Le temps n'est rien face aux deux fragments d'un diamant

~Hey ici Kayak ! Tout d'abord, puisque c'est moi qui ouvre le bal (merci Satan), je souhaite un joyeux anniversaire à la FluffSoukokuAgency, cette belle organisation pas si fluffiste que ça (*wink wink les angstistes*). Je ne fais malheureusement pas partie des fondatrices mais je suis arrivée fin août donc j'ai tout de même vécu les débuts. J'ai vu notre groupe grandir et le nombre d'abonnés monter, j'ai survécu aux weeks du démon et aux évènements foireux.

J'espère que vous apprécierez mon texte qui se veut fluff mais qui a plutôt dérivé en Hurt/Comfort. Bonne lecture et merci d'avoir contribué à l'essor de la FSA ♡~

Le temps n'est rien face aux deux fragments d'un diamant

Atsushi entra dans l'agence de bon matin. Une ambiance sérieuse y régnait. Tous travaillaient. Yosano et Ranpo étaient partis en mission, Kyoka triait des papiers en compagnie de Kenji et Kunikida tapait à toute vitesse sur son ordinateur. Le boss aux cheveux argentés de l'Agence des Détectives Armés était en pleine négociation téléphonique avec des agents du gouvernement. Atsushi l'entendait parler d'une voix posée mais agacée dans son bureau. Tout était calme. Trop calme.

Il ne fallut que quelques secondes au jeune homme pour comprendre la raison d'un tel silence : l'éternel élément perturbateur était absent.

- Dazai sèche encore le travail ? demanda-t-il au blond à lunettes qui releva à peine les yeux de son écran.

- Aujourd'hui il a le droit, répondit-il, c'est son jour de congé annuel.

***

Il déambulait entre les tombes de pierre grise. Probablement du granit pour la plupart. Chacune portait des inscriptions différentes. Des noms, des épitaphes. D'une certaine façon, il enviait tous ceux qui se trouvaient là, six pieds sous terre. Il avait essayé tellement de fois de les rejoindre, sans succès.

Il arriva enfin devant la pierre tombale qu'il recherchait. Le nom d'Oda Sakunosuke y était gravé depuis sept années aujourd'hui. Il y déposa une gerbe de fleurs aux couleurs chatoyantes. Il souriait.

Cela faisait déjà bien longtemps qu'il avait arrêté de pleurer la mort de son meilleur ami, il avait compris que les larmes ne le feraient pas revenir. Ce genre de truc, ça ne marche que dans les films d'amour niais.

Il s'adossa à la pierre gravée et observa le soleil qui montait dans le ciel. Puis il commença à discuter, seul, comme s'il parlait à celui qui avait un jour été son ami. Il lui parla de la pluie, du beau temps, évoqua son envie de suicide, disserta sur les progrès d'Atsushi depuis son combat contre les Rats, rit à propos des remontrances de Kunikida. Il finit par s'endormir sous la douce chaleur matinale des rayons de l'astre solaire.

Il rêva du temps où il était membre de la mafia. Il se revit, jeune, couvert de bandages (ce qui n'avait pas vraiment changé d'ailleurs), prenant du plaisir à tuer. Il aperçut Oda qui lui tendait la main. Il l'attrapa, mais l'homme aux cheveux auburn disparut dans un nuage de poussière. Et tous les hommes qu'il avait exterminés apparurent pour tenter de l'emporter au loin. Akutagawa se tenait debout face à lui. Son ancien disciple le regardait se faire emmener avec une sorte de fascination et de joie morbide. Puis il disparut, laissant place à un jeune homme aux cheveux roux, coiffé d'un chapeau. Osamu tenta de l'appeler mais aucun son ne sortait de sa bouche. Alors le rouquin releva son regard vers lui. Il était empli de haine. Mais au fond, on y décelait une lueur de désespoir. Le brun n'eut pas le temps de l'apercevoir, les hommes l'avaient plongé dans le fleuve.

***

Il devait être aux alentours de midi. Atsushi descendit en ville à la recherche d'un endroit où il pourrait déjeuner en paix. La cité de Yokohama était en pleine effervescence à cette période touristique de l'année. Les foules se pressaient dans les rues commerçantes tellement bondées que le tigre-garou, pourtant de petit gabarit, n'aurait pu s'y faufiler pour quérir un sandwich.

À force d'errer, il finit par atterrir du côté le plus mal famé de la ville. La vieille enseigne clignotante d'un bar attira son attention. Le Lupin semblait être ouvert. Avec un peu de chance, ils servaient des repas.

À vrai dire, l'argenté n'y croyait pas vraiment. Bien sûr que les bars ne servent qu'à boire, mais après tout ce chemin en plein soleil, il avait bien mérité de se désaltérer, non ?

Il poussa la porte qui grinça aussitôt, annonçant sa présence au barman qui lui adressa un signe de tête en guise de bienvenue. L'endroit était relativement calme, hormis un homme déjà saoul à midi qui déblatérait des idioties entre deux hoquets.

C'était une belle salle éclairée par la lumière tamisée provenant des lustres pendant au plafond. Il y avait peu de monde. Là, trois hommes s'adonnaient à une partie de boules sur une table de billard à l'allure relativement récente. L'un éructa un cri de frustration en envoyant la boule blanche dans un des trous, tandis que ses deux amis se moquaient gentiment. Non loin d'eux, un couple buvait un verre de whisky à deux en discutant d'immobilier.

Atsushi s'assit sur un des tabourets du bar et commanda un café lacté et sucré. Le serveur lui sourit d'un air dédaigneux tout en commençant à moudre les grains à l'odeur enivrante. Qui était donc ce jeunot qui entrait dans son établissement pour commander une boisson pareille ?

- Voilà ton café petit, bien lacté, bien sucré, dit-il avec une pointe d'ironie en lui tendant la tasse remplie de liquide fumant.

Désireux de se faire oublier, le tigre-garou porta la boisson à ses lèvres... avant de se retirer aussitôt ! C'était bouillant ! Sentant le regard du barman peser sur lui, il tenta de faire comme si de rien n'était mais ses tentatives de refroidir le contenu de sa tasse en soufflant dessus ne passaient pas inaperçues.

Il était parvenu à en ingurgiter la moitié en y allant doucement quand une voix retentit dans son dos :

- Dis, tu crois que la momie recouvre aussi son pénis de bandages ?

- Pardon ?! s'exclama l'argenté en crachant sa gorgée de café sous le regard exaspéré du gérant qui s'empressa de nettoyer.

Il se tourna vers l'homme et reconnut aussitôt l'ancien partenaire de son supérieur, Chûya Nakahara. Le jeune homme à la chevelure flamboyante était dans un piteux état, affalé sur le comptoir, les joues rouges, les cheveux emmêlés, une bouteille de vin à la main, entourées de quatre autres à présent vides. Le mafieux n'était que l'ombre de lui-même.

Nakajima se décala de trois tabourets afin de s'asseoir à son côté. Le roux reposa sa question, à laquelle l'argenté répondit d'un air gêné qu'il n'en avait strictement aucune idée.

- Vous devriez peut-être rentrer pour vous reposer, dit le plus jeune. Je pourrais vous raccompagner aux locaux de la mafia portuaire.

Mais l'autre ne l'écoutait pas.

- Sept ans qu'il est parti ! Sept ans qu'il m'a abandonné, seul parmi ces requins de la mafia ! Et il a explosé ma voiture ! Tu te rends compte ? Ma voiture !

Le détenteur de pouvoir à la chevelure d'argent hochait la tête sans vraiment tout comprendre. Le rouquin continuait sans même se préoccuper d'être écouté ou non.

- Stupide maquereau ! Me forcer à rejoindre sa stupide organisation pour partir sans moi quelques années plus tard.

- Il vous manque ? demanda alors Atsushi sans vraiment réfléchir, comprenant à présent de qui parlait le plus âgé.

L'autre se tut soudainement, semblant enfin avoir compris qu'on s'adressait à lui. Il parut alors s'énerver.

- Pff, n'importe quoi, je suis bien mieux sans lui ! éructa-t-il, contredisant au passage tout ce qu'il avait dit auparavant.

Mais la lueur désespérée qui se cachait au fond de ses prunelles céruléennes démentait ses paroles. Il faisait pitié à Atsushi, sa compassion prenait le dessus sur son aversion envers la mafia. Cet homme avait une plaie béante au cœur. Son désespoir, accentué par l'alcool, le rongeait de l'intérieur comme des larves d'ichneumon. Alors l'argenté n'eut plus qu'une seule idée en tête : l'aider. Il lui donna alors le premier conseil qui lui vint à l'esprit :

- Vous devriez aller le voir.

La phrase eut un effet fulgurant sur le rouquin. Il rejeta aussitôt l'idée de tout son être, prétendant qu'il n'avait pas la moindre envie de voir celui qui l'avait abandonné et que cette pensée était sûrement réciproque. C'était clairement un mensonge.

Mais Atsushi n'avait pas les arguments nécessaires pour inciter le roux à l'écouter. Il lui recommanda de rentrer chez lui pour y réfléchir à tête reposée et quitta le bar. S'il ne pouvait le convaincre, il n'avait plus qu'à aller discuter avec l'autre membre du Double Noir, au moins pour voir si le sentiment de manque était réciproque.

***

Osamu Dazai flânait dans les rues, observant d'un œil désintéressé les échoppes aux couleurs et produits pourtant attirants. Là, un magasin vendait des portes-bonheurs aux formes diverses. Cela allait des trèfles à quatre feuilles (sûrement des faux d'ailleurs), aux pattes de lapin, en passant par la peau de singe et autres curiosités censées apporter la bonne fortune à leur possesseur. Quelques mètres plus loin, une poissonnière vantait la fraîcheur de son étal à grands cris. En face, un groupe de touristes étrangers – des européens à en juger par leur faciès et leur accent – s'extasiaient devant les pierres précieuses d'un marchand ambulant joaillier. Au premier coup d'œil, le brun décela leur vraie nature : du verre coloré.

Le soleil était brûlant aux alentours de treize heures. Il enleva son manteau et soupira, le sourire aux lèvres, en pensant à la tête que son ancien partenaire devait faire actuellement : le roux n'avait jamais supporté la chaleur.

Alors qu'il se dirigeait vers des rues plus calmes, il entendit qu'on le hélait. Il se retourna et aperçut aussitôt le garçon aux cheveux d'argent qui le poursuivait à grandes enjambées. Il s'arrêta donc pour l'attendre. Que pouvait-il bien lui vouloir ? S'il venait le quérir pour une affaire, il l'enverrait aussitôt sur les roses. C'était son jour de congé après tout !

Mais Nakajima n'était visiblement là que dans le seul but de discuter un peu. Il l'aurait aperçu alors qu'il regagnait l'Agence et se serait dit qu'ils pourraient faire un bout de chemin ensemble.

Alors qu'ils papotaient, l'argenté demanda :

- Votre jour de congé, c'est l'anniversaire du jour où vous avez quitté la mafia ?

- En quelque sorte oui. C'est surtout le jour de la mort de mon meilleur ami.

- Oh... Je suis désolé...

Dazai sourit. Ces excuses de condoléances, il en avait soupé. Que des hypocrites ! Mais il acceptait volontiers celles de son apprenti, elles n'étaient empreintes que de bonne volonté et de sincérité. Il appréciait cette innocence enfantine.

- Mais quitter la mafia n'a-t-il pas été trop dur ? Je veux dire, c'était votre foyer non ? s'enquit le tigre-garou.

Dazai le détrompa aussitôt. Non, bien sûr que ç'avait été simple. Il avait quitté l'ombre pour se jeter à corps perdu dans le crépuscule et l'aube de l'Agence des Détectives Armés. Il n'avait aucun regret.

- Vous n'avez laissé personne sur place qui vous manquerait parfois ? continua Atsushi, sentant qu'il progressait sur la bonne voie.

En fait, si. Dazai avait un regret, un être cher qu'il avait lâchement abandonné dans l'obscurité, se tournant seul vers la lumière. Sans doute avait-il eu peur de se tromper, peur d'emmener dans sa perte celui à qui il tenait tant. Une personne qui lui manquerait parfois ? C'était peu dire. Chûya Nakahara lui manquait tout le temps. Mais il n'osait y penser, les remords rongeaient déjà bien assez son inconscient.

- On ne peut pas revenir en arrière, dit-il simplement.

***

C'était une phrase toute faite, le genre de paroles que l'on prononce quand on regrette profondément quelque chose mais que l'on n'ose l'avouer. Au fond, son supérieur se mentait à lui-même, refusant de voir la vérité tapie au fond de son cœur.

Atsushi prit congé du brun, le sourire aux lèvres. Oui, cette phrase confirmait ses pensées, plus il y pensait, plus c'était évident. Nakahara manquait à Dazai autant que Dazai manquait à Nakahara.

Il avait l'intime conviction qu'il devait les aider. Ces deux êtres brisés devaient être réparés. Ces deux parties du même être hermaphrodite devaient se réunir avant de s'auto-détruire. Et lui, simple détenteur du pouvoir de la Bête au Clair de Lune, allait être l'orfèvre qui recollerait les morceaux.

La célébration maudite de leur séparation deviendrait le jour béni de leurs retrouvailles.

***

Une sonnerie de téléphone retentit dans le métro. Chacun porta sa main à son appareil personnel pour voir si c'était de lui que provenait le son. Le stress monta d'un cran pour ceux qui attendaient un appel important.

Dazai décrocha. C'était Fukuzawa.

- Désolé de te déranger le jour de ton congé annuel mais c'est urgent, il faut que tu viennes tout de suite, dit d'une voix tendue le boss de l'Agence.

Il était bientôt dix-huit heures et il se demanda ce qui pouvait exiger sa présence. Mais au son de la voix de l'argenté, le brun sentit tout de suite l'importance de l'affaire, aussi il se rendit le plus vite possible aux locaux.

Une ambiance pesante régnait et la tension était à son comble dans les bureaux de l'Agence. Les Détectives Armés étaient tous réunis autour de la petite table où n'était posée qu'une petite lettre de papier décoré d'arabesques dorées. On le mit rapidement au courant de l'affaire.

Il y avait environ une demi-heure, un raton-laveur avait porté cette lettre avant de disparaître par les toits. C'était Kunikida qui l'avait lue le premier.

Chers membres de l'Agence des Détectives Armés,

Moi, Francis Scott Key Fitzgerald, chef de l'organisation américaine de la Guilde, ait capturé votre élément fort, le tigre-garou.

Si vous voulez le récupérer, envoyez le détenteur du pouvoir La Déchéance d'un Homme à vingt heures précises à cette adresse précise. Il devra venir seul, sous peine de l'exécution du tigre-garou.

Bonne journée.

La Guilde.

Le brun se crispa. Il avait été naïf de croire que les Américains ne leur poseraient plus de soucis.

- Leur véritable objectif est sûrement de te capturer, annonça Yûkichi bien que tout le monde l'eut déjà compris, ton pouvoir d'annulation est unique. Il est peut-être préférable que tu ne suives pas leurs consignes et que l'on envoie un commando.

Osamu ne mit pas longtemps à réfléchir. La Guilde était claire, ils exécuteraient Atsushi s'il ne s'y rendait pas. C'était tout décidé, il irait.

***

Ôgai Mori contemplait le petit télégramme qu'il tenait à la main. Un de ses informateurs l'avait envoyé plus tôt dans l'après-midi, aux alentours de dix-huit heures. Le papier stipulait que la Guilde s'était emparée du tigre-garou et qu'il exigeait la venue de Dazai pour le libérer. C'était une information de poids.

Aussi, le boss de la mafia portuaire s'était dit qu'il y avait là un moyen de faire d'une pierre deux coups. Capturer le tigre-garou tout en éliminant Dazai. Un élément perturbateur de moins.

On frappa à la porte. Celui qu'il avait convoqué s'avança dans la salle. Chûya avait fini par suivre les conseils d'Atsushi et était rentré pour décuver. Habitué à l'alcool, il s'était remis en quelques heures et s'apprêtait à remplir la mission qui lui confierait Mori.

Le noiraud lui expliqua les détails.

- Je t'ai choisi car il est enfermé au dernier étage d'un immeuble. S'y introduire normalement risquerait de te faire repérer alors tu utiliseras ton contrôle de la gravité pour t'introduire par une fenêtre.

Ce n'était là qu'une partie de la vérité. S'il avait choisi le rouquin, c'était plutôt pour mettre à l'épreuve ses sentiments. Serait-il capable d'abattre son ancien partenaire ?

***

Vingt heures sonnaient quand Osamu pénétra dans le gigantesque immeuble où Nakajima se trouvait. Plusieurs gardes l'escortaient. On l'avait fouillé, on lui avait retiré son revolver. Évidemment. Si sa capture était le véritable objectif de toute cette mise en scène grotesque, on n'allait tout de même pas lui laisser les moyens de se défendre.

L'ascenseur se stoppa. Il restait pourtant une vingtaine d'étages. Il s'apprêtait à sortir mais les gardes lui firent signe que non. Eux ils descendaient, lui il continuait.

C'était un piège. Ça ne pouvait être qu'un piège. Dazai était rarement stressé, car il n'avait pas peur de la mort. Contrairement à la plupart des gens, il ne redoutait pas le froid du trépas. Au contraire, il lui tendait les bras, l'accueillait comme une vieille amie.

L'ascenseur se stoppa à nouveau. Cette fois, il était arrivé au sommet. Il sortit et parcourut le lieu de ses yeux ambrés. C'était un long couloir au tapis rouge, luxueux. Les murs étaient recouverts d'une tapisserie beige assez vieillotte illuminée par des enjolivures d'or massif (ou plaqué, impossible de dire). Au fond, une grande porte de bois de chêne gravé se tenait debout, fière et stoïque. Le brun l'ouvrit et fit quelques pas dans la pièce.

Elle était vide. Aucune trace d'Atsushi. S'était-il d'ailleurs à un seul moment tenu ici ? C'était un piège. Les éclats de fenêtre brisée craquaient sous ses pas. Il sentit alors une présence. Il voulut se détourner mais quelque chose l'en empêcha : le canon d'un pistolet positionné entre ses deux omoplates.

***

Francis savourait une tasse de thé à la bergamote avec son hôte. Tout deux souriaient. Le plan se déroulait sans accrocs.

***

Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Sa main se resserra sur la crosse du revolver qu'il tenait pointé sur l'autre. Il devait tirer, oui, mais il tremblait. Tout son être refusait l'idée de presser la détente.

Pourquoi ?

Tout au fond de lui, Chûya avait peur de perdre un être cher. Mais il n'osait encore se l'avouer, il préférait le haïr, c'était plus simple. Il avait vécu l'abandon de son ex-partenaire comme un véritable deuil.

Le déni. Il avait nié en bloc la disparition du brun. Il devait avoir été capturé, ou on l'avait menacé. Il ne pouvait pas être simplement parti sans un mot, sans un bruit, sans lui.

La colère. Il avait hurlé. Il avait brisé des tonnes d'objets, des murs, des vitres. Il avait laissé sa haine se déchaîner, détruisant tout sur son passage. Un ouragan de courroux.

Le marchandage. Il l'avait cherché sans relâche, il avait cherché des informations pour le retrouver. Il avait tout essayé, sans succès. Osamu savait effacer sa présence du monde.

La dépression. Il en avait bu des litres d'alcool. Bien plus que d'habitude. Des alcools forts, des doux, des sucrés, toutes sortes de poisons légaux. Mori avait fini par le lui interdire, son état constamment ivre altérant la qualité de son travail.

L'acceptation. Oui, il avait bien fini par se résigner. Lorsque la mafia avait capturé le brun aux yeux noisettes, lorsqu'ils avaient combattu ensemble contre la Guilde, il avait compris que Dazai ne reviendrait jamais en arrière. Alors il avait accepté la dure vérité.

Enfin, c'est ce qu'il croyait. Mais à présent qu'il était face à lui, toutes ses illusions partaient en lambeaux. Jamais il n'avait accepté. Il restait toujours cette part au fond de lui qui refusait de perdre espoir. C'était cette partie de lui qui l'avait conduit au Lupin ce matin, cette partie de lui qui refusait de tirer.

Dazai se retourna soudain si vite qu'il eut tout juste le temps de faire un bond en arrière, le revolver toujours pointé sur le brun. Celui-ci parut surpris. Bien sûr, le rouquin était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir ici. Il aurait pu lancer une de ses agaçantes phrases qu'il affectionnait tant, accompagnée d'une moquerie sur la taille de l'autre membre du Double Noir. Mais il n'en fit rien. Aucun des deux n'étaient d'humeur aux enfantillages, car ils savaient quel jour on était.

- Lâche ce pistolet Chûya.

L'autre n'en fit rien. Il avait tué des tas de gens sans aucun remord, sans aucun regard. Alors pourquoi tremblait-il si fort ?

- N'approche pas ! Ou je tire !

Oui, que pourrait bien faire Dazai s'il approchait ? Que pourrait-il bien se passer ? Le brun fit un pas.

Une détonation se fit entendre, retentissant dans tout l'immeuble. Quelques gouttes de sang coulèrent sur le sol. La balle avait frôlé la joue de Dazai, le gratifiant d'une légère balafre. Il profita de la confusion pour arracher le revolver qu'il envoya valser à l'autre bout de la pièce.

Nakahara avait tiré. Par réflexe, par peur, par panique, il ne savait plus vraiment. Il leva son regard vers Osamu. La haine avait disparu, remplacée par le désespoir intense.

- Sept ans... murmura-t-il.

Quand il sentit le goût salé des larmes s'infiltrer dans sa bouche, il ne comprit pas. Il n'avait jamais pleuré. Pourquoi fallait-il que ce soit pour un tel égoïste ? Alors pour combler la tristesse, il hurla.

- Pourquoi tu es parti sans même me prévenir ? J'étais ton partenaire non ? Je ne comptais pas assez pour toi ?

- Tu sais bien que c'est faux. Je suis parti sur un coup de tête après la mort d'Odasaku. Je ne pouvais plus revenir en arrière ensuite, c'était trop tard pour les regrets.

Alors il avait tenté de les étouffer au fond de son être. Il est parfois si facile de se voiler la face, de se mentir à soi-même pendant des années. C'est comme une chute. Pour certains, elle dure toute la vie. Pour d'autres, elle se finit un jour.

Ce soir-là, Dazai avait atterrit. Violemment. La vérité s'était imposée à lui. Son ex-partenaire lui avait cruellement manqué, il avait profondément regretté son acte. Ce n'est jamais la chute le plus douloureux, c'est l'atterrissage.

D'habitude si taciturne, il n'avait pu le rester face au flot de souvenirs qui s'imposait à lui. Leur rencontre, leur première victoire, leurs premiers anniversaires... Bien qu'aucun des deux n'avaient fait le premier pas, ils s'aimaient et se confortaient dans cette amitié amoureuse, belle et simple, sans engagement ni complication. Il serra un peu plus fort le poignet du mafieux qui ne savaient comment réagir face au visage désormais triste de Dazai.

Le brun ferma alors ses yeux noisettes. Il devait se détourner du passé pour regarder vers l'avenir. Et son cœur lui conféra l'intime conviction que le futur se trouvait actuellement sur les lèvres de Chûya.

***

Il posa sa tasse de thé à présent vide. La scène qui se déroulait sur les caméras de surveillance était encore mieux que tout ce qu'il avait pu imaginer. Les deux hommes s'embrassaient langoureusement, enlacés dans une étreinte torride, comblant tout le manque, toute la frustration que leurs deux cœurs blessés avaient endurée durant sept ans.

Au début, il avait eu peur lorsqu'il avait vu Nakahara sortir son revolver et mettre en joue son ex-partenaire. Si l'on met trop de temps à recoller les deux fragments d'un même objet, ils s'usent et ne s'emboîtent plus parfaitement. Il avait sous-estimé ces deux êtres faits de diamant.

Atsushi affichait un grand sourire. Vingt-et-une heure sonnait. Il avait accompli son travail d'orfèvre. Demain il irait s'excuser auprès de l'Agence pour les avoir inquiétés inutilement.

Francis eut un petit rire satisfait. Lorsqu'il avait croisé le tigre-garou quelques heures plus tôt dans un supermarché, celui-ci avait eu l'audace de lui demander son aide. D'abord récalcitrant, l'idée que l'argenté lui soit redevable lui plut de plus en plus. Et puis, il avait envie de s'amuser un petit peu. Alors il avait marché.

La lune rousse montait dans le ciel piqué de mille étoiles lointaines. Un vent d'air chaud soufflait sur Yokohama, réchauffant les cœurs et les âmes égarés. Et au milieu de cette douce ambiance estivale, un diamant enfin complet brillait du plus beau des éclats.

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