin.
Son attention se porta particulièrement sur les neuf anneaux, surtout à cause de leur nombre qui était identique à celui des magies et, sachant l'endroit où elle se trouvait, elle doutait que ce ne soit qu'une coïncidence. Elle posa sa chandelle sur la table à côté du coffret pour avoir les mains libres et prit l'une des bagues.
Elle semblait en argent et très finement travaillée. Le sommet se terminait en un genre de spirale dont le centre était un éclat de cristal bleu pâle. Elle la reposa pour en prendre une deuxième qui était également en argent, comme toutes les autres d'ailleurs. Celle-ci n'était pas un simple cercle mais elle était hérissée de pointes arrondies sur toute sa circonférence et au sommet de chacune d'elle était placé une minuscule pierre rougeoyante. Le troisième était fermé par un visage sculpté dans l'argent. Ses grands yeux ronds désespérément vides étaient des cristaux entre le gris et le blanc. Elle passa rapidement sur les autres mais elle s'arrêta soigneusement sur le dernier qu'elle prit. L'anneau se terminait par une représentation de feuille de lierre bordée de petits éclats de pierre verte.
Elle grava chaque détails du bijou dans son esprit puis le glissa dans sa poche avec celui aux pierres rougeoyantes, celui spiralé, celui à la pierre brune formant la pupille fendue d'un œil animal, celui à l'éclair et celui se fermant par une lune se mêlant à un soleil et qui, à en juger par les éclats dorés décorant les rayons de l'astre diurne, était lié au temps.
Bien que trouver ces bagues lui permettait d'avoir un bon plan de sortie, cela soulevait également de nombreuses questions. De toutes évidences, ces anneaux étaient intiment liés aux neuf magies, ils en étaient même certainement porteurs sinon, pour quelle autre raison vieilliraient-ils dans ce sombre souterrain ?
Jusque là, cette réflexion n'amenait aucune interrogation mais Leïmy avait remarqué la similitude qu'il y avait entre ces bagues et celle qu'elle portait au doigt. Elles semblaient être dans le même métal, fabriquées par le même artisan, être dans le même style, en résumé : appartenir à un même ensembles mais si les anneaux du coffret avaient les neuf magies existantes, à quels pouvoirs était lié celui que Negg lui avait offert ? Y aurait-il une dixième magie que les Aranniens dissimulaient et, par extension, un dixième dieu tout aussi secret ?
Leïmy décida qu'elle réfléchirait à tout cela plus tard en interrogeant les personnes concernées et en confiant ses réflexions au nécromancien qualifié.
Pour le moment, elle devait sortir d'ici.
Elle reprit sa chandelle et se dirigea vers la porte. L'un des anneaux coincé entre les dents pour avoir les mains libres, elle fit coulisser la porte mais elle ne l'ouvrit pas en entier, juste suffisamment pour pouvoir s'y glisser.
Elle s'y faufila, repoussa un vargo d'un coup de pied qui l'envoya s'écraser sur trois de ses congénères puis elle lança l'anneau du temps a milieu des créatures qui se figèrent. Exactement l'effet qu'espérait obtenir Leïmy avec les bagues de pouvoirs. Au moins, elle n'avait pas eu à s'épuiser à utiliser sa magie pour se débarrasser des vargos qui ne lui auraient pas laissé le concentration nécessaire.
Elle ne s'attarda pas et se pressa de s'éloigner. Elle quitta le secteur des vargos en plusieurs minutes. Elle retourna dans la salle où les flammes brûlaient à nouveau.
Sachant à présent que la magie contenue dans les anneaux fonctionnait, Leïmy fouilla dans sa poche à la recherche de la bague dont elle avait besoin et qui était évidemment celle possédant les pouvoirs du feu et de la terre. Elle ne prit pas la peine de viser et envoya l'anneau dans le feu qui rétrécit avant de disparaître, comme aspiré par la bague qui rougeoya, incandescente.
Leïmy l'abandonna et sortit de la salle.
Elle ne tarda pas à revenir au couloir envahi de racines et de lianes. Rien ne bougea ou n'adopta un air menaçant mais Leïmy préféra tout de même laisser tomber l'anneau orné d'une feuille sur les plantes tordues. Il y eut comme un frisson qui parcourut la végétation puis plus rien.
Rassurée, Leïmy reprit son chemin, augmentant involontairement la cadence de son pas, impatiente de sortir de ces souterrains.
Elle progressa durant deux heures, revenant aux toiles d'araignées. Avant même d'apercevoir la moindre patte velue, elle englua l'anneau à la pupille fendue dans la soie collante.
L'esprit plus tranquille, elle continua son chemin en remuant régulièrement son épaule droite qui la picotait légèrement. Des élancements émanaient également de sa main bandée qui s'engourdissait de plus en plus.
Avec une grimace, Leïmy comprit que la potion de Rilin cessait de faire effet. Elle devait se presser de sortir pour recevoir les soins dont elle avait terriblement besoin.
La salle aux éclairs arriva rapidement après. L'électricité ambiante fit à nouveau se soulever ses cheveux. Sans attendre, elle lança l'anneau décoré de la foudre au centre presque exacte de la pièce. Comme pour les flammes, les éclairs semblèrent être absorbés par la bague. Leïmy n'eut plus qu'à traverser la pièce devenue vide en toute quiétude.
Pour le moment, le retour se faisait sans heurt et paisiblement. Elle passa à côté du cadavre carbonisé du vargo en espérant ne pas recroiser ses congénères. Elle laissa la salle derrière elle.
Accélérant encore le pas, elle s'éloigna rapidement.
Elle commençait douloureusement à sentir les griffures dans son dos comme des traits de feu incrustés dans sa peau, sans parler de son bras droit qui n'était qu'un amas douloureux et la morsure qui commençait doucement mais sûrement à la faire souffrir. Sa brûlure lui envoyait également des ondes de douleur. Il était vraiment temps qu'elle retrouve la civilisation et la médecine.
Un quart d'heure après avoir traversé la salle aux éclairs, elle entendit des cris résonnant entre les parois et qui se dirigeaient vers elle. La mercenaire jura. Finalement, elle aurait encore à affronter ces insupportables et idiots mais néanmoins dangereux vargos sauf si elle parvenait, avec de la chance, à les prendre de vitesse.
Malgré la résonance, elle pouvait déterminer que les créatures étaient encore très loin. Elle s'élança avec un léger boitillement de la jambe gauche dû au réveil de la brûlure.
Ne courant pas aussi rapidement qu'elle le pouvait, elle préféra miser sur son endurance qu'elle utilisait à outrance depuis deux heures déjà mais cela paraissait porter ses fruits puisqu'elle avait l'impression de conserver une distance constante et acceptable avec les vargos, sauf qu'elle n'était pas sûre de pouvoir tenir encore longtemps.
Ses blessures se réveillaient les unes après les autres en envoyant des ondes de plus en plus douloureuses un peu partout dans son corps. Sa brûlure lui donnait l'impression d'avoir en permanence une flamme contre le mollet, la longue blessure sur son bras droit lui procurait l'envie de le cogner contre le mur alors qu'elle ne pouvait presque plus bouger les doigts de sa main trop engourdis par le poison et les grains de poussière logés dans les griffures ainsi que dans la morsure la brûlaient, encore. Une migraine pointait également dans un coin de son crâne.
Sans oublier les vargos qui continuaient à la poursuivre sans relâche en poussant leurs hurlements stridents mais ils n'étaient pas seulement agaçants, ils permettaient tout de même à Leïmy d'évaluer la distance les séparant et, depuis quelques minutes, il lui semblait qu'elle diminuait. Impossible de forcer sur ses muscles à nouveau, elle avait trop mal.
En face d'elle s'ouvrait une nouvelle porte : celle de la salle aux pièges tranchants. Leïmy la franchit en espérant qu'ils ne se déclencheraient pas. Elle n'était pas en état et n'avait pas le temps pour cela.
À son grand soulagement, les différentes armes étaient encore toutes sorties. La mercenaire prit son élan et sauta par-dessus la fosse garnie de piques. Elle les vit défiler sous elle. Ses doigts se refermèrent sur le rebord du gouffre. Elle s'aida de ses pieds pour se hisser au sol. Elle demeura allongée à terre, emplie de douleur mais elle entendait les vargos seulement à quelques mètres alors elle se releva et reprit sa fuite, de plus en plus épuisée.
Les disques étaient encore profondément enfoncés dans les murs de part et d'autre de la pièce.
Alors que Leïmy atteignait le milieu de la salle, les vargos entraient en piaillant. Ils s'accrochèrent aux parois pour passer la fosse sans la moindre difficulté. La jeune fille tenta d'accélérer mais sans y parvenir réellement.
Elle contourna le mur d'acier qui l'avait blessée et sortit de la pièce, ne précédant pas les vargos de beaucoup. L'un des petits monstres essaya de l'attaquer. Ses longs ongles frôlèrent la chevelure de la mercenaire qui pressentait qu'elle ne ressortirait peut-être pas de ces souterrains. Un vargo s'écrasa contre le mur juste à côté d'elle, ayant mal contrôlé sa trajectoire. Leïmy vacilla quelques secondes mais parvint tout de même à conserver son équilibre.
Elle tira sur ses muscles, envoyant encore plus d'ondes de souffrance dans son corps.
Elle arriva à la section de couloir peint de traits bleus à le teinte passée. Elle y abandonna le dernier anneau qu'elle avait emporté, celui au cristal bleu pâle.
Un vargo lui bondit sur le dos. Elle pivota rapidement pour écraser la créature contre le mur, la faisant lâcher prise et elle continua tant bien que mal.
Son épuisement et sa douleur la rattrapèrent. Elle chuta sur les dalles poussiéreuses. Sa main droite, déjà blessées, lui envoya un long message de souffrance.
Elle poussa un cri, trop affaiblie pour résister à la douleur. Des éclats de verres s'étaient logé dans sa paume à travers le bandage. Ce ne pouvait qu'être les restes de la fiole de la potion de Rilin donc, la sortie était toute proche.
Puisant dans ses dernières doses d'énergies, elle se releva et reprit sa course.
À des dizaines de mètres, elle aperçut une lueur. Celle de la sortie.
***
Dans le Grand Temple, Negg faisait les cents pas en jetant régulièrement des regards vers l'entrée du souterrain. Dévlin était assis non loin et se passait nerveusement la main dans les cheveux. Iléany était agenouillée, les yeux clos. Peut-être priait-elle. Quant à Sire Délèk, il avait dû retourner au palais après trois heures d'attente, appelé par des affaires importantes.
Cela faisait à présent sept heures que Leïmy était descendue dans le sous-sol et l'angoisse n'avait fait qu'augmenter à chaque minutes s'écoulant.
Negg cessa soudainement ses va-et-vient, alerté par un son. Il se dirigea vers la porte, les sourcils froncés. Dévlin se releva et le rejoignit.
Devinant rapidement ce que signifiait l'expression de son frère cadet à savoir qu'il avait repéré quelque chose, il lui demanda :
« Que se passe t-il ?
- Je crois avoir entendu un bruit.
Iléany se leva à son tour et vint vers eux, l'oreille tendue, cherchant à percevoir ce qu'avait entendu Negg mais sans succès alors elle questionna le rouquin :
- Quoi comme bruit ?
- Comme des cris très aigües.
Répondit Negg en s'approchant un peu plus de l'entrée pour tenter de retrouver le son mais il n'eut guère le temps de se concentrer sur son ouï.
Leïmy jaillit soudainement du souterrain, s'étalant directement entre les bras de Negg, quelque peu déstabilisé par cette brusque arrivée mais moins que Dévlin ou Iléany.
La mercenaire sourit, remarquant qu'elle avait finalement réussit à sortir en un seul morceau puis elle leva le visage vers Negg et elle souffla :
- Il faut un médecin.
Leïmy perdit connaissance immédiatement après avoir parlé.
Iléany s'empressa de quitter le Temple pour aller avertir le médecin du palais de l'état de Leïmy. Negg prit cette dernière dans ses bras et sortit à son tour, suivi de Dévlin qui surveillait attentivement la respiration de la jeune fille qui semblait régulière.
Ils traversèrent rapidement le jardin, Negg se souvenant parfaitement du trajet qui, en même temps n'était pas bien compliqué à retenir.
Lorsqu'ils rentrèrent au palais, ils furent accueillis par Iléany, Sire Délèk et un autre homme qu'ils ne connaissaient pas, accompagnés de deux domestiques portant une civière. Negg déposa Leïmy dessus.
La jeune fille fut emportée par les domestiques et l'homme inconnu, qui devait certainement être le médecin royal, leur emboîta le pas.
Sire Délèk les regarda s'éloigner puis commenta :
- Alors, elle a réussi.
- Vous en doutiez ? S'échauffa Negg.
- Absolument pas. Je sens que Leïmy est une jeune femme qui, en plus d'être superbe, possède une force peu commune qui ne la rend que plus désirable.
- Vous ne pouvez pas vous en empêcher, hein ? Énerver et vous comporter comme si Leïmy était le prix d'un concours. »
Contrairement à ce qu'on aurait pu penser et ce qui aurait été logique, ce ne fut pas Negg qui fit cette remarque mais Dévlin qui retenait son frère par le bras pour l'empêcher de bondir. Cette non-manifestation d'hostilité physique contrastait avec celle ouvertement affiché sur son visage.
Peut-être était-il ici pour favoriser un éventuel rapprochement entre ces deux continents mais il n'en demeurait pas moins un homme pétri de principes et avec une éthique à laquelle il refusait de manquer et le fonctionnement d'Arancha était en totale contradiction avec son idéologie.
Sans un mot de plus, le nécromancien partit. Negg n'hésita pas longtemps avant de lui emboîter le pas.
Dans le silence, les deux frères se dirigèrent vers l'endroit où étaient allé le médecin, les deux domestiques et surtout, Leïmy. Ils arrivèrent devant une porte gardée par un soldat qui leur dit qu'ils ne pouvaient pas entrer tout de suite car Leïmy recevait les soins dont elle avait besoin en cet instant.
Décidant de prendre son mal en patience, Negg s'assit au sol en s'adossant contre le mur à l'opposé de la porte. Quant à Dévlin, il préféra utiliser cette attente pour faire quelque chose.
Il s'éloigna dans le couloir et tourna à un angle, s'arrêta, puis, ayant au préalable vérifié qu'il ne risquait pas de se faire déranger, il sortit le talisman de sous son col. Serrant la médaille dans sa main, il invoqua Molwen. La silhouette translucide de l'adolescente se matérialisa face au nécromancien. L'esprit prit un air renfrogné.
D'un ton abrupte, elle grogna :
« Quoi ?
- J'aimerais que tu transmettes un message à Maige.
- J'en ai assez de jouer les émissaires fantomatiques pour vous !
- Molwen, nous savons tous les deux que tu le feras car, au fond, tu apprécies d'être utile sinon tu ne te serais pas faite enfermer dans ce talisman. Tu veux voir une place dans cette histoire.
Molwen grommela, pas parce que la demande de Dévlin la contrariait mais plutôt car il avait parfaitement vu juste. Le nécromancien était parfois bien trop intuitif sur les sentiments des personnes se trouvant devant lui.
L'esprit de l'adolescente poussa un lourd soupir agacé puis, se résignant et puisque Dévlin avait raison, elle demanda :
- Que dois-je dire à ta chère épouse ? »
La porte s'ouvrit après une heure qui parut une éternité à Negg, qui avait été rejoint par son frère dans son attente trois quarts d'heure plus tôt.
Les deux frères se levèrent et se précipitèrent dans ce qui s'avéra être une longue pièce divisée par des pans de voiles épais, tous deux aussi inquiets l'un que l'autre. Leïmy était installée sur un lit en bois clair placé entre deux rideaux offrant un minimum d'intimité. Deux tables encadraient la tête de lit et l'une croulait encore sous des bandages, de pots de pommades ainsi qu'une bobine de fil très fin piqué d'une petite aiguille.
Leïmy était assise contre l'oreiller. Elle ne semblait pas particulièrement éprouvée ou fatiguée, seulement lassée. Son bras droit était pansé de la main jusqu'à l'épaule, son pantalon avait été remonté et son mollet était également entouré d'un bandage. On lui avait retiré son haut de cuir pour soigner les blessures de son dos et son torse était bandé jusqu'au dessous de sa poitrine, la dissimulant.
Elle leva son regard gris vers les deux frères. Negg s'assit sur le bord du matelas alors que Dévlin restait poliment debout.
En lançant un regard vers le bras bandé de Leïmy, Negg commenta :
« Ça n'a pas l'air d'avoir été de tout repos...
- Cette blessure doit te rappeler des souvenirs.
Répliqua Leïmy en levant son bras de quelques centimètres avant de le rabaisser avec une fine grimace de douleur qu'elle tenta de camoufler. Negg pinça les lèvres, ignorant comment interpréter cette phrase et la réaction à adopter après.
Le laissant dans son embarras, Dévlin demanda à Leïmy :
- Comment te sens-tu ?
- Je vais tenir le coup, pas la peine de prendre ton air angoissé.
- Ne m'en veux pas, c'est mon empathie naturelle. Qu'as-tu rencontré là-dessous ?
- Pleins de problèmes.
Répondit Leïmy sans donner le moindre détails et, avant qu'elle ne puisse apporter des précisions, ce que, de toute manière, elle n'avait pas l'intention de faire, la porte de la pièce s'ouvrit, livrant le passage à Sire Délèk.
Avec un sourire rassuré, il vint se placer à côté de Leïmy. Cette dernière leva les yeux au ciel en grinçant des dents alors que le souverain d'Arancha lui prenait la main droite.
Il sourit :
- Vous allez mieux.
- Très finement observé.
Grogna Leïmy en retirant sèchement sa main de celle de Sire Délèk. Ce dernier eut un sourire presque attendri. Leïmy s'agaça encore davantage.
Non mais c'était quoi le problème de ce type ? Toutes les personnes normalement constituées auraient cessé de la courtiser au premier de ses regards noirs et ne l'aurait plus jamais approchée mais, lui, il s'obstinait et semblait même trouver cette perpétuelle violence adorable.
Ayant vraiment besoin de soulager ses émotions teintées de colère et son agacement, Leïmy gifla soudainement le souverain qui ne s'y attendait absolument pas, contrairement à Negg qui affichait outrageusement un sourire pleinement satisfait et victorieux.
Anticipant une éventuelle réprimande, Leïmy se justifia :
- J'ai besoin de faire redescendre la pression.
Sire Délèk demeura hébété sans savoir quoi dire. Pour une fois, Dévlin ne semblait pas horrifié par le geste de Leïmy tout comme il ne lui lança pas son habituel regard de reproche dont se moquait la mercenaire. Il était tout simplement indifférent.
Sire Délèk se reprit, bien qu'il peina encore à trouver ses mots lorsqu'il prit la parole :
- Bien, euh... ce n'est pas grave. Je... Quel est l'objet que vous avez rapporté du souterrain ?
- Aucun.
Déclara tranquillement Leïmy en vérifiant le gonflement des doigts de sa main droite, manifestant ainsi un profond désintérêt. Tous, même Negg, écarquillèrent les yeux.
N'y croyant pas, Sire Délèk lâcha :
- Pardon ?
- Je n'ai pas pris un de vos fichus artéfacts mais je peux vous faire la description précise de tout ce qu'il se trouvait dans la salle pour vous prouver que je suis arrivée jusqu'au bout.
- L'épreuve était pourtant claire ! Vous deviez revenir avec l'un des objets ! L'épreuve ne peut pas être validée dans ce cas !
- Exactement (Leïmy se leva du lit en continuant). Je ne suis pas stupide, contrairement à certains. J'ai volontairement échoué. Les dieux et vous pensiez que j'allais obéir et faire ce que vous attentiez sans me rebeller, en me taisant et avec le sourire, et bien je vous détrompe ! Je ne suis pas une marionnette sage ! Je suis la seule à décider de ma voie et le maître de mes actes ! Personne d'autre que moi ne choisit ma propre destinée, vous entendez ? Je ne suis pas contrôlable !
Leïmy termina sa tirade avec un sourire presque fanatique ayant pu appartenir à une folle mais, la connaissant parfaitement, ni Negg ni Dévlin ne s'interrogèrent sur sa santé mentale comme ils comprirent que c'était ça, le plan pour déjouer les dieux et ils savaient qu'il était inutile de chercher à la faire changer d'avis, ce dont ils n'avaient pas l'intention de toutes manières. Seulement, saisir les idées et le caractère de Leïmy n'était pas aussi évident pour Sire Délèk qui n'en revenait pas.
Les bras écartés, il s'exclama :
- Mais enfin ! Il est trop tard pour crier votre désaccord qui, d'ailleurs, ne changera rien du tout ! On ne peut s'opposer aux dieux ! Ce serait d'une présomption sans bornes, même pour moi ! Nous ne sommes rien comparés à eux, juste des fourmis qu'ils peuvent écraser quand bon leur semble !
- Vous, sûrement mais puisque je suis presque leur égale, je peux me révolter et je n'attend pas la permission de toute façon !
Avant que Sire Délèk ne continue à argumenter, Negg le bouscula sans douceur de l'épaule pour venir se placer à la droite de Leïmy, lui apportant ainsi son soutien silencieux.
Ça avait toujours été ainsi : elle et lui contre le monde entier.
Dévlin n'hésita pas longtemps avant de rejoindre les deux mercenaires. Le choix n'était pas difficile. D'un côté se trouvait son frère cadet et une femme avec qui il avait traversé nombre d'épreuves et qui pouvait sûrement se rapprocher d'une amie alors que de l'autre, il ne voyait qu'une ville à l'autorité abusive et au fonctionnement aussi injuste que discriminatoire.
D'une voix plus calme que Leïmy, le nécromancien déclara :
- Je sais que, chez moi, je suis censé représenter l'autorité mais je suis aussi capable de m'y opposer si la cause est juste. Je l'ai d'ailleurs déjà fait. Je rejoins parfaitement Leïmy sur ce point. Les dieux sont là pour nous montrer le chemin et nous guider au mieux dans nos existences, pas pour nous manipuler telles des marionnettes pour leurs propres besoins. Lorsqu'on est puissant et que le pouvoir est entre nos mains, c'est à nous de nous sacrifier pour les plus faibles que n'ont aucun autre moyen de protection.
Sire Délèk serra les poings en grinçant des dents, contrarié et touché par la justesse des propos de Dévlin mais il ne montra pas son accord. Bien au contraire, il s'emporta :
- Peut-être, oui mais le contexte est totalement différent ! (il s'adressa à Leïmy). Vous savez très bien que les dieux ne vous laisseront pas repartir tant que vous ne vous plierez pas à leurs exigences. Condamnerez-vous ces deux hommes, qui se rangent à vos côtés, à rester ici, loin de chez eux ? Peut-être même que les dieux passeront à une manière plus forte et les tueront pour vous obliger !
Les yeux d'acier de Leïmy semblèrent lancer des éclairs furieux et elle contracta les mâchoires avec colère. Sire Délèk venait de faire quelque chose qu'il n'aurait jamais dû : menacer Dévlin mais surtout, surtout Negg.
Elle sentit son sang bouillir de rage dans ses veines et, sans qu'elle le souhaite, ses pouvoirs remontèrent lentement vers ses mains.
Les dents serrées, elle siffla en détachant soigneusement chaque syllabes pour que les mots pénètrent bien dans l'esprit du souverain :
- Je ne me laisserai pas dicter ma conduite par des dieux égoïstes. Est-ce clair ?
- Vous n'avez pas le choix. Cessez de vous obstiner de la sorte ou ce sont eux qui en payeront les conséquences. »
Sire Délèk montra tour à tour Negg puis Dévlin.
La rage de Leïmy augmenta. Ses émotions se mélangèrent et explosèrent en même temps que sa magie. Il y eut un éclair doré qui emplit toute la pièce puis plus rien.
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