Chapitre neuf

Quelques semaines plus tard, le club ferma. A l'avant-dernière séance, j'avais prévenu tous les inscrits de la démission de Lee et tout le monde s'était mobilisé pour organiser une petite fête au dernier cours. Lee était entré dans la salle décorée à son honneur et regorgeant de gâteaux, bonbons, boissons : on se serait cru à un anniversaire. Mais cette fête ressemblait plutôt à un départ en retraite.

Je gardais contact avec Lee, tout comme YongGuk et AeCha. Je les voyais aussi, ces deux-là, étant mes seuls amis. On se donnait rendez-vous en ville pendant leur temps libre, car moi j'avais tout mon temps, étant au chômage. J'avais d'ailleurs caché cette partie de moi qui allait bientôt être dévoilée au grand jour puisque mes amis avaient quelques soupçons sur ma vie professionnelle. Alors il fallait que je trouve très vite un nouveau travail, de peur de perdre la face, même si je sais qu'ils ne me jugeraient pas. Et aujourd'hui, j'allais voir Lee pour un petit conseil à ce propos. Je sonnai donc à sa porte.

-Tiens, voici ma petite MiSeon ! Comment vas-tu ?

-Bien et toi ?

-En forme, voyons. Je faisais quelques coups dans mon salon.

J'entrai dans la pièce et constatai qu'il jouait à Wii fit plus, ayant activé le mode kung-fu.

-Je me conserve comme je peux, dit-il en riant, ce qui me fit rire à mon tour. Alors, qu'est-ce qui t'amène ?

-Je suis venue te demander un conseil.

Il m'écouta attentivement tout en éteignant la console et la télévision, puis il vint s'asseoir auprès de moi. Je lui racontais mon ancienne vie professionnelle et comment j'avais quitté le travail, mais j'omettais volontairement l'argent que j'avais reçu. Par précaution.

-Eh bien, il suffit de voir sur internet s'il n'y a pas de...

-Non. Je souhaite ton avis. Si t'as pas une idée de job qui me correspondrait.

Il plongea son regard dans le mien et soupira.

-De nos jours, c'est difficile de trouver un job que l'on puisse garder à long terme. Cependant, tu es jeune, qui plus est jolie, et...

-Ah non, ne me parle pas de ça !

-De quoi ? Oh ! Mais non, MiSeon ! Bien sûr que non, voyons !

Nous partîmes dans un fou rire éclatant, emplissant l'air de son salon de notre amitié.

-Non, ce que je voulais dire c'est que tu n'auras pas trop de mal. Puisque les gens jugent les autres sur leur physique et non plus sur leur intellectualité, il y a de grandes chances que tu passes avant tout autre candidat. Est-ce que tu as une idée de ce que tu veux faire ?

-Je me croirais chez le conseiller d'orientation, quand même.

-MiSeon, c'est sérieux. Il s'agit de ton avenir, plaisanta-t-il.

-Un truc qui bouge, un truc où jamais je ne pourrais souffler. Je veux me donner à fond et n'avoir aucune minute de répit !

-Tu aimes le goût du risque ?

-Carrément !

-J'ai des anciennes fréquentations qui ont besoin de certaines recrues pour effectuer quelques tâches, plus ou moins sales.

-C'est-à-dire ?

-Transition d'argent, apport d'une lettre confidentielle, tout ça tout ça.

-T'étais délinquant avant ?

-Non, sans blague.

Je commençais à apercevoir le passé de Lee. Les balafres qu'il avait sur le visage et le corps, c'était le résultat de nombreuses luttes. Mais les meilleures cicatrices se trouvaient au fin-fond de son être. S'il veillait sur moi, comme YongGuk me l'avait dit, c'est qu'il ne voulait pas que je tombe dedans. Alors pourquoi me proposait-il ce genre de job à risques ?

-Lee, je ne comprends pas.

-Oui, d'habitude, on éloigne les gens de ce genre de vie. Mais si c'est ton choix, je ne peux pas le nier. C'est ta vie, pas la mienne, alors tu fais ce que tu veux. C'est pas moi qui va décider à ta place. Tu veux de l'action et ne pas croupir dans cette société de merde ? Défie les lois et les fils de chiens qui se mettront en travers de ton chemin. Laisse-toi pousser des ailes, MiSeon, y'a plus aucune règle qui subsiste. Les seules règles qui existent, ce sont toi qui les crée.

Lee avait posé ses mains sur mes épaules, son étreinte était plus faible qu'avant et cela me foutait les boules. Mais son idée me chamboulait toujours autant : est-ce qu'il me manipulait pour me laisser couler dans cet échappatoire de la société ou était-il simplement clair d'esprit ?

-Je... j'y réfléchirai.

-Comme tu veux. Tu passes voir AeCha aujourd'hui ?

-Oui, ce soir. Tu veux lui transmettre quelque chose ?

-Dis-lui que les muffins qu'elle m'a fait la semaine dernière étaient exquis. J'en ai même rêvé !

-D'accord, ce sera fait.

Je le pris dans mes bras pour lui dire au revoir puis le quittai. Notre entrevue m'avait marqué, je ne savais pas comment bien réfléchir à cela. Alors je décidai d'en parler à mon amie ce soir.

Il était à présent 19h07, AeCha n'allait pas tarder à arriver. Elle m'envoya un message me signalant qu'elle était au bas de mon immeuble, je me levai du canapé pour aller lui ouvrir quelques secondes plus tard, quand elle sonna.

-Comment va Mimi ?

-M'appelle pas comme ça, ça me rajeunit et c'est comme si tu étais plus vieille que moi.

-Ooooh, si tu veux je repars, hein ?

-Non non, reste. En plus faut qu'on parle.

-Oh. De quoi s'agit-il ?

-Lee.

-Ah, justement, je lui ai donné des...

-Il les a trouvé très bon, il m'a demandé de faire passer le mot.

-D'accord.

Nous prîmes place dans le salon, elle sentit que le sujet que j'allais aborder allait être très sérieux. Je lui contai, de A à Z, mon entrevue avec Lee. Elle était bouche-bée.

-Que comptes-tu faire ?

-D'un côté ça me donne envie et, de l'autre... je sais que ce n'est pas bien.

-Tu vas encore plus t'enfoncer, MiSeon.

-Parce que tu crois que je ne touche pas le fond ?

-Mais... je suis là, moi ! YongGuk est là, aussi. Et Lee, un peu quand même.

-Pour combien de temps ?

-Je ne sais pas. Mais il y aura encore YongGuk et moi.

-Je parlais de vous tous. Pour combien de temps serez-vous là ? Cela ne tient qu'à moi de partir loin, de m'éloigner de tout si ça me chantait.

-Tu n'es pas comme ça, si ?

-Tu ne sais pas de quoi je suis capable, AeCha. Tu me connais depuis un certain temps, certes, mais tu ne me connais pas entièrement. Et jamais ce sera le cas.

Elle ne dit rien, se contentant d'abaisser la tête.

-Je suis désolée.

-Pourquoi ?

-Pour m'obstiner à vouloir être un repère alors que je ne suis rien.

-Tu n'es pas rien. Et c'est moi qui doit m'excuser parce que je me suis emportée. En ce moment je suis stressée, ça m'énerve.

-Parce que tu ne boxes plus.

-Oui. Sûrement.

-Revenons à ce qu'a dit Lee. Qu'est-ce que tu souhaites faire ? Car comme tu l'as dit toi-même, tout ça ne tient qu'à toi. Alors ?

Je fixai les lumières de la ville sous les épais nuages gris qui pleuraient sur les vitres des maisons. Le ciel représentait bien mon état d'esprit présent.

-Si tu tombes dedans, tu ne pourras pas t'y échapper aussi facilement.

-Je sais. Et c'est ça qui m'excite.

-T'es complètement folle.

-La folie est humaine.

-Et dans tout ça, moi, je fais quoi ? Imagine il t'arrive un truc ! Je fais quoi ?

-Je ne serais qu'un bref souvenir, comme parmi tant d'autres.

-Non ! Et YongGuk non plus !

-Tu ne sais pas ce qu'il pense, ce mec est mystérieux.

-Tu ne crois pas si bien dire.

-Comment ça ? lui demandai-je en me retournant.

-Nous sommes comme des petites sœurs pour lui, qu'il veut protéger au risque de se perdre lui-même.

-Il ne me l'a pas dit.

-A moi, si.

-Mais pas à moi. Alors je ne valide pas.

-Tu es têtue, toi.

-Non, réaliste.

-Ton passé te rattrape à chaque instant ! Tu ne sais pas couper le fil qui te relie à lui, t'es trop conne !

-Je ne te permets pas de...

-J'AI PAS FINI !

Choquée, je décidai de fermer ma bouche pour écouter ce que mon amie avait à me dire.

-Les personnes dans ton genre pensent que tout est déjà fini, que tout est déjà perdu. Non, c'est faux ! Il y a toujours une solution. Les problèmes n'existeraient pas sans les solutions. Alors que tu le veuilles ou non, il y aura toujours des gens autour de toi pour t'en sortir, pour avancer, pour voir la lumière de la vie, qui va illuminer petit à petit la tienne. Fais-moi confiance.

Je mis un certain temps à me rendre compte qu'elle pleurait. Je m'approchai d'elle et la pris dans mes bras machinalement, parce que c'est ce qu'il fallait faire. J'étais proche de AeCha, mais si je m'attachais à elle, j'étais foutue.

La sonnette retentit, je reculai. AeCha fuyait mon regard, je fronçai les sourcils. J'aperçus son téléphone posé sur la table du salon et compris tout de suite qu'est-ce qu'elle avait fait. J'allai ouvrir la porte, mon visiteur la poussa lui-même pour me plaquer violemment contre le mur derrière moi en me tenant par les épaules.

-Tu fais ça et je te jure que tu le regretteras.

-Moi aussi je suis contente de te revoir, YongGuk.

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