Chapitre dix

-Tu vas aller t'asseoir sagement sur ce putain de canapé et m'écouter attentivement, MiSeon.

Je soupirai en haussant les sourcils, telle une enfant pas sage, et m'exécutai à contrecœur.

-Tu sais très bien que je ne me laisse jamais faire.

-Ton caractère à deux balles, tu sais où tu peux te le mettre !

-YongGuk ! cria AeCha.

Nous nous faisions face, soutenant le regard de l'autre. Nous avons tous deux une grande fierté, nous n'allions pas baisser les yeux aussi facilement.

-Asseyez-vous et arrêtez de vous comporter comme des gosses de cinq ans ! MiSeon, ici, et YongGuk, là. Bordel mais vous êtes insupportables !

AeCha reprit son calme après avoir remis ses longs cheveux derrière son dos. Elle fit signe à YongGuk d'engager la conversation.

-Ne tombe pas dans ce piège. Je ne sais pas ce qui a pris à Lee de te dire ça, alors qu'il faudrait te pousser vers le haut.

-Je n'ai de conseils à recevoir de personne.

-Le problème chez toi c'est que tu n'as toujours pas crevé ta bulle, tu crois encore que tu es seule dans ce monde de chiens.

-Si je l'éclate, c'en sera fini pour moi. Non merci.

-Tu as des amis, MiSeon, des amis ! cria-t-il en se levant du canapé. T'as perdu la notion de ce mot ?! J'ai connu de sales choses, comme tu ne peux même pas t'imaginer ! Epargne-moi ton caractère têtue et renfrognée, et soit réaliste deux secondes ! T'es coincée dans ta tête, t'es prisonnière de toi-même ! Tu crois pouvoir te relever seule alors que tu ne fais que t'enfoncer !

-ARRETE ! T'es qui pour me dire ça, YongGuk ?! T'es personne !

-Personne ? ria-t-il. Je croyais que j'étais quelque chose quand même. Dommage.

Tout en me fixant dans le blanc des yeux, il passa devant moi et rejoignis l'entrée.

-YongGuk, reviens ! C'est pas ce qu'elle voulait dire !

-Si si, c'est très bien ce qu'elle voulait dire. Et elle le pense très bien dans sa petite tête.

Je serrai les poings. Je regrettais un peu ce que j'avais dit, mais je ne devais montrer aucun signe de faiblesse. La porte claqua sèchement malgré les protestations d'AeCha. Elle revint comme une furie et me donna une claque, m'envoyant au tapis (tiens, ça faisait longtemps).

-Si YongGuk est personne, je suis quoi moi ? cria-t-elle.

-Je sais pas.

-Tu nous as blessé, MiSeon ! Tu ne te rends même pas compte que tu fais du mal ? Et tu te fais du mal à toi-même, j'en suis plus que sûre ! Tu tiens à nous mais tu n'oses pas te l'avouer, croyant que c'est une faiblesse alors que c'est une force ! On t'accepte comme tu es, avec tes qualités comme tes défauts. Nous savons que tu n'as pas de travail mais on sait que tu vas rebondir. Ne crois pas ce que YongGuk t'as dit quand il a dit que tu t'enfonçais. Tu ne vas pas abandonner maintenant au point d'entrer dans ce merdier ? Tu vaux bien plus que ça, MiSeon. Nous t'aimons. J'y vais, maintenant.

Elle quitta à son tour mon appartement, mais sans claquer la porte pour sa part. Les larmes d'AeCha m'avait marqué du plus profond de mon cœur. Cela faisait longtemps que quelqu'un n'avait pas pleuré pour ma petite personne. Je ramenai mes jambes contre mon torse et réfléchis à ce que mes amis m'avaient dit. Pourquoi j'agissais comme ça ? Sûrement la honte d'admettre qu'ils avaient raison et que j'avais tort. Ma fierté en prenait un sacré coup, mais comme le disait AeCha, je devais de temps en temps la mettre de côté. Cependant, ce qui m'exaspérait le plus, c'est que YongGuk ne le faisait pas avec la sienne, croyant qu'il n'ait jamais tort.

Je me relevai d'un bond, énervée, bien décidée à faire bouger les choses. Je me rendis compte alors que Lee avait peut-être voulu marcher dans mon jeu, qu'il avait raison sur ma situation, qu'il n'a pas voulu me brusquer...

Je compris soudainement.

S'il m'avait fait part de cette idée, c'était pour me rendre compte par moi-même que je ne devais surtout pas tomber dedans, comme la plupart des gens au bout du rouleau l'eut fait. Mes jambes chancelèrent sous le poids de mon corps, je tombai sur le parquet du couloir. Je n'étais qu'une moins que rien, je voyais le mal partout et quand je ne le voyais pas, comme ce stupide plan de mafieux, je pensais qu'il était fait pour moi. Je me mis à rire. J'étais pathétique, je faisais pitié. Mais...

C'était la seule solution.

Il faut combattre le mal par le mal. Et c'est ma vie, pas celle de YongGuk ni d'AeCha. Si j'ai envie de tester mes limites, c'est mon problème. Surtout si je vais goûter au risque niveau je sais pas combien.

Sans perdre de temps, je me vêtis de mon blouson de cuir et sortis en n'oubliant pas de fermer la porte derrière moi. Je pris ensuite ma voiture et me rendis tout droit chez Lee.

Alors que j'arrivais dans la rue, je me rendis compte qu'il y avait une voiture stationnée devant chez lui. Celle de YongGuk. Je crachai un juron et me garai loin derrière. Je sortis alors de l'habitacle et fis le tour de sa propriété pour rejoindre le jardin. Le salon était orienté à l'arrière, j'allais pouvoir faire ma petite enquête. La fenêtre était ouverte, je pouvais donc entendre aisément ce qu'ils se disaient.

-N'empêche que maintenant, elle s'est mise en tête qu'elle était invincible.

-Je voulais qu'elle comprenne d'elle-même, YongGuk !

-Bah c'est raté ! T'as pas trouvé mieux comme plan, sérieux ?

-Calme-toi et viens t'asseoir, l'ordonna AeCha pour la deuxième fois de la journée. MiSeon n'est pas perdue, on peut encore la sauver. Quand je lui ai dit que tu nous considérais comme tes petites sœurs, elle n'a pas voulu me croire parce que tu ne lui as pas dit à elle mais qu'à moi. Tu devrais lui dire !

-Tu sais très bien qu'il a une trop grosse fierté pour le dire. Ca m'étonne qu'il eut réussi à te le dire.

-J'avais sûrement bu à ce moment-là, soupira YongGuk.

Mes amis rirent de bon cœur avant de reprendre très vite leur sérieux.

-Tu devrais faire comme je l'ai dit à MiSeon : mets ta putain de fierté de côté ! Ca vous pourrit la vie à tous les deux. Si je pouvais l'enlever, je prendrai un scalpel sans hésiter et la retirerai, bordel !

-Ne prononce pas de tels mots, ma petite AeCha.

-Lee, c'est vrai ce que je dis !

-Et c'est bien ce qui exaspère MiSeon et YongGuk.

-Alors je me tais, maintenant. Ils n'ont qu'à se débrouiller. Bonne soirée les gars !

-Attends ! Je te ramène ?

-Non, je vais y aller à pied.

Merde ! Elle allait voir ma voiture ! Je courus comme une dératée jusqu'à la route et démarrai au quart de tour pour aller me cacher plus loin. C'était idiot ce que je faisais car ma voiture n'était pas un unique modèle mais je préfère rester prudente. Je regardais dans le rétroviseur dans quelle direction elle partait. Dans la mienne ! Je démarrai pour la seconde fois et traversai tout le quartier, espérant qu'elle ne m'ait pas vu. Quand je revins dans la rue où habitait Lee, la voiture de YongGuk avait disparu. Je m'arrêtai et descendis pour aller rendre visite à Lee.

-Salut, ça faisait longtemps, n'est-ce pas ?

J'entrai sans gêne et me dirigeai droit dans son salon.

-Donne-moi des noms.

-De qui ?

-Pour faire les sales corvées.

-MiSeon, tu ne vas quand même pas...

-Alors pourquoi tu m'en as parlé ?

-Mais je voulais que tu te rendes compte que ce n'était pas la bonne solution ! Trouve-toi un petit boulot, c'est le minimum !

-C'est bien ce que je me disais.

Je croisai les bras alors qu'il s'assit doucement sur le canapé. Il prit sa tête entre ses mains puis la releva vers moi.

-Je regrette de t'avoir mis une telle idée dans la tête. Je m'en veux énormément, je ne mourrais pas tranquille si je sais que tu pars sur ce chemin.

-Lee ! Ne dis pas ça.

Je m'assis à côté de lui et le pris dans mes bras.

-Je ne compte pas le faire.

-Tu me le promets ?

-Oui. J'ai fini ma crise de nerf. Promis, pour toi, pour tout ce que tu as été pour moi, comme un repère étincelant dans cette nuit noire, je ne m'engagerai pas sur cette voie dangereuse.

-Parfait. Je te fais confiance. Comme à ma propre fille.

-Vous avez quoi à faire des liens de parentés fictifs ? plaisantai-je.

-On t'aime plus que tu ne le crois, MiSeon. Ne l'oublie pas.

Je souris puis embrassai son front. Je me levai pour sortir, finissant de lui souhaiter une bonne soirée et lui sourire avec mon cœur. Mais comme la foudre qui s'abat sans prévenir, Lee s'effondra sous mes yeux.

-LEE ! NON !

Je courus vers son corps inerte, le secouant de tous les côtés. Je saisis mon téléphone dans ma poche d'une main tremblante et appelai les secours. Dans la foulée, j'appelai YongGuk mais il ne me répondit pas, il coupa l'appel. Je tapai un message vite fait pour lui parler de Lee et non pas attiser notre conflit. Je fis de même avec AeCha qui elle me répondit et me dit qu'elle arrivait tout de suite.

Les secours étaient arrivés. Mais le verdict était lourd : crise cardiaque. Lee avait péri sous mes yeux, juste après ma promesse. Je laissai les larmes rouler sur mes joues rouges, marquée par l'émotion. Je criai ma peine comme un loup à la pleine lune. YongGuk et AeCha avait beau me consoler, je n'arrivais pas à m'en remettre. J'avais l'impression d'avoir perdu un parent, c'était horrible. Les sensations que je croyais avoir oublié étaient toujours au fin fond de mon cœur : oui, perdre un ami était douloureux.

Je ne pouvais même plus réfléchir correctement. En rentrant chez moi, je sortis la bouteille de vodka et la finis avec du jus d'orange. En peu de temps, j'étais saoule. J'en avais absolument rien à foutre. J'ouvrai la fenêtre et criai de toutes mes forces, créant une envolée d'oiseaux nocturnes. Tiens, c'est la nuit.

Cela faisait à présent un petit quart d'heure que j'étais dehors. Il faisait étrangement bon, ou bien c'était l'alcool qui me tenait chaud. Quand je n'arrivais pas à marcher droit, je me tenais aux arbres ou aux grilles sur l'autre côté. J'allais me faire décimer par une voiture mais bon, je n'ai plus rien à perdre.

Quelqu'un finit par me saisir le poignet. Sûrement quelqu'un qui voulait assouvir un petit besoin particulier. Je levai mon poing mais il réussit à le contourner, comme s'il avait pratiqué la boxe, comme moi. Sa silhouette était grande mais rassurante. Il me plaqua contre lui, fourrant ma tête dans le creux de son épaule. Son odeur m'était familière.

-On rentre, maintenant. C'est fini les bêtises.

-Depuis quand tu m'suis, toi ?

-Depuis que t'es revenue chez toi. Je savais que tu allais faire la tournée des bars et claquer le reste de ton argent dans cette saloperie.

Il se saisit de ma bouteille et la jeta dans la poubelle à proximité.

-Allez, on rentre.

Il me tourna le dos et m'ordonna de m'y installer, ce que je fis sans broncher car je sentais la patate arriver comme punition. Peu de temps plus tard, nous étions rentrés chez moi. Je lui dis qu'il pouvait rentrer chez lui mais il s'installa à côté de moi et fit comme s'il n'avait rien entendu, ce qui m'exaspéra. Je m'approchai de lui à quatre pattes sur le canapé et tournai son visage vers moi.

-J'te caaauuuse YongGuuuuk !

-Dégage, tu pues l'alcool, MiSeon.

-T'aimes pas ? Moi je trouve ça cool !

Je me jetai en arrière en riant comme une folle. Je me redressai et l'embêtai du bout de mes pieds. Il soupira d'exaspération et enleva mes chaussures, sûrement pour ne pas salir les beaux vêtements de monsieur.

-Ca commence par les chaussures et ça finit par les sous-vêt...

-Faire un gros dodo ! Allez, file dans ta chambre.

-Ooooh, daddy.

Il ouvrit grand les yeux. J'explosai de rire face à sa réaction et m'avançai vers lui une nouvelle fois. Plusieurs fois il me demanda de reculer mais je n'avais que faire de ces ordres. Je réduisis considérablement la distance entre nos deux visages et finis par déposer mes lèvres sur les siennes. Prenant goût au baiser et ne protestant pas, il me laissa faire, j'allai donc toujours plus loin. La température grimpait entre nous, j'enlevai alors son débardeur et fis de même avec mon t-shirt. Petit à petit, je sombrai dans ces nouvelles sensations, faisant tourner en rond mon être tout entier. Jusqu'à m'en faire perdre la tête.

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